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Full text of "Le Parler français"

^* 



Univof 

Toronto 

LiPRARY 



LE 

PARLER FRANÇAIS 

Bulletin de la Société du Parler français au Canada 

COURONNA PAR LACAUliMIB FRANÇAISB 




Médaille-souvenir du Premier Congri» de la Ijtngue française 
au Canada : 1912. — (^wri ti mtê.) 



Lb: 

l'AULKlî FIIANCVIS 

Bulletin de la Société du Parler français au Canada 

COI RONnA I-AH I.'ac:aI>KMIE FIIASrAISK 



Organe ofl'riel du Comité permanent de la Langue françaùe 



SEHTK.MBHK 1915- SEPTEMBRE 191() 



PUBUÊ PAR 



LA SOCIÉTÉ 1)1 PAKLEH FHAMjAlS AU CANADA 

UNlVliRSlTH LAVAL 
QUÉBEC 




^ 



Imprimeur O DépoiiUtre 

L'ACTION SOCIALK Ltée HONORK CHAM!>ION 

Typographie et Keliure Y Libraire et Ktlitcur 

103, RIE SAINTE-ANNE, 103 ù 9, QUAI MALAQUAIS, 9 

QUÉBEC PAMt 



7(1 



ALPHABET PHONETIQUE 

(Signes conventionnels pour la figuration de la prononciation) 
d'après MM. (iIi.likron et l'abbé Hoi:ssKi.OT 



Lktthes fkan(;aises. Les lettres a, e, i, o, ii, b, d, n, f, j, k, 
l, m, II, /), r, t, i>, z, ont la même valeur qu'en français. 

.7 = 9 dur ((/àteau) ; s = s dure (sa); ai:^eii français (heu- 
re/jx) ; ii>=:()ii senii-voyelic (oui); ;/ = i semi-voyelle (pied); 
w = ii senii-voyelle (lii/ile); è = c féminin (je); h marque l'aspi- 
ration. 

Letthes nouvelles. 11 = 011 français (cohcou); c = ch fran- 
çais (chez). 

Signes diac.kitiques. Lu demi-cercle au-dessous d'une con- 
sonne indique que celle consonne est mouillée: / (son voisin de 
/-f ;/, / mouillée italienne), A- (son voisin de k+y), y (son voisin 
de .7 + J/). Il (.7') français de af//ieau). — Un point au-dessous d'une 
consonne indique que cette consonne est prononcée la langue 
entre les dents : /, d (sons voisins de l + s, d+z; c'est le / et le 
d sifdants canadiens de: li, du). 

Les voyelles sans signes de quantité ou de qualité sont indé- 
terminées (tantôt ouvertes, tantôt fermées), ou moyennes : a (a 
patte), e (e de péril), o (o de botte), ce (eu de jeune). — Les voyelles 
marquées d'un accent aigu sont fermées : à (a de pâle), é (e de 
chanté), ô (o de pot), u' (eu de eux). — Les voyelles niar(;uées d'un 
accent grave sont ouvertes: à (a de il part), è (e de père), ô (o de 
encore), œ (eu de pe/ir). — Les voyelles surmontées d'un tilde sont 
nasales: à (an de sans), ê (in de v/n), 6 (on de po/it), œ (un de 
la/idi). — Suivies d'un point supérieur, les voyelles sont brèves; 
a', i', etc.; de deux points, elles sont longues: a:, i:, etc; pré- 
cédées d'un accent, elles sont toniques: 'a, ' i, etc. 

Deux lettres qui se suivent, et dont la seconde est entre 
crochets, représentent un son intermédiaire entre les deux sons 
marqués. Ainsi, à [o]^=o demi-nasal. 

Les [letils caractères représentent des sons incomplets. 

Il n'y a pas de lettres muettes dans la prononciation figurée; 
chaque son n'est représenté que par une lettre, et chaque lettre 
ne représente qu'un son. 

5 



ABREVIATIONS 



acc.=acception 

adj.=a<ljectif, — tivcment 

adv.=aa verbe, — bialc- 
ment 

anc.=ancicii 

aiig.=iaiiglais, anglicisme 

arch.=:archaïsmc 

barb.=:barbarisme 

can. ^canadien 

cf.=comparez 

diaI.=dialectologie, dia- 
lectal 

ex.i=exemple 

f.=::féminin 



fig.^figurément 

fr.=fraiiçais 

fr.-can.=:fraiico-canadien 

gr.=grapliie 

gra m . =:gra m ma i re 

intr.=iiitransitif 

lat.=latin 

litf.=littéralemeiit 

loc.=lociilioii 

m.=masculii) 

m. s.=:mc'me sigiiifîcation 

néol.:=néi)logisme 

phoii.rr:phonétique 

pl.=rpluriel 



pop.=populaire 

proii.::=proi)onciation 

propt=propremeiit 

rem.rrremarques 

s.:^siibstaiilif 

sign.=signifie. — fication 

.sing.=rsingulicr 

sol. ^solécisme 

t.rrlerme 

tcch. ^technique 

tr.=:transitif 

v.^verbe, voyez 

var. avariante 

vx=vieux 



SIGNES ABRÉVIATIFS 

* Devant le mot qui forme la tète d'un article du lexique, 
l'astérisque indique que, si l'on a cru utile de présenter 
quelques observations sur ce mot, il ne s'en suit pas néces- 
sairement qu'on ne puisse l'employer même dans le dis- 
cours soigné ; ce mot peut être un mot reçu dans la 
langue française, un néologisme de bon aloi, un archaïsme 
qu'on aime à conserver, un mot étranger qui n'a pas en 
français d'exact équivalent, etc. Devant un mot latin, 
l'astérisque indique une forme hypothétique, non attestée. 

— » Ce signe indique l'étymologie, la filiation, l'origine du mot, 
de la locution, de la tournure, de la prononciation, qui 
suit ou qui précède, suivant le sens de la flèche. 

— Le tiret marque certaines subdivisions dans le texte d'un 
article. 

= Le tiret double annonce la signification, la traduction, l'équi- 
valent de ce qui précède. 

Il Le tiret double vertical indique les acceptions d'un mot, ou 
le sens attribué, dans le parler français au (Canada, au 
mot qui fait le sujet d'un article lexicographique. Le terme 
propre français, le mot qu'on propose de substituer à celui 
qui forme la tète de l'article, quand il y a lieu, suit ce 
signe. 
I Le trait vertical indique un emploi spécial du mot dont il 
s'agit, une locution particulière où il entre. 
Dans le Lexique, les noms d'auteurs sont imprimés en petites 
CAPITALES et les titres d'ouvrages en italiques. 

6 



Vol. IX. No 1-Septbmbrk. 1915. 



MGR FRANÇOIS PELLETIER 



La Société du Parler fraiiçai.s au Canada a droit de prendre sa 
part de la joie qu'a apportée à la province de Québec l'élévation à 
la dignité de Protonotaire Apostolique, par Sa Sainteté Benoît XV, 
de Mon.sieur l'abbé François Pelletier, supérieur du Séminaire de 
Québec, recteur de l'Université Laval, et, à ce dernier titre, prési- 
dent d'honneur de notre Société, après en avoir été, depuis sa fon- 
dation, l'un des plus fidèles et des plus distingués collaborateurs. 

Mgr Pelletier, dont la science, le dévouement à la cause de 
l'enseignement catholique et la belle carrière sacerdotale viennent 
d'être si hautement honorés par le Saint-Siège, voudra bien agréer 
les hommages et les sincères félicitations de la Société du Parler 
français au Canada. 



Poèmeg de laguerr» 



POUR NOS CRÉANCIERS 



(1) 



Chers nobles Mutilés, martyrs de la Patrie, 

A vous l'or de nos soins, l'or de nos piétés, 

A vous, preux rédempteurs de nos fils, qui chantez 

L'hymne de votre gloire en votre chair meurtrie ! 

Soldats du Droit, vengeurs des saintes Libertés, 
Vous parez d'orgueil pur la France refleurie : 
La morsure du fer sur tout voire être crie 
L'Héroïsme et l'Honneur, nos suprêmes fiertés ! 

Magnifiques témoins des jours expiatoires. 
Vous restez nos Vertus, nos vivantes Victoires. . . 
Et nos Drapeaux, par vous réparant les destins. 

Sous leur bel azur clair, triomphateurs des haines. 

Dans leurs plis, que vos cœurs d'ardente pourpre ont teints. 

Proclament les splendeurs des Aurores prochaines ! 



(1) Notre cher et distingué « poète canadien de France », M. Gustave Zidler, 
a bien voulu assurer au Parler français la faveur de pouvoir publier quelques 
sonnets fournis par ce barde patriote à une anthologie que l'oii prépare, en 
France, au bénéfice de « l'CKuvre des Mutilés ». 



ENTENTK COnniALE LINGUISTIQUE 



Dès 1892, M. Richet avait émis l'idée d'une alliance entre le 
français et l'anf^lais, '" idée que le romancier anglais H. -G. Wells 
avait aussi entrevue. ''' En 1900, M. Paul Chappellier entreprit 
de donner plus de précision à ce projet, et se fit l'apôtre de l'entente 
linguistique. "' 

M. Michel Bréal, préoccupé du ciioix d'une langue internatio- 
nale, voulut présenter lui-même le projet Chappellier comme don- 
nant la meilleure et la plus satisfaisante solution. '*' 

« Il s'agirait, disait-il, d'obtenir entre la France, l'Angleterre et 
les États-Unis d'Amérique, la conclusion d'un traité, non pas poli- 
tique ou commercial, mais linguistique. En vertu de ce traité, l'an- 
glais et le français seraient désormais associés de façon officielle 
dans l'enseignement des trois pays. L'anglais serait obligatoire- 
ment enseigné en France, le français en Angleterre et dans 
l'Amérique du Nord : non pas seulement dans les universités et les 
collèges, mais dans certaines écoles primaires des grandes villes. 

« L'effet d'une telle convention ne tarderait pas à se faire sentir. 
Les deux langues ainsi désignées pour être le moyen de communica- 
tion entre cent quatre-vingt millions d'individus acquerraient du 
coup une sorte de prépondérance . . . 

« Un traité de ce genre n'a rien de chimérique. N'en avons- 
nous pas vu conclure de pareils pour l'Union postale, pour la Croix 
de Genève ? » 

Que la réalisation du projet Chappellier, tel que jjrésenté, soit 
possible, il est permis d'en douter ; qu'elle soit désirable, et spécia- 
lement qu'on reconnaisse à l'État le droit de rendre obligatoire l'en- 
seignement d'une langue et d'imposer à l'école un programme, 
nous ne l'admettons pas. Mais le caractère obligatoire de l'ensei- 
gnement et l'ingérence indue des gouvernements dans l'école ne 



(1) Dans cent ans, p. 36. 

(2) Anticipations. 

(3) L' Espéranto et le système bilingue, pp. 109 et suivantes. 

(4) Revue de Paris. 1.5 juillet 1901. pp. 239-246. 



9 



10 LE PARLER FRANÇAIS 

sont peut-être pas des conditions essentielles du projet Chappellier ; 
loin de là, il nous paraît que ce projet serait mieux et plus sûrement 
réalisé à la faveur d'une simple « entente cordiale linguistique » 
qui, respectueuse des droits de chacun, en appellerait à sa libre 
initiative, que par un « traité » qui prétendrait donner aux gouver- 
nements des pouvoirs qu'il ne leur appartient pas d'exercer. 

Dans ces conditions, et avec ces restrictions, la proposition 
d'associer dans une certaine mesure le français et l'anglais pour en 
faire les deux truchemans internationaux mérite d'être étudiée. 
Elle n'est sans doute pas encore établie tellement qu'on puisse, sans 
courir un certain hasard, en vanter la sagesse et en tenter l'aventure, 
mais l'examen des questions qu'elle soulève ne laisse pas d'être 
utile. 

A ceux que cette étude intéresserait, nous signalons la brochure 
que M. Albert Dauzat vient de faire pariiître : Le français et V an- 
glais, langxi.es internationales . *" 

M. Dauzat prête l'appui de son autorité au projet d'une alliance 
du français et de l'anglais, alliance qui, « réalisant l'entente cordiale 
dans le domaine linguistique, achèvera, dit-il, la ruine du panger- 
manisme et rendra pour toujours impossibles ses ambitions d'hé- 
gémonie ». Une telle entente servirait des intérêts communs à la 
France, à ses alliés et à la majorité des neutres, États-Unis en tête. 
Elle serait possible, parce qu'elle donnerait satisfaction au besoin 
d'un langage international, c'est-à-dire d'une langue auxiliaire, d'une 
langue seconde, qui ne nuirait en rien au maintien et à l'exjjansion 
de l'idiome maternel de chacun, mais dont on pourrait se servir, 
comme d'un trucheman universel, dans ses rapports avec les indi- 
vidus de nationalités différentes ; et l'on peut augurer le succès 
de cette entente, parce qu'elle « fait appel aux deux langues qui 
jouissent déjà de la plus grande diffusion dans le monde ». 

Ces premières considérations amènent M. Dauzat à établir 
l'infériorité de l'allemand. En effet, « la force de pénétration d'une 
langue à travers le globe ne se mesure pas au chiffre des individus 
qui la parlent comme idiome maternel, mais au nombre de ceux qui 
l'ont apprise en dehors et à côté de leur langue nationale, et qui 
l'emploient comme langue seconde ». 

Qu'il y ait 80 millions d'Allemands, 120 millions de Russes, 
et seulement 50 millions de Français, cela n'importe pas tant que de 
savoir quelle langue, l'allemande, la russe, ou la française, est la plus 



(1) Larousse (Paris), 1915, in-16, 44 pages. Nous ne faisons, du reste,*dans 
cet article, qu'analyser, résumer, et même citer les principaux passages de l'étude 
de M. Dauzat. 



ENTENTE CORDIALE LINGUISTIQUE 11 

répandue hors de ses frontières. La question ainsi posée, M. Dauzat 
n'a pas de peine à montrer, par des faits et des chiffres, que le russe 
doit être écarté, et que l'allemand est dans un état « d'infériorité 
manifeste et irrémédiable vis-à-vis de ses rivaux fran<,-ais et anglais ». 

Cette infériorité, des Allemands même l'ont admise. Le profe.s- 
seur Martin Hartmann, de Leipzig, écrivait, il y a dix ans : 

« En me plaçant à un point de vue objectif, et en tenant compte 
de la réalité des choses, je suis bien obligé d'avouer que les chances 
du français combiné avec l'anglais sont infiniment plus grandes que 
celles de l'allemand et du fratiçais ou celles de l'allemand et de 
l'anglais. » 

Mais le problème des communications internationales par le 
moyen d'une langue seconde universelle n'est-il pas résolu, grâce 
à la création de langues artificielles ? 

M. Dauzat avait déjà fait voir que les langues artificielles ou 
bien ont échoué déjà, ou bien sont « destinées à l'insuccès certain, 
à plus ou moins brève échéance : mort fatale des monstres qui ne 
sont pas viables ». *" Il reprend ici cette thèse, que nos lecteurs 
coimaissent, et montre, dans un chapitre clair et substantiel, la 
vanité et les dangers des langues artificielles. 

Il resterait donc à choisir entre le français et l'anglais. M. 
Dauzat ne choisit pas : il trouve sans doute qu' « une seule langue 
internationale, théoriquement, serait préférable à deux » ; mais il 
pense que « ce serait poursuivre une nouvelle chimère que de ne pas 
tenir compte du développement considérable pris par l'anglais, 
depuis un siècle et demi, à travers le monde » ; et, avec Chappellier 
et Bréal, il demande que les deux langues, la française et l'anglaise, 
soient reconnues comme langues secondes internationales. 

« En effet, écrit-il, à y regarder de près, le français et l'anglais 
ne sont pas des concurrents ; ils peuvent se prêter d'autant mieux 
un mutuel appui, qu'ils pos.sèdent chacun des zones d'influence 
différentes, sur le terrain géographique comme dans le domaine 
social. » 

L'auteur développe ces dernières idées dans deux chapitres, 
remplis d'observations précises et originales. 

Il montre d'abord comment, dans quelles proportions, et sui- 
vant quelles aires géographiques, le français et l'anglais, « sans 
toucher en aucune façon aux légitimes prérogatives des langues 
nationales, sont appelés, pour peu qu'on aide leur expansion natu- 
relle, à se partager le monde, et à devenir les deux instruments 
supérieurs d'échanges entre les nations civilisées ». 



( A. Dauzat, la Défense de la langue française, 3e partie, chap. I et II. 



12 LE PARLER FRANÇAIS 

La fortune du français comme langue seconde est d'abord 
assurée dans les pays latins, Italie en tête. Après la guerre et la 
victoire des alliés, la Suisse, déjà plus romane que germanique, 
la Scandinavie, la Hollande, et les autres petits états semi-germani- 
ques, se sentiront de plus en plus attirés vers notre civilisation, et 
par crainte de l'impérialisme allemand offriront une clientèle toute 
prête à notre langue. La guerre aura aussi donné le dernier coup 
au flamingantisme en Belgique, à l'avantage naturellement du 
français. Chez les Slaves — 160 millions d'hommes — « notre 
procès est gagné avant toute plaidoirie ». En Orient, la situation 
du français est ab.solument privilégiée : en Roumanie, dit M. 
Xénopol, professeur de Bucarest, '" « s'il arrive que quelqu'un dans 
un salon ne sache pas le français, c'en est fait de lui » ; en Turquie, 
le français est la langue étrangère la plus répandue ; <" la Syrie, la 
Grèce, l'Egypte — en dépit de l'occupation britannique ^ sont 
acquises à notre culture. Le français prévaut sur tout le littoral 
de la Méditerranée ; il s'impose à la moitié nord-occidentale de 
l'Afrique, du Maroc au Congo et de Tunis au Sénégal. 

L'autre moitié de l'Afrique est réservée à l'anglais. Sur l'océan 
Indien et sur le Pacifique, c'est aussi l'anglais qui domine : il s'est 
acquis une prépondérance dans l'Inde (sauf en Indochine), dans 
rOcéanie, au Japon, et dans la plus grande partie de la Chine. <*> 
L'Amérique du Nord accuse aussi une prépondérance considérable 
de l'anglais ; « cependant la Dominion du Canada est bilingue : 
malgré son infériorité numérique, l'élément français a acquis une 
importance sociale et politique à peu près égale à celle de l'élément 
anglais, et il a contribué largement à la colonisation de l'ouest, 
spécialement à la mise en valeur du Manitoba » ; aux États-Unis, 
le français a perdu des positions importantes au cours du XIX' 
siècle, et les colonies allemandes ont réussi à influencer certains 
milieux intellectuels, mais, après la guerre, « les sympathies restées 
fidèles à notre culture se multiplieront dès que le français représen- 
tera, à côté de l'anglais, la langue des vainqueurs ». L'Amérique 
centrale et les Antilles semblent réservées à l'anglais. Dans l'Amé- 
rique du Sud, « l'anglais reste nécessaire pour le commerce inter- 
national », mais dans les autres sphères, le Brésil, l'Argentine, 
l'Equateur, le Chili, le Pérou sont acquis au français. 

C'est ainsi que, d'après M. Dauzat, le français et l'anglais se 
sont déjà partagé ou sont appelés à se partager le monde. 



(1) Courrier européen, 6 avril 1906. 

(2) Voir Novicow, Le français, langue internationale de l'Europe, pp. 108-109. 

(3) Notons cependant, avec M. Dauzat, qu'en septembre 1912, la Chine a 
adopté le français comme langue diplomatique officielle. 



ENTENTE CORDIALE UNGUISTIQUE 13 

Après cette distribution des zones d'influence sur le terrain 
géographique, l'auteur passe à la répartition des sphères d'influence 
dans le domaine social. Il examine le mode de développement de 
l'une et de l'autre langue ; il constate que chacune d'elles, suivant 
son génie particulier, tend à se spécialiser, qu'elles ne se propagent 
pas toutes deux dans un même plan, qu'elles ne répondent pas aux 
mêmes besoins, qu'elles servent à des relations d'ordres différents, 
en un mot qu'elles n'exercent pas leur influence dans les mêmes 
sphères d'action sociale. 

Par exemple, l'anglais est la langue du commerce : « Médi- 
terranée à part, il commande sur les mers. » C'est un domaine 
considérable, « incontesté et incontestable ». L'anglais restera 
aussi la langue préférée de la plupart des sports, sauf les sports du 
tourisme. 

La sphère d'action du français est sensiblement différente. 
Depuis le XVII" siècle, il est la langue de la bonne société, de la 
politesse, des salons, la langue du monde. Un professeur anglais 
du Trinity Collège disait à M. Novicow : « Quand vous faites la 
connaissance d'un membre de notre enseignement, adressez-lui 
d'abord la parole en français, si vous voulez passer pour un homme 
bien élevé. » '" 

Le français est la langue des relations diplomatiques ; il 
est reconnu comme tel depuis deux siècles et demi. « A la 
conférence de La Haye de 1889, les délégués des États-Unis furent 
les seuls à se servir d'une autre langue que le français. » 

Le français est la langue qui instruit le mieux, qui donne la 
plus claire direction esthétique, qui propage et fait pénétrer plus 
avant les sentiments généreux. C'est la langue de la civilisation 
et de la haute culture, la langue intellectuelle par excellence. 

Pour le langage scientifique, M. Dauzat fait quelques réserves. 
En effet, dans certaines branches, telles la chimie et la philologie, 
l'allemand avait pris l'avance. Avec un peu d'efforts, l'anglais 
et le français reprendront le terrain perdu et se partageront aussi 
ce domaine. 

Et M. Dauzat conclut que le français et l'anglais n'auraient 
rien à craindre l'un de l'autre, et particulièrement que, les aires de 
répartition étant différentes, le français, dans une telle alliance, ne 



(1) Op. cil., p. 123. 



14 LE PARLER FRANÇAIS 

risquerait nullement d'être étouffé par un concurrent trop puis- 
sant. (» 

Avant de terminer cette intéressante étude, l'auteur écrit 
quelques pages suggestives sur les « facilités réciproques de compré- 
hension » de l'anglais et du français. 

Puis il vient à la partie la plus délicate du problème : les 
moyens d'action à prendre pour réaliser une « entente cordiale 
linguistique ». M. Dauzat se rallie, nous l'avons dit, au projet 
Chappellier, ou plutôt il le signale comme méritant d'être étudié 
et mis au point par les pédagogues des nations intéressées et par les 
Congrès scientifiques internationaux. 

En analysant la brochure de M. Dauzat, nous avons voulu 
seulement rappeler à nos lecteurs la question toujours vivante des 
langues auxiliaires et leur en présenter un nouvel aspect. 

Nous serions heureux de recevoir et de publier dans le Parler 
français des communications sur ce sujet, qui mérite en effet d'être 
étudié, mais sur lequel il ne faut évidemment pas se prononcer 
trop vite. 

Adjutor Rivard. 



(1) Ici, M. Dauzat (ait une observation peu heureuse : il compte que, pour 
se répandre, le français bénéficiera du « grand mouvement d'idées créé par la Révo- 
lution ». Il ne serait pas difficile de démontrer que ce « mouvement d'idées » est 
au contraire un obstacle à l'expansion du français. D'ailleurs, M. Dauzat n'a-t-il 
pas lui-même fait voir que c'est avant la Révolution que notre langue a conquis 
ses plus belles positions, a acquis sa plus grande influence .'' Au Grand Siècle, elle 
était la langue de l'Europe. — On regrette aussi que M. Dauzat ne paraisse avoir 
rien aperçu de ce qu'ont fait et font encore en Orient, en Amérique, et ailleurs, 
'es prêtres, les religieux, les missionnaires, pour la propagation du français. 



LE FRANÇAIS KT LKS MAROLËS 
m IMItlIKlUË 



La déteinte de ranglais sur le français se manifeste surtout 
dans les noms que l'on donne aux produits fabriqués au Canada. 

Si un industriel désire se trouver une marque de commeree pour 
un objet qu'il fabrique lui-même, je ne sais pourquoi il aura infailli- 
blement recours à la lanj^ue anglaise. 

C'est ainsi que, par une humiliation (jue nous méritons ])eut- 
être à cause de notre esprit ultra-condescendant, notre marché 
compte des quantités de produits canadiens baptisés de noms 
shakespeariens. 

Nous avons des appareils photographiques « speedlight », 
des chaussures « easy on », des pendules « regulator », des machi- 
nes à laver « lone star », des salopettes « reliable », des glacières 
« iceland », des tentes de campement « lakeside », des bicyclettes 
« Rand », des montres « climax », des canifs « diamond », du tabac 
« maple leaf », etc. 

De grâce, francisons nos marques de commerce, nous, surtout 
Canadiens français ! 

C'est très facile. Ouvrons les catalogues français, et nous 
trouverons des noms magnifiques et très expressifs pour tous ces 
objets : 

Appareil photographique : Multipose. 

Chaussure : Le Rêve. 

Pendule : Saturne ou Equinoxe. 

Machine à laver : Le Rêve. 

Salopette : Inusable. 

Glacière : Pôle Nord. 

Tente de campement : L'Alpestre ou La Pyrénéenne. 
(On pourrait mettre : La Laurentide). 

Bicyclette : Hirondelle. 

Montre : Éclipse. 

Canif : Petit Poucet. ' 

Tabac : Mon Ami. 

16 



L 



16 LE PARLER FRANÇAIS 

En donnant libre cours à son imagination, ne pourrait-on 
pas dire encore : 

Chapeau : Aiglon. 

Poêle : Salamandre. 

Rasoir : Le feu. 

Motocyclette : L'Éclair. 

Chapeau : Archiplume (très léger). 

Réveil-matin : Coq. 

Machine à coudre : La Silencieuse ou La Pratique. 

Balai par vide : Le Tourbillon. 

Arrosoir : L'Ondée. 

Douche : L'Orage. 

Pinces : Bouledogue. 

Lorgnon : Lynx. 

Brosse rigide : Porc-épic. 

Couverture de lit : La Frileuse. 

Vase à fleurs (à long col) : La Cigogne. 

Parfum : La Rose. 

Automobile : La Rapide. 

Ombrelle : La Libellule. 

Machine à tricoter : L'Abeille. 

Ventilateur : La Brise ou Cyclone. 

Liqueur douce : La Fraisette. 

L'esprit goguenard français peut se manifester même jusque-là. 
Il y a en France la bicyclette Safile (pour Ça file), le tire-bouchon 
Satyre (pour Ça tire). 

En cela, l'Anglais peut rendre des points au Français. Un 
fabricant de salopettes a pris pour marque de commerce un coq 
haut-perché chantant ces mots : / crow over ail (overall) . 

Certains noms historiques, mythologiques ou légendaires .se 
prêtent très-bien à l'adaptation commerciale. Tout en diminuant 
la pléthore de mots anglais qui dansent constamment devant nos 
yeux à la devanture des grands magasins, ces allusions indiquent 
un certain degré de culture intellectuelle chez ceux qui les emploient. 

Ainsi, un miroir Sosie rappelle ce personnage de l'Amphitryon 
de Molière, dont Mercure a revêtu les traits pour remplir plus 
facilement la mission dont l'a chargé Jupiter. Son nom est devenu 
proverbial pour désigner une personne qui ressemble parfaitement 
à une autre. 

En souvenir de la chevelure loftgue et abondante du vigoureux 
personnage biblique, on peut donner le nom de Samson à une pré- 
paration destinée à faire pousser les cheveux. 



LE FRANÇAIS ET LES MARQUES DE FABRIQUE 17 

Par allusion à Absalon restant suspendu ù un arbre par sa cheve- 
lure, un perruquier voulant indiquer la parfaite adhérence de ses 
perruques à un crâne dénudé pourra les appeler Pekhuqites Absa- 
lon. 

Un barbier voulant encourager ses clients à se tenir la chevelure 
très courte, et, par consét[uent, à lui faire de fréquentes visites, 
pourrait faire peindre à son enseigne un Absalon se balançant à une 
branche d'arbre, soutenu par sa chevelure, alors que la mule fuirait, 
soulagée de son cavalier. En exergue, il mettrait : Les inconvé- 
nients d'une longue chevelure. 

La lanterne Diooène, voilà une jolie marque, allusion au grand 
philosophe grec parcourant les rues d'Athènes en plein midi, avec 
une lanterne allumée et répondant à ceux qui lui demandaient 
compte de cette bizarrerie : 

— Je cherche un homme. 

Les noms célèbres de notre histoire tels que : Champlain, 
Dollard, Maisonneuve, Frontenac, Salaberry, Jacques Cartier font 
aussi un excellent effet sur des produits canadiens. 

Cela, tout en signifiant la même chose, vaudrait infiniment 
mieux que le « made in Canada » que l'on étiquette partout et 
à outrance depuis le commencement de la guerre. 

Il y a encore les noms d'actualité. Une maison à appartements 
du Nord de Montréal s'appelle Le Joffre. Cela vaut bien le 
« The St. Catherine », en plein centre canadien-français. 

. Ces jours derniers, un ingénieux tailleur montréalais s'y pre- 
nait de cette façon pour se faire de la réclame. Dans la montre 
de son magasin, il avait écrit en gros caractères : 

Joffre un complet valant .Ç25 pour $15. 

Il y a aussi les noms de ville : Le cigare Boston, l'eau Riga 
(ville de la Russie), etc., l'eau de Vichy. 

Tout le monde connaît cette marque de fabrique du savon 
Sapolio. Une vieille bonne femme, à jupe courte, un gourdin à la 
main, poursuit la malpropreté avec la plus vive ardeur, alors qu'on 
peut lire à même le dessin : Sapolio chasse la crasse. 

Cette annonce de savon me rappelle une réclame du même pro- 
duit, très populaire en France. 

L'expression « donner un savon à quelqu'un » signifie : le 
gronder, le réprimander vertement. 

La réc'lame était d'autant plus piquante qu'elle était historique 
et politique. Tille représentait une jeune femme, Marianne ou la 
République Française, entourée de trois rois, Louis XVI, Louis- 
Philippe et Napoléon III, à chacun desquels elle donnait un pain 



18 LE PARLEK FRANÇAIS 

du savon La Répiblique, qu'il s'agissait de faire connaître. Les 
royalistes ne goûtaient pas du tout ce genre de réclame. 

La clientèle anglaise ne sera aucunement offusquée des appel- 
lations françaises donnés à nos produits. On n'a qu'a feuilleter 
les catalogues anglais, surtout les catalogues de mode pour consta- 
ter que les mots français ou à l'allure française y foisonnent : 

Négligée shirt, voile, crêpe, ratine, satinette, mensaline, foulard, 
crêpe de Chine (sic), silk chiffon, serge, linon, batiste, moire, coronet, 
braid, Pompadour wave, coutil, bassinette, mignonette, etc. (Cf. 
Tarif-album de Montgomery Ward and Co., Chicago). 

Les fabricants anglais créent à plaisir des mots français pour la 
bonne raison qu'ils les trouvent élégants et expressifs. Ce que nous 
appelons popcorn se dit en anglais Crispette ; ce que nous appelons 
« fixtures à gaz » se dit en bon anglais Gazelier, et fixture.s élec- 
triques, Electkolier. Et dire que les Français ne connaissent pas 
encore ces trois mots que les Anglais finiront bien par nous imposer. 
Un académicien ne pourrait pourtant pas trouver mieux, peut-être 
pas même aussi bien. 

Si, malgré tout, les âmes délicates et timorées craignent de 
porter ombrage à nos compatriotes hétérogènes, ils peuvent faire 
montre d'habileté en choisissant des mots qui s'écrivent de la même 
façon dans les deux langues, tels que : c.vpital, union, rov.\l, ou 
des mots latins ou à suffixe latine, faciles à comprendre : Lux, 
Facilis, Simplex, Junior, Castoria, Restoria, Omnia, Radium. 

Soyons aussi malins que les Anglais eux-mêmes. Les fabricants 
de la bière REGAL ont été très habiles en choisissant ce mot. Les 
Anglais lisent Régal, qui, dans leur langue, signifie « royal ». Les 
Français croient que cette bière est un REGAL, et les Juifs commen- 
çant à lire par la fin, comprennent LAGER, de sorte <iue ce seul 
mot satisfait tout le monde. 

C'est tout comme le marchand nommé 

LEON NOËL 

dont le nom à l'affiche, qu'il soit lu par un juif, de droite à gauche, 
ou par un Canadien français, de gauche à droite, demeure toujours 
le même : LEON NOËL. 

Abbé Etienne Blanchard. 



L'action trançaige en Amérlqu» 

BUADE DE FRONTENAC 

De l'Épopée canadienne, en préparation. 



Le oomte de Frontenac est 
l'homme le plus remarquable 
qui ait représenté la Couronne 
de France dans le Nouveau- 
Monde. 

Francis P.\ukman. 



Ferme comme Québec sur non rocher immense 
Et franc comme l'épée attachée à son flanc, 
Buade, défenseur hardi du drapeau blanc. 
Gouverne les enfants de la \ouvelle-France. 

Uâpre colon chérit le rude vice-roi 
Que Colbert a choisi dans sa haute prudence. 
Et qui, le cœur gonflé d'ardeur et de constance. 
Saura toujours lutter pour l'honneur et le Droit. 

Défrichons et semons ! répète-t-il sans trêve. 
L'œil tourné vers la nuit des noirs fourrés dormants ; 
Et, sous l'effort fécond des pionniers normands. 
Partout la forêt croule et partout le blé lève. 

Ce paladin bronzé par les feux des bivouacs. 
Fait maréchal de camp dès sa prime jeunesse. 
Médite d'incarner sous nos deux la Nobles.ie 
Et d'immortaliser le nom des Frontenacs. 

Mystérieux amant des grands horizons mornes. 
Les soirs d'été, le long du large Saint-Laurent, 
Il marche au hasard, seul, distrait, subodorant 
Les sauvages senteurs des savanes sans bornes. 



19 



20 LE PARLER FRANÇAIS 

Le Rêve de «a flamme embrase son esprit. 

Alors devant ses yeux tout change et se transforme ; 
Et sur les bords qu ombraient le pin, l'érable et l'orme 
L'arbre saint dn Travail s'enracine et fleurit. 

Où le jonc se courbait se dresse la coupole 
Du palais orgueilleux qui se mire dans l'eau ; 
Le lourd trois-mâts sxiccède à l'esqtiif de bouleau, 
Et le campement fait place à la métropole. 

Dans des lieux parfumés du soxiffle d'Ariel 
S' élèvent des foyers d'art, de foi, de science. 
Où des milliers d'enfants qui chérissent la France 
Apprennent à servir la Couronne et l'Autel. 

Aux brises du Progrès, sous un ciel de légendes. 
Flottent les plis du vieux drapeau fleurdelisé ; 
Aux lèvres de l'Agnier soumis et baptisé 
Gazouille le parler des campagnes normandes. 



II 



Bénissant chaque jour Celui qui le guida 
Vers la zone que l'humble Évangile a conquise, 
L' Agricola nouveau prévoit et prophétise 
Un destin sans pareil pour son cher Canada. 

Ce chef, toujours hanté de la vaste espérance 
De fonder sous nos deux un empire français. 
Inspiré par Talon, fait de hardis essais 
Que toujours la Victoire appuie et récompense. 

La soif de l'inconnu l'obsède sans répit ; 
Et, pour répondre ait vœu de ce soldat-prophète. 
Les premiers — deux héros — Jolliet et Marquette 
Vont sillonner les flots dxi grand Mississipi. 

Grâce à lui, de La Salle, ivre d'un rêve épique. 
Commence presque seul des labeurs colossaux. 
Se laissant entraîner par le Père-des-Eaux 
D'un bras de V Illinois au golfe du Mexique. 



BUADE DE FRONTENAC 21 

Orâce à lui, le hardi pionnier Radisson, 
Devancier de nos plus fier x coureurs d'aventures. 
Fraye un dernier chemin au trafic des fourrures 
Au bord des lacs du Nord et de la mer d'IIudson. 

Du Luth, l' œil flamboyant d'énergie et d'audace. 
Poussé par ses conseils vers l'Ouest inexploré. 
Découvre tout un monde, et, craint et vénéré. 
Étend chez les Indiens le renom de la race. 



III 



Ami des laboureurs, cherchant à les unir 
Dans les champs arrosés par le plus beau des fleuves. 
Le Gouverneur se fait, dans les moments d'épreuves. 
Guerrier pour les sauver, prêtre pour les bénir. 

Nul obstacle ou revers ne rebute cet homme 

Qui, malgré son amour du sol laurentien. 

Sent toujours palpiter son cœur de patricien 

Pour la France et le Christ, pour Port-Royal et Rome. 

S'enfonçant dans la nuit morne des bois épais. 
Il ra fouler le sol d'insondables rivages. 
Et, désireux de plaire aux peuplades sauvages. 
Fume avec leurs sachems le calumet de paix. 

Pour faire prospérer la jeune colonie 
Et vénérer partout l'Église avec le Roi, 
Incessamment il met en action sa foi. 
Sa bonté, son ardeur, sa force et son génie. 

Bien qu'hostile parfois au noble et grand Laval, 
Qui veille avec un soin jaloux sur ses ouailles. 
L'inflexible envoyé de la cour de Versailles 
Reste son protecteur autant que son rival. 



22 LE PARLER FRANÇAIS 

Mais l'intrigue sournoise, aux replis de couleuvre. 

Auprès du Roi-Soleil perdra le Gouverneur ; 

Et ce soldat, rivant symbole de l'Honneur, 

Trahi par Duchesneault, •" doit suspendre son œuvre. 

Et la mer, qui l'avait porté tout radieux 
Vers les vastes forêts du nouvel hémisphère. 
Le verra retourner, des pleurs à la paupière, 
A la terre lointaine où, dorment ses aïeux. 

Et ses deux successeurs, Denonville et La Barre, 
Gouvernent sans rigueur, sans flair et sans souci, 
Laissant le Canada naissant à la merci 
De l'Anglais envieux et de l'Indien barbare. 

Plus d'un revers succède aux triomphants exploits 
Accomplis par les fils de la race divine. 
Et deux cents habitants du poste de Lachine 
Tombent, surpris la nuit, aux mains des Iroquois. 

Le pays est plongé dans une angoisse intense. 
Que la disette accroît de moment en moment ; 
Et devant les colons, devant leur dénûment. 
Le Peau-Rouge affamé redouble d'insolence. 

Pour apaiser ce monstre ivre de son succès, 
Pour ramener la paix sur nos plages bénies. 
Il faudrait un vaillant, un homme de génie. . . 
Et le Comte revient gouverner les Français. 

Le fardeau de la tâche est lourd à son épaule : 
Le Roi refuse toute assistance au héros . . . 
Malgré son abandon, sans cesse ni repos 
Il défendra le sol de la nouvelle Gaule. 

Il est un rédempteur aux yeux des pionniers. 
Et, pour vivifier en eux la confiance. 
Il ordonne, empressé, des travaux de défense 
Qui mettront Montréal à l'abri des Agniers. 



(1) Intendant de la Nouvelle-France. 



BqADE UK FRONTENAC 23 

Et ce soldat, vieilli, dont la vigueur s'altère. 
Jure de déployer des efforts triomphants 
Pour tenir en échec et vaincre les enfants 
De la Sauvagerie et ceux de V Angleterre. 

Et La Brosse, Mantet, Portneuf, Beauvais, Hertel, 
Vont traquer le Saxon par delà les frontières ; 
Et devant V I roquais Madeleine Verchères 
Ceindra son jeune front d'un laurier immortel. 



IV 



Malgré les attentats des hordes sanguinaires 

Qui guettent, nuit et jour, les Blancs pour les scalper, 

Le fer des défricheurs ne cesse de frapper 

Les hauts arbres rugueux des fourrés centenaires. 

Or, pendant qu'aux rayons fécondants du Progrès 
Les grands bois canadiens croulent sous la cognée. 
L'amiral anglais Phipps menace la poignée 
Des fiers Normands groupés au bord de nos forêts . . . 

Vingt vaisseaux sont mouillés tout près de l'estuaire 
Que domine le roc sourcilleux de Québec, 
Où Frontenac, debout comme un vieux héros grec. 
Attend, presque sans pain et sans apprêts de guerre. 

Sûr qu'en son dénûment la ville doit — le sot ! 
Se rendre comme ont fait les forts de VAcadie, 
Où. sa 7nain promena le vol et l'incendie. 
Il veut y pénétrer sans en faire l'assaut. 

Il prétend abhorrer, marin humanitaire. 

L'effusion du sang, et, pour négocier 

Une entente, le jeune et naïf officier 

Vers le Comte dépêche un vieux parlementaire. 

Les assiégés ont mis à cet homme un bandeau 
Qui lui cache mortiers, fossés et barricades. 
Et par de longs détours, de rudes escalades. 
Le conduisent auprès de Buade au Château. <" 



(1) ChAteau Saint-Louis 



24 LE PARLER FRANÇAIS 

Et, le bandeau tombé de ses yeux, l'émissaire 
Voit de nombreux soldats autour du commandant. 
Il hésite, il s'émeut, mais il lit cependant 
Un document aussi maladroit qu'arbitraire. 

A l'envoyé sommant ces hardis compagnons 
De se rendre à l'instant, l'immortel dignitaire 
Jette, l'éclair aux yeux, cette parole altière : 
— Je répondrai par la bouche de mes canons! 



Phipps envoie, en aval, sur la grève déserte 
De Beauport, deux milliers de conscrits courageux. 
Ceux-ci longent déjà de grands marais fangeux 
Pour aller attaquer les Français en alerte. 

Les conscrits, qui verront pour la première fois 
Le feu des combats, vont d'une allure incertaine. . . 
Et Frontenac contre eux fait marcher Sainte-Hélène "> 
A la tète de trois cents fiers coureurs des bois. 

Derrière les rochers, les tertres et les souches. 
Se cachant pour tirer, comme font les Indiens. 
Tantôt debout, tantôt rampant, les Canadiens 
Déciment les Anglais éperdus et farouches. 

Cependant les plus vieux soldats du bataillon 
Ripostent hardiment, magnifiques d'audace. 
Avec la fermeté stoïque de leur race. 
Avec r acharne r,ie7it de l'aigle et du lion. 

Commandés au hasard par un chef presque inculte. 
Qui brave un ennemi qu'on ne voit nulle part. 
Ces vaillants, s'avançant comme un vivant rempart. 
Tout à coup lâchent pied dans un affreux tumulte. 

Et l'officier resté, malgré tout, calme et froid. 
Cherche à les rallier, et bientôt les arrête . . . 
Mais sous le plomb qui siffle et crisse sur leur tète 
Ils fuient encor, frappés d'un invincible effroi. 



(1) Un des Macchabées de la Nouvelle-France, frère d'Iberville, de Bienville, 
de Maricourt, etc. 



BUADE DE FRONTENAC 26 

Et Phipps, témoin lointain de cette reculade. 
En quoi son œil a cru voir un premier échec. 
Dirige ses plus gros navires vers Québec 
Et leur fait jeter l'ancre au milieu de la rade. 

Mais, avant qu'aux sabords ait flamboyé l'enfer. 
Du haut du bastion l'audacieux Buade, 
Toujours sur le qui-vivc et prompt à la parade. 
Déchaîne sur l'escadre un ouragan de fer. 

Chaque vaisseau répond à cette canonnade. 

Qui rompt tout : mât, hauban, vergue, hune, beaupré. . . 

Cependant les boidets de Phipps exaspéré 

D'obscurs logis à peine éraflent la façade. 

Maintenant les mortiers avec plus de fureur 
Sur la flotte aux abois vomissent la mitraille ; 
Et les mille clameurs sans nom de la bataille 
Font frémir les forêts d'une indicible horreur. 

De retour aux remparts, le vaillant Saint-Hélène', 
Tireur prodigieux, artilleur sans égal. 

S'évertue à couler le navire-amiral, • 

Et chacun des obus pénètre la carène. 

SoJts le feu qui jaillit du bronze rugissant 

Le pont troué s'embrase et flambe comme forge. 

Le mât d'artimon croule, et la croix de Saint-George 

Déjà dérive au fil des flots rougis de sang. 

Impuissant à tenir devant la forteresse 
Qui, lançant rincendie et la mort aux vaisseaux. 
De sinistres débris couvre partout les eaux 
Et par douzaine abat les marins en détresse. 

Brusquement l'amiral hisse le drapeau blanc. 
Lève l'ancre et s'apprête à s'éloigner du havre. 
Alors que l'eau du fleuve, entraînant maint cadavre. 
Envahit son navire incliné sur le flanc. 



26 LB PARLER FRANÇAIS 

Et comme, vers la nuit, disparaissent les voiles 
Cinglant vers l'infini brumeux de l'Océan, 
Entonné par Québec sur son rocher géant. 
Un ardent Te Deum monte vers les étoiles. 



VI 



Le pays est sauvé. Cependant, obstiné, 
S'alliant à l'Agnier sanguinaire et rapace. 
Les yeux vers Montréal, l'Anglais déjà menace 
De combattre à nouveau le Français ruiné. 

Dans les murs d'Albany conspire la Vengeance ; 
Et bientôt, s' avançant à travers les forêts. 
Aux portes de Long-ueil, Schuyler sur les guérets 
Assaille nuitamment les colons sans défense. 

Mais, pendant que le sang inonde les sillons 
Sous un feu meurtrier qui de partout fulmine, 
L'altier Valrenne accourt, repousse et dissémine 
Les lâches agresseurs de ces preux en haillons. 

Encore ivre des bruits de l'airain sourd qui gronde, 
Buade, patriote et soldat sans rival. 
Rêve d'anéantir le grand pouvoir naval 
Menaçant d'écraser la France au Nouveau- M onde. 

Alors il tend le bras vers les côtes d'Hudson. . . 
Et, suivi par un groupe aussi hardi qu'habile. 
L'intrépide marin Lemoyne d'Iberville 
Va sur l'onde polaire attaquer le Saxon. 

Et sur le Pélican, frêle et chétif navire. 

Il combat avec fougue, adres.se, tact, aplomb. 

Force le Hudson Bay à baisser pavillon, 

Met le Derring en fuite et coule le Hampshire. 

Dans d'autres eaux, toujours gxiidé par Frontenac, 
Qui voudrait dominer la mer jusqu'au Mexique, 
De vingt vais.seaux puissants le Jean Bart d' Amérique 
Détruit le dernier mât et le dernier tillac. 



BUADE DE FRONTENAC 27 

VII 

Pour calmer le pays constamment dans les transes. 
Le Comte, restaurant les forts laurentiens. 
Avec maintes tribus d'indiyènes chrétiens 
S'efforce de notier un faisceau d'alliances. 

Les Indiens adoucis et les Saxons défaits. 
Au sein de régions sans bornes, où naguère 
Résonnait le clairon monstrueux de la guerre. 
Il devient le suprême arbitre de la paix. 

Il porte la lumière aux ténébreux parages 
Que nul rayon d'espoir n'avait su pénétrer. 
Comme Dupleix dans l'Inde, il se fait vénérer 
Par les chefs les plus fiers des peuplades sauvages. 

Il brise le pouvoir du cruel Iroquois 
Qui si longtemps servit la cupide .Angleterre, 
Et, violant des bois le farouche mystère. 
Fait partout rayonner les lis d'or et la croix. 

Il lutte, il civilise, il rend nos bords prospères. 
Du lustre de son œuvre éblouit ses rivaux ; 
Et chaque fois que l'on évoque les travaux 
Accomplis sur le .wl canadien par nos pères. 

On voit briller son nom parmi les plus grands noms. 
Près de Phipps menaçant on croit encore l'entendre 
Redire à l'envoyé le .sommant de se rendre : 
— Je répondrai par la bouche de mes canons! 

W. Chapman. 



VOCABULAIRE FliAMJAIS-AÎNGLAIS 

DE LA PAUME AU FILET (lawn tennis) 



Si notre vocabulaire savant est abondamment fourni, notre 
vocabulaire sportif est assez maigre. Que cet état de choses puisse 
être amélioré, il n'y a aucun doute. 

Le Cercle du Parler français, du Séminaire de Saint-Hyacinthe, 
qui a si heureusement trouvé et mis en circulation les termes fran- 
çais du jeu national des Américains et ceux du principal jeu d'hiver 
des Canadiens (V. le Bullrtin de novembre 1908 et 1909, et d'avril 
1909), mérite bien des félicitations pour sa très raisonnable croisade 
contre l'emploi des termes anglais dans les jeux. 

C'est pour continuer cette louable campagne que le Parler 
français publie aujourd'hui un nouveau vocabulaire sportif. 

La « paume au filet » {lawn-tennis) en fournit la matière. 
Voyons d'abord l'origine française de. ce jeu. Puisse-t-elle contri- 
buer à changer l'opinion de ceux qui prétendent que cet amusement 
est de provenance toute anglaise ! Ce préjugé a, en très grande part, 
aidé à développer, chez les « paumiers-», la regrettable tendance de 
se servir au jeu des expressions étrangères à notre langue. 

La « paume au filet )) (Cf. Dictionnaire des Connaissances prati- 
ques, par E. Bouant, Paris, Librairie Armand Colin, 1909 ; Ency- 
clopédie des Sports, Jeux de Balle, sous la direction de M. Philippe 
Daryl, Paris, 1894, page 177, article de M. Gaston Fournier ; aussi 
le Code de la Vie, par Grand'Mère Annette, édition 1910-1911, page 
630) est une forme remaniée du jeu de paume. Elle constitue un 
intermédiaire entre la courte paume en édifices clos et la longue 
paume en plein air. 

Voici ce que dit à ce propos M. J.-J. Jusserand, dans Les Sports 
et Jeux d'Exercice dans Vancienne France, Paris, 1901, page 204 : 

« Quant à la filiation française du lawn-tennis, qui ne fut pas 
longtemps connu sous son nom de baptême, elle n'est ni discutable 
ni discutée ; c'est un dérivé de notre jeu de paume. Dans sa de- 
mande de brevet, le major Wingfield le définissait : « Cour trans- 
portable, nouvelle et perfectionnée, pour jouer l'ancien jeu de 
paume. » "' Tous ses termes et procédés rappellent cette origine ; 
on compte à la française par quinze, trente, deuce (forme bâtarde 
de « à deux » ), « avantage de jeux », manière de compter pour 

28 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS 29 

laquelle nos ancêtres avaient découvert une origine astronomique. <«> 
On tire le service à la française, au moyen, disait l'Académie Royale 
des Sciences, parlant de la paume, d'une (( raquette jetée en l'air », 
avec l'exclamation « droit » ou « nœud », qui correspond à « rough » 
ou « smoufh » du lawn-tennis. Le mot « tennis », d'ailleurs, est 
lui-même d'origine française et s'écrivait primitivemetit tenetz ; <" 
autrement dit : « Tenez ! » cri d'appel du serveur, « accipe ! ex- 
cipe ! » disaient Erasme et Cordier en leurs Dialogues. » 

D'autre part, M. J.-M. Heathcote, dans The Badminton Library, 
Tennis », édition 1903, Londres, page 12, dit qu'aucune recherche 
étymologique n'a découvert l'origine du mot « tennis ». On a pré- 
tendu que ce terme pouvait être dérivé de Tennois ou Sennois, dans 
la Champagne, en France, là où il était dit que l'on pratiquait ce 
jeu. Skeat suggère le mot grec « tœnia », un ruban, une bande. 
Ceci serait un équivalent de la corde ou la frange dessus laquelle la 
balle était lancée dans les premiers jours de la « giuoco délia corda ». 
D'autres maintiennent que le mot « tennis » vient du fait qu'autre- 
fois cinq concurrents de chaque côté (c'est-à-dire « ten ») étaient 
engagés dans ce jeu. M. Heathcote n'admet pas la probabilité 
de l'emprur.t au français par ses ancêtres du terme en question. 

Devant ces hypothèses, il semble préférable d'accepter les affir- 
mations de M. Jusserand, qui connaissait déjà l'ouvrage de M. 
Heathcote lorsqu'il publia le sien. 

La conclusion de ce qui précède est toute trouvée dans le para- 
graphe suivant du livre de M. Jusserand. 

« Souhaitons donc bonne chance et prospérité à ce jeu, un des 
plus salutaires, des moins encombrants, des plus aisés qui soient à 
installer. On pourra s'y livrer sans scrupule, d'abord parce qu'il 
est sain et bienfaisant, ce qui devrait être une raison suffisante ; 
ensuite, parce qu'il n'est pas tellement étranger par ses origines qu'il 
puisse porter ombrage aux censeurs les plus exigeants. » 



(1) The Badminton Library of Sports and Pastimes, Lawn Tennis, par C. G- 
Heathcote. 4e éd., Londre.s, 1897, p. 136 : « .\ new and improved portable court 
for playing tlie ancieiit game of tennis.» 

(2) « 11 faut premièrement estimer que ceux qui ont mis en usage cette ma- 
nière de compter le jeu de paume pAr quinze pris quatre fois, comme dit est, n'ont 
point choisi ce nombre de quinze entre plusieurs autres sans quelque bonne raison. 
Certainement ils eussent pu au.ssi bien prendre quelque autre nombre plus petit. . . 
Or, les hommes doctes en Astronomie connaissans bien qu'un signe physic (qui 
est la 6e partie d'un cercle) est divisée par imagination en 60 degrez, suivant celle 
raison sexagénaire, ils peuvent dire que cette manière de compter le jeu de paume 
a été instituée suivant icelle raison sexagénaire.» La maison des jeux. 1668, p. 178 
(reproduisant la Déclaration des deux doutes, par Go.ssclin, 1579, souvent réimprimée). 

(3) C'est ce qu'a montré, après que la question fût demeurée longtemps 
douteuse, M. Skeat (Athenœum, 4 avril 1896), qui cite un vero de Gowcr, de l'année 
1390 ou 1400 : 

Off the tenetz to winne or lèse a chase. 



30 LE PARLER FRANÇAIS 

LA PAUME AU FILET — LAWN TENNIS 

I. LE TERRAIN ET SES PARTIES 

Couloirs, corridor Alley 

Lignes de fond, limites Base Unes 

Cours ou cour ('), jeu Court 

Cours, carrés droits et gauches Courts (Right and left) 

Demi-cours Half-court 

Ligne de demi-cours Half-court Hue 

Ligne de filet Middle Une 

Lignes, raies de service, tirés Service Unes 

Lignes de côté, raies Side Unes 

Lignes de côté de service Side Unes (Interior) 

Tribune Stand. 

IL LES POSITIONS 

A — Extérieures. 

Amateur, enthousiaste Fan (fanatic) 

Juge de ligne, de place Footfavlt judge, Unesman, Une 

u mpire 

Juge-arbitre Référée 

Marqueur Scorer 

Arbitre Umpire 

B — Intérieures. 

Foncier, demi-volée «) Back player, base liner, base 

Une player 

Paumier Laum-tennis player 

Cordier, volée '»' Net player, volleyer 

Servant, serveur, lanceur, pre- 
mier .Serrer 

Chouette '« Single player 

Relanceur, renvoyeur, second .... Striker-ovt 



(1) C'est improprement que certaines personnes disent « cours » pour tra- 
duire le mot anglais « court ». l'n « cours » est une promenade. La paume au 
filet se joue sur une « cour ». (V. Encyclopédie des Sports, Jeux de Balle, note en 
bas de la page 178). . „, 

(2) On dit vn demi-volée, un volée, comme on dit un garde française. Cf. 
Encyl. des Sports, p. 63 . , . 

(3) Nom donné au joueur qui joue seul contre deux, dans une partie a trois. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS 31 

III. LES ACCESSOIRES 

Arrière-filet liackstop 

Valise, trousse Bag ( Tennis) 

Balle Bail 

Taquet Cleat 

Traceur, marqueur, chariot mar- 

(|ueur Marker 

Marqueur à sec, marqueur liquide. Marker {Dry or wel) 

.leux tl'angles Marking plates 

Ruban marqueur, tracé de jeu Marking tape 

Filet y et 

Fourciie ceutrale Venter fork 

Régulateur Venter xtrap 

Cable en fil d'acier galvanisé Galvanized steel cable 

Filet goudronné Tarred net 

Bouclcteau Turn-bucklet 

Bâtons, poteaux, montants Net-posts, pôles, postt 

Axe Axle 

Base Base 

Supports Brackets 

Appliques-contreforts Bracket traces 

Man<']ion d'engrenage Vlutch 

Roue dentée, endentée, roue d'en- 
grenage Cog-wheel 

Pieds Feet 

Cordes de support Guy-ropes 

Piquets Pegs 

Poulie Pulley 

Rochet, cliquet Raichet 

Dévidoir, molette Réel 

Douille Socket 

Tendeur Spamier 

Pal, fiche Stake 

Vis sans fin Worm screw 

Chevilles Pins 

Raquette Racket 

Lame Blade 

Cadre, armature Frame 

Boyau Gut 

Préservatif-boyau Gut-preservalive 

Manche Handle 

Manche-étui ^ Handle cover 



32 LE PARLER FRANÇAIS 

Tête Head 

Étui à raquette Racket cover 

Presse-raquette Racket press 

Renforcement Reinforcement 

Recorder Restring ( To) 

Droit (côté) Rough 

Épaule Shoulder . 

Nœud (côté) Smooth 

Cordier, recordeur Stringer 

Cordage Stringing 

Ruban gommé Tape 

Épaules ligaturées Taped shoulders 

Gorge Throat pièce 

Gorge creuse, abaissée Depressed throat pièce 

Livret de pointage Score book 

Feuillet de pointage d'arbitre Scoring nheet {Umpire's) 

Tableau de pointage Scoring tree 

Crampons (de tracé de jeu) Staples 

Siège d'arbitre Umpire chair 

IV. LE JEU 

Point -4ce 

Avantage Advantage, raniage, vanfaggio 

Avantage des jeux Advantage game 

Arrière-main, revers . Back-hand 

Coup d'arrière-main Back-hand stroke 

Demi-volée d'arrière-main Back-hand half-rolley 

Volée d'arrière-main Back-hand rolley 

Jeu de fond Back Une play 

Balle en ow au jeu Bail in play 

Balle de service Bail served 

Coup coupé, balle coupée, la 

coupe t-wi 

Couper, doubler la balle Cvt the bail ( To) 

Donner, tirer le service Deliver the serrice ( To) 

A deux Deuce 

Jeu double Doubles, doubles game 

Partie nulle, point à point Draw 

Coup de longueur Drive 

Chasser la balle Drive the bail ( To) 

Chasseur Driver 

Volée de longueur Drive volley 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS 33 

Faute, balle fautive Fault 

Finale Final 

Premier coup, quinze First siroke 

Flottante Floater 

Avant-main Fore-hand 

Demi-volée d'avant-main Fore-hand half-volley 

Couj) d'avant-main Fore-hand utroke 

Volée d'avant-main Fore-hand volley 

Partie double Four-handed ou double game 

Jeu Game 

A deux de jeux Games ail 

Demi- volée Half-volley 

Jouer à l'entre-bond ou demi- 
volée Half-volley ( Ta) 

Avantage Handicap 

Partie combinée Handicap match 

Avantageur Handicapper 

Repaumer la balle Hit the bail ( To) 

Défaut Hole 

Tuer la balle Kill the bail ( To) 

Coup «à remettre», «à retirer» . . . Let 

Chandelle Lob 

Faire une chandelle Lob ( To) 

Rien Love 

Joute Match 

Partie double mixte, mixte dou- 
ble Mixed double 

Partie simple mixte Mixed single 

Balle mise dessous Net bail 

Jeu de filet Net game 

Placer Place (To) 

Relever le service Return the service ( To) 

Manche Ralley, rest 

Monter le résultat à Riin the score to ( To) 

Coup de sûreté Save 

Résultat, pointage Score 

Marquer Score ( To) 

Marquer un point Score a game (To) 

Partie « but à but » Scratch game 

Rayer Scratch (To) 

Balle doublée Second bound bail 

Second point, trente Second stroke 

Service, tiré, attaque Serve, service 



34 LK rAi:i.i:i! ritASÇAis 

Servir, tirer, primer, donner le 

service, tirer le coup de service. . Serve ( To) 

Mettre dessous Serve the bail in the net ( To) 

Mettre dessus Serve the bail over the net ( To) 

Jeux d'une partie Set 

Côtés, camps Sides 

Simple, jeu simple Single, single game 

Coup écrasé Smash 

Écraser Smash ( To) 

Jeter, faire sauter la raquette .... Spin the racket ( To) 

Relance Strike-out 

Renvoyer, relancer, relever, re- 
pousser Strike-out ( To) 

Coup Stroke 

Empaumer la balle Stroke the bail ( To) 

Relever une balle fautive Take a fault ( To) 

Troisième coup, quarante Third stroke 

Choix, tirage du service Toss 

Tirer le service Toss ( To) 

Coup tourné Twist 

Partie tête à tête Two-handed ou four handed game 

Volée Valley 

Prendre, rattraper, chasser la balle 

de volée Voïley the bail {To) 

Ouvrages consultés : 

Dictionnaire des Connaissances pratiques, par E. Bouant, librairie 
Armand Colin, Paris, 1909. 

Dictionnaire des Dictionnaires, /SMppiémen< par Mgr Paul Guérin, 
Librairies- Imprimeries Réunies, 1895. 

Dictionnaire Nouveau Larousse illustré. 

Encyclopédie des Sports, Jeux de Balle, sous la direction de M. 
Philippe Daryl. 

La Grande Encyclopédie, par une Société de Savants et de gens 
de lettres. 

Lawn-tennis, par M. Paul Champ, bibliothèque Larousse. 

Les Sports modernes illustrés, sous la direction de P. Moreau 
et G. Voulquin ; collection in-4° Larousse. 

Les Sports et Jeux d'Exercice dans l'ancienne France, par J.-J. 
Jusserand, Paris, 1901. 

Sports Athlétiques, par Ern. \Yeber, Paris, Garnier Frères, 1905. 

Alfred Verreault. 



i 



UNLIVI{K(:ONTI{KL\|{f:V(ILlTI(IN<" 



Le R. P. Michel Tamisier, S. J., bien connu du jjuhlic québécois, 
a publié, chez Lethielleux, un ouvrage dont il nous tardait de 
dire un mot à nos lecteurs. L'idée révolvtionnaire et les utopies 
modernes, tel est le titre de cet ouvraj^e, dont le but est d'éclairer 
les esprits sur l'action néfaste des principes révolutionnaires. 

Il est évident que l'auteur s'est efforcé de pré.senter, en un 
volume, la synthèse des erreurs de la Révolution et de leurs consé- 
quences, désastreuses pour l'individu et pour la société. Dans ce 
but, le P. Tamisier commence par exposer que l'idée révolutionnaire 
fondamentale, l'idée-mère de la Révolution, c'est le sophisme de 
Rousseau sur la bonté native de l'homme : idée qui entraîne la 
négation du péché originel et qui détruit, par la base, tout l'édifice 
surnaturel de la grâce et du salut. L'homme se suffit donc à lui- 
même, d'après Rousseau et ses disciples, et, cette fausse conception 
excluant logiquement Dieu de la vie humaine et de la vie sociale, 
la Révolution proclame, en s'appuyant sur Rousseau, les droits de 
l'homme au détriment des droits de Dieu, qu'elle ignore, d'abord, 
et qu'elle méprise, ensuite. 

Par sa négation de l'autorité divine, la Révolution émancipe 
l'homme de tout contrôle et fait de chacun des membres de la société 
humaine son maître absolu. La haine de toute autorité, voilà donc 
le trait distinctif du vrai fils de la Révolution, « qui est nécessaire- 
ment, dit avec raison le P. Tamisier, républicain, démocrate, égali- 
taire, socialiste, laïque, anticlérical, pacifiste ». Avec la même rigou- 
reuse logique, l'auteur rappelle que la théorie révolutionnaire des 
droits de l'homme « a pour corollaire le droit des nationalités à dis- 
poser librement d'elles-mêmes, en attendant que la République 
universelle ait transformé l'humanité en une immense association 
de frères. » C'est l'utopie désastreuse, anticatholique, du principe 
des nationalités, qui proclame le droit à l'indépendance de toute 



(1) M. Tamisier, S. J. — L idée révolutionnaire et les utopies modernes. — Paria, 
Lethielleux. 

86 



86 t» PABLBR FRANÇAIS 

nationalité, sans tenir compte des droits souverains, de l'autorité 
sociale, utopie qui n'est qu'une conséquence logique du principe de 
la souveraineté populaire, l'une des maximes fondamentales de la 
Révolution, laquelle s'est toujours vantée de rendre les peuples 
« majeurs ». 

Dans son chapitre sur « l'idée révolutionnaire et la sécularisa- 
tion de l'État », le P. Tamisier nous montre la tyrannie qui règne 
nécessairement chez une nation émancipée, alors qu'à l'autorité 
légitime de Dieu, niée et bafouée, se substitue la suprématie de 
l'État dans tous les domaines de l'action et de la pensée. « Une 
nation est majeure, écrit-il, qui réalise sur le terrain social le grand 
principe révolutionnaire, l'indépendance et le culte de l'homme. 
Dans une telle nation, assurément, l'État n'est plus en tutelle, car 
il est tout, car il est Dieu, et c'est lui qui courbe le reste sous son joug 
d'airain, y compris les consciences. Ses lois et ses décrets ne se 
discutent pas, puisqu'il n'y a pas de norme supérieure, pas de loi 
éternelle auxquelles vous puissiez les comparer. Dès lors, prononcer 
qu'une loi de l'État est injuste, c'est prononcer un non-sens. N'est- 
ce pas elle-même qui fait qu'un acte est juste ou injuste, bon ou mau- 
vais, méritoire ou punissable. » 

Ici, nous aurions aimé voir le P. Tamisier rattacher cet énor- 
mité de l'État créateur du juste et de l'injuste à cette grande erreur 
sociale de la souveraineté populaire, laquelle est fondée sur l'idée 
maîtresse de la Révolution, l'égalité. C'est « l'expression de la 
volonté générale », suivant le mot même de Rousseau, qui fait 
la loi et la moralité de la loi, et c'est parce que tous les hommes ont 
été proclamés égaux par la Révolution, que, d'après le droit révolu- 
tionnaire, le critère suprême de la moralité des lois réside, non dans 
la loi naturelle, ni dans la loi éternelle, mais dans la volonté du 
peuple souverain. 

Avec la suprématie de l'État en tout, le P. Tamisier nous montre 
qu'on ne peut aboutir qu'à la laïcisation de la société, qui n'est rien 
autre chose qu'une apostasie collective : laïcisation de la morale, 
de l'école, de la famille. Sur ces graves sujets, l'auteur a écrit des 
pages excellentes, qui sont peut-être les meilleurs chapitres de son 
livre. Nous permettra-t-il, cependant, d'exprimer ici le regret 
qu'il n'ait pas consacré un chapitre à la tentative de laïcisation de 
l'Église elle-même par la législation des associations cultuelles, qui 
trompa un certain nombre de catholiques, trop imbus de libéralisme 
pour voir dans ces comités laïques, chargée de régir les églises sans 
tenir compte de l'autorité épiscopale, la réalisation du principe de la 
souveraineté populaire et de l'idée maîtresse de la Révolution, 



UN LIVRE CONTRE LA RÉVOLUTION 37 

l'égalité, qu'on voulait im|>lanter au sein même de l'Église, pour la 
ruiner plus sûrement. 

Dans des cha|)itres subséquents, le P. Tamisier nous montre le 
ronumtisme, le féminisme et le divorce, la dissolution des Congré- 
gations religieuses, l'humanitarisme, le socialisme et le sillonisme 
comme autant de courants de l'idée révolutionnaire. Il consacre, 
aussi, un- chapitre à la chimère anarchique de Tolstoï. Un épilogue 
sur « ce qu'il y a au fond du Kulturkampf moderne », qui clôt le 
livre, constitue, avec les chapitres analysés ou signalés plus haut, 
ce qu'on pourrait appeler la critique faite par le P. Tamisier de la 
doctrine et de l'œuvre révolutionnaires. 

Trois études de son ouvrage, « la solution du cas social par 
l'Eglise ». la « signification antirévolutionnaire de rai)i)arition de 
Lourdes » et le surnaturel du patriotisme de « Jeanne d'Arc » 
opposée à « la Révolution », semblent plutôt destinées, dans la 
pensée de l'auteur, à montrer la force antirévolutionnaire et saine- 
ment sociale du catholicisme. Le chapitre sur Lourdes nous a 
paru être le meilleur de cette série. 

Dans « la solution du cas social par l'Église », le P. Tamisier 
paraît peut-être trop préoccupé, pour les mieux réfuter, sans doute, 
d'analyser les revendications, souvent fausses et démagogiques, 
du monde ouvrier. De même, dans ses deux chapitres sur le socia- 
lisme et le sillonnisme, dans le dernier surtout, ses développements 
trop riches sur « l'exaspération du prolétaire », d'où serait née l'erreur 
socialiste, et sur la « noble entreprise » de Marc Sangnier et de ses 
disciples, où il s'agissait de « créer » les « assises morales » qui ne 
se trouvent pas dans le monde contemporain, « de faire circuler à 
travers les masses profondes du peuple un large courant de géné- 
rosité et de dévouement », « d'y former des consciences capables 
de supporter le merveilleux édifice d'une Démocratie complètement 
émancipée », ces développements, trop généreux, dis-je, sont plutôt 
de nature à affaiblir notablement la portée des arguments que le 
P. Tamisier apporte ensuite, pour réfuter ces erreurs, que l'auteur 
est heureux de condamner avec l'Église. Le style oratoire, d'ail- 
leurs, n'est pas toujours synonyme de précision, et ses richesses, 
parfois un peu touffues, peuvent nuire à la cause qu'on défend, sur- 
tout quand elles habillent l'erreur, même celle que l'on veut réfuter. 
Le P. Tamisier serait, sans doute, le premier à regretter que le lec- 
teur d'un ouvrage destiné à faire du bien, comme le sien, prît, par 
erreur, pour de la sympathie à l'égard des « rêves » du Sillon, la 
richesse des ornements que l'auteur prête au langage dans lequel il 
les traduit. Et l'auteur serait aussi le premier à protester et à rap- 
peler au lecteur, un peu grisé peut-être, les nobles et fermes paroles 



38 LE PARLER FRANÇAIS 

qui terminent son chapitre sur le Sillonnisme : « Nous avons un 
exemple des terribles déviations que peut entraîner le simple refus 
de se laisser diriger, même sur le terrain économique et politique, 
par le seul magistère infaillible que Dieu ait institué sur la terre. 
Faisons-en notre profit, et que ce mémorable échec d'efforts généreux, 
mais mal orientés, nous rende de plus en plus facile et de plus en 
plus joyeuse notre docilité à la parole du Représentant visible de 
Celui qui est, dans le temps comme dans l'Éternité, la Voie, la Vérité 
et la Vie. » 

L'ouvrage du P. Tamisier sera certes intéressant et instructif à 
consulter pour ceux qui veulent mener, contre l'idée révolution- 
naire et contre le laïcisme qui en découle, et qui est déjà implanté 
chez nous, les bons combats de la vérité. 

A. H. 



GLANUHES 



CONTRE REMBOURSEMENT 
C. O. D. — C. R. 



Le dernier fascicule du Parler français contient, à la page 462, 
les lignes suivantes à propos de l'équivalent français des mots 
C. O. D. (Cash on Delivery) : 

« A la page 390, la Ligue des Droits du français a traduit 
« C. O. D. » par « payable sur livraison ; » à la page 313, M. l'abbé 
Blanchard a traduit « expédié C. O. D. » par « expédié C. R. » 
(contre remboursement). La Ligue me paraît avoir raison, et M. 
l'abbé Blanchard n'avoir pas tort. « C. O. D. », c'est ou bien 
« payable sur livraison )> ou bien — mieux peut-être — « remise 
contre remboursement ». 

J'ignore si l'expression « payable sur livraison » est usitée en 
France ; je ne l'ai entendu dire par personne ; je ne l'ai lue nulle 
part ; je ne l'ai trouvée dans aucun catalogue. En revanche, je 
trouve : 

1° Dans le catalogue de « La Belle Jardinière », Paris : 
« CONTRE REMBOURSEMENT » 

« Nous prenons également à notre charge, à partir de 25 
francs, les frais d'encaissement des envois contre remboursement. » 

2° Dans le catalogue de la Société Anonyme Française 
« Kodak » : 

« Aucune marchandise ne peut être expédiée en gare, en exécu- 
tion d'un ordre télégraphique, à moins d'être payée d'avance ou 
envoyée contre remboursement. » 

3° Dans le Tarif-album de la Manufacture française d'Armes 
et Cycles de Saint- Etienne : 

a) « Les commandes non accompagnées de leur montant sont 

39 



40 LE PARLER FRANÇAIS 

toujours, sauf indications spéciales pour le paiement, expédiées 
d'office contre remboursement », (p. 20). 

b) « Ces colis s'expédient ordinairement en port dû. Ils peu- 
vent s'expédier contre remboursement moyennant un droit propor- 
tionnel », (p. 25). 



Il y a deux autres expressions anglaises concernant l'expédition 
des marchandises dont on trouve l'équivalent français dans le dic- 
tionnaire Larousse au tableau des Abréviations diverses. C'est 
« collect » et « O. K. » qui se traduisent, le premier par P. D. 
(port dû), et le second par P. P. (port payé). 

C. R. (C.O.D.) signifie que l'acheteur doit payer sur livraison 
non seulement le port, mais le prix de la marchandise. 

P. D. (collect) veut dire que le port seul est à payer par le desti- 
nataire. 

P. P. (O.K.) indique un colis sur lequel il n'y a rien à payer, 
ni le port, ni la marchandise, ou encore, un colis dont le contenu a 
été vérifié. 

Abbé Etienne Blanchard. 



LEXIQUE 

CANADIEN-FRANÇ.IS 

(Suite) 



Majescule {majèskul) s. f. 

Il Majuscule. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier. 

Majiscule (majisfçul) s. f. 
Il Majuscule. 

Major (majbr) s. m. 

Il Faire son major = être autoritaire. 

Mal (mal) s. m. 

1° Il (En parlant des personnes). Mal caduc, haut mal, 
épilepsie. Ex. : Tomber d'un mal, tomber de son mal = être épilep- 
tique, tomber du haut mal. 

DiAL. Id., Bas-Maine, Dottin ; Normandie, Dubois, Maze, 

2° Il (En parlant des animaux). Attaque épileptiforrae. 

3° Il Beau mal = affection utérine. 

Vx FR. Beau mal = épilepsie, Du Cange. 

Maladret' {màladrèt) adj. 

Il Maladroit. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier. — Maladrait = m. s., Norman- 
die, Maze ; Centre, Jaubert ; Bas-Maine, Dottin. 

Malaise (màlè:z) s. t. 

Il Difficulté. Ex. ': Il a eu ben du malaise à bâtir c'te bicoque- 
là = Il a eu beaucoup de difficulté. . . 

Dial. Malaise, m. s., dans l'Anjou, Verrier. 

41 



42 LB PARLER FRANÇAIS 

Mal amain {mal amè) adj. 

1° Il Désobligeant, peu complaisant. 

2° Il Incommode, désavantageux, d'un accès difficile. Ex. : 
La maison est loin du chemin, c'est malamain. 

3° Il Difficile à conduire, à commander. Ex. : Ce cheval, cet 
enfant est malamain, il n'obéit pas. 

Fr.-can. Cf. Amain, désamain, mal à la main. 

Malaucœureux (màlôkœré), malaucureux (màlô^urâ), mal- 
écœreux {màlêkéré) adj. 

Il Qui éprouve facilement des maux de cœur. 

DiAL. Malaucœureux =* dégoûtant, dégoûté, facile à dégoûter, 
Normandie, Dubois, Moisy ; — qui a facilement mal au cœur, 
Normandie, Moisy ; — malocœvreux, m. s., dans le Bas-Maine, 

DOTTIN. 

Fr.-can. Potier a relevé malocœureux, sujet aux maux de 
cœur, à Lorette, 1745. 

Malavenant (màlavna) adj. 

Il Peu agréable dans ses manières. 

Mal attelé {mal ailé) adj. 

1° Il Qui a un cheval maigre, etc. 

2° Il Mal marié. 

3° Il Engagé dans une mauvaise affaire. 

Malbouroug {malhuru) s. m. 

Il Monnaie ancienne, liard double, valant la moitié d'un sou. 
Fr.-can. Relevé par Potier, au Détroit, 1744. 

Malcommode {màlkbmbd) adj. 

1° Il Incommode. Ex. : Un outil malcommode, un logement 
malcommode. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier. 

2° Il Acariâtre, peu endurant, d'humeur maussade, indocile ; 
(enfant) tapageur. 

DiAL. Id., dans le Bas-Maine, Dottin ; l'Anjou, Verrier ; 
la Normandie, Maze, Moisy. 

3° Il (Enfant) dissipé. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 4'i 

Malcompris (màlkôpri) s. m. 
Il Malentendu. 

Malcoucheux (màlffueâ) s. m. 

Il Mauvais coucheur, celui qui trouble le sommeil de son com- 
pagnon de lit. 

Maldire {niàl4i:r) v. intr. 

Il Médire. Ex. : Il passe son temps à maldire de tout le monde. 

Maldonne (màldbn) s. f. 

Il Malchance, mauvaise aventure, malheur. 
DiAL. Id., Normandie, Delboulle. 

Malencœreux (màlàkâré) adj. 
Il Syn. de malaucœureux. 

Malendurant (màlàdurâ) adj. 
Jl Impatient, bourru. 

Malengueulé {màlâgàlé) adj. et subst. 

]\ Qui dit des paroles grossières, des jurons, etc. Malappris. 

Malentente {màlàtà:t) s. f. 

Il Malentendu. 

DiAL. Id., Normandie, Maze, Dubois. 

Mal-en-train {mal à trè) adj. 

Il Indisposé, souffrant. 

DiAL. Mal-en-train, m. s., dans le Centre, Jaubert ; l'Anjou, 
Verrier ; la Picardie, Corblet ; en Normandie, Maze, Moisy. 

Malfaisant {màlfezà) adj. 

1" Il Indigeste. 

2° Il Maladroit, négligent, imprudent. 



44 LE PARLER FRANÇAIS 

Malgré que {malgré kà). 

Il Quoique, bien que. 

Fr. Malgré que est vieilli dans l'expression : malgré que j'en 
aie (quoique ce soit de mauvais gré). « Malgré que est parisien, 
mais n'est pas français », E. Faguet. 

Vx FK. DaRM. 

DiAL. Malgré que = quoique, en Normandie, MoiSY, Del- 
BOULLE, Dubois. 

Malhureux,-euse {màluré,-é:z) adj. 

I j Malheureux, — euse. 

DiAL. Id., Normandie, MoiSY, Maze ; Picardie, Corblet ; 
Bresse, Guillemaut ; Centre, Jaubert ; Anjou, Verrier ; Bas- 
Maine, DoTTiN ; Saintonge, Éveillé. 

Malin {malt), maline {malin) adj. m. s. et f. 

II Irascible. 

Maline {malin) adj. f. 

Il Maligne (fém. de malin). 

Vx FR. Vauquelin de la Fresnaye, Basselin, La Fon- 
taine, L. IV, f. 15. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier ; Normandie, Rev. P. P., I, 79 ; 
Bas-Maine, Dottin ; est, ouest et sud de la France, Vautherin. 

Malinstruit {màlèstrwi) adj. 

Il Malotru. 

DiAL. Id., Normandie, Delboulle. 

Malintentionné {màlétàsybné} adj. 
Il Qui a des mauvaises intentions. 

Malisé {màlizé) adj. 
Il Malaisé. 

Malle {mal) s. f. 

1° Il Poste, bureau de poste. Ex. : Mettre une lettre à la 
malle, = à la poste. — Aller à la malle. 



Lexique canadien-français 45 

2" Il Lettre, courrier. Ex. : Recevoir sa malle = son cour- 
rier. — Il y a une grosse malle ce matin = il y a beaucoup de lettres. 
— Mener la malle, meneur de malle, défaire la malle. 

Cf. Hiifî. mail. 

3° Il Train qui transporte le courrier. Ex.: C'est l'heure de la 
malle anglaise. 

Maller (malé) v. tr., cf. ang. to mail. 
1 1 Mettre à la poste. 

Malpatient (màlpasyà) adj. 

Il Impatient. 

DiAL. Id., Centre, Jaubert. 

Maltyr {màlti:r) s. m. 

Il Martyr. 

Dial. Id., Anjou, Verrier. 

Malvat (màlvà) s. m. ' 

Il Mauvais sujet, enfant insurbordonné. 

Dial. Id., Saintonge, Éveillé. — Nisard, Parisianismes, 
p. 156, écrit : mal-va : « Je ne veux point d'un grand mal-va comme 
vous », Les Ecosseuses, p. 15. — En Normandie, malvas = mauvaise 
disposition des choses, contre-temps, Maze. 

Malpeigné {màlpeiaê) adj. et s. 

Il Individu mal mis, mal vêtu, malpropre. 

Mal versé (màlvèrsé) adj. 

Il Qui a de mauvaises inclinations, (|ui ne promet rien de bon. 

Marne imam) s. f. 

Ji Madame. Ex. : Marne (une telle) est venue nous voir. 
Dial. Id., Centre, Jaubert ; Picardie, Corblet. 

Mameselle (mamzèl) s. f. 

Il Mademoiselle. 

Dial. Id., Ille-et- Vilaine, Grain ; Normandie, Maze ; Anjou, 
Verrier ; Haut-Maine, Montesson. 



46 LE PARLER FRANÇAIS 

Manager {manèdjàr) s. m. aiig. 
Ij Gérant, directeur-gérant. 

Manche (mâe) s. m. 

1° Il Manche de plume = porte-plume. 
2° Il Manche de pipe = tuyau de pipe. 

Manchon (mâeô) s. m. 

Il Mancheron, chacune des deux poignées du manche d'une 
charrue. 

DiAL. Id., Normandie, Dubois, Moisy. 

Mandrer (madré) v. tr. 

Il Amoindrir, diminuer. 

Fr. c.\n. p. Potier, à Lorette, 1743. 

Mandrin (madré) s, m. 
Il Canaille. 

Mangeage (màjà:j) s. m. 
1 1 Mangerie. 

Mangeaillage (màjâyà:j) s. m. 

Il Action de manger pur gourmandise. 

Mangeailler (màjâyé) v. intr. 
Il Manger sans faim, lentement. 

Manger (màjé) v. tr. 

1° II Cacher, dérober à la vue. Ex. : Cette maison nous 
mange la lumière, nous mange la vue. 

Fr.-can. « Cette pointe nous mange l'ile = nous la cache, 
nous la dérobe à la vue », P. Potier, de Québec à Détroit, 1743. 

2° Il Faire tomber (le vent). 

Fr.-can. « La chaleur mange le vent = le tue, le fait tomber », 
P. Potier, Détroit, 1744. — On dit plutôt maintenant : le vent 
mange la chaleur. — « Le vent mange la neige » = la fait fondre, 
disparaître. 



Lexique CANADiEN-FRANy^is 47 

3° Il Raser (le sol, en parlant des oiseaux) : Ex.: Les hiron- 
delles mangent la terre, c'est signe de beau temps. 

Fr.-can. « Les cygnes et les outardes mangent la prairie 
quand il vente fort d'un vent contraire. . . il fait bon alors de les 
guetter = volent fort bas », Potiek, 1745. 

4° Il Manger sur la tête de quelqu'un = être plus grand que 
lui. Ex. : Je lui inange deux pouces sur la tète. — Je lui mange 
un bon pâté sur la tête. 

5° Il Absorber. Ex.: Mander le temps. 

6° Il Dévorer (l'espace). Ex.: Le canot mangeait l'eau. — 
Le cheval mange le chemin. 

7° Il Empiéter sur. Ex.: Sa clôture mange le chemin. — Le 
fleuve mange la côte. 

8° Il Ronger. Ex.: Se manger les ongles, se manger les lèvres. 
— Clôture mangée par le temps. 

,9° Il Détériorer, briser. Ex. : Il a tout mangé le bout de ses 
chaussures en glissant. 

10" Il Manger de l'avoine = être supplanté comme amoureux. 

11° Il Manger son ronge = souffrir la raillerie sans y répondre. 

12° Il Manger les balustres = (voir mangeux). 

13 ° Il Manger la volée = être battu. 

14° Il Prendre (aux cartes, aux dames, etc.) 

Manger (se) {se màjé) v. réfl. 
Il Bouillir d'impatience. 

Manger (se) les sangs (se mâjê lé sa). 

Il Bouillir d'impatience, être enflammé de dépit. 
DiAL. Id., Normandie, Robin ; Anjou, Verrier. 
Fr.-can. Aussi : se manger le derrière de la tête, ou simplement 
se manger. ■ 

Manger (se) le nez. 
Il Tenter l'impossible. 

Manger le linge. 

|[ Avoir quelque défaut exceptionnel : Ex.: Elle a bien des dé- 
fauts, mais elle ne mange pas le linge. 

Manger (se) la gueule. 

Il Parler beaucoup cl sans réflexion. 



4:8 LE PARLER FRANÇAIS 

Mange ouère {màjwe:r) s. f. 

Il Mangeoire. 

DiAL. Id., Centre, Jaubert. 

Mangeux (màjé) adj. 

Il Qui mange bien. Ex. : Un cheval qu'est pas mangeux. 

Mangeux {mâjé) s. m. 

1° Il Mangeur. Ex. : Un gros mangeux. — Un petit mangeux. 

DiAL. Id., Centre, Jaubert ; Normandie, Moisy. 

2° Il Mangeux de balustre = tartufe, individu qui feint la 
piété, mangeur de crucifix, pilier d'église. Se dit souvent par raillerie 
de catholiques sincères qui communient souvent. 

Fr.-can. S'emploie avec la négation : « Celui-là n'est pas un 
mangeux de balustre », en parlant de quelqu'un qui n'est pas pieux, 
ne va pas souvent à l'église. — On dit aussi : rongeux de balustre. 

3° Il Mangeux de maringouins = espèce d'oiseaux insectivores, 
engoulevent d'Amérique. Au fig. : qui n'a rien à se mettre sous la 
dent. 

Fr.-can. « Mangeur de maringouins », P. Potier, Lorette, 
1743. 

4 ° Il Mangeux de poulets = sorte d'oiseau de proie. 

5° Il Mangeux de réputation = mauvaise langue. 

Mange-chrétien (mâj krétyé) s. m. 
Il Individu qui surchage, usurier. 

Manher (màhé) v. tr. 
Il Manger. 

Manheux (mâhé) s. m. 
Il Mangeur. 

Manière (de) à ce que {dé manyer a s ké) 
Il Pour que. 

(à suivre) 

Le Comité du Glossaire. 



Vol. XIV, N« 2-Octobrk, 1915. (.^ 

Croquis can>dlii« 

MAISON NEUVE ET VIEUX MEUBLES 



En de nouveaux berceaux d'autres enfants vagissent. . . 
Les vieux se sont « donnés » à l'aîné des garçons, 
Et tout près de l'église aujourd'hui se bâtissent. 
Pour y finir leurs jours, leur dernière maison . . . 

Il est temps, pensent-ils, que d'autres les remplacent ; 

Ils partent volontiers : c'est eux qui l'ont offert . . . 

Mais quel coup ! lorsqu'au seuil leurs enfants les embrassent. 

Et que pour leur départ le foyer s'est ouvert ! 

Le cœur gros, ils s'en vont . . . Déménager, c'est triste 1 
Quitter le cher logis où l'on a pu souffrir. 
Mais oil des jours heureux la bonne odeur persiste. 
Pour des vieillards, hélas ! c'est bien un peu mourir . . . 

Ils s'en vont, l'âme en deuil. . . Adieu, maison très vieille 
Oil tout est familier, jusqu'au soupir du vent ! 
Adieu, ô murs aimés, témoins des longues veilles 
Près des berceaux moelleux où. dormaient les enfantai 

Adieu, gais souvenirs qui chantent dans la pierre. 
Lointaines visions de bonheurs envolés. 
Foyer qui chaque soir se faisait sanctuaire, 
Oil les chagrins étaient si vite consolés I . . . 



Pourtant la maison neuve est belle, et vaste, et claire . 
— Leur fils reconnaissant l'a voulu faire ainsi — 
Mais au meuble nouveau placé là pour leur plaire. 
Ils préfèrent encor leur vieux meuble noirci. . . 



49 



50 LE PARLER FRANÇAIS 

Voyez sous le toit neuf ces choses démodées : 
La pendule, un bahut, de vieux cadres, le lit. 
Telles qu'elles étaient pieusement gardées . . . 
Débris où. leur passé sommeille enseveli. . . 

Avec quel soin jaloux, évitant les secousses. 
Ils les ont transportés, ces meubles vieux, usés, 
Évocateurs discrets d'heures qui furent douces. 
Et rustiques témoins des pleurs qu'ils ont versés. 



Consolez-vous ! Entrez dans la maison nouvelle. 
Vieillards pour qui déjà se ferme l'horizon : 
Ces vieux meubles fanés feront revivre en elle 
L'âme et le souvenir de la vieille maison ! 



Arthur Laçasse, ptre. 



NOTRE PATRIOTISME LITTÉRAIRE 

EN 1800"* 



Si je ne retrouvais devant moi, ce soir, mes fidèles auditeurs 
de Notre-Dame, je me sentirais bien dépaysé. Voilà que ma chaire 
s'est transformée en scène théâtrale, et ma parole habituée à la 
pieuse sécurité du sanctuaire se fait entendre dans une salle où 
parfois soufflent des tempêtes. Cependant, je me rassure. En 
réalité, je me sens en ce moment, ma tribune ayant baissé de plu- 
sieurs pieds, plus rapproché de vous ; et cela me donne confiance. 
Je prendrai avec vous un contact, je ne dirai pas plus complet ni 
plus profond, mais moins solennel et plus familial. Ma parole, 
d'ailleurs, si elle réussit à bondir de la scène dans l'orchestre s'en 
ira vers un auditoire dont je sais maintenant l'extrême bienveillance. 



• % 



Lorsqu'il s'est agi de choisir le sujet de cette conférence, l'on 
m'a dit : Vous enseignez la littérature ; vous vous êtes spéciale- 
ment occupé de littérature canadienne : ce que votre auditoire 
du Monument National exigera de vous, c'est que vous lui apportiez 
un sujet canadien, un sujet où notre littérature, et notre histoire, 
où notre art, et nos ambitions nationales se retrouvent et s'expri- 
ment, un sujet qui soit une leçon de patriotisme. 

C'était bien clair, et très simple. Il ne me restait plus qu'à 
trouver le sujet. Bien vite il s'est imposé à moi. Notre histoire 
littéraire, si courte encore, si jeune que même l'on prétend quelque- 
fois qu'elle n'est pas encore née, contient plus d'une page, très 
réelle, très vivante, d'où se dégagent de fortes et saines leçons, de 
joyeux et alertes souvenirs, des pages où nous pouvons apprendre, 
sinon toujours l'art de penser ou d'écrire, du moins, et ce qui est 
mieux, l'art de vivre. 



(1) Conférence donnée au Monument National de Montréal, le 6 avril 1915, 
par M. l'abbé Camille Roy, prédicateur de la station quadragésimale de Notre- 
Dame. 

51 



62 LE PARLER FRANÇAIS 

Entre toutes ces pages frémissantes de générosité, chargées de 
nos enthousiasmes politiques et littéraires, je n'en connais guère 
de plus ardente, de plus substantielle, de plus «canadienne» que 
celle qui fut écrite en 1860. 

Je vous prie, cependant, de ne pas donner à l'année 1860 une 
durée astronomique trop rigoureuse. En littérature, comme en 
histoire, les années ne sont jamais de douze mois. Elles ont quel- 
quefois moins ; et quelquefois elles se prolongent bien davantage. 
Quelquefois elles commencent avant janvier ; elles se continuent 
presque toujours après décembre. 

L'année littéraire de 1860 fut chez nous une période de ferveur 
intellectuelle, dont les limites sont assez indécises. Elle commença 
bien en 1860, avec la publication de la première Légende de l'abbé 
Casgrain ; mais elle groupa dans une collaboration commune, 
pendant trois ou quatre ans, les plus actifs ouvriers de l'époque ; 
puis, comme toutes les ferveurs, comme toutes les fièvres, comme 
toutes les fièvres littéraires surtout, elle tomba graduellement, 
jusqu'à cette température normale qui chez nous, en littérature, 
fut presque toujours en dessous de 98. 



Mais si l'on peut assigner une date à un mouvement littéraire, 
il ne faut pas à ce point l'isoler dans l'histoire qu'il y apparaisse 
comme un phénomène sans causes et sans précédents. 

Notre littérature canadienne ne commence pas avec 1860. 
Et 1860 suppose donc des efforts, des œuvres, qui ont pu le déter- 
miner. 

Voilà donc qu'il me faut d'abord et tout de suite vous repor- 
ter au delà de 1860, pour vous dire quelles influences l'ont pu pro- 
duire. Et voilà donc que je doLs vous parler de littérature cana- 
dienne avant la publication de la première Légende, et arracher pour 
ainsi dire des bras de l'abbé Casgrain le berceau de cette littérature 
dont il croyait être le père, et reporter vers d'autres saisons plus 
lointaines la naissance de notre art littéraire. 

Mais oui, si 1860 existe, c'est que depuis 60 ans notre patrio- 
tisme essayait de se donner une forme littéraire ; c'est que depuis 
1806 le Canadien à Québec, le Spectateur, puis l'Aurore, puis la 
Minerve à Montréal, faisaient les grandes luttes de la vie politique, 
et imprimaient la prose ardente de nos premiers journalistes. C'est 
que des orateurs, tout vibrants de l'indignation causée par les injus- 
tices de la bureaucratie anglaise, secouaient l'âme populaire, lui fai- 
saient prendre mieux conscience de sa vie et de ses ambitions natio- 



NOTRE PATRIOTISME LITTERAIRE EN 1860 53 

nales ; c'est que Bédard, Papineau, Morin, Viger, Lafontaine, 
attisaient sans cesse le feu des enthousiasmes français, et entrete- 
naient en leurs compatriotes la pensée haute d'une race à grandir, 
d'une langue à conserver, d'une religion à défendre, d'une nationalité 
à bâtir sur le roc solide des durs sacrifices. Si 1860 existe, avec ses 
projets et ses illusions littéraires, c'est qu'ici, à Montréal, Michel 
Bibaud s'est ingénié à répandre l'idée que nous devions avoir une 
littérature, et s'est obstiné à fonder nos premiers recueils littéraires : 
en 1825 la Bibliothèque canadienne, en 1830 l'Observateur, en 1832 
le Magasin du Bas-Canada, en 1842 V Encyclopédie canadienne ; 
et c'est qu'il invitait à écrire dans ces recueils les meilleurs esprits 
•de ce temps, Jacques Viger, le premier maire de Montréal, le vaillant 
capitaine des Voltigeurs, qui emplissait sa Saberdache des documents 
les plus précieux pour notre histoire, et qui consentait à la verser de 
temps en temps dans les périodiques de son ami ; le docteur Labrie, 
qui eut l'ambition de devenir notre premier historien national, qui 
passa à Bibaud quelques pages de cette histoire, dont le manuscrit 
bien complété devait périr en 1837 dans l'incendie de Saint-Benoît. 

Si 1860 existe, c'est qu'Etienne Parent, auquel il faudrait, à 
coup sûr, faire remonter notre littérature canadienne, publia, de 1825 
à 1840, dans le Canadien, les articles si vigoureux, si pleins, un peu 
lourds d'abord, plus alertes ensuite, de si haute tenue politique, de 
si solide inspiration j)hilosophique, qui font de lui le véritable fonda- 
teur, et l'une des gloires les plus incontestables de notre journalisme; 
Etienne Parent, qui cessa d'être journaliste, pour se faire de 
temps à autre le conférencier le plus goûté, et qui a laissé, à l'occasion 
de ses conférences, prononcées et publiées vers 1850, des pages de 
sociologie chrétienne trop ignorées aujourd'hui, écrites avec sobriété 
et force, et dont le style s'élève parfois jusqu'à une rare beauté 
artistique. 

Mais ce sont là évidemment des influences bien lointaines, sur 
lesquelles il ne faut pas appuyer. Encore que tout s'enchaîne, en 
histoire, et que tout y soit causé et semé — les champignons sont 
un produit inconnu dans les champs de l'esprit — il ne faut pas aller 
chercher trop loin, au dessous des sillons qui l'ont certainement 
produite, la moisson de 1860. 

Si nous interrogeons l'abbé Casgrain, Gérin-Lajoie, le docteur 
LaRue, Joseph-Charles Taché, qui furent les ouvriers principaux 
de 1860, ils nous répondront que c'est Garneau et Crémazie qui 
furent leurs excitateurs, leurs maîtres, et que c'est l'Histoire du 
Canada de Garneau, et les strophes patriotiques de Crémazie qui 
mirent en leurs âmes d'étudiants ou de jeunes gens l'étincelle du 
feu sacré. 



54 LE PABLEB FRANÇAIS 

Aussi bien, est-ce une date importante, capitale, dans l'histoire 
de notre littérature, que celle de 1845, où parut le premier volume de 
l'ouvrage de Garneau. Ce livre, inspiré par l'amour blessé du paya 
natal, écrit de verve par un esprit très ardent, révélait aux Cana- 
diens leur propre histoire. Les Canadiens ignoraient, jusque là, 
leur passé que personne n'avait raconté pour eux, et ils courbaient 
trop facilement la tête sous le coup des impudentes accusations 
qu'avait lancées contre leurs pères l'historien anglais William Smith. 
Ils éprouvaient l'humiliation de l'ignorance. Ils en étaient venus à 
douter de la noblesse très pure de leurs origines et de l'héroïsme 
des soldats de l'épopée de 1759. Conscients de porter en eux- 
mêmes une âme capable des plus hauts dévouements, ils n'osaient 
trop regarder vers un passé qu'enveloppaient d'ombre les insinua- 
tions brutales de l'ennemi. Aussi quelle joie fit palpiter toutes les 
âmes, quand VHistoire de Garneau vint authentiquement raconter 
les jours anciens et glorieux, quand le souffle qui traverse son œuvre 
dissipa toutes les ombres, quand apparut dans la lumière vraie de 
l'histoire, avec tout l'éclat qui auréole sa destinée, ce petit peuple 
canadien-français, héroïque jusque dans ses défaites, et plus grand 
que tous ses vainqueurs. 

Pour vous montrer tout de suite l'a propos de rattacher à cette 
date de 1845 les efforts littéraires et patriotiques de 1860, je ne puis 
mieux faire que de vous rappeler cette page des Anciens Canadiens, 
où Ph. Aubert de Gaspé, l'un de ceux qu'entraîna le mouvement 
intellectuel de 1860, rendait grâce à Garneau d'avoir délivré ses 
compatriotes de ce cauchemar du doute et de la honte. 

« Vous avez été longtemps méconnus, mes anciens frères du 
Canada ! Vous avez été indignement calomniés. Honneur à ceux 
qui ont réhabilité votre mémoire ! Honneur, cent fois honneur à 
notre compatriote, M. Garneau, qui a déchiré le voile qui couvrait 
vos exploits ! Honte à nous qui, au lieu de fouiller les anciennes 
chroniques si glorieuses pour notre race, nous contentions de baisser 
la tête sous le reproche humiliant de peuple conquis qu'on nous 
jetait à la face à tout propos ! Honte à nous qui étions presque 
humiliés d'être Canadiens ! » <'' 

Et l'on sait que ce fut pour contribuer lui-même à cette œuvre 
de réhabilitation historique que Gaspé raconta, dans son roman, 
en 1863, quelques-unes des scènes du drame des Plaines d'Abraham. 

Voulez-vous savoir encore dans quelle mesure l'œuvre de Gar- 
neau influa sur le mouvement littéraire de 1860, et sur ses ouvriers, 
relisez les pages où l'abbé Casgrain raconte quel effet magique 

(1) P. 201. 



NOTRE PATRIOTISME LITTÉRAIRE EN 1860 55 

produisit dans les collèges, sur les écoliers dont il était, et sur les 
jeunes gens de ce temps, la lecture de l'Histoire du Canada. '" 

Les jeunes sont plus particulièrement impressionnables. Et 
les étudiants sont plus que tous les autres jeunes capables de s'égaler 
aux plus généreux sentiments, de vibrer à l'unisson des plus vail- 
lants héroïsmes. Ils furent émerveillés à la lecture de ces récits 
nouveaux auxquels ils n'étaient pas habitués. Jamais la patrie 
ne leur était apparue si belle, si grande, si digne d'amour, si sainte 
avec tant de blessures qui saignaient encore ! Ils se sentaient, eux 
aussi, capables de plus d'endurance et de luttes nouvelles. L'ave- 
nir, dont on avait douté vers 1840, dont Garneau lui-même avait 
douté, s'il faut en croire une de ses lettres à Lafontaine, l'avenir se 
construisait enfin dans les rêves des jeunes sous les formes les plus 
splendides et les plus durables. La jeunesse croyait voir se lever, 
à la lumière du passé, l'aurore des temps nouveaux. 

Et voici que, quelques années après, en 1854, alors qu'on était 
tout occupé à relire et à méditer les pages de Garneau, un chant 
patriotique, d'une inspiration plus profonde que celle qui avait 
jusque là animé notre poésie, s'élève en strophes toutes pleines de 
fierté nationale. C'est Crémazie qui publie ses premiers vers. La 
poésie canadienne était à peu près inexistante ; et l'on fut étonné 
de l'ampleur que prenait tout à coup le vol — pourtant assez lourd 
encore — du poète nouveau. Crémazie s'inspirait visiblement des 
pensées et des sentiments qui remplissaient l'Histoire du Canada. 
Il chantait ce que Garneau avait raconté. Et c'est à propos de ces 
premiers poèmes de Crémazie, et de leur influence sur les jeunes gens 
de cette époque, que l'abbé Casgrain écrira plus tard, en janvier 
1866 : 

« Sur cette grandiose réalité (révélée par Garneau) les brillantes 
strophes de M. Crémazie, alors dans tout l'éclat de son talent, 
jetaient par intervalle leur manteau de gloire ...» 

Et l'abbé continue sur ce ton lyrique un peu ingénu, qui fut 
toujours, chez lui, l'expression d'une perpétuelle jeunesse : 

« Ceux qui étaient alors en âge de goûter les beautés littéraires, 
peuvent redire encore tout ce qu'il y avait de charme dans la voix 
de ce barde canadien, debout sur le rocher de Québec, et chantant, 
avec des accents tantôt sonores et vibrants comme le clairon des 
batailles, tantôt plaintifs et mêlés de larmes comme la harpe d'Israël 
en exil, les bonheurs et les gémissements de la patrie. Chacun de 
nous alors soupirait après le jour où il pourrait mêler sa voix à celle 



(1) Le moût. litt. au Canada, Œuvres, I, 356. 



56 LE PARLER FRANÇAIS 

du chantre canadien, et rêvait, avec toute l'ardeur juvénile, quelque 
long poème destiné, pour le moins, à l'immortalité. ''' » 

Retenons de cette strophe de Casgrain la dernière phrase, qui 
est plus qu'un sentiment, et qui devint une réalité. « Chacun de 
nous soupirait après le jour où il pourrait mêler sa voix à celle du 
chantre canadien.» 

Le jour vint, en effet, où de toutes ces ferveurs accumulées, de 
tous ces rêves, de tous ces desseins réunis, sortit une activité litté- 
raire nouvelle qui fut le mouvement patriotique de 1860. 



♦ *♦ 



Quels furent les ouvriers principaux de ce mouvement ? 

Les hasards de la vie politique, les obligations du ministère 
sacerdotal, les nécessités de la vie personnelle avaient alors groupé 
à Québec un certain nombre d'hommes qui avaient l'ambition 
d'écrire, et d'accroître notre très faible patrimoine littéraire. 

Joseph-Charles Taché, qui avait alors 40 ans, et qui venait de 
Kamouraska, rédigeait, à Québec, le Courrier du Canada. Sa plume 
n'était pas très fine, mais elle était ardente, elle distillait un patrio- 
tisme très sincère et très généreux. C'est la plume qui avait 
tracé une Esquisse sur le Canada, pour l'exposition universelle de 
Paris en 1855, et qui, en 1850, avait écrit une brochure prophé- 
tique qui pressentait et lançait, si l'on peut dire, l'idée de la 
Confédération : Des Provinces de l'Amérique du Nord et d'une 
Union fédérale. 

L'abbé Ferland habitait Québec depuis 1850. Depuis 1856, 
il donnait, à l'Université Laval, des leçons d'histoire du Canada, 
qui étaient fort goûtées, construites avec une grande précision, 
développées avec une élégante et classique sobriété. Il reprenait 
l'œuvre de Garneau, en y ajoutant des faits nouveaux, en y 
corrigeant quelques inexactitudes, en y célébrant les mêmes 
gloires très chères de nos origines coloniales. En 1860, l'abbé 
Ferland avait 55 ans. 

Gérin-Lajoie, bibliothécaire du Parlement, se trouvait aussi à 
Québec. Il avait 36 ans. Il vivait parmi les livres, se préparait 
à en faire lui-même, et n'aimait rien tant que causer littérature 
avec les amis qui l'allaient voir à son bureau. 



(1) Œuvres, I, p. 356-359, Le moût. litt. au Canada. 



NOTRE PATRIOTISME LITTÉRAIRE EN 1860 67 

Le docteur Hubert LaRue, qui devait faire plus tard de la 
chimie aux laboratoires de l'Université Laval, esprit actif, géné- 
reux, varié, capable tout à la fois, ou plutôt successivement, de 
recherches historiques, d'analyses scientifiques, et de voyage senti- 
mental sur la rue Saint-Jean (1879), avait 27 ans, en 1860 ; il 
apportera au cénacle le concours très précieux de son enthousiaste 
initiative. 

L'abbé Henri-Raymond Casgrain venait d'être nommé vicaire 
à la cathédrale. Il avait 29 ans. L'automne précédent, alors 
qu'il était vicaire à Beauport, il avait rêvé sur les grèves mélan- 
coliques aux luttes anciennes, presque oubliées, du colon français 
avec l'indien farouche ; il avait vu se reconstituer dans son imagi- 
nation romantique, les forêts primitives, les alertes soudaines, les 
coups de force du sauvage ennemi ; il se rappelait les longues his- 
toires, faufilées de légendes, que sa mère racontait, le soir, aux petits 
enfants quand ils avaient été bons et qu'ils avaient bien prié. Le 
jeune abbé, qu'avait enthousiasmé l'œuvre de Garneau, que les 
poésies de Crémazie faisaient entrer en des ivresses patriotiques, et 
qui, au mois de janvier 1860, publiait sa première Légende, le jeune 
abbé Casgrain allait être le plus remuant, le plus fervent, le plus 
entraînant des littérateurs de 1860. 

Il fréquentait volontiers Gérin-Lajoie, dont il devint l'ami ; il 
confiait ses projets au docteur LaRue, qui lui confiait les siens ; il 
respectait l'autorité accueillante de Joseph-Charles Taché, dont le 
prestige consolidait toutes les jeunes ardeurs. 

On se rencontrait souvent pour causer, soit aux bureaux du 
Courrier, rue Buade, sous la présidence du doyen Joseph-Charles 
Taché, soit au Parlement, dans la bibliothèque, où Gérin-Lajoie 
avait quelques loisirs, soit au presbytère, dans la chambre où le 
jeune abbé rêvait d'apostolat littéraire. Plus souvent encore le 
groupe se reformait, rue de la Fabrique, dans l'arrière boutique de 
Crémazie. 

Crémazie tenait encore son commerce de librairie : au milieu 
de quelles difiicultés d'argent, nous l'imaginons ! C'est deux ans 
après, en 1862, que le poète libraire dut s'exiler. Mais les amis ne 
soupçonnaient pas sans doute les ennuis du maître ; et l'on aimait 
à faire cercle autour de celui qui portait au front une auréole, que 
ses chants avaient sacré poète national, qui avait été pour sa géné- 
ration, et pour les jeunes qui venaient après lui, un excitateur 
d'ambition littéraire. 

Et puis Crémazie avait des livres ; il faisait venir de France 
les œuvres contemporaines. Il y avait dans son arrière boutique 
des volumes de poésie que l'on lisait avec respect et enthousiasme. 



68 LE PARLER FRANÇAIS 

Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Vigny, Alfred de Musset, étaient 
des auteurs préférés. C'étaient des dieux, déjà un peu vieillis en 
France — on est en 1860 — mais tout nouveaux encore à Québec. 
Québec était alors si loin et si isolé de l'ancienne mère patrie, que 
les mouvements littéraires de France n'y étaient que tardivement 
aperçus et étudiés. On était romantique à Québec, en 1860, comme 
on l'était en France, en 1830. Crémazie jurait par Lamartine et 
Musset, l'abbé Casgrain par Chateaubriand et Montalembert. 
On aimait à s'emplir l'oreille des sonorités larges et pompeuses de 
la prose nouvelle ; on aimait à communier aux rêveries dolentes, 
aux mélancolies religieuses ou sensuelles des poètes nouveaux. Et 
c'est chez le libraire Crémazie que l'on allait satisfaire ces voluptés 
littéraires. Il serait intéressant de préciser la mesure d'influence 
qu'exerça chez nous le romantisme, après 1840. 

(à suivre) 

Camille Roy, ptre. 



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LE TRÉSORIER. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS 

DU JEU DE BARETTE 

( FOOTBALL ) 



Le sport d'automne le plus en vogue est probablement la 
Barette. 

On a souvent regretté le manque d'un vocabulaire français de 
ce jeu. 

Le lexique que nous publions aujourd'hui a pour but d'aider à 
l'instauration du français à sa place dans cet amusement. 

Esquissons-en à grands traits l'origine. 

Cet exercice se rattache à la <( sphéristique )) des Grecs de l'an- 
tiquité. Les Romains le pratiquaient sous le nom de « follis ». Il 
devint, en Angleterre, le <( football », et en France : en Bretagne, 
dans le Finistère et le Morbihan, la « soûle », la « mallader », ou 
« mollat » ; en Normandie, la « melle », la « pelotte », 1' « éteuf », 
le « ballon », la « boise » ; en Picardie, la « choule », « cholle », 
« choulet » ou « choulage » ; en Touraine, la « barette ». Dans 
certaines provinces, à Valognes, par exemple, on le jouait à la 
« savate ». 

Les expressions qui sont restées pour désigner le jeu tel qu'il se 
pratique aujourd'hui sont la « barette » et le « ballon au camp ». 
(V. Encyclopédie des Sports, sous la direction de M. Philippe Daryl, 
page 4 : — Le football ou ballon au pied, ballon au camp, barette, 
pour lui donner son nom français ; — aussi Dictionnaire des Connais- 
sances pratiques, par E. Bouant ; et le Code de la Vie, par Grand'- 
Mère Annette, édition 1910-1911). — Nous préférons l'appellation 
« barette » à celle de « ballon au camp », pour éviter la confusion 
qu'il pourrait y avoir, si ce dernier terme était choisi, avec le jeu 
du « ballon français », qui est complètement différent du « football ». 

Faisons maintenant remarquer qu'il n'existe aucune preuve 
pour donner au peuple anglais le mérite de la création de ce jeu. 
Les probabilités sont pour le contraire ; car l'on prétend qu'il fut 
apporté dans les îles britanniques avec la conquête des Normands, 

59 



60 LE PABLEB FRANÇAIS 

lesquels Normands le tenaient de leurs voisins de Bretagne. (V. 
Sports modernes illustrés, collection Larousse.) Il est du reste 
connu que presque tout ce qui se jouait en Angleterre, au moyen 
âge, était d'origine normande ou angevine. 

Servons-nous donc d'expressions françaises en pratiquant ce 
jeu ; ni la précision, ni l'élégance n'auront à en souffrir. 

BARETTE — FOOTBALL 
L — LA MÊLÉE 

(Rugby) 

A. LE CHAMP 

* Barre, traverse, barre trans- 

versale Cross-bar. 

Ligne de ballon mort, ligne de 

fond Dead bail Une, end Une. 

Zone de fond End zone. 

* But, les « poteaux » Goal. 

* Ligne de but Goal Une. 

* Mâts, perches, montants, po- 

teaux de buts Goal posts, uprights. 

Gril Gridiron. 

* Ligne d'envoi, de milieu ; le 

« tiré » Half-way Une. 

* Ligne de touche Side Une, touch Une. 

Ligne de touche de but Touch in goal Une. 

Ligne de renvoi Twenty-five yard Une. 

B. LES POSITIONS 

1. — Extérieures. 

* Entraîneur Coach, traîner. 

* Juge de but Goal judge, goal umpire. 

Cordiers, marqueurs Linesmen, yardsmen. 

* Directeur, gérant Manager. 

* Arbitre, juge arbitre, arbitre du 

ballon Référée. 

* Chronométreur, chronométreur 

de pénalités Timekeeper, penalty timekeeper. 



i 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE BABETTE 61 

* Juge de touche Touch judge. 

Assistant arbitre, arbitre des 

joueurs Umpire. 

2. — Intérieures. 

Milieu Center, center-scrimmage, snap- 

back. 

* Forts (du jeu), basses- volées, 

chargeurs Forwards, Une men, rushers. 

* Foncier, garde-but Full-back, goal-sneak, goal-tend, 

goal-tender, goal-keeper. 

* Demi-volée (centre, gauche, 

droit) Half-back (center, left, right). 

Flanqueur gauche Left-guard, left-scrimmage. 

Soutien, haute- volée Quarter, quarter-back, « donkey- 

man », scrum-half. 

Flanqueur droit Right-guard, right-scrimmage. 

Rôdeur, corsaire, tirailleur .... Rover. 

Mêlée Scrimmage. 

Demi- volée d'ouverture Stand-half. 

Bloqueur Tackle. 

* Ailiers Wings. 

Note. — On dit un basse-volée, un demi-volée, un haute-volée, comme on dit 
un garde française. V. Ency, de$ sporis, page 63. 

C. LES ACCESSOIRES 

Ventrière, protège- ventre Abdomen protector. 

* Pompe à pneumatique Air pump, inflater. 

* Chaussette élastique, chausset- 

te de sûreté Ankle bandage. 

* Soutien-chevilles Ankle brace. 

* Chaussette de force, protège- 

chevilles Ankle protector, ankle supporter, 

anklet. 

* Ballon, barette Bail, football, leather, pigskin, egg. 

* Vessie Bladder, rubber inner. 

Marques (des cordiers) Canes. 

* Gaine de cuir Case {Leather). 

* Crampons Cleats. 

Claviculière, protège-clavicu- 
les Collar-bone protector. 



62 LE PARLER FRANÇAIS 

* Barrettes (sous les souliers) . . . Cross-pieces. 

Coude élastique Elbow bandage. 

Cubitière, protège-coudes Elbow pad. 

Protecteurs Guards. 

Oreillière, cache-oreilles, pro- 
tège - oreilles, couvre-chef, 

casque Head-gear, head-harness, head- 

helmet, head-protector. 

Hanchière, protège-hanches. . . Hip pad. 

Veste, gilet Jacket {sleeve ou sleeveless), 

* Chandail, maillot, tricot Jersey, sweater. 

Genouillière élastique Knee cap bandage. 

Genouillière Knee pad. 

* Culottes Knickerbockers, knikers, pants. 

* Lacet-cuir Lace. 

* Passe-lacets Lacing needle. 

Mollets Leggings. 

* Traceur, marqueur, chariot 

marqueur Marker. 

* Porte- voix Mégaphone, horn, cône 

Mors, embouchure, embou- 

choir Mouthpiece. 

Protège-nez Nose guard, nose mask. 

* Pieux, piquets Pickets, rods. 

Carte-pointage Score card. 

Jambière Shin guard. 

Êpaulette élastique Shoitlder cap bandage. 

Épaulière Shoulder pad. 

* Calot, casquette Skull cap. 

Pointes (sous les souliers) Spikes. 

* Chronographe, compteur, en- 

registreur Stop-watch, timer. 

Mannequin à ceinturer Tackling dummy. 

Cuissard Thigh guard. 

Poignet élastique Wrist bandage. 

* Poignet de force Wrist supporter. 

D. LE JEU 

Côté fermé (de la mêlée) ...... Blind-side. 

Épauler Body-check ( To) . 

Percer, forcer, enfoncer Break through {Ta). 

Choquer, heurter Buck (To). 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE BABETTE 63 

Engagement Bully-off. 

Prise, attrape Catch (A). 

Attraper, recevoir le ballon. . . Catch the bail (To). 

Attraper, recevoir, prendre le 

ballon au vol, de volée Catch the bail on the fly {To). 

Attrapeur, receveur Catcher. 

Charger Charge ( To). 

Entraîner, conseiller, encoura- 
ger Coach ( To). 

Relever le ballon Cock the bail wp {To). 

Transformer un essai en but . . Couvert a touchdown into a goal 

{To). 

Marquer un joueur, jouer 

l'homme Cover a player { To). 

Jeu croisé, attaque croisée .... Criss-cross. 

Charge croisée Cross-buck. 

Coup de pied de déplacement . Cross-kick. 

Élan Dash. 

Ballon mort Dead bail. 

Distance de réparation Distance penalty. 

Crochet (Un), faire un crochet. Dodge {A), dodge {To). 

Mêlées, touches Downs, faire. 

A bas ! à terre ! touche ! Down ! 

Partie nulle, annulée, but à but Draw, tie. 

Chasser Dribble { To). 

Chasseur Dribbler. 

Chassés Dribbles. 

Coup tombé ; coup de demi- 
volée, de rebond, d'entre- 
bond Drop, drop-kick. 

Arrêt de volée Fair catch. 

Feinte Fake, feint. 

En avant (Un) Forward pass. 

Faute, coup nul Foui. 

A faux ! Foui ! 

Coup franc Free-kick. 

Manque (Une) Fumble. 

Manchot, tâtonneur Fumbler. 

Gagner du champ Gain ground {To). 

Partie Game. 

Ardeur Ginger. 

But Goal. 

Coups de pieds aux tibias Hacking. 



64 LE PARLEB FRANÇAIS 

Après-midi Halves. 

Mi-temps Half-time. 

Talonner le ballon Heel, heel out the bail ( To). 

Tenu! Heldl 

En touche In touch. 

* Coup de pied Kick. 

* Frapper Kick (To). 

* Frappeur Kicker. 

* Coup d'envoi, mise en jeu .... Kick-off. 

* Ouvrir le jeu Kick-off ( To). 

Coup de renvoi Kick-out. 

* Alignement Line up ( The). 

* Prendre position Line up ( To) . 

Joute Match. 

* Hors jeu Off-side. 

* En jeu, en place On-side. 

Côté ouvert (de la mêlée) Open side. 

Arpenter la distance, marquer 

les pas Pace the distance ( To) . 

But de réparation Penalty-goal. 

Reprise (1ère, 2ème, Sème, 4e) . Period, quarter (ls<, 2nd, 3rd, 4th). 

Troubler Rattle, phase (To). 

Coup placé Place-kick. 

Coup de volée Punt. 

Arbitrer une partie Référée a game ( To) . 

Touché (Un) Rouge, touchback. 

Touché de sûreté Safety, safety-touch. 

Assurer le ballon Rouge the bail (To). 

Expulser, exclure, renvoyer, 

faire sortir du champ Rule-off (To). 

Charge (Une), charger en mê- 
lée Rush (A), rush the bail ( To). 

Filante (Une) Sailer (A). 

Échelle, calendrier Schedule. 

Pointage, résultat, total, état 

de la partie Score, scoring. 

Marquer, gagner, faire un but Score a goal {To). 

Marqueur Scorer. 

Mêlée, cercle Scrimmage, scrummage. 

Jouer la mêlée, mettre le ballon 

en mêlée Scrimmage the bail ( To). 

Lutteurs Scrimmagers. 

Camp Side. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE BARBTTB 65 

Relancer le ballon Snap hack the bail {To). 

Lambiner Soldier ( To). 

Réserviste Spare-man. 

Bras tendu Stiff-arm, straight-arm. 

Blocage Tackle. 

Bloquer, ceinturer, boucler.... Tackle (To). 

Bloqueur Tackler. 

Équipe Team. 

Co-équipier Team mate. 

Remettre le ballon en jeu Throw in (To). 

Choix du camp Toss ( The). 

Tirer, jouer à pile ou face Toss (To). 

Essai Touchdown, try. 

Croc-en-jambe Trip. 

Avantage, coup d'essai Try at goal. 

Joueur démarqué Uncovered player. 

II. — LE CHASSÉ 

(Soccer) 

A. LE CHAMP (1) 

Drapeau, fanion, oriflamme de 

coin Corner flag. 

Piquet, poteau de coin Corner flag-staff. 

Surface de but Goal area. 

Ligne de but Goal Une. 

Filet, filet de but Goal net, net. 

Jeu de but Goal set. 

Surface de réparation Penalty area. 

Point de réparation Penalty kick mark. 

Cercle d'envoi Stricking circle. 

B. LES POSITIONS (2) 

C. LES ACCESSOIRES (3) 

D. LE JEU (4) 

Centrer Center {To). 

Centrations (jeux) Centers. 

Bloquer, entraver Check, tackle, checmate (To). 



66 LE PARLER FRANÇAIS 

Coup de coin Corner-kick. 

Coup de déplacement Cross-shot. 

Coup de longueur Drive {A). 

Alimenter un joueur Feed a player (To). 

Boxer le ballon Fist punch the bail {To). 

Coup de but Goal-kick. 

Rasante (Une) Grounder. 

Têter, donner le coup de tête. Head{To). 

Porte du but Mouth of goal. 

Engagement de réparation .... Penalty bully. 

Coup de pied de réparation . . . Penalty, penalty-kick, penalty-shot. 

Dégager Save ( To). 

Tirer, lancer Shoot ( To). 

Tireur, lanceur Shot, shooter. 

Coup Shot (A). 

Écart Splits. 

Remise, rentrée en touche. . . . Throw-in (The). 

(1), (2), (3), (4). Les termes qui s'appliquent au « chassé » et à la «mêlée» 
sont marqués d'astérlques. 

Ouvrages consultés : 

Dictionnaire des Connaissances pratiques. Librairie Armand 
Colin, Paris, 1909 ; par E. Bouant. 

Encyclopédie des sports. Jeux de balle et de ballon. Paris, 1894; 
par un juge du camp. 

S ports- Bibliothèque. Le Football. Paris, 1910 ; par Gondouin 
et Jordan. 

Les Sports modernes illustrés. Collection Larousse. 

Alfred Verreault. 



Lob chants du terroir 



LA TERUE JALOUSE DE SON FILS 



Ecrit au pays des Makonce, le lac 
Windigo, dans les Laiirentides, pour 
répondre au sonnet du poêle Gustave 
Zidler, dédié à l'auteur, dans son 
« Cantit{ue du Doux Parler ». 



Pourquoi donc aux jardins de Virgile ou d'Homère, 
Cueillerais-tu, mon /ils, quelques rameaux éteints. 
Quand pour mettre à Ion front le Rêve, j'ai mes pins. 
Le Fleuve et la Savane au sauvage mystère ? 

Chantre qui sais les mots suscités par la Terre, 
Dans un hymne pieux et vraiment caimdien. 
Fier comme Tecnmseh criant l'orgueil indien. 
N'as-tu pas, sur les monts natals, chanté ta mère ? 

Ah ! tes chants sont à moi!... Tout jeune tu venais 
Me parler dans les bois et, pieds nus, me donnais 
Les admirations de ton âme naïve. 

Et pour m'avoir aimée en tes heures d'enfant. 
Rêveur, au pays vierge où chassait Canard-Blanc, 
Dans tes vers, je vivrai puissante et primitive. 

Albert F"erland. 

Le Lac Windigo, 1915. 



67 



Poèmes de la guerre 



DEUX ZOUAVES 



Un beau soleil tout neuf du mois des pâquerettes 
Qui dore le Château de son rayon naissant ; 
Un banc, près de la rampe où l'if taillé descend ; 
Sur le banc, deux fiers gars roulant des cigarettes. 

Deux pieds pendent — pour deux : un pli marque l'absent. 
Mais les deux (( chéchias » font flamboyer leurs crêtes, 
Joyeuses : leurs vertus, à charger toujours prêtes. 
Disent l'âpre Iliade où se mêla leur sang . . . 

Palais, temple des dieux de France, clos tes portes ! 
Est-il besoin pour nous de voir nos splendeurs mortes 
Aux reflets des miroirs, sur tes pompeux lambris ? 

Voici qu'avec la fleur d'un clair ruban jonquille. 
Dans le vieux parc royal exaltant ses débris, 
La gloire toute fraîche arbore sa béquille ! 

Gustave Zidleb. 



68 



L'AVEUGLE 



« Guidez-moi, sans me plaindre, enfants . . . Calme et soumis, 
( J'attends, chaque matin, ce que mon cœur présage : 
« Car mes yeux, pour le monde à jamais endormis, 
« De regarder en moi m'ont enseigné l'usage. 

« J'y vois de fiers assauts, des fuites d'ennemis, 
« La Victoire qui plane avec un bon visage, 
« El là-bas, sur le fond d'un vaste paysage, 
« Le lever du soleil à nos espoirs promis. . . 

« Enfants, pour mieux m'aider à bénir cette épreuve, 

« Quand se taira la voix du canon souverain, 

« Menez-moi vers l'aurore aux rives du grand fleuve : 

( Que j'écoute avec vous guéri de tout chagrin. 
D'une musique douce infiniment et neuve — 
Le long des bords français chanter l'onde du Rhin ! » 

Gustave Zidler 



<i9 



REVUES ET JOURNAUX 



La Revue des Indépendants, dans son dernier numéro, paru dans 
« le fracas glorieux des batailles », publie un beau compte rendu, 
par notre ami, M. Paul Feuillette, du Cantique du doux Parler, de 
Zidler. 

Je ne puis, malheureusement, suivre pas à pas M. Zidler dans son œuvre, 
écrit en terminant M. Feuillette. Qu'il me suffise de dire que son talent de poète 
est à la hauteur de son inspiration, et que son vers solide et bien frappé est le digne 
moule qui convient à la pensée qu'il renferme. 



La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a maintenant un 
organe oflBciel : le Petit Canadien, petite revue alerte, d'une bonne 
tenue, et dont les premiers numéros offrent un vif intérêt. Féli- 
citations et vœux de succès ! 



Depuis le mois de juin dernier, nous avons pu lire dans les 
revues et les journaux d'Europe, de nombreux articles sur le Canada. 
Il serait trop long de les indiquer tous. Nous nous bornerons à 
énumérer les plus importants : 

L'amitié canadienne, par Maukice Bahbès. {L'Écho de Paris, 11 août.) 

La part prise par le Canada à la guerre ; les secours en hommes, 
en vêtements ; la mentalité canadienne . . . 

« Comme il va falloir que la France soit belle après la victoire 
pour payer tous ces dons, tous ces cœurs ailés, toutes ces imagina- 
tions qui courent à son aide. . . » 



Lettres canadienne, par Pirmin Roz. {Le Secours national, 52, rue Madame. 
P., juin, pp. 6-8.) 

Lettres accompagnant les dons faits à la France par la pro- 
vince de Québec. 

70 



REVUES ET JOURNAUX 71 

Let Souvenirs d'un Seigneur canadien, par André Bellessort. (La Retue dit 
Deux Monde», 1er août, pp. 646-672.) 

Étude sur les Mémoires de M. de Gaspé. 

Let Canadien» et la Ouerre, par Edmond Buron. (La Nouvelle Revue, 15 juillal, 
pp. 81-103.) 

L'hôpital franco-canadien, (La Croix, 6 juillet.) 

Au Canada françai», par Jean des Neiges. (La Croix, 7 et 9 août.) 

Sympathies de neutres el d'allii», par Léa Bérard. (La Françaiee, 17, rue de 
l'Annonciation, P., 19 juin.) 

L'Amitié canadienne. (V Express de l'Ouest, Nantes, 12 juillet ; L'Éclair de 
VE»i, Nancy, 14 juillet ; la Liberté du Sud-Ouest, Bordeaux, 10 juillet ; l'Exprc»» 
de Lyon, 9 juillet.) 

No» frère» canadien». (Le Soleil du Midi, Marseille, 14 juin.) 

Le» Français du Canada. (Le Bulletin des .4.rmies, 31, Quai Voltaire, P. ; 
20 juin.) 

Le râle glorieux du Canada. (La DSpêche d' Eure-st- Loire, Cliirtrej, 12 juillet.) 

Ge»te canadien. (Le Petit Dauphinois, Grenoble, IS août.) 



LES LIVRES 



Raoul Nabst. Le supplice de Louvain. Paris (Bloud et Gay, 7, Place Saint» 
Sulpice, Ve), in 8° illustré, 206 pages. 

Nouvelle publication du Comité catholique de propagande 
française à l'étranger. L'auteur de ce livre a rassemblé et coor- 
donné les faits et les documents concernant les atrocités dont l'Alle- 
mand s'est rendu coupable à Louvain. Dossier formidable déjà 
et que de nouveaux apports renforcent chaque jour. 



La maison Bloud et Gay continue la publication des Pages 
actuelles, déjà plusieurs fois signalées à nos lecteurs. Il suffit de 
mentionner les titres des nouveaux volumes ; tous ceux qui' tiennent 
à se bien renseigner sur les événements contemporains doivent lire 
ces études remarquables : 

HÉBRARD DE VILLENEUVE. La France de demain. 

Victor Delbos. L'Esprit philosophique de l'Allemagne et la Pensée française. 

MjiDRiCE DE Sorgces. Les Catholiques espagnols et la Guerre. 

P. Hazard. Un examen de conscience de V Allemagne. 

Henri Lichtenberger. L'Opinion américaine et la Guerre. 

L'Occupation allemande à Bruxelles racontée par les Documents allemand*. 
(Introduction par L, Dumont-Wilden). 

Comment les Allemands font l'opinion. (Nouvelles de guerre affichée.i à Bru- 
xelles) . 

MoH Pierre Batifol. .4. un neutre catholique. 

Francis Marre. Dans les tranchées du front. 

Le Comte Bégouen. Les Catholiques allemands Jadis et aujourd'hui. 

72 



LEB LIVRES 73 

Jkan de Béer. U Allemagne s'accu.ie. 

G. Lechartibb. La Charité et la Guerre. 

P. Imbart de la Tour. L'Opinion catholique et la Guerre. 

Francis Maure. Sotre « 75 ». 

Hbnbt Jolt. Contre le» maux de la Guerre. 

G. Blamchon. Le général Pau. 

Albert Sauveur. L' .Allemagne et la Guerre européenne. 

André Beaunier. Le.i Surbochen. 

S. E. LU Cardinal Amette. Pendant la Guerre. (Lettres pastorales et 
allocutions). 



Parmi les publications des mêmes éditeurs (Bloud et Gay), 
signalons encore : 

Mgr a. Pons. La Guerre et l'âme française. 

Trois séries de conférences, au tour passionnant, où l'orateur 
traite les principaux problèmes de l'heure. 



Le Chanoine E. Beaupin. Les leçons de la guerre. 

Conférences où l'on apprend à considérer la signification chré- 
tienne de la guerre. 



Chez Téqui (82, rue Bonaparte), sont parus, parmi les ouvrages 
que nous croyons utiles de faire connaître à nos lecteurs : 

L'abbé M.-M. Gorse. Échos de la Guerre (497 pages). 

Echos recueillis par l'auteur sur les champs de bataille, dans 
les ambulances, sur les trains sanitaires, et qui mettent dans tout son 
jour l'infamie allemande et en même temps font briller de tout son 
éclat la grandeur de l'âme française. 



74 LE PARLER FRANÇAIS 

L'abb£ de Lemennais. Le Guide de la Jennegse. (15e édition). 
L'abbé Henri Perreyve. Méditations sur le Chemin de la Croix. 



La librairie Armand Colin (103, Boul. Saint-Michel, Paris 5e), 
publie, en fascicules, des études et documents sur la guerre du plus 
haut intérêt : 

Ch. Andler. Le Pangermanisme. (Plans d'expansion allemande dans le 
monde.) 

Ch. Seignobos. 1815-1915. (Du Congrès de Vienne à la guerre de 1914.) 

E. Durkueim. V Allemagne au-dessus de tout. (La mentalité allemande 
et la guerre.) 



Pierre de Maighemont. La France Immortelle. Paris (.\mat, 11, rue 
Cassette), 26 pages. 

Drame lyrique qui devait être représenté, le 16 août 1914, au 
Patronage Sainte-Madeleine de Jouy-sous-Yhelle ; la guerre ne 
l'a pas permis. L'auteur vend son ouvrage au profit des invalides 
de la guerre. 

Les personnages du drame sont la France et ses provinces. 

La première partie seulement de la pièce est publiée : V Angoisse. 
La deuxième : le Cauchemar, et la dernière : le Triomphe, sont sous 
presse 



University of Toronto Studies. Review of Historical publications relating to 
Canada. Toronto (University Press), 1915, 27 c. x 18 c., in-8°, 247 pages. 

Ce nouveau volume de la Revue de Toronto renferme de courts 
comptes rendus d'un certain nombre d'ouvrages canadiens-français. 
Ces appréciations ne sont pas toujours justes, et il semble que, dans 
une aussi importante publication, on devrait avoir l'esprit un peu 
plus large. 



James Geddes, jh. Canadian-French, 1910. Paris (Gamber) 1914, 54 pages. 

Tirage à part de l'étude que publie, chaque année, M. Geddes 
dans le J ahresherichts, sur le mouvement littéraire canadien-fran- 



LES UVRBS 75 

çais. Nous avons souvent dit à nos lecteurs avec quel soin, quelle 
compétence, et quel dévouement notre ami travaille à faire connaître 
les œuvres de nos compatriotes. Nous ne voulons pas répéter des 
éloges que nous avons déjà faites ; mais, en signalant la dernière 
contribution de M. Geddes à l'histoire contemporaine de notre 
littérature, nous voulons marquer spécialement la peine que cet ami 
de notre race prend pour se renseigner sur le mouvement de la 
librairie chez nous. L'œuvre qu'il fait et dont nous profitons devrait 
être mieux appréciée. Pour faciliter sa tâche, nos éditeurs devraient 
se faire un devoir de lui adresser les ouvrages qu'ils font paraître. 
Éditeurs et écrivains y trouveraient leur avantage. (Adresse de 
M. James Geddes : 20, Fairmount street, Brookline, Mass.). 



L'abbé Etienne Blanchard. Dictionnaire de bon lanjaj!. Montréal 
(Beauchemin), 1915, 16 c. x 10 c, in-16, 349 pages. 

Deuxième édition, revue et augmentée, de l'ouvrage dont nous 
avons parlé à la page 357 du Parler français, 1914-1915. 

Nous nous réjouissons du succès mérité de ce livre et nous sou- 
haitons que cette deuxième édition s'épuise aussi rapidement que 
la première. 

Le volume est relié et se vend 45 sous, franco 52 sous. (S'adres- 
ser aux libraires ou à l'auteur, 331, rue Sainte-Catherine est, Mont- 
réal.) 



HoRMisDAS Magnan. Banlieue de Québec. Québec, 1915, 38 pages. 

Notice historique sur l'ancienne municipalité de Ville-Mont- 
calm, annexée à Québec et devenue le quartier du Belvédère. Inté- 
ressante contribution à l'histoire de cette partie de la vieille cité. 

A. R. 



Au service des intérftt» franpaii 

TABLEAU D'HONNEUR 



Dl s 



LAUREATES ET LAURÉATS 

DU PARLER FRANÇAIS EN 1915 



Le Comité -permanent de la Langue française a distribué des 
« Prix de Parler français », à la fin de l'exercice scolaire, en 1915, 
comme il l'avait fait en 1914 et en 1913. 

Dès le 30 avril dernier, nous adressions aux chefs des différents 
Secrétariats de la Langue française au Canada et aux Etats-Uni» 
une lettre circulaire pour leur fournir des renseignements et des direc- 
tions à cet égard, tout en sollicitant leurs concours afin d'assurer l'effi- 
cacité de ce service important de notre Comité. 

On y lisait : « Nous avons l'honneur de vous annoncer — en vous 
priant d'en informer les intéressés le plus tôt possible, à votre 
convenance — que cette année, de nouveau, le Comité permanent 
de la Langue française se propose de mettre un certain nombre de 
« Prix de Parler français )) à la disposition des maisons d'enseigne- 
ment, dans la juridiction de votre Secrétariat, qui ont bien voulu accepter 
et distribuer de ces récompenses, à la fin des années scolaires, en 1913 
et 1914. Nous en distribuerons volontiers à celles, au moins, où l'on 
a pris la peine de nous informer, selon notre requête expresse, l'an 
passé, de la façon dont il avait été disposé de ces récompenses, et même 
à d'autres qui, par votre entremise, ou directement, nous feraient con- 
naître, en temps utile, qu'elles tiennent à participer à cette distribution. 
Vous serez donc fort obligeant pour nous, et serviable à la cause fran- 
çaise, en voulant bien dresser, sans retard, la liste des collèges, couvents 
et écoles {académiques ou modèles) des deux catégories sus-mentionnées, 
dans les limites de votre Secrétariat, et nous transmettre cette liste de 
bonne heure, dans le cours du mois de mai prochain. » 

76 



AIT SERVICE DBS INTÉRÊTS FRANÇAIS 77 

En conséquence de cette démarche, et avec le concours de la plupart 
de nos dévoués collaborateurs de l'extérieur, il nous fut possible de 
préparer une liste de plus de deux cent cinquante maisons d'éducation 
désirant participer à la distribution des « Prix de Parler français », 
et huit cents récompenses environ ont été distribuées, de ce chef, au 
nom du Comité permanent de la Langue française, au mois de juin 
1915. 

Avec un bon nombre de volumes des « Comptes rendus » des 
« Mémoires » et aussi quelques médailles du Premier Congrès de la 
Langue française au Canada (1912), quelques douzaines des volumes 
annuels du « Bulletin du Parler français », offerts par la Société du 
Parler français, plusieurs centaines d'intéressants ouvrages dont vou- 
lurent bien nous gratifier leurs propres auteurs ou de dévoués amis de 
notre œuvre composèrent la matière de ces récompenses. Le Comité 
permanent de la Langue française croit de son devoir d'inscrire ici 
l'expression de sa gratitude bien vive, à ce sujet, envers les auteurs 
généreux : l'honorable M. Thomas Chapais, M. l'abbé Camille Roy, 
M. l'abbé Emile Chartier, M. Gustave Zidler, de Paris, notre cher 
poète canadien de France, M. Adjutor Rivard, avocat, C. R. — de qui 
quatre différents ouvrages nous ont été fournis — et M. Léopold Leau, 
de Paris, comme aussi envers d'autres donateurs très obligeants : 
S. G. Mgr Roy, le Conseil Central de la Croix Noire, la Société du 
Parler français, etc. 

Toutes ces récompenses paraissent avoir été hautement appréciées, 
d'après les témoignages flatteurs qui nous sont revenus. Ces témoi- 
gnages, dont nous croyons utile d'insérer quelques échos, à la suite du 
Palmarès qu'on va lire, constituent pour nous un puissant encourage- 
ment à maintenir et à développer ce service des « Prix de Parler fran- 
çais », puisqu'on se plait à nous assurer, de divers côtés, qu'il contribue 
puissamment à développer, au sein des jeunes générations, l'attache- 
ment invincible à notre cher langage ancestral, et la louable ambition 
de le traiter avec des égards sans cesse grandissants. 

Le Comité permanent de la Langue française n'a pas de souci 
plus profond que celui-là. D'apprendre qu'il a trouvé, par sa distri- 
bution des « Prix de Parler français », l'une des formules au moyen 
desquelles ce dessein peut être le phis efficacement servi, suffit à la 
dédommager amplement des travaux et sacrifices qu'il s'impose dans 
ce but. 

Voici, maintenant, la liste, répartie par Secrétariats, des maisons 
ou institutions à qui ont été offerts, par le Comité permanent de la 
Langue française, des « Prix de Parler français », en 1915. Nous 
la faisons suivre du tableau, malheureusement beaucoup plus court, 
de celles d'entre ces maisons ou institutions où l'on a bien voulu nous 



78 LE PARLER FRANÇAIS 

donner connaissance des noms des lauréates et lauréats du Parler 
français — ou pour lesquelles il nous est arrivé d'en trouver mention 
dans les journaux. — A. D. 

SECRÉTARIAT GENERAL DE LA LANGUE FRANÇAISE, QUÉBEC 

Québec : — Petit Séminaire ; Pensionnat des Ursulines ; Pensionnat de Bellevue ; Académie 
des Frères (Saint-Sauveur) ; Pensionnat Saint-Louis de Gonzague ; Couvent de Saint-Malo ; Aca- 
démie des Frères (Saint-Malo) ; Académie du Bon Pasteur, rue Lachevrotière ; Pensionnat Saint- 
Jean-Berchmans ; Orphelinat Nazareth ; Orphelinat d'YouviUe. 

Lévis : le Collège, par M. l'abbé Irénée Lecours ; Sainte-Anne-de-la-Pocatière : le Collège ; 
Beauport, Académie des Frères ; Loretteville, Pensionnat Saint-Louis ; Saint-André (Kamouraska), 
\e Couvent ; Lauzon, Pensionnat de Jésus-Marie et Collège Saint-Joseph, des Clercs de Saint-Viateur ; 
Sainte-Marie-de-Beauce, Académie des Frères des Écoles Chrétiennes ; Sillery, Pensionnat de Jésui- 
Marie ; Sainte-Foy, Couvent paroissial ; Beauport, le Pensionnat ; Charlesbours, Pensionnat du 
Bon Pasteur ; Bertbier-en-bas, Ecole modèle ; Cap-Santé, Écoles paroissiales, par Si. le curé ; De«- 
chambault, Pensionnat des Sœurs de la Charité. 

Aylmer-est, Collège des Clercs de Saint-Viateur ; Beauharnois, Académie des Clercs de Saint- 
Viatcur ; Sainte-Martine (Chateauguay), Pensionnat des SS. NN. de Jésus et de Marie ; Rigaud, 
Collège Bourget et Couvent de Sainte-Anne. 

SECRÉTARIAT DE MONTRÉAL 

Montréal : Pensionnat du Mont Sainte-Marie ; Pensionnat des SS. NN. de Jésus et Marie 
(Hochelaga) ; Académie Marie-Rose ; Académie Saint-Jean-l'Évangéliste ; École Belmont ; Aca- 
démie Marguerite-Bourgeoys ; École Garneau ; Académie Sainte-l^mélie ; Académie Marchand ; 
wcole d'Youville ; École Saint-Louis ; École de Notre-Dame du Rosaire ; Académie des SS. NN. de 
Jésus et Marie, rue Cherrier. 

Longueuil, Académie des Frères des Écoles Chrétiennes ; Sainte-Anne-de-Bellevue, Couvent 
paroissial; Boucherville. Collège du Sacré-Cœur, des Clercs de Saint-Viateur; Verchèresî Pen- 
sionnat des SS. NN. de Jésus et de Marie ; Lachûte, Couvent des Sœurs de Sainte-Croix ; Lachine, 
PensioDDat de Sainte-Anne ; Sault-au-Récollet, Pensionnat des Dames du Sacré-Cœur. 



SECRETARIAT DE L ONTARIO 

Ottawa : l'Université, Pensionnats d'Youville, du Sacré-Cœur, du S. Rosaire, de la Sainte 
Famille ; Académie La Salle ; Écoles Guignes, Brébeuf, Saint-Jean-Baptiste, Sainte-Anne Duha- 
mel, Garneau, Saint-Charles, Saint-Pierre, d East View, de Cyrville. 

Sudbury : Collège classique et Couvent des Sœurs Grises ; Couvents de Mattawa, de Sturgeoo 
Falls, de Steelton, de Blind River, de Chelmsford, de Verner, de Lefaivre, d'Alfred, de Hawkeabury, 
de Saint-Eugène ; Écoles d'Orléans, de Rockland, de Bourget, d'Embrun, de L'Orignal, de Clarence 
Creek, de Sarsfield. de Cassclman, de Billings Bridge, de Vankleek Uill, de Fourniervitle. de Planta- 
genêt, de South Indian, de Saint-Albert. 



SECRETARIAT DU TEMISCAMINGUE 

Haileybur^ : Pensionnat de l'Assomption ; Cobalt-nord, Collège classique Saînt-Joseph, de* 
Pères Missionnaires du Sacré-Cœur ; Cobalt, Écoles paroissiales ; Cochrane. Écoles paroîasialea ï 
Ville-Marie, Couvent des Sœurs Grises ; Saint-Bruno-de-Guigues, Couvent des Sœurs de l'Assomption ; 
La-Tuque. Couvent des Sœurs de l'Assomption. 



SECRETARIAT DES CANTONS DE LEST 

Sherbrooke : le Séminaire Saint-Chartes Borromée, Pensionnat du Mont Notre-Dame, et deax 
autres couvents delà Congrégation ; Trois écoles des Frères du Sacré-Cœur ; Coaticook : Pensionnat 
des jeunes filles et école des Frères ; Mégantic : le Couvent et l'école des Frères ; Magog : le Couvent 
et l'école des Frères ; Danville : le Couvent et l'école des Frères ; Richmond : le Couvent et l'école 
des Frères ; Windsor Mills : te Couvent et l'école des Frères ; Bromptonville : le Couvent et l'école 
des Frères ; D'Israeli : le Couvent ; Weedon : le Couvent ; Angus : le Couvent ; Garthby : le 
Couvent ; Saint-François-Xavier-de-Brompton : le Couvent ; Compton : le Couvent ; Wotton : le 
Couvent ; Valcourt : !e Couvent ; Saint-Georges-de- Windsor : le Couvent ; Stanstead : Pension* 
nat des Ursulines ; Newport : le Couvent. 



AU SERVICE DES INTÉRÊTS FRANÇAIS 79 

SECRÉTARIAT DE JOLIETTE 

Joliette : le Séminaire, Pensionnat de la Congrégation, Académie de Saiat-Viateur, Couvent 
des S5. ce. de Jésus et de Marie, l'Érole Normale -, Couvent de Saint-Liguori ; Ecoles paroissiales de 
Sain te- Mêla nie (2). de Saint-Cbarles-Borromée (2). de Saint-Cuthbert, de Sainte-Marie-Halomée ; 
Jardin de l'Enfance et école Sainte-Marguerite, À Joliette ; Unwdun : le Couvent. 

SECRÉTARIAT DE MONT-LAURIER 

Nominingue : Couvent des Sœurs de Sainte-Croix ; Sainte-Agathe-des-Monts : Académie du 
Sacré-Coeur, des Sœurs de la Sagesse, et Collège commercial des Frères ; Maniwaki : Couvent Saint 
Joseph. 

SECRÉTARIAT DE CHICOUTIMI 

Chicouliml : TÊcoIe Normale et l'IIâtel-Dieu Saint-Vallier. 

SECRÉTARIAT DE RIMOUSKI 
Rimouski : le Séminaire et le Pensionnat des Uraulines. 

SECRÉTARIAT DES TROIS-RIVIERES 

Les-Trois-Rivières : Pensionnat des Ursulines et Académie de La Salle ; Louîseville : Couvent 
de l'Assomption et Collège des Frères ; Poînte-du-Lac : Couvent des Sœurs Grises ; Grand'Mère : 
Académie des Frères ; Sainte-Anne-de-la-Pérade : Couvent de la Congrégation ; Cap-de-la-Madfr> 
leine : Couvent des Filles de Jésus ; Champlain : Couvent du Bon-Pasteur ; Saint-Ttte : école des 
Frères ; Yaraachiche : école des Frères et Couvent. 

SECRÉTARIAT DE NICOLET 

Nicolet : le Séminaire, le Pensionnat de l'Assomption et l'Académie commerciale des Frères ; 
DrummondviUe : Collège Saint-Frédéric ; Victoriaville : Collège des Frères du Sacré-Cœur ; Artha- 
baska : Académie des Sœurs de la Congrégation et Collège des Frères des Ecoles Chrétiennes ; La- 
Baie-du-Febvre : Couvent de l'Assomption. 

SECRÉTARIAT DE ST-HYACINTHE 

Saint-Hyacinthe : Le Séminaire, Pensionnat de la Présentation, Académie Giroaard ; Saînt- 
Denîs-sur-Richelieu : Collège des Clercs de Saint- Viateur ; Saint-Pie (Bagot) : Couvent de la Pré< 
sentation. 

SECRÉTARIAT DE CARAQUET, N.-B. 



Caraquet : Collège classique du Sacré-Cœur, RR. PP. Eudistes, et Couvent ; Tracadie : Cou- 
vent ; Dalhousie : Couvent ; Shippagan : école paroissiale ; Bathurst : Couvent ; Bouctouche : 
Couvent ; Saint-Basile-de-Madawaska : école de 1 H6tel-Dieu Saiot-Josepb 



SECRÉTARIAT DE MONCTON, N.-B. 

Moncton : Couvent et écoles paroissiales (2), par Monsieur le curé ; Memramcook : Univer- 
sité du Collège Saint-Joseph ; Shédiac : Couvent de Sainte-Anne ; Saint-Joseph : Académie N.<D. 
du Sacré-Cœur. 

SECRÉTARIAT DE CHURCH POINT, N.-É. 

Church Point : Collège Sainte-.\nne, RR. PP. Eudistes et école paroissiale ; Métcj^han : Cou- 
vent et école paroisiiale ; écoles paroissiales de Pubnico-ouest (2). de Grosses-Coque», de (.omeauviUe. 
de Petit-Ruisseau, de Saulnierville, de Fubnico-en-bas. de Belleville-centre. de Eel-Brook (2}. des Cou- 



80 LE PARLER FRANÇAIS 

cessions, de Little Brook-station, de Wedgeport-en-bas (2), d'Amireault's Hill, de Pubnico^eotre* 
de Pointe-du-SauIt (2), d'Abram's River, de Rivière Meteffhan (3), de Pubnico-Est, de Cap-Saiote- 
Marie, de Lac-Doucet, de Saint-Joseph, de Mavilette, oc Wedgeport, de L'Anse-aux-Belltveau, de 
Saulnierville-station (2), de Corberrie et de Salmon-River. 

SECRÉTARIAT DE SAINT-BONIFACE, MAN. 

Saint-Boniface : Collège des Jésuites, Académie Saint-Joseph, Académie Provencher, Juntorat 
de la Sainte-Famille; Winnipeg: Pensionnat des SS. NN. de Jésus et de Marie, et école du Sacré-Cœur, 
rue Bannatyne ; Saint-Norbert, Man. : Couvent des Sœurs Grises ; Saint-Charles, Man. : Couvent 
des Sœurs Obtates ; Saint-Pierre, Man. : Couvent des SS. NN. de Jésus et de Marie. 

SECRÉTARIAT DE PRINCE-ALBERT, SASK. 
Prince-Albert : Académie N.-D. de Sion ; Marcellin : le Couvent ; Dorarémy : le Couvent. 

SECRÉTARIAT d'eDMONTON, ALBERTA 

Edmonton : Collège des RR. PP. Jésuites. 

SECRÉTARIAT DE LA NOUVELLE-ANGLETERRE 

Central Falls, R. I. : école Saint-Mathieu, par Monsieur le Curé ; Saint-Johnsbury, Vt : Col- 
lège des Frères et écoles paroissiales, par M. le curé ; New-Bcdford, Mass. : Couvent des Sœurs de 
Sainte-Croix ; Saint-Albans, Vt : École des SS. Anges ; Manchester, N._ H. : Couvent de Sainte- 
Croix ; Nashua, N. H. : Couvent de Sainte-Croix et Académie Saint-Louis-de-Gonzague ; Auburn, 
Me : Couvent des Petites Sœurs Franciscaines ; Suncook, N. H. : Couvent de Sainte-Croix ; Hook- 
sett, N. H. ; Couvent de Sainte-Croix ; Woonsocket, R. I. : Couvent de la Présentation de Marie ; 
Worcester, Mass. : Collège de l'Assomption ; Arctic, R. I. : Couvent de la Présentation de Marie ; 
Marlborough, Mass. : Couvent de Sainte-Croix ; Lowell, Mass. : Couvent Saint-Joseph ; Green- 
ville, N. Y. : Couvent de l'Assomption ; Lewiston, Me : Couvent des Sœurs Dominicaines. 

LAURÉATES ET LAUREATS 

(Liste partielle) 

Rawdon. — Couvent de Sainte-Anne. — Secrétariat de Joliette : Mlle Alida 
Ricard. 

Les-Trois-RiTiÔreS. — Secrétariat des Trois-Rivières. — Pensionnat des 
UrsuJines : Mlles Bernadette Crête et Thérèse Perron. 

Verchdres. — Secrétariat de Montréal. — Pensionnat des SS. NN. de Jésus 
et de Marie : Mlles Laura Mongeon et Louisa Geoffrion. 

Sainte-Martine. — (Chateauguay) — Secrétariat général, Québec. — Pen- 
sionnat des SS. NN. de Jésus et de Marie : Mlle Blanche Mallette. 

Québec. — Secrétariat général de Québec. — Pensionnat des Dames Ursu- 
lines : Mlles Jeanne Côté, Antoinette Dorion, Hayda-Maria Denault, Advienne Dorion, 
Hélène Saint-Denis, Georgine Rivard et Geneviève Legendre. 

Rimouski. — Secrétariat de Rimouski. • — Pensionnat des Ursulines : Mlles 
Jeanne-Aimée Sasseville, Bernadette Lenghan, Wilhelmine Saint-Amand et Rose-de- 
Lima Dubé. 

Yamachiche. — Secrétariat des Trois-Rivières. — Couvent de la Congréga- 
tion : Mlle E. Beaudry, Saint-Raphaël, P. Q. 

Montréal. — Secrétariat de Montréal. — Collège Notre-Dame, Côte des 
Neiges, direction des Clercs de Sainte-Croix : MM. Jean-Marie Gauvreau et George* 
Lacas. 

Nicolet. — Secrétariat de Nicolet. — Académie Commerciale : MM. Walter 
GUI et Arthur Lemay, Nicolet. 

Lowell, Mass. — Secrétariat de la Nouvelle-Angleterre. — Couvent Saint- 
Joseph : Mlles Jeannette Chevalier et Bernadette Gagné. 

Saint-Boniface, Man. — Secrétariat de Saint-Boniface. — Juniorat de la 
Sainte-Famille : RR. PP. Oblats : MM. A. Paradis, L. Gauthier et R. JubinviUe. 



AU SERVICE DES INTÉRÊTS FRANÇAIS 81 

New-Bedford, Mass. — Secrétariat de la Nouvelle-Angleterre. — Ëcole du 
Sacré-Cœur : Mlles Juliette Laferrière et Delta Brouillette. 

Rigaud, P. Q. — Secrétariat général de Québec. — Couvent : Mlle Florida 
Saint-. iuhiii. 

Joliette, P. Q. — Secrétariat de Jolictte. — École Normale : Mlles Aurore 
Lavallée, Saint-Gabriel, Irène Duhaime, Saint-Paulin, Marguerite Ilamelin, Saint- 
Uarthélerai. 

La-Baie-du-Febvre, P. Q. — Secrétariat de Nicolct. — Pensionnat des Sœurs 
de TAssomption : Mlles Juliette Allard et Marguerite Saloia. 

La-Tuque, P. Q. — Secrétariat du Témiscaminguc. —Pensionnat des Sœurs 
de r.Assomption : Mlles 0. Lajleur, A.-M. Page, I. Riberdy, M. Page et //. Lapointe. 
Cbamplain, P. Q. — Secrétifriat des Trois- Rivières. — Couvent du Bon 
Pasteur : Mlles Virginie Labissonnière et Marie Cloutier. 

Lauzon, — Secrétariat général de Québec. — Collège Saint-Joseph : Clercs de 
Saint-Viateur : MM. Louis-Philippe Couillard, Lévis ; Rodolphe Tremblay, Saint- 
Malachie ; Roland Duval, Bic ; Emile Labrecque, Beaumunt. 

Lewiston, Me. — • Secrétariat de la Nouvelle-Angleterre. — Couvent des 
Sœurs UoMiiiiicaiues : Mlles Bertha Jutras, Simone Marcotte et Juliette Gervai». — M 
Ëddy Forticr. 

Woonsocket, R. I. (114, Avenue Gaulin). — Secrétariat de la Nouvelle- 
.Angleterre. — Pensionnat des Sœurs de la Présentation : Mlles Bertha Stevenin et 
Blanche Hubert. 

Montréal. — Académie Saint-Jean l'Évangéliste. — Secrétariat de Montréal ; 
Direction des Sœurs de Sainte-Croix : Mlles Albertine Troie, Ophélia D'Anjou, Yvonne 
Sinécal et .4m(tia Valiquette. 

S. -Basile, (Madawaska). — Secrétariat de Caraquet, N.-B. — Hôtel-Dieu 
Saint-Joseph : Révérende Sœur Maillet, Supérieure : Mlles Agnès Bernier et Made- 
leine Roy. — M. Wilfrid Turcotte. 

Lachine, P. Q — Secrétariat de Montréal. — Pensionnat de Villa-Anna: 
direction des révérendes Sœurs de Sainte-Anne : Mlles Léa Gagné, A. Dubreuil, A. 
Hurtubise, A. Lavoie, B. Simonneau et A. V(zina. 

La-Pointe -du -Lac. — Secrétariat des Trois-Rivières. — Couvent des Sœurs 
Grises de la Croix : Mlles Antiette Mélhot et Simone Vigneau. 

Central Falls, R. I. — Secrétariat de la Nouvelle-Angleterre. — École Saint- 
Mathieu : Mlle Jeannette Ledoux et M. Emile Jacques. 

Loretteville. — Secrétariat général de Québec. — Pensionnat Saint-Louis : 
Mlles Anne-Marie Gagné, Hélène Guay, Jeanne Verret, Yolande Plamondon, Georgette 
Plamondon, Marguerite Raymond, Aurca Renaud, M.-J. Savard, Germaine Langlovi, 
Corinne Langlois, Bernadette Garneau, Béatrice Roy, Béatrice Vincent, Angiline 
Savard, Marguerite Royer. 

Ottawa, Ont. — Secrétariat de l'Ontario. — École Notre-Dame de Lourdes : 
Mlles Liliane Beaulieu, Ottawa, et Marie-Thérèse Ménard, Hull, P. Q. 

Edmonton, Âlta. — Secrétariat d'Edmonton. — Collège des RR. PP. Jé- 
suites : MM. Fanning Boileau, Paul Poirier, Roméo Ketchen, Léo. Leclair, Louis 
Coupez, Ousîarc Dubuc, Arthur Lessard, Jean Ilumbert. 

MemraniCOOk, N. B. — Secrétariat de Moncton, N.-B. — Université du 
Collège Saint-Joseph : direction des RR. PP. de Sainte-Croix : MM. J.-Emile 
Boucher, Rivière du Loup, P. Q. ; Alfred-H. Belliveau, Fredericton, N. B. ; Oswald 
Léger, Saint-Joseph, N.-B. : Jacques Boudreau, Campbelton, N.-B. 

Church Point, N. E. — Secrétariat de Church Point. — Direction des RR. 
PP. Eudistes : MM. Napoléon Labrie, Gerald Lefort, Georges Landry, Joseph-M. 
Leblanc, Elphège Léger, Fidèle Chiasson, Luc Gaudet, Ulysse Leblanc, Clément Ozon. 

Québec. — Secrétariat général de Québec. — Pensionnat de Bellevue : direc- 
tion des Dames de la (Congrégation : Mlles G. Tanguay, L. Marceau, J. Kirouac, 
M. -T. Coulombe et M. Delâge. 

Lauzon. — Secrétariat général de Québec. — Pensionnat de Jésus- Marie : 
Mlles Juliette Arcl, Québec ; Marie-Louise Paradis, lAvis ; Isabelle Henry, Charles- 
bourg; Blanche Paradis, Lévis ; Donalda Guay, Sainte-Marie-de-Beauce ; Germaine 
Brière, Paulctte Turgeon, E. Ouellet, L. et B. Lachanee, J. Gindron, Lauzon. 

Sudbury, Ont. — Secrétariat de l'Ontario. — Collège du Sacré-Cœur : direc- 
tion des RK. PI'. Jésuites : M. J ean-Lorenzo Charlebois. 

^thabaskaTille. P. Q. — Secrétariat de Ni<'olet. — Collège des Frères des 
Écoles Chrétiennes : MM. Hercute Bcrgeron, Emile Prudhomme, Avila Martel et 
Lucien Beauchesne. 



82 LE PARLES FRANÇAIS 

S. BrunO-de-Quigues. — Secrétariat du Témiscaraingue. — Couvent des 
révérendes Sœurs de l'Assomption : Mlle A. Ouellet. 

Saint-Boniface. — Secrétariat de Saint-Boniface, Man. — Académie Proven- 
cher : M. Arthur Grenier. 

Winnipeg, Man. — Secrétariat de Saint-Boniface, Man. — École du Sacré- 
Cœur : Mlle Marthe Dénia. 

QUELQUES TÉMOIGNAGES 

Nous croyons être utile à la cause de la défense et de la propa- 
gande de l'influence française en Amérique, en inscrivant ici quel- 
ques brefs extraits des nombreux témoignages que nous avons 
reçus, cette année encore, relativement à l'importance que l'on 
attache aux « Prix de Parler français » offerts par le Comité per- 
manent de la Langue française, et à l'influence heureuse qu'on les 
juge propres à exercer. 

— De la révérende Mère directrice de l'école paroissiale, à Saint-Basile-de- 
Madawaska, N. B. 

— Veuillez agréer no.i plus sincères remerciements pour cet encouragement que 
vous daignez nous donner encore cette année. Nous prions, en retour, le Cœur de Jésu» 
de continuer à bénir vos efforts pour la diffusion de notre belle Langue française. 

— Les Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame, du couvent d' Arthabaska . . . 
comptent sur votre générosité pour encoxirager le bon parler français dans leur pension- 
nat ; elles forment des vœux pour la sécurité de la langue française dans la province de 
Québec, et le succès de la lutte pour les droits du français dans l'Ontario. 

— Je vous remercie beaucoup des encouragements que vous donnez aux enfants 
d'Ontario. — Alexandre Grenon, sec. 

— Dans une récente visite chez un confrère, j'ai vu les magnifiques récompense» 
destinées {par le Comité permanent de la Langue française) à ceux gui, dans leurs 
études, ont attaché une attention spéciale au français. Nous avons ici deux écoles 
(Dames de la Congrégation, 300 élèves ; Frères de Saint-Gabriel, 200 élèves) — c'est 
le seul endroit du Vermont où il y ait des Frères ; de pareilles récompenses y seraient 
bienvenues. — Abbé D. Carbiêres, curé, St-Johnsbury, Vt. 

— . . .Je suis heureuse de pouvoir vous dire que de bons effets ont été obtenus par 
les médailles de « Parler français » précédemment distribuées. — Communication du 
Pensionnat du Sacré-Cœur, Sault-au-RécoUet, Montréal. 

— ... Les deux Prix de l'an dernier ont été fort appréciés de nos élèves : sera-ce 
trop d'en solliciter cinq aujourd'hui ? — Pensionnat de la Présentation de Marie, 
Saint-Hyacinthe, P. Q. 

— ... Nous sommes heureuses de profiter de cette distribution généreuse, si le 
Comité permanent le veut bien. — Couvent des Dominicaines, Lewiston, Me. 

— ... Reçu la médaille et les Prix que vous m'avez adressés. Je tous remercie 
en mon nom et en celui de mes élèves de la première classe. Ce témoignage d'intérêt 
les encourage à aimer et à cultiver plus encore leur belle langue française. Trop souvent, 
en dehors des villes, on la parle avec négligence et on ne se rend pas compte de l'orthogra- 
phe des mots ; volontiers, on la négligerait pour l'étude de l'anglais, dont la connaissance, 
croit-on, mène seule aux places lucratires et aux emplois honorables. — Le révérend 
Frère Directeur, ."académie Saint-Edouard, Beauport. 



AU SERVICE DES INTÉRÊTS FRANÇAIS 83 

— ... Un tel * Prix d'honneur », de votre part (C. /'. L. F.), récompensera digne- 
ment no* chères élèves de leurs constants efforts, durant le cours de cette année scolaire, 
pour le « parler français ». - — La révércnJe Sœur Directrice, Pensionnat de l'Assomp- 
tion, S.-Bruno-<lc-(iuigues, Témiscamingue. 

— • . . . Ces prix que, depuis quelques années, vous distribuez si généreusement 
aux différentes maisons d'éducation, nous les avons reçus à la plus grande satisfaction 
de nos élèves. — Le révérend Père Recteur, Collège des Jésuites, Saint-Boniface, Man. 

— Je viens tous demander de vouloir bien inscrire le nom de l' Académie de La 
Salle pour les prix donnés par votre Comité en encouragement du bon parler français . . . 
L'épuration de la langue, au sein de notre Académie, est en honneur : chaque semaine, 
des feuillets d'expressions fautives, avec corrections en regard, sont affichés dans les 
classes. Tous les quinze jours, une revue est faite, par écrit, et le résultat en est affiché 
dans les classes. Voilà ce que nous avons fait, cette année, et je puis vous dire que l'en- 
thousiasme est grand parmi nos élèves, qui attendent toujours avec anxiété la revue de la 
quinzaine. — Le Frère Directeur de l'Académie de La Salle, aux Trois-Rivières. 

— ... L'école Saint-Mathieu, de Central Falls, R. /., pourrait-elle avoir une 
petite part dans votre distribution f Nous avons ici 360 enfants, sous la direction des 
Sœurs de Sainte-Anne, qui otit à cœur de conserver la langue française. Quelques prix 
de Parler français encourageraient encore leur zèle. — Abbé J. Geoffroy, prêtre, direc- 
teur. 

. . . Sous serons heureux de couronner, en votre nom, l'élève gui aura fait le plus 
d'efforts pour posséder notre belle langue française. — Le Frère Directeur du Collège 
des Frères des Écoles Chrétiennes, à Longueuil. 

— Je me permets de vous demander un prix pour le parler français. Nos élèves 
ont fait un grand progrès, cette année, et méritent encouragement de votre part. — La 
Sœur Directrice, école de l'Hôtel-Dieu Saint- Vallier, Chicoutimi. 

— Nous avons reçu avec joie les beaux prix du Comité Permanent au sujet de la 
Langue française. Nous les avons distribués à nos élèves qui se sont efforcées, durant 
l'année, de bien parler le français. Elles en sont toutes si contentes ! Ce sera un grand 
encouragement pour les autres élèves, l'an prochain. — Les Sœurs de Sainte-Marie, 
directrices du Couvent Sainte-.\nne, à Saint-Eugène, Ont. 

— . . .La perspective de récompenses aussi précieuses crée parmi nos élèves, la 
plus louable émtdation, et tout le personnel enseignant constate, avec satisfaction, que la 
langue canadienne-française s'épure, petit à petit, que tes anglicismes, les locutions 
vulgaires sont, notamment dans le premier cours, à peu près bannies des récréations. — 
Les Sœurs de Sainte-Croix, directrices de l'Académie Saint-Jean-l'Évangéliste, 
Montréal. 

— . . . Voire hommage, venant de si haut, m'honore beaucoup et m'encourage à 
continuer de travailler à la correction de mon parler et à la culture de ma langue, comme 
aussi à persévérer dans la préparation de mes armes pour la défense de notre langue, 
quand je croirai le moment venu pour moi. — L. R., Jolibtte. 

— ... Médaille et volumes, si fort appréciés de tous, ont été décernés, en séance 
publique, à la fin de juin. — Les Religieuses de la Présentation de Marie, Woon- 
socket, R. I. 

— - Je me fais u.i plaisir de vous envoyer les noms des élèves qui ont mérité les prix 
que votre Comité a bien vouljt nous offrir pour encourager nos enfants dans l'étude de la 
tangue française. Les heureux lauréats en ont été très flattés, et à la distribution solen- 
nelle des prix, de chaleureux applaudissements ont salué le succès de chacun des lutteurs 
couronnés au nom de la Langue française . . . Déjà l'on prend de bonnes résolution» 
pour mériter, l'année prochaine, pareille récompense. — La Sœur Directrice, Couvent 
des Religieuses Dominicaines, Lewiston, Me. 

— Lewiston, Me., 2 juillet 1915 : Monsieur le Président du Comité Permanent 
L. F., J'ai eu l'honneur de mériter un des prix que votre Comité a bien voulu offrir 



84 LE PARLES FRANÇAIS 

à notre école, dans le but d'encourager l'étude de la langue française aux Etats-Unis, e' 
je me fais un devoir de vous en remercier, en mon nom et en celui de mes camarades. 
J'espère que l'intérêt que vous nous portez sera pour tous un stimulant à poursuivre 
encore avec plus d'ardeur l'étude de cette belle langue, que nous apprenons à bégayer 
dès le berceau et qui est, après notre sainte religion, ce que nous désirons le plus conserver 
de l'héritage que nos vaillants ancêtres nous ont légué. Je fais des vœux, Monsieur, 
pour que votre travail soit couronné d'un plein succès, et vous prie d'agréer, avec mon 
respect, l'expression de notre reconnaissance. — Bertha Jdtbab. 

— . . .La médaille (offerte par le Comité permanent L. F.) a été décernée à Jean- 
Lorenzo Charlebois, V élève qui s'est le plus appliqué à parler correctement le français. 
Je suis heureux de vous dire que le français est de plus en plus aimé, au Collège du Sacré- 
Cœur. Des enfants qui nous étaient arrivés à demi anglicisés sont devenus presque des 
puristes, et savent, à l' occasion, faire une chasse fructueuse à l'anglicisme. Quelques-uns, 
de petits bouts d'hommes, se sont même hasardés à faire la leçon à des marchands cana- 
diens-français qui n'avaient que des peanuts à leur vendre, alors qu'eux voulaient acheter 
des pistaches ! — R. P. G. Jean, S. J., Recteur du Collège du Sacré-Cœur, Sudbury, 
Ont. 

— ... Recevez l'expression de notre sincère gratitude pour l'intérêt que tous coulez 
bien ainsi nous témoigner, et veuillez croire que nous ferons tous nos efforts pour conserver 
et propager notre « doux parler ». — Les Sœurs de Charité, directrices du Couvent 
Sainte- Anne, Shédiac, N. B. 

— ... Veuillez croire, messieurs, que votre zèle ardent et généreux pour les intérêts 
de notre belle langue française excite notre admiration et stimule nos efforts pour la faire 
respecter. — La Sœur Directrice du Pensionnat de l'Assomption, La-Tuque, P. Q. 

— ... Ces récompenses encouragent l'étude du français et la font apprécier 
de nos élèves, en leur prouvant l'intérêt que de grands hommes prennent à la conservation 
de notre langue. — La Sœur Directrice de l'Académie Sainte- Marie, à Winnipeg, Man. 

— Je suis l'heureuse gagnante de la belle médaille du Comité permanent de la 
Langue française, et j'en suis très honorée. Les élèves de notre école apprécient beaucoup 
ce bienveillant encouragement donné à leurs efforts dans l'étude de noire belle langue 
maternelle. — Juliette Lafehrière, École du Sacré-Cœur, New-Bedford, Mass. 

— . . . A la distribiition solennelle des prix, en notre couvent, j'ai eu l'insigne 
honneur de recevoir la médaille offerte par le Comité permanent de la Langue française 
au Canada. Cette médaille, souvenir de l'inoubliable Congrès dont votre Comité fut 
l'âme, m'est des plus précieuse, et toujours je la montrerai avec une légitime fierté. — 
Flohida Saint-Aubin, Couvent de Rigaud, P. Q. 

— . . J'ai eu l'honneur de mériter l'un de vos beaux prix envoyés à notre École 
pour le bon langage français. Veuillez agréer mes remerciements sincères et mes salu- 
tations respectueuses. — Della Brouillette, École du Sacré-Cœur, New-Bedford, 
Mass. 

— .. .Veuillez accepter nos sincères remerciements pour l'envoi d'une médaille 
et de quatre volumes. Ces prix nous aident beaucoup à propager le bon langage parmi 
nos junioristes. — Rév. Père Supérieur du Juniorat de la Sainte-Famille, Saint- 
Boniface, Man. 

— . . .Nous nous félicitons de pouvoir apporter notre quote-part à la cause sociale 
du bon parler de Fratice, que vous savez défendre avec tant de sagesse et de succès. Pour 
répondre à un désir émis par le Congrès de la Langue française, nous inaugurions, il y a 
trois ans, un cercle d'étude du parler français. Il est plein de sève et donne le» plu* 
belles espérances pour l'avenir. Quelques-uns de ses membres ont soutenu, au cours de 
cette année (1914-15), des luttes toutes patriotiques pour l'épuration de leur langage. 



» 



AU SERVICE DB^ INTÉRÊTS FRANÇAIS 85 

et mtrileni une palme, de victoire, que je riclame de votre bienveillance. — La révérende 
Mère Supérieure du Couvent de Sainte-Anne, à Rawdon, P. Q. 

— . . .Je lui» l'une de> heureuiee gagnante» des prix de bon parler français que 
voire bieiiveilhnr:; adressait naguère à notre Couvent. Je suis vraiment touchée, ainsi 
que mes compagnes, de l'honneur que vous avez daigné nous faire. No» luttes ne peu- 
vent être plus noblement couronnées ; aussi, combien nous vous en sommes reconnait- 
santes! . . . — Alida Ricard, Couvent de Sainte-Anne, Rawdon, P. Q. 

— . . . Le bon parler français est en honneur parmi nos fillettes. Toutes nou* 
remercient de l'intérêt que vous leur portez, ainsi que de la générosité avec laquelle vous 
récompensez leurs efforts, chaque année. — - Les Sœurs des SS. NN. de Jésus et de 
Marie, directrices du Couvent, Verehères, P. Q. 

— ... Sœur M. de C. prie le Comité permanent de la Langue française d^ agréer 
ses plus sincères remerciements pour le puissant encouragement qu'il vient apporter 
à sa bonne volonté et à ses constants efforts dans l'enseignement de la langue française. 
Elle est heureuse de lui faire connaître le nom des élèves qui ont mérité, par leurs travaux 
et leurs succès, les récompenses offertes par lui. La médaille est décernée à Mlle Oeor- 
gine Rivard, qui, au cours de l'année scolaire, a conservé, dans ses compositions sur la 
langue française, 281 .6, sur un total possible de 320 points, et le volume, à Mlle Gene- 
viève Legendre, qui est arrivée seconde, en cette matière, avec 277 . 7. — Monastère des 
Ursulines, Québec. 

— ... Une attention bien spéciale a été donnée à la culture et à l'étude du « bon 
parler français » dan» notre maison. Mlle Blanche Mallette est l'heureuse gagnante 
du précieux volume que vous venez de nous envoyer. — La révérende Mère Supérieure 
du Couvent des SS. NN. de Jésus et de Marie, Sainte- Martine (Chateauguay), P. Q. 

— ... Nous avons reçu avec plaisir les récompenses envoyées par votre Comité à 
notre Pensionnat. Les heureuses méritantes sont Mlles Jeanne-Aimée Sasseville, Ber- 
nadette Ijcnghan, Wilhelmina Saint- Amand et Rose-de-Lima Dubé. Veuillez agréer, 
avec nos sincères remerciement», l'expression de notre profonde gratitude. — Les Ursu- 
lines DE RlUOUSKI. 

— . . . L'application au bon langage ayant été plus grande et constante, cette année, 
nous serions heureuses de la récompenser par des prix aussi justement appréciés. — La 
révérende Mère Supérieure, Couvent de la Congrégation Notre-Dame, Yama- 
chiche, P. Q. 

^ . . . Veuillez agréer nos remerciements pour votre deuxième gracieux envoi. 
Vou) continuez défaire des heureux parmi les futurs défenseurs de la langue française. 
Soyez-en cordialement loués! Les vainqueurs, cette année, ont été: Jean-Marie Gau- 
vreau et Georges Lacas. — Le Rév. Père Supérieur du Collège Notre-Dame, des 
Clercs de Sainte-Croix, CAte-des-Neiges, Montréal. 

— . . .Je vous remercie bien sincèrement d'avoir daigné vou» souvenir du Pension- 
nat Saint-Louis-de-Gonzague, dans la distribution de vos « prix de parler français ». 
Nos élèves sont honorés des récompenses que vous leur avez destinées, et ils garderont 
douce souvenance de votre bienveillance. — La révérende Sœur diiectrice du Pension- 
nat Saint-Louis-de-Gonzague, Québec. 



86 LS PABLEB FRANÇAIS 

— . . .Les élèves de l'École de Hawkesbury, Ont., vous prient d'accepter 
leur» plus sincères remerciements pour l'envoi généreux des médailles et volumes accueillis 
avec beaucoup de plaisir. Dès septembre, nous nous mettrons à l'œuvre, au sujet du 
« Sou des Enfants ». 

— ... Nos sincères remerciements pour votre délicate attention. Il fait bon de 
penser que l'on s'intéresse aux écoles paroissiales des Etais-Unis. — ^ Le8 Sœubs de 
Sainte-Croix et des Sept Douleurs, New-Bedford, Mass. 

— . . .Nous avons reçu, avec grand plaisir et vive reconnaissance, les magnifiques 
prix qui nous ont été adressés par le Comité permanent de la Langue française. Ces 
prix contribuent si efficacement, tout le long de l'année, à entretenir le feu sacré pour 
l'application au bon langage! — Les Religieuses de Jésus-Marie, l'en.sioniiat de 
Sillery, près Québec. 

— ...Les religieuses du Mont Notre-Dame remercient cordialement le Comité 
permanent de la Langue française de la médaille et des volumes qu'il a généreusement 
offerts à leurs élèves, eri récompense de leur application au parler français. — La révé- 
rende Sœur Supérieure du Mont Notre-Dame, Sherbrooke, P. Q. 

— ... Nous recevons les volumes destinés à récompenser celles de nos élèves qui 
s'appliquent davantage au bon parler français ; nous vous en remercions cordialement. — 
La révérende Sœur Supérieure, Pensionnat de Bellevue, Québec. 

— ... l'os prix de parler français nous sont parvenus : nos sincères remercie- 
ments à qui de droit. Nous faisons des vœux sincères pour la propagande de votre œuvre 
et pour le succès d'une cause si chère à nos cœurs. — Les Sœurs de Charité, Couvent 
de Notre-Dame du Sacré-Cœur, Saint-Joseph, N. B. 

— ... Remerciements bien sincères au Comité permanent de la Langue française 
pour l'envoi d'une médaille et de volumes. Ces magnifiques récompenses aideront 
nos chères enfants à garder dans son intégrité le pur français de la « douce France ». 
— La révérende Sœur Supérieure des Sœurs de la Charité de Saint-Louis, Pension- 
nat de Loretteville, P. Q. 

— ... J'accuse réception de votre envoi de récompenses pour nos élèves, et vous en 
remercie sincèrement. Je vous promets de coopérer au « Ralliement Catholique et Fran- 
çais en Amérique », en versant la contribution de nos élèves, en septembre prochain. 
Mes meilleurs vœux de prospérité pour vos œuvres. — Le révérend Frère Directeur de 
l'Académie Saint-Viateur, Joliette, P. Q. 

— . . .Les religieuses de l'Académie de Notre-Dame de Sion, à Prince- 
Albert, Sask., offrent leur religieux respect au Comité permanent de la Langue fran- 
çaise et le prient d'agréer l'hommage de leurs très sincères remerciements, pour l envoi 
de prix destinés à l'encouragement de la langue française dans leur pensionnat. 

— ... Pour la troisième fois nos écoles sont gratifiées de magnifiques récompenses, 
dont nous apprécions hautement la juste valeur. Soyez mille fois remerciés de penser 
ainsi à nous, et j'ose vous assurer que ces précieux encouragements portent nos élèves 
à s' appliquer à parler de plus en plus correctement notre belle langue, afin de se montrer 
dignes de la faveur Jont on les honore. — La révérende Sœur Supérieure du Couvent 
de Sainte-Croix, Suncook, N. H. 



ATT SERVICE DES INTÉRÊTS FRANÇAIS 87 

— . . .Le> Religieuaet et le» fUrei de F Ecole du SacrS-Cœur remercient sincère- 
ment le Comité permanent de la Langue française pour le» beaux prix offert» en récom- 
pense du bon langage français. Les rœux te» plus ardent» sont formulés par elle» pour 
ta conserration de la chère tangue française. — Les Sœurs de Sainte-Croix et des 
Sept Douleurs. — New-Bedford. Mass. 

— . . .L'entoi de cette médaille eommémorative du Premier Congre» de la Langue 
française au Canada, de ces ouvrages modèles de notre littérature canadienne-française, 
est un puissant encouragement pour les élèves dans leur» efforts à cultiver « notre doux 
parler ». — La révérende Mère assistante-générale, au Bon-Pasteur, Québec. 

— . . Ce sont de» récompenses fort appréciées et des religieuse» et des élève». — 
Les Sœurs de Sainte-Croix, du Couvent de Saint-Albans, Vermont. 

— ... A'oiM faisons tous nos effort» pour con»erver dan» l'âme de no» filleUe» une 
estime profonde et raisonnée de notre cher idiome, et je crois que beaucoup correspondent 
à nos soins, en travaillant à rendre leur langage plus correct et plus soigné. Plusieurs 
de nos enfants ont obtenu de bons résultats par un travail sérieux, et vous êtes praimen 
bien inspirés en accordant de telles récompenses aux élèves qui méritent cet encouragement. 
Je me promets de demander à nos enfants leur obole, dans le courant de l'année 1915-16, 
en faveur de votre œuvre. — La révérende Mère Supérieure des Filles de Jésus, Acadé- 
mie de N.-D. du Cap, au Cap-de-la-Madeleine, P. Q. 

— ..Les Frères de l'Ecole Brébeuf, d'Ottawa, remercient très cordialement 
le Comité permanent de la Langue française pour les prix nombreux et intéressants 
offert» aux élève» de leur école le» plus méritant» à l'égard de la culture françai»e. — 
Sainti--.\nne d'Ottawa, juin 1915. 

— ... Nos plus sincères remerciements, auxquels nous joignons nos vaux de pros- 
périté. Et à celh-ci nous désirons contribuer, en y participant, dans la mesure de nos 
moyens. Il nous eiU fait grand plaisir de vous adresser immédiatement la cotisation 
des « Institutions coopérantes », de dix piastres. Ne pouvant le faire cette fois-ci, 
nous vous prions de croire qu'à la plus prochaine occasion possible nous vous enverrons 
la preuve que nous voulons vous être unis « en esprit et en vérité ». — Les révérendes 
Sœurs Grises de la Croix, directrices du Couvent, Ville-Marie, P. Q. 

— ... Reçu les précieuses récompenses offerte» par le Comité permanent de la 
Langue française. Ma reconnaissance .l'exprime par un bon merci, tout français, et 
par la promesse de travailler énergiquement à la culture de notre langue et de notre foi. — 
La révérende Sœur Supérieure, Couvent de la Congrégation Notre-Dame, Sainte- 
Anne-dc-Bellevue, P. Q. 

— ... Le» prix de votre Comité sont toujours reçus avec reconnaissance. — Le 
révérend Frère Directeur, Collège <les Frères des Écoles Chrétiennes, Arthabaska, 
P. Q. 

— . . .Nous vous prions de croire aux sentiments de sincère reconnaissance que 
nous vous exprimons à ce sujet, car cette marque d'encouragement réjouit fort maltre»»e» 
et élève». — La révérende Sœur Supérieure du Couvent .Saint-Joseph, Lowell, Mass. 

— ...Au Comité permanent de la Langue française nos plus sincères remercie- 
ments pour l'honneur qu'il nous fait en gratifiant nos élève» de magnifiques récompense» 
pour la culture du français. — Les révérendes Sœurs de la Présentation de Marie, 
directrices du Couvent, Arctic, R. l. 



88 (.E PARLER FRANÇAIS 

— . . .Merci cordial de l'enrni gracieux fait à l'Ecole Normale! J'espère que 
l'Ecole Normale pourra, l'an prochain, s'inscrire comme « Institution coopérante » 
du Ralliement Catholique et Français en Amérique. — Monsieur le Principal 
de l'École Normale, Chicoutimi, P. Q. 

— ... J'ai l'honneur d'accuser réception de deux volumes, don généreux du 
Comité permanent de la Langue française au Canada. Ces prix seront offerts à nos 
élèves comme récompenses de l'application apportée à la correction du langage... 
Sous ce pli, veuillez recevoir le prix de l'abonnem'n! au Parler françai.s. — La révérende 
Sœur Supérieure, Couvent de la Congrégation Notre-Dame, Sainte-Anne-de-la- 
Pérade, P. Q. 

— ... Cette m.arque d'attention et de bienveillance est un précieux encouragement 
pour nous et pour nos élèves. — Le révérend Frère Directeur, Collège des Frères du 
Sacré-Cœur, Victoriaville, P. Q. 

— ...La magnifique médaille, les divers volumes, tout excitera certainement 
l'émulation chez nos jeunes filles : elles rivaliseront d'ardeur et redoubleront d'applica- 
tion à parler correctement le français. Les heureuses gagnantes vous diront elles-mêmes, 
je l'espère, et leur reconnaissance et leur bonheur. . . Avec l'expression du profond 
respect et de la bien vire gratitude de notre Communauté, etc. — La révérende Mère Supé- 
rieure, Pensionnat des Ursulines, Lcs-Trois-Rivières, P. Q. 

— ... Merci, e7i mon nom et en celui de ma Communauté, pour la jolie médaiUe 
et les précieux volumes offerts en récompense à la culture de la langue française, et que 
nous apprécions beaucoup. — La révérende Mère Supérieure du Couvent de l'As- 
somption de la Sainte- Vierge, Haileybury, Ontario. 

— - . . . Au Comité permanent de la Langue française nos plus sincères remercie- 
ments pour les prix de parler français, que nous décernerons aux plus méritantes de nos 
élèves. Croyez à notre reconnaissance et à notre entier dévouement pour faire connaître 
et aimer de plus en plus notre doux parler de France. — Les Religieuses de la Congré- 
gation, du Couvent d'Arthabaska, P. Q. 

— ... Excusez mon long retard à vous accuser réception des récompenses que votre 
Comité a daigné nous envoyer, encore cette année, pour encourager l'extension de la belle 
langue française au Canada. Recevez l'expression de mon entier dévouement à la noble 
cause que vous défendez. — Le révérend Frère Directeur, Académie des Frères, 
Saint-Tite (Champlain), P. Q. 

— ... Merci d'avoir eu l'obligeance d'envoyer à l'École Saint-Mathieu, de Central 
Falls, quelques-unes des récompenses offertes par le Comité permanent de la Langue 
française pour encourager les élèves à bien parler le français. Les lauréats sont Emile 
Jacques et Jeannette Ledoux : en leur nom et en mon nom, je vous remercie. — J. Geof- 
froy, prêtre. Central Falls, R. I. 

— ... Les heureuses gagnantes des prix de « bon langage », Mlles Annette Méthôt 
et Simone Vigjieau, prient le Comité permanent de la Langue française de bien vouloir 
accepter leurs remerciements très sincères pour les volumes offerts à notre Pensionnat 
des Sœurs Grises de la Croix. Fières sont-elles de pouvoir dire que ces récompenses 
leur ont été attribuées parce que, durant toute l'année, elles se sont distinguées en faiy 
sant usage d'un langage plus soigné et plus pur de tout anglicisme. — Couvent dés 
Sœurs Grises de la Croix, La-Pointe-du-La.-, P. Q. 



LEXIQUE 

CANADIEN-FRANÇAIS 

(Suite) 

Maniéreuz {mànyéré) adj. 
Il Maniéré. 

lAanifacture {mànifaktu.r) . 
1 1 Manufacture. 

VX FR. Id., NiCOT, COTGBAVE. 

DiAL. Id., Normandie, Robin. 

Manificat (mànîfikàt) s. m. 
Il Magnificat 

Manificence (mànifisà:s) s. f. 

1 1 Magnificence. 

DiAL. Id., Centre, Jaubekt. 

Manifique (mànifik) adj. 

Il Magnifique. 
jj^DiAL. Id., Centre, Jaubert ; Anjou, Verrier ; Normandie, 
MoisY, Maze, Dubois. 

Manifiquement (mànifikmà) adv. 

Il Magnifiquement. 

DiAL. Id., Normandie, MoisT. 

Manigat' (mànigàt) adj. 
Il Souple, délié, parfait. 

Magnére {mà^é:r) s. f. 

Il Manière. Ex. : Quelle espèce d'oiseau as-tu pris là? C'est 
comme une magnére de serin. 

89 



90 LE PARLER FRANÇAIS 

Magnére (d'eune) {d'œn màxié:r) loc. 

Il D'une certaine façon, à un certain point de vue. Ex. : 
D'eune magnére, je serais ben prêt à consentir. 
DiAL. Id., Anjou, Verrier. 

Magnére (matière) adj. 

Il Maniéré, affecté dans sa tenue, son langage. 

Magner eux {màuêré) adj. 
Il Maniéré. 

Manher (mâhé, mâé) v. tr. 
Il Manger. 

Manhable (mâhàb) adj. 
Il Mangeable. 

Manifactureux (mànifàkturé) s. m. 
Il Manufacturier. 

Maniser (mànizé) v. tr. 
1 1 Magnétiser. 

ManivoUe (manivbl) s. f. 

1° Il Poussière qui vole au vent, quand on secoue un tapis, 
une étoffe ; cendre très fine. 

2° Il Poussière de farine qui s'échappe des meules dans les 
meuneries et se pose sur les murs, le plafond, etc. Menues graines 
qui restent sur la batteuse. 

3° Il Chose de rien, de peu de valeur. Ex.: N'y faites pas 
attention, c'est de la manivole. 

Manœuvrer {mànàvrê) v. tr. 

Il Mouvoir, transporter, déplacer. Ex. : Une caisse lourde 
à manœuvrer. 

Mantelet (mâtlèt) s. m. 
Il Camisole. 



Lexique CANADiEN-FRANgiis 91 

Manquable {màkàb)) adj. employé adv. 

1° Il Probablement. Ex.: MançuaWc que vous allez l'inviter. 

DiAL. Id., Centre, Jaubert. 

2° Il Sans doute, certainement. 

3° adj. Il Probable : C'est ben manquable. 

Manquablement (mâkabàlmâ), monquablement (môka- 
bàlma) adv. 

1° Il Probablement. 
DiAL. Id., Normandie, Moisv. 
2° Il Évidemment, certainement. 
Fr.-can. Aussi : macablement. 

Manque (ben) (M mâ.-k) adv. 

I ° Il Beaucoup. Ex. : Y a ben manque d'affaires, mais pas 
guère d'argent. 

2° Il Volontiers, sans hésiter. Ex. : Veux-tu me prêter ton 
couteau ? — Ben manque ! 

3° Il Probablement. Ex. : Il aurait ben manque assez d'ar- 
gent pour acheter ta terre, mais c'est qu'il n'y tient pas. 

Manque {mâ:k) s. f. 

1° Il Manquement, faute d'omission, manque (s. m.). Ex. : 
Une manque dans un filet = un manque. — Manque de venir à 
temps, il a perdu son tour = Pour n'être pas venu . . . 

2° Il Méprise. 

Manqué (mâ^é) adj. 

II Un homme manqué = qui n'a pas ce qu'il faut pour être un 
homme comme un autre, à qui il manque une jambe, etc., très laid. 
• — • Une maîtresse manquée = une institutrice qui ne sait pas ensei- 
gner. 

Manquer {mâlfé) v. tr. 

1° Il Sentir le défaut, l'absence de, en souffrir. Je la manque 
beaucoup = elle me manque beaucoup. 

2° Il Faillir, manquer de (V. Vincent, p. 104). 
3° Il Manquer de = manquer (se noyer). 



02 LE PARLER FRANÇAIS 

Manquer (ne pas) que de {né pâ màlçé kè dé). 

Il Ne pas manquer de. 
DiAL. Id., Anjou, Verrier. 

Manqueux {mâlçâ) adj. 

Il Qui manque son coup ; qui n'assiste pas à la classe. 

Mantelet {màtlè) s. f. 
Il Camisole. 

Mappe (màp) s. f. 

Il Carte géographique. 

Vx FR. Mappe = carte, plan, Littré, Lar. 

Maquelot (màklô) s. m. 
Il Matelot. 

Maquière (mà^e:r) s. f. 
Il Matière. ■ 

Maquieu Salé {maké salé) n. p. 

Il Mathusalem. (Mathieu Salé). Êx. ; Vieux comme Moçuiew 
Salé = vieux et démodé. 

DiAL. Id., Normandie, Dubois, Robin ; Anjou, Verrier. 

Maquillon (ma^iyô) s. m. 

Il Maquignon. 

DiAL. Id., Normandie, Maze. 

Fr.-can. Voir matillon. 

Maquillonner {majçiyhné) v. tr. 

Il Maquignonner. 

DiAL. Id., Normandie, Maze. 

Fr.-can. Voir matillonner. 

Mâr {mâ:r, mh:r) s. m. 

1 1 Mars, troisième mois de l'année. 
DiAL. Id., Normandie, Moisy, Robin. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 93 

Marabout (maràbu) s. m. 

Il Individu irritable, grincheux, grondeur, malendurant. 
Fr. Marabout = homme laid, mal bâti, sale et grossier, fig. 
et pop., Besch. 

Maragouin {maràgwé) s. m. 
Il Maringouin. (V. ce mot). 

Marbe (màrb) s. m. 

1° Il Marbre. 

DiAL. Id., Normandie, Moisy. 

2° Il Bille à jouer. 

3° Il Coussinet. 

Fr.-can. Voir marbre. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier. 

Marbrage (màrbrà:j) s. m. 
Il Marbrure. 

Marbre {màrb), marble (màrb), s. m. 

Il Bille à jouer (de marbre, de pierre, de verre, etc.). 

DiAL. Id., Anjou, Verrier ; Saintonge, Éveillé ; Picardie, 

CORBLET. 

Marcassin (màrkasé) s. m. 

1° Il Petit cochon ; cochon maigre. 

Fr. Petit sanglier, Darm. — Usité dans quelques cantons 
pour petit cochon, Littré, Besch. 
2° Il Enfant malpropre. 

DiAL. Enfant indiscipliné, Bas-Maine, Dottin. 
3° Il Homme à figure repoussante. 

Marceau (marsô) s. m. 
Il Morceau. 

Marchable (màreàb) adj. 

Il Praticable. Ex. : Après la pluie, les chemins sont pas mar- 
chables. 



94 LE PARLER FRANÇAIS 

Marchage (màreà:j) s. m. 
Il Marche. 

Marchaillage {màreàyà:j) s. m. 

Il Action d'errer, de marcher sans but. 

Marchailler (màreâyê) v. intr. 

1° Il Marcher beaucoup, ici et là; errer. Ex.: Enmarchail- 
lant, je me suis aperçu que je boîtassais. 

DiAL. Id., Normandie, Maze. 

2° Il Commencer à marcher. Ex.: Il va un peu mieux, il mar- 
chaille dans sa chambre. 

Marchand de fer (màrcà t fèr) s. m. 
Il Quincaillier. 

Marchandable (màreâdàb) adj. 
Il Qu'on peut marchander. 

Marchandeux {màreàddé) adj. 
1 1 Marchandeur. 

Marchandises sèches {màreàdi.-z sèe) s. f. 

Il Nouveautés, merceries. Ex. : Un magasin de marchandises 
sèches. — Vendre des marchandises sèches. 

Etym. Cf. ang. dry goods. 

Fr.-can. On trouve dans de vieux documents, au Canada, 
l'expression marchandises sèches (Voir Chapais, Talon, p. 222, 
note), mais le texte montre que cette expression y était employée 
par opposition aux marchandises liquides (vins, huiles, etc.). 

Marchant {màreà) adj. 

Il Favorable à la marche, oii il est facile et peu fatigant de 
marcher. Ex. : Les chemins sont ben mal marchants. — C'est mal 
marchant, la nuit, dans le bois. 

DiAL. Id., Normandie, Robin. 

Marche (mare) s. f. 

1° Il Promenade. 

2° il Démarche. Ex.: Ce cheval a une belle marche. 



Lexique canadien-français 95 

Marchement (màreémâ) s. m. 

Il Marches, démarches. Ex.: Faire ben des marckements . 
pour avoir une place. 

Marcher (màreê) v. intr. 

1 ° Il Marcher au catéchisme — aller au catéchisme. — Marcher 
à l'école = aller à l'école. 

2° Il Marcher pour la première communion = aller au caté- 
chisme pour se préparer pour sa première communion. — Marcher 
pour = faire des démarches pour. 

3° Il Marcher sur = approcher de, aller vers, aller sur. Ex. : 
V'ià un homme qui marche s^ir ses cinquante ans. (Aussi marcher 
vers cinquante ans). 

DiAL. Id., Anjou, Verrier ; Centre, Jaubert ; Normandie, 
MoiSY. 

4° Il Le chemin marche mal = n'est pas favorable à la marche. 

Fr.-can. En gén. = aller. Ex. : Marche te coucher, marche 
au diable, marche donc ! (aux chevaux). 

5° Il Faire des démarches, prendre de la peine : Marcher 
pour être prêtre, marcher pour avoir sa licence d'hôtellier, marcher 
pour se. marier, pour être maire. 

Marcher (màreé) v. tr. 

I ° Il Explorer, parcourir. Ex. : Il a marché tout le terrain 
et n'a rien trouvé qui vaille quelque chose. 

2° Il Faire marcher (une affaire). 

Marche donc {mare dô.) 

II Marche (cri des cochers à leurs chevaux). 

Marche à terre (mare a tè:r). 
Il Va-t-en ! Va te promener ! 

Marche-tu {mare tu). 
Il Va-t-en. 

{à suivre) 

Lb Comité du Glossaire. 



PARLONS MIEUX 



DISONS PLUTOT QUE 

Un onguent épilatoire Un onguent qui fait tomber les 

poils. 

Du lait crémeux Du lait gras 

Une maldonne Une trompe (en distribuant les 

cartes). 

Une étoffe pelucheuse Une étoffe qui fait de la mousse. 

Un tissu ne peluchant pas .... Un tissu qui ne fait pas de mousse. 

Un couvre -lit Un couvre-pieds. 

Une indienne bon teint Une indienne qui ne change pas. 

Un traîneau qui chasse Un traîneau qui baraude. 

Billet de complaisance Billet d'accommodation. 

Avoir l'air raChitique Avoir l'air cotéreux (catar- 

rheux) ? 

La fourrière Le parc d'enclos. 

Des pois, des haricots mange- Des pois, des haricots sans fils. 

tout 

Un canotier Un sailor (chapeau). 

Recevoir des coups de martinet Recevoir des coups de strap. 

Les chemins sont essorés Les chemins sont ressorés. 

Des pommes de terre en purée . Des patates mâchées {mashed 

potatoes). 

Glace biseautée Glace bavélée (bevelled). 

Biseautage Bavelure. 

Trois pigeons sont branchés. . . Trois pigeons sont jouqués dans 

l'arbre. 

Toile écrue Toile qui n'a pas été blanchie. 

Cinq mensualités de dix pias- Cinq paiements mensuels de dix 
très piastres. 

Etienne Blanchard, p. s. s. 



96 



Vol. XIV, No 3— Novf.mbhf, 1915. f 7 . 



LA VOIX DU GLAS 



Pour le moii de novembre 



Au souffle froid du vent, la sève dans les bois 

A ralenti sa course : 
La feuille, morte, hélas ! ne mêle plus sa voix 

Aux chansnns de la source. . . 

Si le soleil blafard tente encor de chasser 

Les nuages humides. 
Il se lasse bientôt et ne laisse percer 

Que des rayons livides. 

Après les carillons joyeux de la Toussaint, 
La cloche, d'heure en heure. 

Lentement, fait entendre — ô lugubre tocsin ! 
Sa voix grave qui pleure. 



Tintez, ô glas des morts, votre appel déchirant ! 
C'est l'heure triste où tout ici-bas agonise : 
Sonnez I n'êtes-vous pas la plainte des souffrants. 
Et la prière de l'Église? 

Sonnez, sonnez toujours, ô cloche, vos « soupirs » / 
Car vous êtes la voix des tombes désolées, 
La voix des morts disant leurs tardifs repentirs 
Sous la pierre des mausolées. 

A la pâle clarté des cierges vacillants. 
Sous les arceaux tendus de sombres draperies, 
La foule vient, en deuil, mêler ses tristes chants 
A vos dolentes sonneries. 



97 



I 



98 LE PARLER FRANÇAIS 



Qu'il est doux à nos morts, ce tintement du glas 
Rythmant sur leurs tombeaux le pleur des hymnes saintes ! 
Silence 1 écoutons-les, dans l'ombre du trépas. 
Répondre à sa touchante plainte! 

En ces jours endeuillés nous les entendrons mieux 
Pleurer dans les beffrois ou dans les cimetières ; 
Ayons pitié, chrétiens, et donnons-leur, joyeux. 
L'aumône de notre prière. 

Pour nous remercier- ils nous parlent encor 
Dans le soupir du vent, dans la feuille qui tombe : 
« Demain, nous disent-ils, l'inexorable Mort 
« Vous couchera dans votre tombe 1 

« Et vos amis, bientôt, ignoreront l'endroit 
« Où vous reposerez, sous les herbes fanées . . . 
« Puis tout disparaîtra : l'enclos, le nom, la croix, 
« Sous l'avalanche des années. . . 

« Mais lorsqu' autour de vous tout bruit aura cessé, 
« Quand l'oubli couvrira de ses voiles funèbres 
« Le sillon par vos soins péniblement creusé, 
« Dieu veillera dans vos ténèbres ! 

« Et les sanglots pieux de l'Église à genoux, 
« Et les longs tintements que la cloche balance, 
« Et les De profundis auront des accents doux 
« Comme la voix de l'espérance ...» 

Arthur Laçasse, ptre. 



NOTRE PATRIOTISME LITTERAIRE 

18G0<" 



{suite) 



Mais les conversations commencées chez l'un ou l'autre des 
habitués de cette compagnie littéraire, ne se terminaient pas tou- 
jours eu vagues effusions lyriques ou sentimentales. On revenait 
volontiers de France au Canada, et l'on songeait à développer ici, 
et à y faire fleurir, un art qui avait produit là-bas de si belles œuvres. 
Le patriotisme, on le sait, fut au commencement du XIXe siècle, 
une passion romantique. Et si notre patriotisme canadien-français 
de 1860 avait une autre cause, et plus prochaine, et plus profonde, 
il ne pouvait cependant que s'exalter davantage au souffle des stro- 
phes épiques de Hugo, ou des périodes religieuses de Chateaubriand. 

Mais comment créer une littérature canadienne plus abondante, 
et plus révélatrice des beautés de notre histoire ? Comment stimuler 
les activités nouvelles qui voudraient s'exercer ? Est-ce que l'iso- 
lement n'est pas fatal aux ambitions intellectuelles ? Est-ce que 
l'éparpillement des forces ne paralyse pas leurs énergies ? Et si 
jusqu'à présent l'on avait si peu écrit, si peu produit, est-ce que l'on 
ne devait pas s'en prendre à ce fait qu'aucune organisation litté- 
raire n'avait groupé et dirigé les esprits ? 

Voilà autant de questions que l'on agita sans doute chez Cré- 
mazie, ou au presbytère, ou au Parlement. Crémazie peut-être 
n'y attacha pas beaucoup d'importance, lui qui écrira plus tard de 
France à l'abbé Casgrain qu'une littérature canadienne est impos- 
sible, d'abord parce qu'au Canada on n'encourage pas les écrivains, 
et ensuite parce que nous parlons et écrivons en français, et qu'une 
littérature au Canada ne serait donc jamais qu'un prolongement 
de la littérature française. Mais si Crémazie ne croyait pas beau- 



<" Voir le Parler françaU, numéro d'octobre 1915. 

99 



100 LE PARLER FRANÇAIS 

coup — du moins il l'a écrit — à une littérature nationale, d'autres, 
près de lui, y croyaient fermement, par exemple. Taché, LaRue, 
Casgrain, Gérin-Lajoie. Taché, LaRue et Casgrain y avaient une 
foi si vive et si agissante qu'ils entreprirent d'en assurer la réalisa- 
tion. Et c'est eux qui, en 1860, avec beaucoup de peine, de sollici- 
tude et de dévouement, décidèrent de fonder un recueil de littérature 
canadienne. 

Nous avions déjà eu, au Canada, des recueils littéraires ; mais 
les périodiques de Bibaud s'alimentaient à toutes sources, même 
étrangères. Ils n'étaient pas exclusivement canadiens. Un recueil 
fondé sur le modèle des revues littéraires de France, qui ne publie- 
rait que de l'inédit, et des articles ou des œuvres d'auteurs cana- 
diens, ce serait une nouveauté, ce serait un stimulant pour les 
jeunes talents, ce serait un moyen d'assurer le développement de 
notre littérature nationale. 

Taché, LaRue et Casgrain comprirent qu'ils feraient l'œuvre 
nécessaire, indispensable, s'ils donnaient vie à ce recueil. Ils en 
élaborèrent avec soin l'organisation et le programme, pendant 
l'année 1860 et le 21 février 1861 paraissait le prospectus des Soirées 
Canadiennes. Ce prospectus, signé par les éditeurs de la rue Buade, 
Brousseau et Frères, annonçait comme suit le programme de la 
revue. 

« Ce recueil sera surtout consacré à soustraire nos belles légendes 
à un oubli dont elles sont plus que jamais menacées, à perpétuer 
aussi les souvenirs conservés dans la mémoire de nos vieux narra- 
teurs, et à vulgariser la connaissance de certains épisodes peu 
connus de l'histoire de notre pays. Il contiendra, en outre, des 
œuvres littéraires d'autres genres, mais dans lesquelles les dissen-' 
tions politiques, sous une forme ou sous une autre, ne devront 
jamais trouver accès ; une dernière partie sera destinée à recueillir 
les morceaux de littérature les plus remarquables publiés depuis un 
certain nombre d'années, et dont le souvenir va se perdant.» 

Puis venait la liste des principaux collaborateurs — contributeurs, 
comme l'on disait alors — qui avaient promis leur concours. Elle 
contient quinze noms dont s'honorent nos origines littéraires: Etienne 
Parent, l'abbé Ferland, F.-X. Garneau, P.-J.-O. Chauveau, J.-C. 
Taché, l'abbé Charles Trudel, L.-J.-C. Fiset, 0. Crémazie, A. Gérin- 
Lajoie, Joseph Lenoir, Napoléon Bourassa, l'abbé Casgrain, le 
docteur LaRue, l'abbé Cyrille Legaré, L.-H. Fréchette. 

On ne pouvait énoncer un programme qui fût davantage à 
base de patriotisme littéraire, ni réunir, à cette époque, un meilleur 
groupe d'écrivains. 



NOTRE PATRIOTISME LITTÉRAIRE EN 1860 101 

Le premier numéro, double, correspondant aux mois de janvier 
et février, parut incessamment. 

Le succès fut considérable : 336 abonnés à Québec, 840 en 
tout, dès le début ; si bien qu'au l)out de deux ans une querelle 
d'argent et de profit survint entre l'éditeur et les directeurs. L'édi- 
teur voulait garder pour lui les bénéfices d'une entreprise dont il 
s'était chargé à ses risques et périls ; les directeurs voulaient con- 
sacrer les surplus à développer leur œuvre, et à augmenter les livrai- 
sons. Taché prit pour l'éditeur ; le docteur LaRue pour les direc- 
teurs. Ceux-ci abandonnèrent à l'éditeur les Soirées Canadiennes, 
et s'en allèrent fonder, coin des rues Desjardins et Sainte-Anne, au 
mois de janvier 1863, une nouvelle revue, le Foyer Canadien. Le 
nombre d'abonnés de ce recueil s'éleva en quelques semaines à 
deux mille. 

Deux revues littéraires, c'était trop pour les ressources intellec- 
tuelles dont on disposait. Les abonnés se divisèrent, tout comme 
les directeurs. Et les deux revues s'épuisèrent bien vite. Les 
Soirées cessèrent de paraître à la fin de l'année 1865, et le Foyer se 
disloqua à la fin de 1866. Le mouvement littéraire de 1860 se trou- 
vait du coup gravement atteint. Chacun retourna à sa vie per- 
sonnelle. Ce fut une fois encore la dispersion des forces que l'on 
avait quelque temps si heureusement captées et coordonnées. 

Cependant, à Montréal venait d'être fondée une autre revue 
littéraire, qui allait essayer de reprendre, de prolonger ailleurs 
l'œuvre commencée. La Revue Canadienne, dont s'honore à bon 
droit Montréal, et qui est aujourd'hui confiée à la direction si 
active de l'Université Laval, avait été fondée en 1864. Elle venait 
à point recueillir l'héritage des aînées qui allaient mourir. 



Telle fut l'organisation littéraire où aboutirent les préoccupa- 
tions patriotiques de 1860. Mais cette organisation produisit-elle 
les œuvres canadiennes qu'on avait projetées ou désirées ? Quelle 
littérature est sortie de ce mouvement et de cet enthousiasme ? 

Pour le bien savoir, il faut feuilleter surtout les deux recueils 
où collaborèrent les écrivains de ce temps, et ouvrir — mais seule- 
ment ouvrir à la première page — les livres qui furent alors publiés. 

Et vraiment, quand on parcourt ces pages déjà anciennes, ces 
recueils et ces livres, il s'en dégage un tel parfum de terroir que l'on 
ne peut s'empêcher d'y reconnaître, fidèles à leurs desseins, les 
écrivains patriotes qu'avaient suscités Garneau et Crémazie. On 
a souvent accusé notre littérature de n'être pas assez canadienne. 



102 LE PARLER FRANÇAIS 

On a eu souvent raison. Mais le reproche serait assez injuste si 
on l'appliquait aux ouvriers littéraires de 1860. Sans doute, ils ont 
tous lu, admiré, quelquefois essayé d'imiter les grands écrivains de 
la France contemporaine ; ils ont tous réchauffé leur imagination 
au soleil du romantisme, et Taché lui-même, le rude Taché couvrira 
parfois sa pensée de lambeaux de périodes arrachés à la prose de 
Chateaubriand : mais la pensée de ces auteurs est plutôt pénétrée 
des préoccupations de la vie nationale, et les choses dont ils rem- 
plissent leurs écrits sont des choses de chez nous. 

Et parmi les choses de chez nous, savez-vous ce qui a le plus 
frappé l'attention de ces écrivains, ce qui a le plus sollicité leur 
piété littéraire ? — Ce sont nos légendes canadiennes. Le culte des 
légendes ! Encore une forme de la religion romantique, pourra-t-on 
dire peut-être ; et l'on n'aurait pas tort, s'il est vrai que la littéra- 
ture romantique s'est appliquée à détourner des sources d'inspira- 
tion païenne et mythologique la pensée française, pour la plonger 
aux sources plus fraîches de l'histoire et des légendes nationales. 
Mais peu importe le motif littéraire qui fit par nos écrivains recher- 
cher nos légendes : cette recherche était elle-même un acte de 
patriotisme. 

Les Soirées Canadiennes indiquaient sur leur couverture, en 
une épigraphe significative, la préoccupation dominante du groupe 
des collaborateurs. Sur la première page de chaque numéro s'ins- 
crivait cette phrase de Charles Nodier : « Hâtons-nous de raconter 
les délicieuses histoires du peuple avant qu'il les ait oubliées.» Or, 
les histoires du peuple, ce sont les petits événements de la vie fami- 
liale, et les petits accidents de la vie paroissiale ; ce sont les tradi- 
tions que l'on conserve au foyer, les mœurs anciennes qui font sem- 
blables toutes ces vies des simples, et qui les groupent dans la plus 
pittoresque uniformité. Les histoires du peuple, ce sont aussi les 
contes familiers que l'on répète le soir au coin de la cheminée, que 
les vieux apprennent aux plus jeunes, cette littérature vivante et 
naïve qui de père en fils se transmet et s'enrichit, s'exprimant 
toujours en une langue ingénue, où l'art qui s'ignore trouve parfois 
des mots que pourrait lui envier l'art qui se connaît. Or, les his- 
toires du peuple se laissent facilement pénétrer de récits merveil- 
leux. L'imagination des bonnes gens se plaît aux créations fantai- 
sistes, aux inventions extravagantes, et la légende bientôt fleurit 
sur le vieux fonds des pensées, des traditions et des souvenirs de 
la race : et rien n'est plus charmant, rien n'est plus précieux en 
littérature que ces produits spontanés de l'imagination populaire. 

L'abbé Casgrain fut le premier, croyons-nous, du moins à cette 
époque, qui se soit avisé de faire entrer dans la littérature cana- 



NOTEE PATRIOTISME LITTÉRAIRE EN 1860 103 

dîenne nos légendes. Dès 1860, avant la fondation des Soirées, il 
avait publié le Tableau de la Rivière-Ouelle . Et ce récit avait eu un 
succès extraordinaire. Écrit dans la langue chaude, vibrante, 
colorée, jeune, très jeune, qui fut la première manière, et presque 
l'unitiue manière de l'abbé Casgrain, le Tableau de la Rivicre-Ouelle 
apparut comme une révélation d'un genre ici inconnu. Il posa le 
jeune abbé comme un maître. De ce jour le vicaire de la cathé- 
di-ale, aussi vibrant et aussi enthousiaste que sa prose, fut mêlé à 
tout ce que Québec comptait de beaux esprits. L'abbé devint rapi- 
dement le directeur littéraire des dévots du cénacle. 

Il s'empressa de continuer dans les Soirées son œuvre si bril- 
lamment commencée, et il publia dès la première année du recueil, 
une autre légende : La Jongleuse. 

Cette légende fut accueillie avec autant d'applaudissements 
que la première. Elle était — malgré certaines allures trop épiques 
empruntées à la grandiloquence de Victor Hugo — toute remplie 
des choses du pays, illustrée de scènes gracieuses, rurales, empruntée 
à la vie de nos habitants. Dans le Tableau de la Rivière-Ouelle, 
l'abbé Ca,sgrain avait écrit une page très goûtée : La Maison cana- 
dienne. Dans La Jongleuse, il a esquissé avec une élégante et pitto- 
resque précision le petit tableau des brayeuses. C'est une autre 
page qui est bien de chez nous. George Sand n'a pas mieux raconté 
ce que font au pays berrichon les broyeurs de chanvre. Et cette page 
est d'autant plus attachante aujourd'hui qu'on n'entend plus dans 
nos campagnes, à travers les bois, aux jours tièdes d'octobre, pendant 
l'été des sauvages, le bruit sec et cadensé des brayes ; on ne voit 
plus, entre les cônes sombres et touffus des sapins, s'élever la fumée 
bleue qui s'échappe du foyer où l'on chauffe le lin ; on n'entend 
plus les rires éclatants des femmes, les mociueries joyeuses des 
garçons quand par malheur la chauffeuse a laissé s'enflammer une 
gerbe, et fait une « grillade ». Non, on ne voit plus ces choses, 
dont l'image bien précise, douce et naïve, se mêle en ma mémoire 
aux plus lointains souvenirs d'enfance. Il faudra donc bien con- 
server et relire cette page de la Jongleuse. 

Dans cette légende, des scènes de vie indienne se mêlent aux 
scènes de la vie française. Il y a là un de ces sanglants épisodes 
des premiers jours de notre histoire sur lesquels l'imagination du 
peuple aimait à broder ses capricieuses fantaisies. L'abbé en avait 
entendu le récit sur les lèvres des anciens conteurs de la Rivière- 
Ouelle. 

L'abbé Casgrain, malheureusement, n'a pas donné d'autres 
légendes aux Soirées Canadiennes. Il ne devait pas persévérer dans 
ce genre qu'il aurait dû cultiver encore, et où il aurait peut-être 



104 LE PARLER FRANÇAIS 

excellé. Des légendes à l'histoire vraie, il y a plus d'un pas : l'abbé 
les franchit bientôt. Il vit dans notre histoire nationale une ma- 
tière plus abondante où son patriotisme pourrait s'exercer, et il 
s'empressa de porter à l'histoire un esprit qui était si bien fait pour 
la légende. 

Un autre fondateur des Soirées lui emprunta sa plume, et essaya 
à son tour de faire revivre les délicieuses histoires du peuple : c'est 
Joseph-Charles Taché. En tête du premier numéro des Soirées 
Canadiennes, paraissent les Trois Légendes de mon Pays. Légendes 
coloniales encore où se rencontrent, se combattent la civilisation 
et la barbarie. Dans le prologue. Taché donne à ses Trois Légendes 
un autre titre qui en montre le sens moral : h'Evangile ignoré, 
l'Evangile prêché, l'Evangile accepté. 

Au quatrième volume des Soirées, Taché publie une autre 
légende, en vers : Le Brouillard de la montagne. Mais c'est au troi- 
sième volume qu'il fournit l'œuvre principale de sa collaboration, 
œuvre qui se rattache aux légendes, dans la mesure même où les 
inventions fantaisistes se mêlent aux histoires vraies du père Michel. 
Il s'agit des récits, qui ont été groupés sous le titre collectif de 
Forestiers et Voyageurs, et qui sont si chargés de vie canadienne. 
On ne pouvait avec plus de vérité peindre les mœurs de nos bûche- 
rons, et de ces coureurs de route qui ont « découvert et parcouru 
tout le nord de l'Amérique, qui ont battu leurs briquets et allumé 
leurs feux sur tous les points de ce vaste continent, et traversé 
pendant plus de deux siècles les pays de chasse de toutes les tribus 
sauvages '" ». 

Les contes et les légendes sont le bagage obligé du forestier ou 
du voyageur. Taché les replace sur leurs lèvres bavardes ; il nous 
fait faire cercle autour de ces personnages, pendant les soirées 
d'hiver, et l'on pense, à les entendre, aux vers d'Alfred de Vigny 
que Taché a mis en tête de ses récits : 

Qu'il est doux d'écouter des histoires, 

Des histoires du temps passé. 
Quand les branches d'arbres sont noires, 
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé. 

Les Soirées Canadiennes furent très accueillantes pour les 
voyageurs. Après les voyageurs d'autrefois, ceux d'aujourd'hui y 
reçurent l'hospitalité. 

L'abbé Ferland raconte, au premier volume des Soirées, un 
voyage qu'il fit en 1836 sur les côtes de la Gaspésie. Il couvre de 



<" Cf. Forestiers et Voyageurs. Au lecteur. 



( 



NOTRE PATRIOTISME LITTÉRAIRE EN 1860 105 

ce récit cent cinquante pages de la revue, et l'on ne saurait lire de 
meilleures leçons de géographie et d'histoire du Canada. Le doc- 
teur LaRue, sous le prétexte d'un Voyage autour de l'Ile d'Orléans, sa 
petite patrie, fait l'histoire de cette île légendaire ; il explique le 
mieux qu'il peut comment ses compatriotes de l'Ile ne sont pas 
des sorciers ; il décrit la vie que l'on fait dans l'Ile, les mœurs et 
les traditions si bien conservées, et aussi les journées douloureuses 
vécues par les habitants à l'époque des expéditions des Anglais 
contre Québec. 

Dans le Foyer canadien, le docteur LaRue publia d'excellentes 
pages sur les Chansons populaires et historiques du Canada. '*' Il 
ouvre ainsi, par des recherches patientes, l'un des chapitres les 
plus curieux, les plus significatifs de notre histoire. Chansons de 
France ou chansons du Canada, nos vieilles chansons portent en 
leurs strophes, joyeuses ou dolentes, l'âme elle-même de la race ; 
elles complètent l'expression de nos plus intimes sentiments ; et 
c'est assurément faire œuvre patriotique que de les empêcher de 
tomber de nos lèvres dans l'oubli. 



Légendes, contes populaires, récits de voyages, chansons : 
voilà des formes variées, plutôt légères, de cette chose grave qu'est 
l'histoire. Il ne serait pas juste d'affirmer que le mouvement litté- 
raire de 1860 ne connut que ces formes. 

N'est-ce pas en 1861 que l'abbé Ferland commença la publi- 
cation de son Cours d'histoire du Canada ? On sait la valeur incon- 
testable de ces deux volumes que l'auteur a consacrés à la domina- 
tion française, et quelle érudition studieuse ils supposent. 

L'abbé Ferland s'intéressait beaucoup à toute cette activité 
littéraire qui, à partir de 1860, bourdonnait autour de lui. Il en 
reçut peut-être lui-même un accroissement d'ardeur. Il pouvait 
augurer de tous ces travaux une fortune nouvelle pour les études 
historiques en notre pays. Il encouragea les ouvriers nouveaux, 
promit sa collaboration aux Soirées, et quand le Foyer fut fondé en 
1863, l'abbé Ferland suivit le groupe Casgrain-LaRue-Gérin-Lajoie, 
et devint le président des éditeurs-propriétaires. Il publia tout 
aussitôt dans le Foyer une longue notice biographique de Monseigneur 
Plessis, qui couvre 250 pages du recueil. Deux ans après, le Foyer 
contenait dans son premier numéro de 1865, écrite par Gérin-Lajoie, 



0) Le Foyer, vols I et II. 



106 LE PARLER FRANÇAIS 

une notice biographique de l'abbé Ferland lui-même. Le président 
du Foyer venait de mourir. 

L'histoire perdait chez nous l'un de ses plus solides ouvriers. 
L'abbé Casgrain avait, quelques mois auparavant, en 1864, publié 
son Histoire de la Mère Marie de V Incarnation. Cette œuvre 
appartient bien à la période de ferveur que nous étudions. Elle 
annonçait que l'abbé Casgrain des Légendes s'était transformé en 
historien. Mais elle révélait encore une trop grande inexpérience 
des procédés et du style de l'histoire pour con.soler les lecteurs de 
la mort de l'abbé Ferland. L'abbé Casgrain cependant était pour 
jamais attaché aux études historiques. Il usera ses yeux à lire les 
vieux documents ; il renouvellera au contact des héros qu'il fré- 
quentera, sa jeunesse exubérante, inamissible ; il fournira l'œuvre 
considérable, faite de patience et d'enthousiasme, que l'on connaît, 
et qui est sortie tout entière de l'âme généreuse qu'il avait apportée 
de 1860. 



L'abbé Casgrain a raconté comment un jour il vit arriver à sa 
chambre de vicaire, au presbytère de la Haute- Ville, un vieillard 
septuagénaire qui lui remit une liasse de papier, un long manuscrit, 
le priant de le parcourir, de lui dire sincèrement s'il fallait ou le 
publier, ou le jeter au feu. 

Ce vieillard était Philippe Aubert de Gaspé. Le manuscrit, 
c'était les Anciens Canadiens. 

Le mouvement littéraire de 1860 n'eût pas été complet s'il 
n'avait produit des romans. C'est en 1863 que furent publiés les 
Anciens Canadiens, et l'on sait comment ils furent dictés à l'auteur 
par toutes les inspirations qui, en 1860, remplissaient de patriotiques 
et académiques rumeurs l'atmosphère de Québec. 

Gaspé avait lu avec attendrissement l'épigraphe des Soirées 
Canadiennes : « Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du 
peuple avant qu'il les ait oubliées.» Il prit pour lui ce prudent 
conseil. Il avait alors 75 ans. Il avait vu et il savait tant de 
choses ! Ne devait-il pas les raconter à une génération qui les igno- 
rait peut-être, ou qui en oublierait bien vite le récit oral qu'on lui- 
avait fait? Lui qui était issu d'une ancienne famille seigneuriale, 
qui avait vécu tour à tour à Saint-Jean-Port-Joli et à Québec, qui 
avait connu toutes les extrémités de la fortune, qui avait été mêlé 
à la vie simple des censitaires, et à la vie opulente des riches citadins, 
qui avait recueilli tant de légendes, et entendu tant de récits tombés 
des lèvres franches du peuple ; lui, né en 1786, qui avait pu écouter 



NOTRE PATRIOTISME LITTÉRAIRE EN 1860 107 

les anciens de 1760 rappeler les souvenirs de la guerre de conquête, 
et qui avait donc entendu battre leur grand cœur, et s'exprimer 
toute la fidélité de leur âme française, il pensa qu'il devait écrire 
quelques-unes, les meilleures de ces choses qu'il avait vues, qu'il 
avait entendues ; il se mit à l'œuvre sans tarder — on ne peut plus 
tarder à 75 ans ; — il ramassa vien vite ses notes et ses souvenirs, 
il broda sur ses récits une légère intrigue de roman ; puis il douta 
de {-ette hardiesse ; il consulta son jeune ami l'abbé Casgrain, qui 
pleura de joie en lisant le manuscrit du vieillard. Et quelques mois 
après paraissait le livre le plus simple, le plus ingénu, le plus savou- 
reux peut-être que nous ayons. A 77 ans, M. de Gaspé nous léguait, 
dans une œuvre qui est un testament impérissable, l'âme des Anciens 
Canadiens ! 

Cette seule œuvre suffirait pour justifier les ambitions littéraires 
du groupe de 1860. De Gaspé y a mis tout ce qui hantait l'imagi- 
nation, tout ce qui sollicitait l'esprit des directeurs des Soirées. 
Aussi les Soirées publièrent-elles en primeur, dès 1862, deux chapitres 
des Anciens Canadiens : Une nuit avec les Sorciers, et la Débâcle. 
Il y a dans les Anciens Canadiens des légendes : celle des sorciers — 
car il paraît que c'est de la légende, — • et celle de la folle du domaine ; 
il y a des contes et des récits populaires, par exemple, les histoires de 
José ; il y a de la petite histoire, celle des traditions et des mœurs 
anciennes ; il y a de la grande histoire, des épisodes de la guerre 
de 1759 : l'incendie de la côte Sud, et la bataille des plaines 
d'Abraham. 

Bref ! les Anciens Canadiens étaient le livre rêvé, souhaité par 
tous. C'est ce qui explique sa fortune, et pourquoi ce roman est 
resté le plus populaire peut-être qu'il y ait dans la littérature cana- 
dienne. 

Les Soirées venaient à peine d'annoncer les Anciens Canadiens 
et d'en publier quelques pages, qu'un autre roman vint s'y inscrire 
et y dérouler ses premiers chapitres. C'était Jean Rivard de Antoine 
Gérin-Lajoie. Le roman parut en 1862 aux Soirées Canadiennes, 
et en 1864 au Foyer Canadien. On y faisait successivement con- 
naissance avec Jean Rivard, défricheur, et avec Jean Rivard, éco- 
nomiste. 

Roman à thèse, roman social, roman profondément canadien, 
Jean Rivard est encore l'une des œuvres les plus précieuses que 
nous ait données notre littérature de 1860. Se peut-il être une œuvre 
littéraire plus patriotique que celle où l'on prêche la fidélité au sol, 
où l'on met en garde contre l'émigration vers l'étranger, contre 
l'attirance des villes, contre le luxe destructeur des bonnes mœurs 
et des vertus de la race ? Se peut-il un livre plus canadien que celui 



108 LE PARLER FRANÇAIS 

OÙ l'on décrit les initiatives du colon, sa rude patience et ses hé- 
roïques labeurs ? où l'on raconte la vie des paroisses nouvelles et 
des paroisses anciennes, le développement méthodique de Rivard- 
ville, les fêtes joyeuses de Grandpré ou Yamachiche ? Jean Rivard 
est un livre franc, un peu austère, mais très vrai, où se reflète avec 
précision la vie canadienne : et vraiment Gérin-Lajoie ne pouvait 
mieux que par cette œuvre collaborer au patriotisme littéraire de 
ses fervents amis. Jean Rivard et les Anciens Canadiens sont nés, 
presque le même jour, d'une même pensée, d'un même sentiment 
de tendresse pour le pays de nos gens : ils méritent de rester tous 
deux, l'un près de l'autre, dans nos bibliothèques, ou sur la même 
table, dans la grand'chambre des maisons canadiennes. 



Je ne vous ai parlé que des œuvres en prose produites par 
notre littérature de 1860 ? Je ne puis finir sans vous dire que les 
poètes ne furent pourtant pas chassés de la république nouvelle. 
Sans doute, le malheureux Crémazie dût s'exiler en 1862, et laisser 
vide une place large qui ne sera pas de sitôt remplie. L'année 
même qu'il quitta Québec, les Soirées publièrent les fragments de 
son poème inachevé : Promenade de trois morts. Mais d'autres 
muses, bien jeunes, avaient commencé à voltiger autour du poète 
de Carillon, et promettaient d'apporter aux recueils austères quel- 
ques fleurs de poésie. 

Louis-Honoré Fréchette, alors étudiant, ne se faisait pas scru- 
pule de rimer en marge de ses auteurs de droit. Il admirait Cré- 
mazie ; il enviait déjà sa gloire. Le premier numéro des Soirées 
canadiennes commence par des strophes de Fréchette sur la Poésie, 
et qui sont dédiées à Crémazie. L'envoi de ce poème marque bien 
la filiation poétique de Fréchette : « Mes chants naquirent de tes 
chants.)) Le nouveau barde place sa jeune renommée sous l'aile du 
poète tant admiré. 

« O poète, j'aimais, aux jours de mon enfance. 
Enfant aux blonds cheveux, au cœur plein d'espérance, 
A lire tes récits ou navrants ou joyeux ; 
Quand ton génie épris de notre jeune histoire. 
Par ses mêles accents, d'un frais bandeau de gloire 
Ceignait le front de nos aïeux ! 



Et je voulus aussi, cédant à mon délire. 
Animer sous mes doigts les cordes d'une lyre. 
Et, quoique faible encore, ma muse de vingt ans 



NOTRE PATRIOTiaMB LITTERAIRE EN 1860 109 

Peut te dire aujourd'hui de sa voix enfantioe. 
Comme autrefois Rebuul au divin Lamartine : 
Mes chants naquirent de tes chants ! » 

C'est donc à Crémazie, à ses poèmes patriotiques, et c'est donc 
aussi à la date fiévreuse de 1860 qu'il faut faire remonter la vocation 
et les premières œuvres de Fréchette. Dès l'année 1863, le jeune 
étudiant publiait son premier recueil, Mes Loisirs. 

Un autre jeune homme, rêveur, mélancolique, faisait son droit 
avec Fréchette dans l'étude de MM. Lemieux et Rémillard ; et 
comme Fréchette, il préférait au code les couplets qu'il se plaisait 
à rimer. C'était M. Pamphile LeMay, le très sympathique et 
glorieux survivant de la phalange de 1860. Fréchette avait ouvert 
par un éloge de la poésie, le premier volume des Soirées ; LeMay 
ouvrit le second par le Chant du Matin. En 1865, M. LeMay 
publiera lui aussi son premier recueil : Essais poétiques. 

Après Fréchette et LeMay, d'autres jeunes poètes viendront 
chanter aux Soirées ou au Foyer. C'est Fiset, Alfred Garneau, 
Auger, Mayrand ; puis, en 1865 et 1866, MM. Benjamin Suite et 
Adolphe Routhier. Des anciens se joignaient quelquefois impru- 
demment à la jeune phalange : P.-J.-O. Chauveau et Joseph- 
Charles Taché plus d'une fois mirent de la prose en vers. 

Parmi tous ces noms de jeunes — Fréchette et LeMay mis à 
part — celui de Alfred Garneau promettait la meilleure fortune 
poétique. Il écrivit dès cette époque quelques-unes de ces strophes 
fines, ciselées, où se logeait avec grâce une âme très délicate et très 
discrète. 

Certes, je ne songe pas à dire que notre poésie fut florissante 
en 1860. La prose y brilla plus que les vers. Mais il y avait alors 
dans l'air de tels enthousiasmes que les muses y vinrent boire des 
souffles nouveaux ; elles s'y enivrèrent joyeusement ; leurs ailes 
trop courtes ne purent pas toujours les reporter vers les sommets, 
ni même les empêcher de tomber souvent sur le sol, ou quelques-unes 
d'elles finirent par s'attacher. Ces vols timides et lourds ont parfois 
leur grâce. En certains climats il faut savoir gré aux oiseaux qui 
rasent les sillons de consoler l'homme de ne voir pas monter vers le 
soleil, ou s'enlever au ciel, les aigles qui planent. 



Mesdames, Messieurs, j'ai fini ma tâche trop longue, et je 
conclus. 

En 1860, il y eut chez nous un effort vigoureux de l'esprit, une 
ambition certaine de faire des œuvres littéraires. Et cet effort fut 
patriotique ; et cette ambition fut utile, honorable à notre race. 



110 LE PARLER FRANÇAIS 

Je n'ai pas voulu vous dire, ni vous démontrer autre chose. 
Cela suffit peut-être pour mettre en vous quelque fierté. Tout 
sursaut, tout élan de l'âme nationale doit nous être un motif d'or- 
gueil : ils ont été si laborieux, si embarrassés d'obstacles, les mou- 
vements ascensionnels de notre vie canadienne ! 

Soyons reconnaissants à ceux qui ont passé avant nous sur 
les routes où nous marchons à notre tour : routes de la pensée ou 
de l'art, aussi bien que de la fortune. Les pionniers sont toujours 
dignes de gratitude. 

Et si c'est par cette pensée que je termine cette conférence, 
j'aurai continué, même ce soir, d'être prédicateur. On m'avait 
demandé d'apparaître au Monument National, non plus comme 
conférencier de Notre-Dame, dont le rôle est fini, mais comme pro- 
fesseur de littérature que je serai peut-être toujours. Mais, depuis 
vingt ans que je suis professeur, je n'ai jamais, avec mes jeunes étu- 
diants, voulu cesser d'être prédicateur. Le rôle du professeur 
n'est-il pas d'enseigner, non seulement pour instruire, mais pour 
porter les jeunes âmes vers un idéal, vers le devoir, vers tous les 
sentiments nobles qui méritent l'hommage de leur vie. Or, le 
respect du passé et la confiance en l'avenir, respect et confiance non 
pas limités à nos lettres canadiennes, mais étendue jusqu'à toutes 
les manifestations de notre vie nationale, voilà les vertus qu'il faut 
toujours prêcher à la jeunesse, que le professeur doit semer dans 
toutes les consciences et que je souhaite voir grandir en toutes vos 
âmes. 

Je ne puis par un vœu plus sincère, ni plus fraternel, dire adieu 
à mes chers auditeurs de Montréal. 

Camille Roy, ptre. 



I 



Poème» de la guerr» 

LE VŒU 



Les ans lui donnaient droit au repos, loin du front. 

Mais, brûlant de pitié pour son pays mystique. 

Il sentit dans sa chair un besoin frénétique 

De s'offrir d'un grand vœu d'amour, que rien ne rompt. 

Rien, sinon le trépas. . . Oh! pouvoir d'un cœur prompt. 
Constant, comme un martyr qui meurt dans un cantique. 
Souffrir, mourir cent fois fibre à fibre ■ — ■ extatique. 
En songeant aux aïeux comme à ceux qui naîtront 1 

Souffrir ! voilà son vœu comblé . . . La cicatrice 
Joint d'un horrible trait en son cruel caprice 
A l'œil qui toujours pleure une lèvre qui rit. 

Qui pourrait voir ce saint sans aimer et sans croire ? 
Sur la face des preux, pour reflet de l'esprit, 
La Patrie a gravé ses douleurs et sa gloire. 

Gustave Zidler 
Versailles, 1915. 



i: 



LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA 



Bureau pour l'année 1915-1916 

Lundi, le 4 octobre dernier, avait lieu la reprise des travaux i 

de la Société du Parler français au Canada, année académique 1915- 
1916, et la première réunion de l'assemblée générale pour cet exer- 
cice. 

Selon la coutume établie, on procéda au dépouillement du ! 

scrutin afin de pourvoir à l'élection de successeurs aux deux direc- \ 

teurs sortant de charge, et les deux nouveaux élus désignés par I 

les^suffrages de leurs collègues furent M. le chanoine Charles Beau- 
lieu et M. l'abbé Cyrille Gagnon. 

Immédiatement après l'assemblée générale, le Bureau procéda 
auj]choix de ses officiers, et il se trouve constitué comme suit, 
pour l'année qui commence : 

Président d'honneur, « ex oficio » ; Mgr François Pelletier, 

recteur de l'Université Laval. 
Président : M. le docteur P.-C. Dagneau, M. D. 
Vice-président : M. l'abbé Antonio Huot. 
Secrétaire général : M. Adjutor Rivard. 
Archiviste et trésorier : M. l'abbé Camille Roy. 
Directeurs : S. G. Mgr Paul-Eugène Roy. 
Mgr C.-O. Gagnon. 
L'hon. M. P. Boucher de la Bruère. 
M. Omer Héroux. 
M. le Dr Arthur Vallée, M. D. 
M. le chanoine Charles Beaulieu. 
M. l'abbé Cyrille Gagnon. 



112 



DEUX LANGUES SŒURS 



Votre récent article au Parler français '", concernant l'enseigne- 
ment et l'usage d'une langue secondaire, se termine par un loyal 
appel aux suggestions de bonne volonté. 

Vous m'excuserez bien, si je saisis au vol la proposition. Par- 
donnez-moi de vous soumettre une simple esquisse, qui appellerait 
les développements d'une thèse étendue. 

Il est un fait avéré : c'est que, en général, les Anglais — qui 
sortent d'ordinaire des High Schools — font preuve d'une incon- 
cevable ignorance totale en ce qui regarde l'étymologie et la philo- 
logie de leur belle langue. L'on se heurte, tous les jours, à Ottawa, 
avec une stupeur croissante, à l'incurie linguistique de tant d'es- 
prits curieux de savoir, cultivés même à un degré au dessus de la 
moyenne instruction. 

Pour tout élève, mis au courant de l'origine des langues romanes 
dans les cours universitaires de Paris ou d'ailleurs, l'idiome britan- 
nique offre des charmes et des surprises, aussi délicates que précieuses. 

Une fois admise l'étude de la lexicologie, de la grammaire com- 
parée de l'anglais et du français, du vocabulaire, des idiotismes 
même, la connaissance et l'usage des deux idiomes seraient simplifiées 
d'une merveilleuse façon. Faute de recourir à ces procédés de for- 
mation et d'acquisition, la presque totalité des esprits cultivés reste 
ensevelie dans l'indifférence, et dans l'ignorance de ces trésors. 

Dès qu'il a été établi que, en 1066 et dans la suite, la langue 
romane des Normands vainqueurs n'est autre que la française 
encore enveloppée des langes du berceau, il est naturel et facile de 
montrer quelle part elle s'est assurée dans la langue des vaincus. 
« Dieu et mon droit » en est, dans les armes britanniques, une 
perpétuelle et solennelle attestation. 



"' Les observations qu'on va lire ont été communiquées à l'auteur del'article: 
< Entente cordiale linguistique», paru dans notre livraison de septembre dernier. 



113 



114 LA PARLEK FRANÇAIS 



M. Victor Henry a publié, en 1893, un « Précis de grammaire 
comparée de l'anglais et de l'allemand ». Il offrait ainsi un sacri- 
fice d'agréable odeur aux divinités de l'époque. J'ignore si, depuis 
cette heure déjà lointaine, il a songé à immoler une autre victime 
sur l'autel de sa patrie par un « Précis de Grammaire comparée de 
l'anglais et du français ». Sa piété nationale eût soulevé bien des 
applaudissements. 

Une autre main que la sienne, si sûre et si habile à la fois, aura 
sans doute, à mon insu, comblé cette lacune. 

Quoi qu'il en soit, un examen attentif du lexique ou du voca- 
bulaire permettra d'éclairer le terrain si riche et si fécond, dans le 
dessein même qui a préoccupé des savants de la valeur de Richet, 
de Bréal, de Chappellier, de Dauzat. . . 

J'ai personnellement suivi les cours de Michel Bréal, à la Sor- 
bonne, en 1892, ainsi que les conférences, bien inférieures, de M. 
Beljame. 

Les Leçons de mots latins de l'Israélite Bréal sont une indica- 
tion et un heureux jalonnement du terrain. Bossert et Beljame, R. 
Meadmore s'en sont inspirés dans leurs publications identiques chez 
Hachette. Ces travaux ne concernent que l'étude de l'anglais 
dans les classes de France. Des travaux analogues ne seraient 
qu'un jeu, si l'on voulait les adapter aux classes d'Angleterre et des 
États-Unis. 

Un vocabulaire comparé rendrait les plus fructueux services. 

En veut-on des exemples ? Les voici, esquissés au hasard de la 
mémoire. 

1° Les substantifs 

a) Il y a, en anglais, 217 noms terminés en ence, sur lesquels 
123 sont semblables d'orthographe, comme : « adolescence, conva- 
lescence, réminiscence, résidence, prudence, indigence. . . » Les 
autres, pour la plupart, diffèrent peu du français, ou sont faciles 
à comprendre, comme : « independence, correspondence, disobe- 
dience, ofïence, condolence. . . » 

b) Il existe 137 noms terminés en ator, dont 101 finissent en 
français en ateur : « spectator, conspirator, creator. . . » 

c) En anglais, 88 substantifs terminés en ic, dont 47 finissent 
en ique : « logic, republic, tunic, tropic, fanatic. . . » font com- 
prendre les autres. 

d) Les noms en on, fort nombreux, sont identiques, pour le sens 
et l'orthographe, comme : « passion, nation, communion ...» 



DEUX LANGUES SŒURS 



115 



e) Sur 656 substantifs terminés en ity, les trois quarts finissent 
en ité : « captivity, gravity, adversity, curiosity, vanity. . . » 

N.-B. — Ces similitudes indiquent clairement combien l'étude 
du français devrait paraître aux Anglais d'un attrait et d'une aisance, 
supérieurs à l'étude du saxon-allemand. Et ce n'est là qu'une 
ébauche, en ce qui concerne les substantifs. 

2° Les adjectifs 

a) La forme en te s'adapte à 332 adjectifs en ique : « scientific, 
magnetic, comic, metallic. . . » 

b) La terminaison en el — cruel excepté — devient al : « mortal, 
vital, criminal. . . » 

c) La terminaison en ant est identique pour 166 adjectifs et même 
les noms ; « instant, protestant, lieutenant, élégant, vigilant, extra- 
vagant, vacant » ; et d'autres diffèrent peu : « significant, pleasant, 
abundant ...» 

d) La finale or traduit eur en français : « superior, inferior ... » ; 
de même pour les substantifs : « emperor, error, ptedecessor ...» 

Et ainsi de beaucoup d'autres terminaisons. 

3° Les verbes et adverbes 

Il serait surprenant de constater, ici encore, les ressemblances 
et les rapprochements. 

Citons au hasard : « To identify, to consider, to cover, to 
receive. . . magnificently, provokingly, grammatically, differ- 
ently ...» 



D'autre part, il suffirait de mettre en relief, par un seul exemple, 
l'équivalence d'une seule consonne, pour saisir sur le vif l'intérêt 
de la philologie romane, appliquée scientifiquement aux deux 
idiomes. 

Rappelons que :;• anglais correspond au g français dans la vie 
des mots, et l'on a le tableau suivant : 

G— âges 4 fWales 7 fW — illiam 

W — âges [Galles \Gu — illaume 



W 
G 



- ar 
uerre 



Warren 
Garenne 



8 fWalter 
\ Gautier 



3 fWarrior 
\Guerrier 



6 fWard (Royal) 
\Garde (Royale) 



116 LE PARLER FRANÇAIS 

Le numéro 8 s'explique mieux, en raison de l'équivalence de 
17 et de Vu : Ex. : salt-(um) saut ; alt-um : h-aut. Ainsi dans 
Walter on a Gaut{i)eT, d'une façon certaine. 

De plus, l'orthographe anglaise a défiguré des mots. Exemple : 

Torrere (brûler), partie, passé tostum, qui donne l'orthographe 
de Littré : toste ou pain grillé (panem tostum), que l'anglais a 
orthographié toast, et non tost, comme il conviendrait. 

C'est ainsi que « Ronsard vint et brouilla tout », en remettant 
VI dans saut, somZ<- (Sainte- Marie). 

• % 

Il n'est pas douteux, du moins à mon sentiment, que les Anglais 
instruits, munis des instruments d'acquisition convenables, ne se 
refuseraient guère à étudier la langue française, qui a tant de liens 
de parenté avec la leur. 

De la sorte, « l'Entente cordiale linguistique » ne paraît plus 
former un rêve irréalisable. C'est tout le contraire. Il y aurait 
une agréable surprise pour un grand nombre, même de professeurs 
anglais, à constater qu'ils usent des mêmes termes que les 
Français ; que, avec un peu d'efforts soutenus, ils arriveraient à 
comprendre nos auteurs et à parler notre idiome, à leur façon sans 
doute ; et le problème de la langue auxiliaire aurait ainsi rencontré 
une satisfaisante solution. 

En résumé, les persécuteurs de notre langage canadien-français 
auraient grande honte, si on leur fournissait la preuve évidente 
qu'ils persécutent simultanément la moitié, de leur propre idiome 
britannique. Une commune origine des mots ne justifie-t-elle 
pas amplement un langage commun dans une même communauté 
sociale ? . . . 

L. Le Jeune, O. M. I. 



r 



I 



LA MAISON 



Comme il fait bon rentrer s'asseoir dans la maison, 
La maison d'habitants, sise au bord de la route l 
Comme on se trouve bien, sous ce toit qui se voûte. 
Et comme tout ce monde a le cœur simple et bon 1 

Sitôt que nous avons passé la devanture. 
En longeant le journil, dont le vaste grenier 
Attend les blés clairauds, se hâtant d'épier. 
Et les avoines, qui sont à pleine clôture. 

Nous nous sentons chez nous, et chacun nous reçoit 
Comme s'il nous avait attendu des années. 
Et nous voyons, dès que nos mains se sont touchées. 
Que l'âme de la race habite sous ce toit. . . 

paix, ô bonne paix des demeures rustiques! 
Comme tu sais verser la bonté dans le cœur! 
Comme tu sais calmer la haine et la rancœur, 
foyer des vertus et des gloires antiques ! . . . 

« Vous devez être las, disent ces braves gens. 

« Entrez donc vous asseoir dans la chaise berçante ! 

« Mangez ! La huche est pleine, et l'orge est jaunissante, 

« Car, pour nos champs, les deux se montrent indulgents. 

« Si vous êtes transis, la lame de nos haches 
« A fait tomber, nombreux, les bouleaux durs et ronds. 
« Chauffez-vous et prenez, dans ces vaisseaux profonds, 
« Le lait que nous venons de tirer de nos vaches ...» 

Là, tout chante et sourit, tout le monde est amain. 
Pour nous servir chacun s'empresse et se transporte. 
Et si nous nous levons, en regagnant la porte. 
Ils s'écrient tous ensemble : « Espérez à demain ! 

« La brunante est venue, et la nuit sera noire, 
« Espérez à demain : vos effets sont rangés ; 
« Pour vous coucher, voici le lit des étrangers, 
« Et, si vous avez soif, voici la tasse à boire. . . 

Blanche Lamontaonb. 
Extraits d'un volume en préparation. 

]17 



LES LIVRES 



Mgr J. Tissier, évoque de Châlons. La femme au foyer. Paris (Pierre 
Téqui), 1915, 320 pages. 

L'ouvrage de Mgr Tissier, la Femme au foyer, « n'est pas un 
manuel de piété », mais « un code pratique de morale domestique », 
nous dit l'auteur lui-même, dans son Avant-Propos. 

Ces pages solides et sobres de Mgr l'évêque de Châlons cons- 
tituent, en effet, un enseignement très élevé sur les devoirs de la 
femme chrétienne. L'auteur commence par dénoncer les appels 
au plaisir et à l'indépendance que l'impiété contemporaine fait 
retentir aux oreilles de la femme. Puis, après avoir placé, bien en 
face de ces tentations, la grande idée du devoir, il dessine, à grands 
traits, « les responsabilités féminines ». L'auteur critique, ensuite, 
certaines « attitudes », l'indifférence, la faiblesse, la crainte ou le 
respect humain, le calcul. Il dit ce que doit faire la femme devant 
la douleur, ce que doit être sa force, quelle bonté exige son rôle de 
mère de famille, et comment toute sa vie doit s'appuyer sur la reli- 
gion. Ici, Mgr Tissier déplore la faiblesse de la foi chez certaines 
chrétiennes d'aujourd'hui ; il dénonce l'alliance de la religion, 
devenue, chez elles, une « affaire de bon ton, de convenances, nous 
pourrions dire d'intérêt », avec les plaisirs mondains, les jugements 
libres portés sur les choses les plus saintes, avec les accrocs donnés 
parfois au droit même de la conscience. 

Dans la dernière partie de son ouvrage, Mgr Tissier parle « des 
péchés actuels de la famille » : l'areligion, l'égoïsme, le bien-être, 
l'indiscipline, le scandale, etc. ; il en fait voir la laideur, le danger, 
la force dissolvante. 

Dans ce temps de souffrances et d'épreuves, si propice aux 
sérieuses méditations et aux salutaires examens de conscience, le 
livre de Mgr Tissier est au premier rang des ouvrages qui doivent 
attirer l'attention des mères chrétiennes. 



118 



LES LIVRES 119 

Abbé a. Luoan, missionnaire. Mf.dilation» sur la guerre. Paris (Bluud et 
Gay), 1915, 133 pages. 

Dans ce petit volume de cent et quelques pages, M. l'abbé 
Lugan a réuni diverses conférences qu'il a données dans plusieurs 
églises de Paris, et au cours desquelles il s'est ajjpliqué à « dégager, 
au point de vue chrétien, les principales leçons morales que nous 
donne la guerre déchaînée sur l'Europe ». On aimera particulière- 
ment à lire les chapitres sur « la vraie culture humaine », « la souf- 
france éducatrice » et « la France de 1914 ». 



.\. Gratry. De la connaissance de l'âme. Paris (Téqui), 1915, 2 vols. Sep- 
tième édition. 

La maison Téqui a jugé avec raison que les temps actuels sont 
propices aux lectures sérieuses ; et elle vient de publier la septième 
édition de l'ouvrage du P. Gratry, De la connaissance de VAme, 
lequel, avec les Sources, la Connaissance de Dieu et la Logique, a 
contribué à rendre célèbre le nom de l'auteur. On sait le but que 
se proposait le P. Gratry en écrivant cette trilogie de la Connais- 
sance de Dieu, de la Logique et de la Connaissance de l'âme : il 
voulait établir qu'il existe une vie surnaturelle, « sans laquelle 
tout souffre, le cœur et la raison, et même nos sens et notre corps ». 
L'homme, tel qu'il est dans son ensemble, dit le P. Gratry ne s'ex- 
plique et ne se suffit que par cette vie, « qui est surnaturelle et qui 
vient du Verbe incarné ». 

Nous n'apprendrons pas à nos lecteurs qu'il y a, en grand 
nombre, dans la Connaissance de l'âme du P. Gratry, des pages 
superbes, des envolées d'une haute éloquence. Nos lecteurs n'igno- 
rent pas, non plus, que toutes les idées du P. Gratry ne sont pas 
d'égale valeur, et que l'auteur, âme loyale et noble, l'a reconnu 
lui-même dans la préface de son livre. Tous aimeront à retrouver, 
dans cet ouvrage, des pages comme celle-ci : « Oh ! mon Dieu, 
disait le prophète, mon Dieu, pressez le temps, hâtez la fin. Mon 
Dieu, faites que nous marchions tous vers le but moins lentement 
et plus nombreux ; faites que l'on sache, ô Dieu, que la vie pré- 
sente est donnée pour apprendre à sortir de l'enfance, et de son 
esclavage, afin d'entrer partiellement du moins, et dès cette vie, 
dans l'éternelle virilité. . . Faites, ô mon Dieu, que chaque homme, 
aujourd'hui, et que la société présente, se reconstruise plus coura- 
geusement et plus rapidement à votre image, par la conquête de 
tous les cœurs par tous les cœurs.» 



120 LE PARLER FRANÇAIS 

L. Gabriguet, ancien supérieur de Grand Séminaire. Nos chers morts. 
Essai sur le Purgatoire. Paris (Bloud et Gay), 1915, 330 pages. 

M. l'abbé Garriguet a écrit son livre pendant que, sur les 
champs de bataille de l'Europe, des milliers et des milliers d'hommes 
versent leur sang et sont appelés à paraître devant Dieu pour y 
subir le jugement terrible, qui décide de l'éternité bienheureuse ou 
malheureuse. Dieu, dit-il, a certainement ouvert les portes du 
paradis à un grand nombre de ces soldats « qui ont fait à leur pays 
le sacrifice de leur vie » ; mais combien d'entre eux attendent, 
aujourd'hui, au purgatoire, l'heure de la délivrance. C'est donc 
par charité pour « nos chers morts » que l'auteur a voulu rappeler 
aux vivants le dogme de l'existence du purgatoire, l'immuable 
enseignement de l'Église, la nécessité de la prière pour les morts 
et les motifs que nous avons de leur venir en aide. 

Un chapitre spécial est consacré à « Marie et les âmes du pur- 
gatoire », où l'auteur expose que la Sainte Vierge porte un intérêt 
maternel' à ces âmes, qu'elle les console et les soulage en priant 
pour elles, en inspirant à ses serviteurs de s'intéresser à elles, etc. 

A. H. 



VOCABULAIRE ANGLAIS-FRANÇAIS 



DE LA PHOTOGRAPHIE 



Acid fixing powder Poudre fixage-acide. 

Actinie rays Rayons actiniques, chimiques ou 

photogéniques. 

Air bell Bulle d'air. 

Album Album. 

Embossed cover Couverture agrémentée en re- 
lief. 
Flexible, leather embossed cloth 

cover Couverture souple, cuir et toile 

agrémenté en relief. 

Grain leather Cuir grenu. 

Loose leaf album Album feuilles mobiles. 

Loose leaf system, silk lacing. . . Système feuilles mobiles, lacet 

soie. 
Substantial card covering, soft 

black leaves Couverture solide cartonnée, 

feuilles noires souples. 

Aluminum Aluminium. 

At-home photography Photographie à la maison, chez 

soi. 
Autographic film cartridge Bobine, cartouche pellicules au- 
tographiques. 

Autographic photography Photographie autographique. 

Background Fond photographique, fond de 

décor. 

Bath Bain. 

Beveler Biseau. 

Book of instructions, instruction 

book Brochure, livre, manuel, traité de 

directions, de photographie. 

Book of stamps Livret de timbres. 

Bring to focus ( To) Mettre au point, au foyer. 



121 



122 LE PARLER FRANÇAIS 

Brush Blaireau, pinceau. 

Bulb action Opération, dégagement à la poire. 

Bulh exposure Demi-pose. 

Burnisher Plaque à glacer. 

Bust pictures ou portraits Photographie en buste. 

Caméra Appareil, chambre photographi- 
que. 
Les sortes sont : 

Autographic caméra Appareil, chambre autographi- 
que. 

Autographic back Dos autographique. 

Slot (pour écrire) Fente, ouverture. 

Box caméra Appareil automatique. 

Box-form caméra Idem. 

Box-form hand caméra Appareil automatique à main. 

Bulb caméra Appareil, chambre à poire. 

Enlarging caméra Amplificateur. 

Collapsible enlarging caméra . Amplificateur pliant. 

Enlarging cône Cône-amplificateur. 

Light-tight cône Cône imperméable à la lu- 

mière. 
Film pack caméra Appareil, chambre bloc-pelli- 
cules. 

Filmplate caméra Appareil plaques-pellicules. 

Fixed focus caméra Appareil automatique. 

Folding caméra Appareil pliant, chambre pli- 

ante. 

Folding pocket caméra Appareil pliant de poche. 

Graflex caméra Appareil à vision simultanée. 

Press graflex Appareil à vision simultanée, 

journalistes. 

Focusing hood Capuchon-voile mise au point. 

Cap (of focusing hood) . . . Bonnette. 

Release catch . Crampon, crochet de relâche. 

Mirror frame Châssis-miroir. 

Swinging mirror frame Châssis-miroir à bascule. 

Air cushion Coussin à air. 

Mirror pointer Index, aiguille indicatrice. 

. Thumb lever Poucier. 

Graphie caméra Appareil graphique. 

Handbag caméra Appareil, chambre à sacoche. 

Hand caméra Appareil, chambre à main. 

Hip-pocket caméra Appareil poche-hanche. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DE PHOTOGRAPHIE 123 

Magazine plate caméra Appareil magasin-plaques. 

Multiple caméra Appareil, chambre multiple. 

Non-reversing type Modèle, type non-réversible. 

Panorama caméra Appareil panoramique. 

Platform caméra Appareil plate-forme. 

Pressman caméra Appareil, chambre journaliste. 

Reflecting caméra V. « Graflex caméra ». 

Reflecting mirror Miroir réflecteur. 

Reflector Idem. 

Reflex caméra V. « Graflex caméra ». 

Round-cornered caméra Appareil coins ronds. 

Stereo caméra Appareil, chambre stéréoscopique. 

Tripod caméra Appareil, chambre à pied. 

Universal focus caméra V. « Fixed focus caméra ». 

Vest pocket {V.-P.) caméra. . . . Appareil gousset de gilet. 

Vest-pocket autographic caméra. Appareil autographique gousset 

de gilet. 

View caméra Appareil, chambre vue. 

Waiscoat-pocket caméra V. « Vest-pocket caméra ». 

Les parties sont : 

Automatic adjustable focusing 

scale Échelle mise au point ajustable 

automatique. 
Automatic focusing lock Fermoir mise au point automati- 
que. 

Automatic standard clamp Crampon automatique du corps 

d'avant. 

Autotime scale Échelle autotemps. 

Back Corps d'arrière. 

Combination back Cadre porte-châssis à combi- 
naison. 
Combination back (Inter- 
changeable) Cadre porte-châssis à combi- 
naison échangeable. 

Extension back Corps de rallongement. 

Revolving back Cadre porte-châssis à bascule. 

Roll film back Cadre porte-pellicules. 

Spring actuated back Cadre porte-châssis à ressort. 

Telescopic revolving back .... Cadre porte-châssis bascule à 

coulisse. 



124 LE PARLER FRANÇAIS 

Base, base-board, bed Base. 

Drop bed Base à bascule. 

Swing bed (Idem). 

Telescopic framed track Rail encadré à coulisse. 

Bed support Porte-base. 

Bellows Soufflets. 

Body Corps. 

Box Boîte. 

Bulb Poire. 

« B » {bulb) Demi-pose. 

Carriage ( Travelling) Chariot à coulisse. 

Cimeter lever Levier cimeterre. 

Depressed cupped métal front . . Porte-objectif, coupe métal creuse. 

Diaphragm Diaphragme. 

IndicatoT , Indicateur. 

Iris diaphragm Diaphragme iris. 

Iris diaphragm stops Crans d'arrêt du dipahragme 

iris. 

Extension plate Rallonge, allonge. 

Extension track Rail de rallonge. 

Eye-shield Visière. 

Finder Viseur. 

Brilliant réversible collapsi- 

sible finder Viseur clair, réversible, pliant 

ou redresseur. 

Détachable finder Viseur démontable. 

Direct view finder Viseur direct. 

Hood, screen (of finder) Capuchon. 

View-finder (Synonyme de « finder ».) 

Finger-hold ou thumb-hold Poucier. 

Flap (of ground glass) Abat-jour 

Focusing button Bouton mise au point. 

Focusing loch {Automatic) Cran d'arrêt mise au point auto- 
matique. 

Focusing pinion Manette mise au point. 

Focusing scale Échelle mise au point. 

Focusing screen Verre douci, verre dépoli. 

Détachable focusing screen . . . Verre dépoli démontable. 

M ait side {of focusing screen) Côté dépoli. 

Folding platform Plate-forme pliante. 

Footrest Repose-pied. 

Front Corps d'avant, porte-objectif. 

Swinging front Corps d'avant à bascule. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DE PHOTOGRAPHIE 



125 



Travelling front Corps d'avant à coulisse. 

Ground-glass Verre dépoli. 

« / » : instantaneous exposure. . Pose instantanée. 

Lens Objectif, lentille. 

Achromatic lens Objectif achromatique. 

Anastigmat lens Objectif anastigmate ou ana- 
stigmatique. 

Color filter Objectif coloré. 

Copying lens Objectif à copier. 

Double combinaiion rapid 

rectilinear lens Objectif à double combinaison 

rectiligne rapide. 

Double lens Objectif double. 

Light filter V. « Color filter ». 

Meniscus achromatic lens. . . . Objectif ménisque achromati- 

Meniscus lens Objectif ménisque. [que. 

Photographie portrait lens . . . Objectif à portrait. 

Portrait attachment (Idem.) 

Rapid rectilinear (R.R.) lens Objectif rapide rectiligne. 

Ray filter V. « Color filter ». 

Rectilinear lens Objectif rectiligne ou recti- 

linéaire. 

Safelight screen Objectif, écran bonne lumière. 

Simple lens Objectif simple. 

Sky filter Compensateur. 

Telephoto lens Télé-objectif. 

Tested lens Objectif ajusté, corrigé, 

éprouvé, vérifié. 

Zeiss anastigmat lens Objectif anastigmate Zeiss. 

Astigmatism Astigmatisme. 

Cap {of lens) Bouchon, bonnette. 

Dial (above the lens) Cadran, indicateur. 

Lens board, lens front, lens stan- 
dard Porte-objectif. 

Level Niveau. 

Spirit level Niveau d'air, à bulle d'air. 

Lever (for exposure) Levier pose. 

Lever focusing device Levier mise au point. 

Milled head, milled knob Mannette cannelée, grenelée. 

Nut (Binding) Écrou. 

Nut {Operating) Bouton. 

Platform Plate-forme. 

Track Rail. 



126 



LE PARLER FRANÇAIS 



Rack and pinion Engrenage à crémaillière. 

Rising and sliding front Planchette d'objectif à double 

déplacement. 
Shutter Obturateur. 

Les sortes sont : 

Automatic shutter Obturateur automatique. 

Automatic and setting shutter. . . Obturateur automatique à vi- 
tesse facultative. 

Bail bearing shutter Obturateur coussinets à billes. 

Between-lens shutter Obturateur entre-objectifs. 

Compound shutter Obturateur combiné, composé. 

Double-pump shutter Obturateur pneumatique dou- 

ble. 

Double valve automatic shutter... Obturateur à double déclan- 

chement automatique. 

Everset shutter Obturateur toujours armé. 

Extraspeed shutter Obturateur extra-rapide, gran- 

de vitesse. 

Focal plane shutter Obturateur à rideau. 

Curtain [Shutter) Rideau. 

Rolled-blind Store. 

sut Fente. 

Panoram shutter Obturateur panoramique. 

Pocket automatic shutter Obturateur automatique de po- 

che. 

Rotary shutter Obturateur rotatoire. 

Sector shutter Obturateur à secteur. 

Setting shutter Obturateur à vitesse faculta- 

tive. 



Les parties sont : 

Antinous cord attachment Déclancheur métallique. 

Antinous release (Idem). 

Aperture Ouverture. 

Automatic safety blind Voile de sûreté automatique. 

Automatic safety curtain (Idem). 

Bulb Poire. 

Bulb release Déclancheur-poire. 

Cable release Déclancheur métallique. 

Continuons pressure release. . . . Déclancheur pression continue. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DB PHOTOGRAPUIE 127 



Disc Disque, indicateur. 

Finger release Déclancheur au doigt. 

Leaves, shutter leaves Feuilles. 

Lever Levier. 

Milled knob Bouton cannelé. 

Set shutter ( To) Armer l'obturateur. 

Shutter release Déclancheur. 

Sliding bar Barre mobile. 

Speed indicalor, table, tablet.. Plaque, indicateur de vitesse. 

Stop doivn lens aperture Fixer l'ouverture de l'obtu- 

teur. 

Wind the shutter ( To).. Monter l'obturateur. 

Winding key Remontoir. 

Wire plunger, toire plunger 

release Déclancheur métallique. 

Side arms ( Telescopic) Bras pliants de côté. 

Side struts Bras de côté. 

Socket {for tripod) Pivot (pour le pied). 

Spool pins Fiches pour bobines. 

Spool winder Dévidoir de bobines. 

Spring actuaied ground-glass 

panel {Détachable) Châssis verre dépoli à ressort 

démontable. 

Spring catch {for plate-holder) . . Crampon à ressort. 

Standard Corps d'avant, porte-objectif. 

Stirrup front Porte-objectif étrier. 

Supplies {Caméra) Fournitures, accessoires. 

Telescopic rack Crémaillière à coulisse. 

« r », time exposure Pose. 

Tripod plate Plaque-pied. 

Tripod screw plate Plaque-pivot. 

Tripod socket V. « Socket ». 

Watch-cover lid (to protect lens) Bonnette couvercle de montre. 

Cartridge roll holder Porte-bobines-pellicules. 

Case, carrying case Sac pour appareil. 

Shoulder-strap Bandoulière. 

Case (Sling) Étui-bandoulière. 

Case {Water proof) Sac, étui imperméable à l'eau. 

Citric acid Acide citrique. 

Color photography Photographie des couleurs. 

Color screen V. « Color filter ». 

Composition Composition. 



128 



LE PARLER FRANÇAIS 



Concentrated Concentré. 

Cut Vignette. 

Cutout Cache. 

Dark room Cabinet noir, chambre noire, 

laboratoire obscur. 

Dark slide Châssis-presse. 

Shutter {of dark slide) Volet. 

Daylight loading Chargement à la lumière du jour. 

Définition of field Clarté, netteté du champ. 

Dessicated, anhydrous Anhydre. 

Developer Développeur, développateur, ré- 
vélateur. 

Developer powder Révélateur-poudre. 

Developping and printing outût. . . Nécessaire à développer et à 

imprimer. 

Developing box Cuve-pellicules, boîte-révélateur . 

Cord Cordon. 

Cover Couvercle. 

Crank Manivelle. 

Cup Cuvette. 

Réel Dévidoir. 

Réel ( Transferring) Dévidoir supplémentaire. 

Roller bearing Coussinets à billes. 

Spool carrier Porte-bobine. 

Winding shaft Arbre dévideur. 

Developing powder Poudre-révélateur. 

Developing trays Cuvettes. 

Diffuse the light {To) Diffuser la lumière. 

Dipper Puisoir. 

Dodge (To) Cacher, masquer. 

Draw-out the shutter {of dark 

slide), To Tirer le volet. 

Drying rack Égouttoir. 

Dry mounting tissue Tissu montage à sec. 

Dry plate, glass dry plate Plaque verre sèche. 

Dull day Jour gris. 

Duplicating outfit Nécessaire à doubler. 

Eckonogen-Hydrochinon (E-H)... Iconogène-hydroquinone. 

Embossing board Planchette à estamper. 

Embossing press Estampeuse. 

Emulsion Emulsion. 

Enlargement Agrandissement, amplification. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANOI.AIS DE PHOTOGRAPHIE 129 

Enlarging caméra illumin&lor .... Lanterne pour amplificateur. 

Socket {of illuminaior) Douille. 

Expo.iure Exposition. 

Exposure meter Photomètre, aetinomètre. 

Extend the tripod (To) Déployer, étendre, allonger, ou- 
vrir le pied. 

Ferro tin, ferrotype plate Plaque à glacer. 

Film Pellicule. 

Cut film Pellicule rigide, plaque pelHcu- 

laire. 

Rollfilm Pellicule en bobine. 

Film cartridgse Bobine de pellicules. 

Film clip Pince-pellicules. 

Film wound around an axis Pellicule enroulée autour d'un 

axe. 

Film pack Bloc-pellicules. 

Holder {of film pack) Porte-bloc-pellicules. 

Safeiy cover Volet, fermeture de sûreté. 

Tab Patte. 

Film pack adapter Adapteur bloc-pellicules. 

Slide (of film pack adapter) .... Volet de fermeture. 

Film pack tank Cuve bloc-pellicules. 

Film spool Bobines de pellicules. 

Film strip Bande, ruban de pellicules. 

Film tank Cuve-révélateur pour pellicules. 

Light-proof apron Tablier imperméable à la lu- 
mière. 

Winding box Dévidoir. 

Winding key Remontoir. 

Fittings Garnitures, montures. 

Fix,fix out{To) Fixer. 

Fixed focus Foyer, mise au point fixe. 

Fixing bath Bain fixage. 

Fixing powder Poudre fixage, fixateur. 

Fixing solution Fixateur. 

Flashes Jets, éclairs. 

Flash gun Fusil éclair. 

Flash light Lumière de Chatham, jet de 

résine et de magnésium. 

Flash sheet Feuille-éclair. 

Flash sheet holder Porte-feuille-éclair. 

Flatness offield Égalité du champ. 

Focus Foyer. 



130 LE PARLER FRANÇAIS 

Focusing Mise au foyer, mise au point. 

Focusing cloth Voile, voile noir. 

Focus the image (To) Mettre l'image au foyer, 

Folder Carton fond refoulé. 

Forcing Pousser une épreuve. 

Foreground Devant, premier plan. 

Full length portrait Photographie en pied. 

Glass frame Verre pour châssis. 

Glazing solution Photo-glaceur. 

Graduate Verre gradué. 

Grouping stool Tabouret, sellette de groupement. 

Handbag (for caméra) Sacoche, étui pour chambre noire. 

Hardener Indurateur. 

Head and shoulder portraiture Photographie en buste. 

Head rest Appui-tête. 

High-light ^Grande lumière, lumière vive. 

Home portraiture Photographie chez soi, à la mai- 
son. 

Hydrochinon Hydroquinone. 

Hydrochinon developer powder. . . . Révélateur hydroquinone. 

Hydrochinon-metol (H-M) Métol-hydroquinone. 

Hydrometer Hydromètre, aréomètre. 

Hypo, hyposulphite of soda Hyposulfite de soude. 

Imprint Tirer, imprimer. 

Intensifier Renforçateur. 

Lamp ; Lanterne, lampe de laboratoire. 

Candie lamp Lampe à bougie, à chandelle. 

Collapsible lamp Lampe pliante. 

Dark room lamp Lanterne de laboratoire. 

Glass (of lamp) Verre. 

Lamp-wick Mèche. 

OU burning dark room lamp Lampe pétrole, lanterne d'ate- 
lier au pétrole. 

Landscape. Paysage. 

Lanterne slide Verre de lanterne magique. 

Latitude Limite. 

Light-proof A l'épreuve de la lumière, im- 
perméable à la lumière. 

Light-proof the cartridge ( To) .... Mettre la bobine à l'abri de la 

lumière. 

Load ( To) Charger. 

Loading fixture Appareil à chargement. 

Loose print Feuille mobile. 



VOCABULAIRE ANGLAIS-FRANÇAIS DE PHOTOGRAPHIE 131 

Magnésium powder Poudre-éclair. 

Mask Cache. 

Package of masks Pochette de caches. 

Masked print Photocopie cachée. 

Metol-Hydrochinon (M-H) V. « Hydrochinon-metol ». 

Mixing palette Agitateur. 

Mortar and peslle Mortier et pilon. 

Mount Carton, carte photographique. 

Ash grey Gris cendré. 

Bevelled edge Bord biseauté. 

Felt surface Surface feutrée. 

Jet black Noir jais. 

Non embossed design Modèle non agrémenté en 

relief. 

Slip-in mount Monture glissante. 

Mountain view Site montagneux. 

Mounting tissue {Dry) Tissu pour montage à sec. 

Négative Négatif, cliché, phototype. 

Négative lacking contrast Cliché doux, manquant de ton. 

Négative rack Égouttoir. 

Over-development Excès de développement, surdé- 
veloppement. 

Over-exposnre Excès de pose, surexposition. 

Package of paper Pochette de papier sensible. 

Panoramic picture Photographie panoramique. 

Paper Papier. 

Bromide paper Papier au bromure. 

Developing-out paper {D. 0. 

P) Papier à image latente. 

Developing paper " " " 

Printing-out paper Papier à image apparente. 

Self-toning paper Papier autovireur. 

Sensitized paper Papier sensible. 

Passe-partout binding Bandes gommées passe-partout. 

Paste brush Pinceau-colle. 

Photo finisher Photographe en fin, finisseur. 

Photographie apparatus Appareil photographique, cham- 
bre noire. 

Photo paste Colle-photo. 

Plate Plaque. 

Autochrome plate Plaque autochrome. 

Plate adapter Adapteur-plaques. 



182 LE PARLER FRANÇAIS 

Plate-holder Châssis, châssis négatif, porte- 
plaque. 

Double 'plate holder Châssis double. 

Inside kit Intermédiaire. 

Magazine plate holder Châssis-magasin, botte à esca- 
moter. 

Multiplying slide Volet multiplicateur. 

Plate lifter Crochet, crochet-ongle. 

Plate tank Cuve-plaques. 

Potassium bromide Bromure de potassium. 

Press rhe buttom ( To) Pousser le déclic. 

Print Épreuve, photocopie, photo- 
gramme. 

Abrasion mark Marque d'abrasion. 

Blister Cloche. 

Contact print Épreuve directe. 

Contrasty Énergique. 

Dense Dense. 

Fiat Faible. 

Fog Voilée. 

Freak Floue. 

Half-tone Demi-ton. 

Hard Dure. 

Milky Laiteuse. 

Soft Faible. 

Weak Faible. 

Print ( To) Tirer, faire le tirage. 

Printer, printing machine Auto-tireur. 

Print mounter Rouleau. 

Print roller 

Print trimmer, trimming board. . . Calibre, coupe-épreuves. 

Print washer Cuve de lavage, panier-laveur. 

Printing Tirage. 

Printing frame Châssis-presse. 

Printing rack Porte-photocopie. 

Puah pin Punaise. 

Pyro developer powder Poudre à développer pyrogalli- 

que. 

Rack Égouttoir. 

Record ( The) Inscription. 

Record on thejilm {To) Inscrire sur la pellicule. 

Re-developer Sur-révélateur. 

Reducer Réducteur. 



■t. 

m 



VOCABULAIRE ANGLAIS-FRANÇAIS DR PHOTOGRAPHIE 133 

Reload ( To) Recharger. 

Retouching frame Pupitre à retouche. 

Rock the box ( To) Bercer la cuve. 

Roll of film Bobine, rouleau de pellicules. 

Roll holder Porte-bobine. 

Rubber finger tip Bout de doigt caoutchouc. 

Scale Balance. 

Self balancing scaèe Balance automatique, sans 

poid.s. 

Sepia-biiff Sépia-chamois. 

Set {To) Ajuster. 

Set shutter to ( To) Placer l'obturateur à. . . 

Setting lever Levier d'ajustage, de mise en 

batterie. 

Set the tripod Monter le pied. 

Sharp pictiire Photographie nette, claire. 

Sharpness Netteté, clarté. 

Sight the object ( To) Viser, encadrer l'objet. 

Sky-shade Abat-ciel. 

Slow instantancous Instantané lent. 

Snap an object {To) Croquer un objet. 

Snap the shutter { To) Déclancher l'obturateur. 

Snapshot Instantané. 

Snapshot { To) Croquer. 

Snapshot exposure Instantané. 

Sodium carbonate Carbonate de soude. 

Solio hardener Indurateur solio. 

Solio toning solution Solution virage solio. 

Spécial equipment Accessoire spécial. 

Spool Bobine. 

Spotting Détachage. 

Squeegee Racleur. 

Sqeegee tin Plaque à glacer. 

Stand Pied, pied d'atelier. 

Stereo photography Photographie stéréoscopique. 

Stirring rod Agitateur. 

Strap Courroie. 

Stretcher Tendeur. 

Stylus Stylet. 

Sundries Divers. 

SuppUed extra Fourni en supplément. 

Sweep of the lens Courbe de l'objectif. 

Tank Bain, cuve. 



134 LE PARLER FRANÇAIS 

Tank developer ou tank developing 

machine Cuve-développeur. 

Tele-photo Téléphotographie. 

Telephotography (Idem.) 

Tested carbonate of soda (desic- 

cated) Carbonate de soude éprouvé (éva- 
poré). 

Tested chemicals Produits chimiques éprouvés. 

Tested sulphite of soda {desiccat- 

ed) Sulfite de soude éprouvé (éva- 
poré) . 

Thermometer Thermomètre. 

Thermometer stirring rod Thermomètre-agitateur. 

Three-quarter length portrait Portrait aux trois-quarts. 

Tilt caméra ( To) Incliner la chambre noire. 

Time action, time exposure Pose. 

Timer Photomètre. 

Tone (To) Virer. 

Toning and fixing powder Poudre viro-fixeur. 

Toning and fixing solution Viro-fixage. 

Transparent water color stamps.. . Timbres de couleurs à l'eau trans- 
parentes. 

Tray Cuvette. 

Tripod Pied (« Trépied » n'est pas fran- 
çais dans ce sens). 

Les sortes de pieds sont : 

Métal tripod Pied métallique. 

Métal telescopic tripod Pied métallique, à coulisse. 

Sliding tripod Pied à coulisse. 

Telescopic folding tripod Pied à coulisse pliant. 

Les parties des pieds sont : 

Automatic locking of the sec- 
tions Enclanchement automatique 

des branches. 

Head Tête. 

Bail and socket joint Genou à billes. 

Adjustable head Tête ajustable. 

Fixed non-detachable head . . . Tête fixée, non-démontable. 



VOCABULAIRE ANGLAIS-FRANÇAIS DE PHOTOGRAPHIE 135 

Revolving head Tête tournante, tête à bas- 

cule. 

Section Bras, branche. 

Straight-grained wood Bois à veines droites. 

Tilting tripod top Tête à bascule. 

Trimmings Garnitures, montures. 

Tripod adapter Adapteur pour pied. 

Tripod truck Fixe-pieds. 

îj Under-exposure Manque de pose, sous-exposition. 

Universal focua Foyer universel. 

Unload (To) Décharger. 

Vest pocket size picture Photographie forme gousset de 

gilet. 

Vignette, mgnetter Dégradateur. 

Wash box, washing box Cuve de lavage, panier-laveur, 

laveur. 

Well-timed picture Cliché bien exposé. 

Wind the film around the axis 

( To) Enrouler la pellicule autour de 

l'axe. 
Work with bulb or finger release 

( To) Se déclancher à la poire ou au 

doigt. 

Alfred Verreault. 



QUESTIONS ET RÉPONSES 



Question. Pourriez-vous me dire, par la voie du Parler français, quelle est 
l'origine et l'étymologie du mot « pagée » dans l'expression « pagée de clôture » ?J 

Réponse. Le mot pagée est ancien chez nous. Le Père Potier 
l'avait relevé au Détr<Mt, en 1744 : « Une pagée de noadriers, de 
planches, etc., = une rangée,» écrit-il dans ses Façons de parler. 
Nous n'employons plus le mot pagée avec cette acception exacte ; 
mais c'est évidemment le même njot : une pagée de clôture, c'est 
une rangée de perches entre deux pieux d'une clôture, une « travée » 
de clôture. 

Le mot pagée paraît bien nous être venu de Normandie. 

Le glossaire normand de DuBois donne : « Pagée : espace entre 
deux cciombes, que l'on remplit d'argile, dans les constructions ». 

Le Dictionnaire du patois normand de Moisy : « Pagée, s. f. : 
intervalle laissé entre les montants d'une construction en bois et 
que l'on remplit avec du bourdis.» 

Robin, LePrévost et Passy, dans leur Dictionnaire du patois 
normand, disent aussi : « Pagée : Terme de charpentier. On ap- 
pelle pagées, dans les murs ou cloisons d'une maison en pans de bois, 
dans un pâtis, etc., les parties de la construction comprises entre 
deux poteaux consécutifs. . . Dans le français actuel, ce n'est pas 
le mot pan qui répond le mieux à la pagée des Normands, mais bien 
le mot travée.)) 

De Beaucoudrey, dans son récent ouvrage sur le Langage 
normand, fait voir que le mot pagée, en Normandie, peut avoir un 
sens plus étendu. « Une pagée, écrit-il, se dit d'une rangée de 
solives comprises entre deux poutres, et de toute série d'objets plus 
petits comprise entre de plus gros et qui se répète dans un même 
travail.» 

Notre pagée de clôture, c'est donc, tout probablement, la pagée 
normande. 

Mais quelle est l'étymologie du mot normand pagée ? 

Moisy le tire du latin paginatus = î&it de pièces de rapport, 
qui sert à assembler. Rolin se contente d'affirmer que pagée vient 
de pagina. Ni l'une ni l'autre de ces deux étymologies ne paratt 
satisfaisante. 

136 



ET BÉPONBES U7 

Qtuttion. — Av«c raiaon, on proscrit le mut high-Uft, mén« prononcé à la 
française. Mais ^uel mot français traduit cette ex(>reiiMOfi anglaise i 

Réponse. — Le high-life, c'est, en français, le grand monde. 



Quettion. — Y a-t-il une faute dans : « Cette maison e*t exeettitement haute • ? 

Réponse. — Cela dépend de ce que vous voulez dire. « Cette 
maison est excessivement haute » signifie qu'elle est trop haute, que 
sa hauteur est excessive. Si l'on voulait seulement faire entendre 
qu'elle est très haute, fort haute, extrêmement haute, l'adverbe exces- 
sivement ne conviendrait pas. Vincent fait remarquer que, par 
l'emploi de cet adverbe, là où il en faudrait un autre, on aboutit 
parfois à un non-sens : « // fut excessivement modéré dans cette 
affaire, comme si l'excès et la mesure pouvaient aller ensemble.» 



Question. — • Peut-on, en bon français, prier quelqu'un à un banquet t On me 
dit que yrier à dîner est français, mais que prier à un banquet n'e^t pas usité. 

Réponse. — - Je ne sais si prier quelqu'un à un banquet, à un 
dîner est usité. Mais cette façon de parler est aussi bonne que 
prier quelqu'un à un festin, prier quelqu'un à une noce, prier quelqu'un 
à un bal, qu'on trouve dans de bons auteurs. 



Queêtion. — Comment dire en français : (( Je vous promets de faire tdle ou 
telle chose to tke beat of my ability » f Cette formule anglaise, très simple, est bien 
commode. 

Réponse. — Il y a une expression française encore plus simple 
et plus commode : de mon mieux. Cela dit tout autant que to the 
best of my ability. 



Question. — Quelle est l'étymologie du mot machin, dont on se sert pour 
désigner une chose quelconque ? 

Réponse. — Ce mot du langage familier s'emploie en effet pour 
désigner un objet dont on n'a pas le nom présent à l'esprit. Il se 
rattache à machine, et ce dernier vient du latin machina, lequel avait 
été emprunté du grec mêchanê. 



138 



LE PARLEE FRANÇAIS 



Question. — Comment expliquer qu'on appelle paratonnerre un instrument qui 
ne protège pas contre le tonnerre f Le tonnerre est le bruit dont s'accompagne l'éclair. 
C'est la foudre qui frappe, qui brûle, qui tue ; ce sont les coups de la foudre qu'il 
faudrait parer, et non du tonnerre. 

Réponse. — Sans doute, c'est contre la foudre, et non contre le 
tonnerre proprement dit, qu'on dresse les paratonnerres. Aussi les 
savants ont-ils inventé le mot parafoudre, dont on peut se servir. 
Mais il ne faut pas demander aux mots des définitions exactes, et 
paratonnerre continue à désigner ce qui peut préserver de la foudre. 
En effet, on emploie le mot tonnerre en parlant de la foudre ; c'est 
une extension de sens, qui paraît bien admise, et qu'on trouve dans 
Boileau et dans La Fontaine. Chateaubriand aussi a écrit : « La 
chute répétée du tonnerre qui sifHe en s'éteignant dans les eaux. . . » 



Question. — Alors que Yidiotie est l'état d'une personne dépourvue d'intelli- 
gence, comment le mot idiotisme est-il venu à désigner une locution propre à une 
langue ? * 

Réponse. — Idiotisme est aussi synonyme d'idiotie ; c'est alors, 
comme idiotie, un dérivé de idiot. Mais idiotisme, avec le sens de 
particularité linguistique, se rapporte à idiome. 



Question. — Comment désigner en français la petite pièce d'étoffe qu'on 
épingle au maillot d'un coureur, d'un cycliste, d'un jockey, dans une course, el 
sur laquelle est inscrit son numéro d'ordre .' 

Réponse. — Cette pièce d'étoffe, sans doute parce qu'elle est 
généralement fixée au dos du coureur, s'appelle un dossard. 



[^! Question. — Qu'est-ce que l'écolisme ? J'ai rencontré ce mot dans un ouvrage 
français. 

Réponse. — C'est le surmenage des écoliers. « L'écolisme, dit 
le Dr Delassus, est l'état d'un organisme troublé par l'usage abusif 
ou mal compris de l'école.» 



REVUES ET JOURNAUX 



189 



Question. — L'appareil dont on se sert pour séparer les cendres des morceaux 
de charbon non entièrement consumés, a-t-il un nom en (rangais ? 

Réponse. — C'est Vescarbilleur, qui sépare, dans les déchets 
d'un foyer, les escarbilles des cendres. Verbe : escarbiller. 



Question. — Qu'est-ce que décanUer une ville ? J'ai lu quelque part que cela 
se pratique en Turquie. 

Réponse. — Décaniser une ville, c'est tout simplement y sup- 
primer les chiens ! Cela s'appelle la dêcanisation. 



Quettion. — De quel mot se servir pour qualifier un compte, un budget qui 
'. solde par un déficit ? 



Réponse. — « Budget déficitaire.» 



A. R. 



REVUES ET .JOURNAUX 



Le Petit Canadien, organe de la Société Saint- Jean-Baptiste de 
Montréal, a ouvert un concours littéraire. C'est une heureuse 
initiative. On trouvera les « instructions aux concurrents » dans 
le Petit Canadien de septembre. (S'adresser au Secrétariat de la 
Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Monument National, 
Montréal.) 



LEXIQUE 

CAN ADIEN-FRA N Ç AlS 
(Suite) 



Marche (être en) de {è.i à mère dé). 

Il Être en train de, sur le point de. Ex. : Quand je l'ai averti, 
il était en marche de faire une sottise. 

Mu'Chedonc (màredô) s. m. 

1° Il Espèce de soulier en cuir, à hausse courte, et fait comme 
une botte sauvage. Ex. : Pour courir, y a rien de mieux qu'une paire 
de marckedonc. 

2° Il Individu, animal toujours en mouvement. 

3° Il Activité, initiative. Ex. : Avoir du marchedonc. 

Marcheux (màreé) s. m. 

Il Marcheur. Ex. : Voilà le meilleur marcheux de la paroisse. 
— C'est pas un petit marcheux. — Son cheval est le meilleur mar- 
cheux d'ici. 

DiAL. Id., Centre, Jatjbebt. 

Marci (marsi) s. m. 

Il Merci. 

DiAL. Id., Centre, Jaubekt. 

Marcou (màrku) s. m. 

1° Il Matou, chat mâle. 

DiAL. Id., Normandie, Delboulle, Robin, Dubois, Maze, 
MoiSY ; Anjou, Verrier ; Bas-Maine, Dottin ; Ille-et- Vilaine, 
Orain. 

140 



LEXIOVB CANAMKN-FRAIfÇAIS 141 

Vx rR. Lagvrni:, Cotsrave ; Scarroic : « Les gros marcoua 
•'•«ti«feg»rdent » {Virgile travesti). Joackui Du Bellay: 
41 CoïKiBe ee» gros marcoiM terribles, en long» niauleiaents horri- 
bles » {Épitaphe d'un chat). 

2° Il Maavaè garnement. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier ; Normandie, Delboulle. 

3° Il Homme habile, cajoleur. Ex.: C'e»t f>as qa'aa petit 
marcou ! 

Mardi imàr4i) interj. 
Il Juron. 

Mardi gras (mardi grà) s. m. 

Il Masque, personne qui se masque, se déguise pour fêter le 
mardi gras. Par ext. : Personne mal habillée, d'apparence grotes- 
que, ridicule. 

Mardiller (màrdiyé) s. m. 
Il Marguillier. 

Mare (mâ.'r) s. t. 

Il Partie d'un lac, d'un fleuve où la glace n'est pas prise. 

Marée (d'eau) {mare d 6) s. f. 
Il Mare. 

Marécageux {marékàjé) adj. 

1° Il Pluvieux. Ex. : Le temps est ben marécageux, à matin. 
2° Il Boueux. 

Margouillas (màrguyâ) s. m. 

Il Marécage, margouillis, ornière boueuse. 

Margouillère {màrguye-.r) s. f. 
Il Marécage. 

Margoulette {màrgulèt) s. f. 

1° Il Lèvre inférieure du cheval. 

2° Il Pomme d'adam : £x. : Je lui ai serré la mar(/ou/e<t«. 



142 LE PARLER FRANÇAIS 

Fh. Pop., mâchoire. Ex. : Je te casserai la margouleite. 

Fb.-can. Mâchoire et, par ext., bouche. Ex. : La margou- 
lette y marche toujours. Grand parleur. Ex. : En a-t-i une mar- 
gouleite I 

3 ° Il Castagnette : Ex. : Jouer des margoulettes. 

Margré (màrgré) prép. 

Il Malgré. 

DiAL. Id., Bas-Maine, Dottin. 

Marguier (marge) v. tr. 
1 1 Marier. 

Mariages {màryà:j) s. m. pi. 

Il Conserves végétales au vinaigre. 
Fr.-can. Cf. amarinades, marinages. 

Maricage {màricà:j) s. m. 

Il Marécage. 

Dial. Id., Anjou, Verrier. 

Maricageux (màrikàjé) adj. 

1 1 Marécageux. 

Dial. Id., Anjou, Verrier. 

Marichal {màrieàl) s. m. 

Il Maréchal. 

Dial. Id., Anjou, Verrier ; Normandie, Robin. 

Marie -quatre -poches (mari kàt pbe) s. f. 
Il Femme qui n'a pas d'ordre. 

Marie -salope (màri-sàlhp) s. î. 

Il Femme malpropre, mal habillée. 
Dial. Id., Normandie, Dubois. 

Marie-torchon {mari threô) s. f. 
Il Femme sans souci, sans conduite. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 143 

Marier (maryé) v tr. 

Il Épouser. Ex. : J'ai marié ma femme à Québec. 

Marier (à), (a maryé) 

Il Mariable, en état de se marier. 

Marieuz {maryé) s. m, 

1 1 Mariés : Ex.: Les marieux vont arriver de leur voyage de noces. 

Marinades (màrinàd) s. f. p . 

1 1 Conserves végétales au vinaigre. 

Fr.-can. Cf. amarinades, amarinages. 

Fh. Marinade = saumure dans laquelle on conserve des vian- 
des, des poissons ; aliments conservés dans la saumure ; vinaigre 
assaisonné d'herbes, d'épices, dans lequel on laisse tremper de la 
viande, du poisson, avant de les faire cuire ; aliments ainsi préparés, 
Darm. — Nom donné à des aliments préparés pour être conservés 
pendant des voyages maritimes au long cours, Guéri n. 

Marinages (màrinà.j) s. f. pi. 

Il Conserves végétales au vinaigre. 
Fr.-can. Cf. marinades, amarinades, amarinages. 
Fr. Marinage = préparation que l'on fait subir à certaines 
viandes destinées à être conservées sur les navires, Guerin. 

Marine (marin) s. f. 

Il Gangrène. Ex. : La marine s'est mis dans sa plaie. 

Maringouin (marégwé) s. m. 

Il Cousin, diptère assez petit de la famille des culicidés. 

Market' (màrkèt) s. m. 

Il Train de chemin de fer affecté au transport des marchandises 
de la campagne à la ville, les jours de marché. Ex. : Prendre le 
market pour aller à Québec. 

Etym. Ang. market = marché. 

(à suivre) 

Le Comité du Glossaire. 



PARLONS MIEUX 



DISONS PLUTOT QUE 

Coincer, ou caler un meuble Cointer an meuble. 

Une herminette Une tille. 

Blanc de céruse Blanc de plomb (whitelead). 

La menotte d'un palonnier La clavisse (clevisse) d'un bacul. 

La communication n'est pas libre. La ligne est occupée. 

Repondre négativement Répondre dans la négative. 

Il y a eu de la bisbille entre eux. . Il y a eu des frictions entre eux. 

Tremper des mouillettes dans du 

lait Saucer des tranches de pain dans 

du lait. 

Paletot demi-saison Capot d'automne et de printemps 

Une badine Une petite canne de soldat. 

Mander un élève à sa chambre. . . Faire demander un élève à sa 

chambre. 

Je l'ai vu à midi Je l'ai vu ce midi. 

Le député s'est désisté de son man- 
dat Le député a résigné son mandat. 

J'ai pris l'ascenseur J'ai pris l'élévateur (elevator). 

Il se fait du bon sang Il prend ça aisé {take it easy). 

La chatte m'a griffé, mais je lui 

ai lancé un bon coup de pied ... La chatte m'a graffigné, mais je 

lui ai amanché un bon coup de 
pied. 

Sa robe est mal ajustée Sa robe est mal amanchée. 

Ils se sont liés d'amitié Ils ont fait ami ensemble. 

Amorcer un hameçon Ampâter un hameçon. 

J'ai une séance chez le dentiste, 

le médecin, etc J'ai un appointement chez le den- 
tiste, le médecin, etc. 

Saint-Boniface est un diocèse mé- 
tropolitain Saint-Boniface est un archidio- 

cèse. 

Etienne Blanchard, p. s. s. 
144 



Vol. XIV, No 4— Décembrb, 1915. 



/*-' 



SOCIOLOGIE LINGUISTIQUE 



La sociologie linguistique, ce serait l'étude des sens divers 
qu'ont pris à des époques différentes les termes servant à désigner 
des types sociaux. Qu'entendait-on exactement, au XVII» siècle, 
par exemple, par « une précieuse », par « un bel esprit », par « un 
galant homme » ? et qu'entend-on aujourd'hui par ces mêmes 
expressions ? Des monographies de mo.ts ainsi conçues, dit M. 
Brunot <", « jetteraient la plus grande clarté sur l'état mental de 
l'époque, et seraient d'une réelle portée, non seulement pour l'his- 
toire du langage, mais pour l'histoire de la littérature et des mœurs ». 

On sait bien quelle différence la langue d'aujourd'hui met 
entre un homme honnête et un honnête homme. Un honnête homme 
observe les lois de la morale ; un homme honnête, les lois de la civi- 
lité. Mais qu'était-ce, au XVIP siècle, que le langage des honnêtes 
gens ? « Au XVII" siècle, écrit Marty-Laveaux, <^> pour être hon- 
nête homme, la probité ne suffisait pas ; on dirait même que c'était, 
à tout prendre, la moins nécessaire des qualités : on devait, d'abord, 
être du monde, c'est-à-dire en connaître le ton et le langage ; puis, 
avoir de l'esprit, de la grâce, de la tournure ; enfin, répondre à un 
idéal que bien des contemporains se sont efforcés de définir, mais 
dont ils n'ont jamais su nous indiquer que les traits principaux.» 

T)&ns un article publié naguère sur ce sujet <'\ M. D. Zevaco 
a cherché à définir quel était cet idéal de Vhonnête homme au XVII* 
siècle. Nous lui empruntons, et nous résumons quelques-uns des 
nombreux témoignages qu'il apporte et qu'il cite. 

D'après R. Estienne, Vhonnête homme a surtout des qualités 
extérieures ; il est élégant, courtois, de belles manières. On était 
encore au XVI» siècle. Nicot ne parle pas autrement : Vhonnête 
homme, c'est « bellus Homo, urbanus et civilis ». " 



(1) Histoire de la Langue française, t. III, p. 240. 

(2) Lexique de Corneille, Introduction, p. 25. 

(3) Revue de Philologie française, t. XXV, p. 1. 



145 



146 LE PARLER FRANÇAIS 

Au commencement du XVIP siècle, Monet donne à Vhonnète 
homme des qualités morales : « honestus homo. . . honore dignus 
vir. . . honore ac laude dignun homo. . . » 

On revient au sens étymologique. 

Mais avec Richelet, en 1680, avec Furetière, en 1699, reparaît 
le sens d'honlo urhanus. L'honnête homme est celui « qui a de la 
civilité, qui est galant homme, qui sçait vivre ». 

Et, en 1694, quand l'Académie se prononce, elle donne deux 
acceptions : « homme probe, homme d'honneur », et aussi « homme 
doué de toutes les qualités qui rendent son commerce agréable 
dans la vie civile ». Mais ce dernier sens tomba en désuétude, et en 
1835, comme en 1878, l'Académie notait qu'il avait vieilli. 

h'honnête homme, au XVIP siècle, du moins dans la première 
moitié du XVIP siècle, ne se trouvait que dans les classes élevées. 

« Il ne faut pas chercher, conclut M. Zevaco, dans le type de 
l'honnête homme (du XVIP siècle) un idéal moral. . . Le mot corres- 
pondait à un idéal social.)) 

Mais quel était cet idéal social ? quelles étaient les conditions 
de l'honnêteté de l'honnête homme ? 

Nicolas Faret, avocat et poète, disciple de Vaugelas, le rédac- 
teur des statuts de l'Académie, publia en 1630 tout un livre sur 
l'Honnête homme ou l'Art de plaire à la Cour. Le titre seul fait voir 
ce qu'il fallait alors entendre par honnête homme : c'est celui qui 
sait l'art de plaire à la Cour, c'est le parfait courtisan, le galant 
homme, en un mot le gentilhomme ; il fait partie de l'élite, il vit 
auprès du Roi, il est de la Cour. 

Mais les écrivains ne s'accordent pas tous sur les vertus propres 
à rendre le commerce agréable. A la Cour, l'honnête homme est 
« accompli en perfections, en vertus sociales » ; mais, dans un sens 
plus général, il est « accompli en toutes sortes de perfections et de 
vertus ». Ainsi dit Ch. Sorel, en 1671. Ce n'était donc plus, alors, 
seulement l'homme « poli et qui sait vivre » dont parle Bussy <". 
li'honnête homme doit avoir aussi quelques vertus morales. La 
Bruyère écrit : « L'honnête homme tient le milieu entre l'habile 
homme et l'homme de bien ... » et il ajoute qu'il est à « une distance 
égale de ces deux extrêmes ». A cette époque, on pouvait donc 
être homme de bien sans être honnête homme ; mais les meilleurs 
esprits tenaient que, pour être honnête homme, il fallait aussi être 
homme de bien : « Le prince conclut en leur confirmant qu'ils ne 
seraient jamais ni grands hommes, ni grands princes, ni honnêtes 



(1) Lettre à Corbinelli, en 1679. 



I 



SOCIOLOGIE LINGUISTIQUE 147 

gens qu'autant qu'ils seront hommes de bien.» (Bossuet, Oraison 
funèbre de Coudé.) 

Le chevalier de Méré, qui a réuni dans ses Conversations (1669) 
les règles du bien vivre selon le monde, nous fait voir que le mot 
honnêteté prit bientôt une signification encore plus précise. Pour 
être honnête, selon lui, il faut d'abord être quelqu'un, être soi-même, 
ne pas se plier aux caprices de la mode, et se montrer supérieur à 
toutes les circonstances ; il faut encore être bienveillant et savoir 
s'accommoder aux autres. « Je ne comprends rien sous le ciel 
au-dessus de l'honnêteté ; c'est la quintessence de toutes les vertus », 
dit-il. \i honnête homme n'a point de métier ; il n'a ni les manières, 
ni la tournure d'esprit d'une classe particulière. Comme le dit 
Larochefoucault, « le vrai honnête homme est celui qui ne se pique 
de rien ». "' 

L'honnêteté, c'était « la qualité universelle ». Pour être vrai- 
ment homme, il fallait être un honnête homme. Or l'homme vit en 
société, et l'honnêteté n'est donc pas autre chose que la vertu sociale. 
Aussi Pa.scal ne trouve-t-il pas l'honnêteté suffisante : à cette vertu 
humaine, il veut ajouter la charité, vertu chrétienne ; il veut bien 
qu'on soit honnête homme, mais il préfère qu'on devienne un saint 
homme. {Pensées, p. 570.) 

Enfin, Molière s'est chargé de nous présenter sur le théâtre 
l'honnête homme du XVII* siècle, qui sait se plier aux exigences 
sociales et respecter autrui : c'est Philinte. 

ïj'honnête homme du XVII' siècle, c'était donc l'homme 
accompli selon le monde, avec des vertus peu communes, mais qui 
ne sont pas toutes exigées de Vhonnête homme, non plus que de 
l'homme honnête d'aujourd'hui. 

Adjutok Rivard. 



(1) Maxime», 203. 



UN BERCEAU 



Caché sous les longs plis d'une gaze soyeuse. 

Et mollement capitonné, 
Le petit lit est prêt ... et la mère joyeuse 

Y dépose son premier-né. 

Oh ! depuis bien des jours elle y pense ; elle y rhe. 

La nuit, à l'obsédant berceau!. . . 
Et de ses mains, le soir, avec amour, sans trêve. 

Elle travaille au cher trousseau. 

Pour une jeune mère, un berceau c'est un monde. 

Naissant tout à coiip à ses yeux. 
Dont elle ignore encor la majesté profonde. 

Et les replis mystérieux . . . 

Mais elle en est charmée, et l'étudié, heureuse 

D'y voir en germe l'avenir ; 
Elle souffre parfois. . . mais l'heure douloureuse 

Fuit à ce charmant souvenir. 

Un berceau, c'est sa joie au foyer solitaire ; 

C'est son amour et son autel. . . 
Son enfant, c'est un ange apportant sur la terre 

Un peu de la beauté du ciel I 

Akthuk Laçasse, ptre. 
Décembre, 1915. 



14 



VOC\Bl]LAll{E FKANCAIS-ANGLAIS 

DU JEU DE GOURET 

(Hockey) 



L'action de chasser une balle avec un bâton crochu existe 
depuis très longtemps. Nos ancêtres d'outre-nier jouèrent, dès 
1381, à un certain jeu appelé « soûler, choler ou chouler à la crosse », 
dans leqiiel il était fait usage d'un bâton recourbé comme propul- 
seur d'un projectile qui était tantôt une boule de bois, tantôt une 
boule ou « boulaie » de cuir. (V. Glossaire de la moyenne et de la 
basse latinité, par Charles Du Cange.) '". En Angleterre, ce diver- 
tissement ne fut connu qu'en 1527. (Cf. Field Hockey, collection 
Spalding.) 

Dans la suite il se développa plusieurs variétés du jeu de crosse 
proprement dit. La forme qui consistait dans l'attaque et la 
défense de buts ou camps, par deux groupes adverses chassant et 
se disputant la même balle, et qui se pratiquait encore, au dix- 
neuvième siècle, dans les départements du nord et de l'ouest de la 
France, dans la Bretagne surtout, a donné naissance au jeu de 
« hockey » ou gouret. 

A propos du mot gouret, disons en passant qu'il vient de l'ancien 
nom horell qui signifiait horet ou gottret, c'est-à-dire la bille que 
chaque équipe s'efforçait de loger dans la fossette ou trou circulaire 
du camp ennemi. (V. Les Sports et Jeux d'Exercice dans l'ancienne 
France, par J.-J. Jusserand.) 

L'hypothèse la plus probable veut que le mot « hockey » soit 
aussi d'origine française. L'analogie de beaucoup d'autres jeux 
favorise l'opinion que le nom appartenait au bâton crochu, du vieux 
français, hoquet, hocquet, hoket, houquet, houcket, crochet, houlette, 
bâton de berger. Cette supposition est justifiée par la forme et par 



(1) « Comme le premier jour de janvier. . . plusieurs jeunes gens de la ville 
et paroisse de la Chelles en Beauvoisis feussent assemblez pour chouler à la Crosse 
les uns contre les autres. . . » Texte de 1381, dans Du Cange, au mot Crossare. 

149 



160 LE PARLER FRANÇAIS 

le sens. (Cf. Encyclopaedia Britannica ; Dictionnaire de l'ancienne 
langue française, par Frédéric Godefroy ; et Dictionnaire historique 
de l'ancien langage français, par La Curne de Sainte-Palaye.) 

« Le gouret ou hockey moderne, dit M. Jusserand, est le descen- 
dant incontesté et le représentant actuel du jeu des ancêtres.» — 
Voici ce qu'affirme de son côté M. Ern. Weber, dans son livre Sports 
Athlétiques : « Le hockey, comme la plupart des sports athlétiques 
a été réglementé en Angleterre, d'où il a également rapporté un 
nom et des traditions. En substance ce n'est autre que le gouret 
joué dans l'ouest de la France bien avant le mouvement de réno- 
vation des exercices physiques.» La première association anglaise 
de « hockey » ne fut formée qu'en 1875. (Cf. Field Hockey, collec- 
tion Spalding.) 

Il faut faire remarquer ici que le jeu actuel de gouret (truie ou 
crosse au pot), en France, diffère passablement du « hockey ». S'il 
se rapproche de ce dernier par le matériel : les crosses (bâtons 
recourbés et renflés par le bout) et la balle, qui est le gouret ou la 
truie, il s'en éloigne par la manière de le jouer : par le pot ou trou 
commun, destiné à recevoir le projectile ; par la disposition en fer 
à cheval d'autant de pots qu'il y a de joueurs, et que ceux-ci doivent 
garder contre le rouleur ou l'engageur de la partie qui essaye de 
s'en emparer pendant que la balle est en mouvement, etc., etc. 

D'autre part, un autre jeu, le mail ou balle à la crosse a beau- 
coup de similitude avec le « hockey ». L'ouverture du jeu ; les 
buts dans lesquels la balle doit entrer pour marquer ; le matériel : 
crosses et balle ; tout cela rappelle le grand jeu d'hiver canadien. 
Il n'y a que le nombre des joueurs, onze dans chaque camp, et les 
demi-cercles devant les buts, qui en diffèrent. (Cf. Dict. des 
Conn. prat., par E. Bouant.) — Cependant, le Nouveau Larousse 
illustré et M. Jusserand, dans son livre déjà cité, décrivent le 
jeu de mail comme étant un divertissement consistant à chasser 
avec une sorte de « maillet » à long manche, avec le moins de coups 
possible, une boule de bois jusqu'à ce qu'elle touche des buts ou 
passe par des détroits désignés d'avance. D'après ces dernières 
autorités, il y a loin entre le mail et le (( hockey » tel qu'il est ordi- 
nairement compris dans ce pays-ci. 

Au Canada et aux États-Unis, « hockey » veut presque toujours 
dire gouret sur glace (Ice Hockey) ; en France et en Angleterre, 
c'est gouret sur terre (Bandy ou Field Hockey). En Ecosse, ce jeu 
a été appelé « shinty », et en Irlande, « hurley ». Il se nomme 
encore « shinny ». Autrefois il portait le nom de « doddart ». — 
En plus des deux sortes de gouret ci-dessus mentionnées, il y a le 
gouret à la rondelle (Ring Hockey), le gouret de jardin (Garden 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE GOURET 151 

Hockey), le gouret sur pelouse (Lawn Hockey), et le gouret de salon 
(Parlor ou Drawing-room Hockey). Le mail sur glace (Ice Polo) 
et le mail à roulettes (Roller Polo) soyt deux autres dérivés du gouret. 
— Il est peut-être intéressant de faire savoir que le jeu de « polo » 
proprement dit s'appelle aussi mail à cheval. (V. Les Sports et Jeux 
d'Exercice datis l'ancienne France, par J.-J. Jusserand.) 

Dans le vocabulaire qui suit il ne sera donné que les termes 
des trois formes les plus en vogue du gouret, savoir : le gouret sur 
glace, le gouret sur terre, et le gouret à la rondelle. 

I. — GOURET SUR GL.\CE 

{Ice Hockey) 

A. LE CHAMP 

Ligne de fond Back Une. 

Bandes Boards ou sides of the rink. 

Barre, traverse, barre transver- 
sale Cross bar. 

Buts Goals. 

Lignes de buts Goal Unes. 

Filet, grillage Goal net, net. 

Guidons, poteaux de buts Goal posts. 

Patinoire Rink. 

Lignes de côté Side Unes. 

Loge du chronométreur Timer's box. 

B. LES POSITIONS 

1. — Extérieures. 

Assistant arbitre Assistant rejeree. 

Entraîneur Coach. 

Chronométreur de la partie Game timekeeper. 

Tiers-arbitre, juge de but Goal umpire. 

Juge du jeu Judge of play. 

Directeur, gérant Manager. 

Fonctionnaires Officiais. 

Chronométreur de pénalités, pé- 
nitencier Penalty timekeeper. 

Marqueur Recorder, scorer. 

Arbitre Référée. 

Chronométreur Timekeeper, timer. 



152 LE PARLER FRANÇAIS 

2. — Intérieures. 

Capitaine Captain. 

Fort, centre, milieu Centre, centre for ward. 

Soutien Cover 'point. 

Défense Défense man. 

Engageur Facer. 

Fort (du jeu) Forward. 

Garde-but, gardien, gardien de 

but Goalkeeper, goal man, goal tender. 

Fort gauche Left centre. 

Voltigeur gauche Left wing. 

Foncier i Point. 

Fort droit Right centre. 

Voltigeur droit ■ Right wing. 

Rôdeur, corsaire, tirailleur Rover. 

Réserviste Spare, spare-man, utility-man. 

Substitut, remplaçant Substitute. 

Voltigeur Wing. 

C. LES ACCESSOIRES 

Soutien-chevilles Ankle brace. 

Chaussette de force Ankle supporter. 

Ceinture Belt. 

Plastron Body protector, chest and abdomi- 
nal protector. 

Bonnet Cap. 

Coupe Cup, silverware. 

Protège- verres, protège-lunettes . Eyeglass protector. 

Jarretière, jarretelle Carter. 

Gantelet . ." Gauntlet. 

Maillot, veston Jersey. 

Maillot, tricot Coat jersey. 

Genouillère Knee guards. 

Patins laminés Laminated skates. 

Jambière Leg giiard, shin guard, skin pad. 

Contre-gouret Puck stop. 

Patins, lames (de patins) Runners. 

Fourreau, gaine Scabbard (for blades). 

Courroies Skate straps. 

Hoquet, crosse Stick. 

Lame Lame. 



I 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE OOURET 153 

Toucher ' Feel {of hockey). 

Fabrique Make. 

Manche fihaft. 

Chandail, maillot, tricot Sweater. 

Chandail veston Jacket sweater. 

Chandail col réversible Réversible collar sweater. 

Chandail col roulé Roll collar sweater. 

Chatterton, ruban gommé Tape-binding. 

Collants de jambes Tights (Full length), 

Chronographe, tachymètre, 

compteur de sports Timer, stop-watch. 

Toque Toke. 

Trophée Trophy. 

D. LE JEU 

Joueur à tout jouer AU around, ail round player. 

En arrière (Une) Back pass (A). 

Bloquer Block (To). 

Épauler Body, bodycheck ( To) . 

Coup d'épaule Bodycheck (A). 

Faire valoir le jeu Boom the game (To). 

Serrer un joueur contre la bande. Box a player close to the boards 

{To). 
Briser, couper un jeu, une combi- 
naison Break %ip a play, a combination 

(To). 

Engagement Bully. 

Engager Bully off ( To). 

Attraper des coups Bumps {To get). 

Descendre ou monter le gouret... Carry the puck down or up the 

rink {To). 

Attraper le gouret Catch the puck ( To). 

Attraper le gouret au rebond. . . . Catch the puck on the rebound {To). 

Championnat. Championship. 

Charger Charge ( To) . 

Barrer Check {To). 

Rembarrer Check back ( To). 

Décoller Check off ( To). 

Dégager le gouret Clear away the puck {To). 

Dégagement Clearing. 

Partie serrée Close game. 

Être en bonne condition Condition {To be in good). 



154 LE PARLES FRANÇAIS 

Transformer une passe en but. . . Couvert a pass into a goal {To). 

Marquer un joueur, jouer l'hom- 
me Cover a man ( To). 

Crosser Cross-check ( To). 

Faire défaut Défailli ( To). 

Défense Défense. 

Jeu de défense Défensive work. 

Plongeon Dire. 

Jeu brutal Dirty play. 

Crochet Dodge (A). 

Esquiver un joueur Dodge a player (To). 

Biaiseur Dodger. 

Système double foncier Double point System. 

Partie nulle, but à but Draw. 

Chasser le gouret Dribble the puck {To). 

Coup de longueur Drive {A). 

Mettre de côté un joueur Drop a man (To). 

Reculer Drop back (To). 

Partie d'exposition Exhibition game. 

Engagement Engagement. 

Engager le gouret Face the puck (To). 

Feinte Feint (A). 

Forcer le jeu Force the play ( To). 

Ligne des forts Forward Une. 

Faute, coup nul Foiil, foui play. 

Joueur d'encens, de tribune, de 

galerie Gallery player. 

Partie, gain d'un but Game. 

But, gain d'un but Goal. 

Faiseur, gagneur, marqueur de 

but Goalgetter. 

Garde du but Goalkeeping. 

Mi-temps Half-time. 

Reprises Halves. 

Stationner près du but Hang around the goal (Ta). 

Joueur judicieux Heady player. 

Égoïser, cochonner Hog ( To play) . 

Frapper, donner un coup Jab at (To). 

Jouer artificieusement le gouret. Jockey about the puck (To). 

Équipe seconde et première Junior and senior club. 

Coup de pied Ki^ck. 

Tuer le temps Kill lime ( To). 

Avance (Une) Lead {A). 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE QOURET 155 

Lever Lift ( To). 

Flâner hors jeu LoaJ off-ayde ( To). 

Partie, joute Match. 

Mauvais jeu Misplay. 

Mêlée Mixup {A). 

Jeu offensif Offensive work. 

Hors jeu Off-side, off-,nde play. 

En jeu On-»ide. 

Jeu ouvert Open game. 

Ouverture Opening. 

Coup franc Open shol. 

Déjouer Outplay ( To). 

Hors du jeu Ont oj the play. 

Passer le gouret Pass the puck ( To). 

Joueur i)uni Penalized player. 

Punitions Penallies. 

Placer un coup Place a shot ( To). 

Au jeu ! Allez ! Play ! 

Jeux et tours Plays and tricks. 

Conserver Play conservatively. 

Jouer en sûreté Play dead safe (To). 

Jouer garde-but Play goal ( To). 

Jouer sûrement Play «a/e ( To). 

Jouer avec acharnement Plugg along {To). 

Pousser, glisser le gouret dedans. Poke the puck in (To). 

Partie d'exercice, de pratique. . . Practice game. 

Gouret, i)alet Puck. 

Faute de gouret Ptick foui. 

Enlever un jeu Pull off a play ( To). 

Subir un dur traitement Pnnixhment {To take). 

Se troubler Rattled { To get). 

Arbitrer Référée { To). 

Retourner Return { To). 

Jeu brutal Rough play. 

Expulser, exclure du jeu Rule off {To). 

Diriger une équipe Run a team (To). 

Charge Ru.sh. 

Faire une charge Rush (To). 

Pousser le gouret Runh the puck ( To). 

S'élancer Rush up ( To). 

Sortie Sally. 

Dégagement Save {A). 

Sauver un but Save a goal ( To). 



156 LA PARLER FRANÇAIS 

Calendrier, échelle des parties . . . Schedule. 

Temps marqué Schedule time. 

Coup Scoop (A). 

Glisser dedans Scoop in (To). 

Pointage, résultat, état de la par- 
tie Score ( The). 

Faire gagner, marquer un but.. . Score a goal (To). 

Se faire marquer Scored on {To be). 

Faire, gagner, marquer les buts.. Scoring {To do the). 

Envoyer au repos Send to the side (To). 

En condition Shape {In). 

Tirer un but Shoot a goal \To). 

Tireur Shcoie'. 

Coup Sh ::, {A). 

Jeu de côté Si j v'rti. 

Bâtonner ' . -h (Tn). 

■ Slu'j {To). 

Tuer le temps Stall for time {To). 

Arrêt Stop. 

Suspendre la parti- Suspend the game {To). 

Retrancher du te; ps Take ont time {To). 

Pointage Tally. 

Équipe Team. 

Équipe-étoilis, équipe choisie. Ail-star team. 

Équipes concurrentes Competing, contesting teams. 

Équipes d'égale taille Evenly matched teams. 

Jeu d'équipe, jeu d'ensemble. . . . Team play. 

Partie égale ou nulle Tie {A). 

But égalisant Tieing score {The). 

Égaliser le pointage Tie the score {To). 

Temps Time. 

Le temps est expiré ! Time is up ! 

Temps retranché Time taken ont. 

Tirer le choix des buts Toss for choice of goals (To). 

Tours Tricks. 

Entraver Trip{To). 

Marquer un homme Watch a man (Ta). 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU^JEU DE QOURET 157 

• II. — GOURET SUR TERRE 

{Field hockey) 

A. LE CHAMP 

Point de centre Centre. 

Ligne de centre, de milieu Centre Une 

Coin Corner. 

Ligne de cinq verges Five yard Une. 

Drapeau Flag. 

Barre horizontale Horizontal bar. 

Lignes au lait ou blanc de chaux. Lines (Whitewash). 

Cercle d'envoi Siriking circle. 

Ligne de vingt-cinq verges Twetity-fire yards Une. 

B. LES PO.SITION8 

1. — Extérieures. 

Arbitre Umpire. 

2. — Intérieures. 

Demi centre Centre half. 

Voltigeur Flying goal. 

Foncier Full-back. 

Demi Half-back. 

Intcr gauche Inside left. 

Inter droit In.iide right. 

Foncier gauche Left full-back. 

Demi gauche Left half. 

Foncier droit Right full-back. 

Demi droit Right half. 

C. LES ACCESSOIRES 

Balle Bail. 

Barrettes (sous les souliers) Bars. 

Coiffure Hcad gear. 

Culottes, pantalons Knickerbockers. 

Anneau-protecteur Ring finger protector. 

Souliers athlétiques Sandshoes (Canvas). 

Crampons Studs. 

Béret Tam-o'-shanter cap. 



158 LE PARLES FRANÇAIS 

D. LE JEU 

Jeu d'arrière main Back-handed play. 

Écorcher les doigts Bark the fingers ( To) . 

Couper un chassé Break up a dribbling (To). 

Centrer la balle Center the bail. 

Colleter Collar ( To). 

Coup de coin Corner (A). 

Énergie ■. Da.^h. 

Mort Dead. 

Chasser la balle Dribble the bail {To) 

Chasseur Dribbler. 

Chassé (Un) Dribbling {A). 

Se replier . .' Fall back ( To). 

Alimenter un joueur Feed a player {To). 

Jeu de pied Foot work. 

Fausser un adversaire Foxtl an opponent {To). 

Coup franc Free hit. 

Donner les gourets, les crosses . . Give sticks { To) . 

Donné Given. 

Piocher Grub (To). 

Etre serré de près Hard pressed {To be) 

Frapper la balle Hit the bail {To). 

Frappeur Hitter. 

Accrocher les gourets Hook sticks (To). 

En touche In toxtch. 

Frapper la balle du pied Kick the bail {To). 

Alignement Line up { The) . 

Hors touche Out of toiich. 

Engagement pénalité Penalty bully. 

But pénalité Penalty goal. 

Lever la balle Raise the bail {To). 

Roulage Roll in { The) . 

Rouler la balle Roll the bail in { To) 

Rouleur Roller. 

Rayer une partie Scratch a match {To). 

Coups de pieds aux tibias ...... Shinning. 

Camp Side. 

Dégager la balle sur le côté Side the bail {To). 

Se^ralentir Slack { To get). 

Jeu de gouret, de crosse Stick work. 

Frapper la balle Strike the bail {To). 

Frappeur Striker. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE GOURET 159 

Coup Stroke. 

Donner un coup de gouret à la 

balle Swipe ai the bail ( To). 

Bloquer Tackle ( To). 

Soucouper la halle Undercut the bail {To). 

Joueur démarqué Unmarked player. 

Harasser un adversaire Worry an opponent. 

Coup de poignet IVrist stroke. 



♦ III. — GOURET A LA RONDELLE 

(Ring hockey) 

A. LE CHAMP 

Ligne de milieu Centre Une. 

Ligne de côté Side Une. 

Ligne quarte Quarter Une. 

B. — LES POSITIONS 

L — Extérieures. 

Arbitre du jeu Ficld umpire. 

2. — Intérieures. 

Milieu Centre. 

Soutien Cover. 

Garde-but Goal. 

Fort gauche Left forward. 

Soutien Quarter (Syn. de « cover ))). 

Fort droit Right forward. 

C. LES ACCESSOIRES 

Rondelle Ring. 

Canne Stick. 

Protège-main Basket-guard. 



160 LE PABLEB FRANÇAIS 

C. LE JEU 

Caramboler Carom ( To). 

Coup franc Free shot. 

Préparez-vous, allez ! Get ready, play ! 

But sur une faute Goal from a foui. 

Pousser la rondelle Rush the ring ( To) . 

Jouer une faute Shoot a foui (To). 

Lancer, tirer la rondelle Shoot the ring (To). 

Coup de carambolage Shot (Carom). 

Épauler Shoulder ( To). 

Engager la rondelle Strike off the ring {To). 

* Voyez le vocabulaire numéro (1) pour les termes qui s'appliquent au gouret 
SUT terre, au gouret à la rondelle, et au gouret sur glace. 

Ouvrages consultés en plus de ceux cités dans la préface : 
S porls' Bibliothèque. Les Sports d'Hiver, par Louis Magnus et 
Renaud de la Fregeouèee. Pierre Lafitte & Cie, Paris. 
Les Sports modernes illustrés. Collection Larousse. 

Alfred Verrbault. 



ARRIÉRÉS 



De l'Épopée Canadienne^ en préparation. 



Ni M. Chapman, ni Crémazie, 
ni même Fréchette, ne sont des 
artistes ... Ils sont trop éloignés 
du foyer central de leur langue 
pour être à la mode du jour. 

VlBOILE ROSSEL. 



Non, nous ne sommes pas des poètes épris 
Du fini reluisant des lignes lapidaires. 
Nous sommes simplement des primitifs sévères 
Qui pour la mode avons un farouche mépris, 
Et voulons conserver le parler de nos pères. 

Non, nous ne sommes pas des forgeurs obstinés 
A remettre vingt fois nos rimes sur l'enclume. 
Nous ne sommes pas des artistes de la plume 
Qui, ciselant sans fin les morceaux terminés. 
Blanchissons et mourons sur un mince volume. 

Pour noircir en un mois un tout petit feuillet. 
Nous ne mettons pas notre esprit à la torture. 
Nous façonnons les vers à grands coups d'écriture . . 
Pardon ! Je roulais dire à grands coups de maillet. 
Comme Pierre Puget faisait de la scidpture. 

Maladroits, nous raillons l'adresse du métier. 
Insouciants, heureux de suivre la routine, 
A peine avons-nous lu Chénier et Lamartine ; 
Crémazie ignora jusqu'au nom de Gautier, 
Et pour les novateurs rêvait la. . . guillotine. 



161 



162 LE FABLER FRANÇAIS 

Nous sommes arriérés, vieillots et sans fraîcheur, 
A la tradition dévotement fidèles. 
Préférant aux récents couplets nos ritournelles, 
Nous imitons un peu le printemps rabâcheur 
Qui fait toujours ses fleurs sur les mêmes modèles. 

Pour couler nos quatrains honnis du ciseleur. 
Nous avons des fondeurs désuets pris les moulei . . . 
Le poète pour nous nest pas l'homme des foulet 
Qui joue avec les mots comme le bateleur 
Jonglant avec ses poids, ses anneaux et ses boules. '" 

Il n'est pas l'ouvrier subtil que l'on connaît, 
Sertissant les joyaux de Bahia, de Mascate. 
Il hait du raffiné l'œuvre trop délicate. 
Et ne se lasse pas à limer un sonnet 
Comme un Sicilien à polir une agate. 

Amoureux du passé, dédaignant l'art pour l'art. 
Et sans se demander si quelqu'un doit le lire. 
Le souffle de l'Esprit sur son front qui délire. 
Il répand sa pensée à grands jets, au hasard. 
Et fait avec des doigts distraits vibrer la Lyre. 

Plein du feu qui brûlait Isdie et saint Paul, 
Parfois son vers jaillit et bout comme la lave. 
Le barde a les ardetirs de l'apôtre et du brave ; 
Il plane comme l'aigle et le cygne, et son vol 
Ne trahit nul orgueil et nargue toute entrave. 

Aussi, nous, qui gardons le culte des anciens. 
Loin du brillant foyer de la langue de France, 
Nous chantons sans apprêt, sans effort, sans jactance. 
Comme chantent l'oiseau des bords laurentiens. 
L'écho du bois profond, le flot du fleuve immense. 

Nous chantons rudement, comme, au retour de mai. 
Le joyeux matelot revenu dans la rade. 
Comme le laboureur obscur et rétrograde 
Qui, le soir, regagnant son logis enfumé. 
Jette au vent le refrain d'une vieille ballade. 



(1) Pensée d'Emile Chevé, 



ARRIÉRÉS 163 

Nous chantons nos forêts et nos lacs ; 7wus chantons 
Nos mœurs, nos hivers, nos aurores boréales. 
Nos Saguenays sans fond, nos plaines sans rivales. 
Tout ce qui fait pour nous. Picards, Normands, Bretons, 
De nos rivages neufs des plages idéales. 

Nous chantons les exploits de soldats immortels. 
Les ondes et les champs qui leur servaient d'arbne ; 
Nous chantons des aïeux la grandeur souveraine ; 
Nous chantons pour le peuple et pour les saints autels. 
Pour la nouvelle France et pour la France ancienne. 

Nous chantons cependant comme dans un désert. 
Nos voix n'arrivent pas aux foules, si distraites. 
On préfère, en ces jours de guerre et de conquêtes. 
Au rythme des vieux mots le cliquetis du fer. 
Les éclats des clairons aux strophes des poètes. 

Qu'importe ! nous croyons servir notre pays 

En lui donnant de temps en temps un nouveau livre. 

Et nous comptons, pleins d'un espoir qui nous enivre. 

Que l'Avenir lira nos grands vers incompris, 

'}ue nous vivrons, quand nous aurons cessé. . . de vivre. 

W. Chapman. 



I 



Croquis canaidieiig 



LA CRIÉE POUR LES AMES 



— « Par ici, tout le monde ! C'est la criée pour les âmes ! » 

La messe vient de finir ; les fidèles sortent de l'église. Par la 
grand'porte ouverte, on entend résonner encore les derniers sons 
du vieil orgue, on aperçoit au maître autel le bedeau qui déjà éteint 
les cierges. . . 

C'est aujourd'hui le Jour des Morts. La paroisse a prié Dieu 
pour ses défunts ; et plus d'un, en quittant le Saint Lieu, jettent 
un regard vers les pierres blanches du cimetière : V année qui vient, 
ce sera leur tour peut-être de coucher sous l'herbe. . . 

Au sortir de la messe du dimanche, jamais on ne s'éloigne tout 
de suite. On reste sur la place de l'église quelques instants encore ; 
des groupes se forment ; on allume, on cause, on écoute les annonces 
du crieur. 

Lïï plus souvent, celui-ci n'a guère à dire : il recommande, par 
exemple, une corvée pour lever une grange chez Pierre Milot, qui a 
passé au feu ; ou bien, il publie qu'un mouchoir rouge, avec, nouées 
dans le coin, deux pièces d'argent dur, a été trouvé dans la route 
des Sept-Crans par Michel Taillon, chez qui le propriétaire peut 
aller le réclamer ; ou encore, il fait assavoir, de la part des Com- 
missaires, que les réparations de la maison d'école de l'arrondisse- 
ment N° 2 sont finies, que la maîtresse est engagée, et que les classes 
vont ouvrir. . . 

Ce' a n'est pas long ; pour si peu, c'est du perron de l'église 
que se fait d'ordinaire la criée. 

Mais, le Jour des Morts, la besogne du crieiir n'est pas si courte, 
et il monte à la tribune publique, au bout de la place : 

— « Par ici, tout le monde ! C'est la criée pour les âmes! » 



Nos paysans, après un deuil, ne donnent peut-être pas de leur 
chagrin toutes les marques extérieures que feraient paraître des 
âmes moins cachées ; ils ne font pas montre de leur affliction, ils 
ne disent pas à tout venant leur peine. Aussi, à ceux qui ne les 
ont pas beaucoup pratiqués, leur douleur a-t-elle pu sembler un 



164 



LA CRIÉE POUR LES ÂMES 165 

peu courte. . . Pour n'être pas étalés 'es regrets sont-Us moins 
profonds et moins durables ? 

Nos paysans n'oublient pas leurs morts. S'ils ne vont pas à 
toute heure pleurer sur les tombes, c'est que les restes enterrés là 
leur paraissent en vérité peu de chose au prix des âmes en allées, 
et qui peut-être souffrent au purgatoire. Nos paysans donnent à 
leurs défunts le meilleur .souvenir, la prière. 

Nos paysan.s n'oublient pas eurs morts. Voyez comme ils 
les associent à tous leurs travaux. 

— « Si mon jardinage vient b'en, dit la femme, je m'engage à 
donner aux âmes ma plus belle pomme de choux et une tresse d'oi- 
gnons.» 

— « Moi, dit l'homme, si elles m'obtiennent d'avoir une belle 
récolte, je donnerai trois minots de bon grain, et j'y mettrai Vajet.i» 

Le Jour des Morts au matin, chacun apj)orte ce qu'il a promis, 
et, la messe dite, le remet au crieur, pour que celui-ci le vende 
aux enchères au profit des bonnes âmes. 

Les objets les plus disparates s'entas.sent sur la tribune, aux 
pieds du crieur : au milieu des citrouilles rebondies et des navets 
pâlots, voici une appétissante bolée de tête en fromage ; une livre 
de tabac en tresse voisine avec une pièce d'étoffe du pays ; à côté 
d'une bouteille de sirop d'érable, un paquet de filasse ; dans une 
cage, une poule qui glousse ; dans une poche, un cochon qui crie ; 
et le reste. . . J'ai vu vendre un chien ! 

♦ S 

Et le crieur fait l'article : 

— « La criée pour les âmes va commencer ! Chacun de nous a 
ses défunts, et, sans offense, on peut bien dire que plusieurs des 
nôtres doivent être dans le purgatoire ; car il y en a qui, de leur 
vivant, n'étaient pas commodes. Eh ! bien, c'est le temps de leur 
donner un petit coup d'épaule ])our les {)ousscr en Paradis. Ouvrez 
vos bourses, les amis ! C'est pour les âmes. Et puis, j'ai à vendre 
des effets qui ne sont pas piqués des vers !. . . Regardez-moi cette 
citrouille-là, par exemple. J'en ai tout mon raide à la .soulever. 
Combien pour la citrouille ?. . . C'est pas une citrouille ordinaire. . . 
Trente sous ! Trente sous Sont offerts pour la citrouille !.. C'est 
la plus belle de la paroisse. Trente sous !. . . Oubliez pas que c'est 
pour les âmes. Cette citrouille-là devrait en faire sortir au moins 
une du purgatoire . . . Quarante sous ! . . . Cinquante sous ! Cin- 
quante !. . . Mettez, mettez ! C'est pour les âmes. Vous avez 
peut-être un parent défunt qui compte sur cette citrouille-là pour 
entrer au ciel. . . Soixante sous !. . . Soixante-quinze !. . .Quatre- 



166 LE PARLEB FRANÇAIS 

vingt sous !. . . On aura une grand'messe, bien chantée par nos 
chantres, es chantres de la paroisse. Ils y mettront de la bonne 
volonté, ils chanteront fort tant qu'on voudra. Vous les connaissez; 
c'est pas des enfants d'école. . . Quatre-vingt-dix !. . . Encore un 
petit coup de cœur, les amis, pour atteindre la piastre. . . Quatre- 
vingt-dix ! Quatre-vingt-dix !.. Une piastre ! C'est bien. Mais 
ça serait encore mieux, si on dépassait la piastre. Il y a bien de 
la mortalité dans la paroisse. Faut penser à nos morts . . . Une 
piastre et cinq ! . . . Une piastre et dix ! . . . Ça va . . . Une piastre et 
demie ! ! Ça, c'est parler ! Une piastre et demie !. . . Une piastre 
et demie ! . . . C'est tout ? . . . Une piastre et demie, une fois ! . . . 
Une piastre et demie, deux fois !. . . Dépêchez- vous ! la citrouille 
va partir... Une piastre et demie, trois fois ! — Elle est partie. 
Donne ta piastre, Baptiste, et prends ta citrouille. . . Astheure, je 
mets en vente un rouleau de catalogue. Il y en a cinq verges. Com- 
bien pour la Catalogne ? . . . C'est pour les âmes. . . » 



Et nos braves gens enchérissent. Ils ne regardent guère à la 
valeur des objets : c'est j)our les âmes, ils y vont largement. Un 
jour, un choux se vendit trois piastres!. . . Et l'adjudicataire, après - 
avoir payé, remit le choux aux enchères ! Ce choux rapporta quatre 
piastres et demie. 

La vente terminée, le crieur va en déposer le produit entre les 
mains du curé : c'est le trésor des âmes, avec quoi l'on fait chanter 
des messes pour les morts. 

Des criées pareilles se feront tous les dimanches de novembre, 
et de temps en temps dans l'année. Le trésor s'augmentera aussi 
de plus d'une aumône particulière. Il n'est pas rare qu'un bon 
habitant y verse l'honoraire d'une messe, en recommandant que 
cette messe soit dite pour Vâme la plus abandonnée de la paroisse. . . 



Nos paysans n'oublient pas leurs morts. 

Ils prient pour ceux de.s leurs qui, du fond de l'abîme, poussent 
des cris vers le Seigneur. 

. . . Seigneur, leur désir est devant vous, leur douleur est en votre 
présence, et leur gémissement ne vous est point caché. De leur matin 
jusqu'à leur soir, ils ont espéré en vous, à cause de votre loi. Seigneur, 
hâtez-vous à leur secours. Ayez pitié d'eux selon votre miséricorde. 
Exaucez-les dans votre justice. Que votre éternelle splendeur luise 
dans leur nuit, et leurs os humiliés tressailleront d'allégresse !. . . 

Adjutor Rivard. 



LE JARDIN 



(1) 



Le jardin était à côté de la maison. 

Il était enclos, à cause des bêtes qu'on laissait, le soir, ruminer 
autour des bâtiments tout proches. Dans la clôture, le puits, où 
dormait l'eau fraîche, arrondissait sa margelle de pierre et dressait, 
comme une vergue, sa brimbale. Près de la barrière, deux piquets, 
plus hauts que les autres, étaient coiffés des chaudières au lait 
renversées, et qui s'égouttaient ; autour, il était rare qu'on ne vit 
pas quelques écroits du troupeau, gauches sur leurs jambes cagneu- 
ses, et prêts à égayer en cabrioles leurs jeunes et folâtres esprits. 

Ce jardin était merveilleux. De dimensions .restreintes, on 
n'aurait jamais cru qu'il y pût pousser tant de choses. C'était, 
dans des carrés bien établis, des pois, des fèves et des mange-tout, des 
navets, des choux et des carottes, des concombres, des melons et 
des citrouilles, du persil, des raves et de la sarriette, des oignons, 
des patates, du blé d'Inde, et, en bordure des allées, des fleurs ; 
au fond, une rangée de gadelliers, deux pruniers, quelques cerisiers- 
à-grappes, et un pommier — mais qui n'avait pas de pommes, à 
cause qu'il était trop jeune. 

Sur chaque légume et sur chaque fruit, on écrirait plus d'une 
page ; mais c'est des fleurs que je veux parler. 

Il n'y en avait pas une grande variété : des œillets, hauts sur 
tiges, et qui se balançaient ; des roses, et il me semble que le temps 
des roses ne passaient pas alors aussi vite qu'aujourd'hui ; des 
gueules-de-lions — on serrait entre ses doigts la base du calice, et la 
fleur s'ouvrait comme pour mordre ; des quatre-saisons, dont la 
floraison persistante se nuançait, tour à tour pourpre, bleue, blanche 
et rouge ; des vieux-garçons aux corolles allongées ; des queues-de- 
rats aux épis odorants ; des pivoines aux têtes lourdes ; des pavots, 
beaucoup de pavots ; de la millonnette, qui sentait bon ; et des 
pensées de toutes les coideurs. C'était tout ; mais il y en avait 
assez pour donner un air de fête aux carrés de légumes. 



(1) Extrait de Chez nos gens (en préparation). 

167 



168 î'S PARLER FRANÇAIS 

Telle, en effet, paraissait être la mission des fleurs : elles étaient 
là pour donner un air de fête aux carrés de légumes. On ne les 
voyait pas, en bouquets, entrer dans la maison, orner la table ou la 
cheminée. Elles s'ouvraient, s'épanouissaient, se fanaient dans le 
jardin ; les pétales jonchaient l'allée. 

Le soir, en attendant, pour arroser les fleurs, que le soleil fût 
assez bas, le grand-père parlait à ses petits-enfants : 

— « Laissez les roses au rosier, disait-il. Le bon Dieu a fait 
la terre pour que la terre le loue, et il l'a parée pour que la louange 
soit belle. Une fleur, c'est de la terre qui prie, et dans l'air les 
parfums montent comme un encens. Laissez, enfants, laissez à la 
terre sa parure et sa prière. Une fleur n'est jamais si belle que sur 
sa tige. Voyez, quand on l'a cueillie, comme elle se fane et va mou- 
rir. Un bouquet fané, c'est vilain ! On ne veut plus le voir, on le 
jette loin de soi. Mais, sur sa tige, la fleur garde sa beauté jusque 
dans la mort ; jusque dans là mort elle garde son arôme. Ses 
pétales tombent un à un ; elle s'en dépouille sitôt qu'ils se flétris- 
sent ; puis les feuilles vertes cachent le calice dégarni, et voici, tout 
à côté, un autre bouton s'ouvrir ! . . . Laissez, mes petits-enfants, 
laissez les roses au rosier. » 

— « Il faudrait avertir grand'mère. Chaque samedi, grand' 
mère en cueille une grosse gerbe. Elle ne sait peut-être pas que 
c'est mal. » 

— « Chaque samedi, votre grand'mère cueille au jardin une 
gerbe de fleurs ; elle en fait des bouquets ; puis elle va les porter à 
l'église. Et cela est bien, mes petits-enfants. Les fleurs sont à 
la terre ; mais la terre et les fleurs sont à Dieu. Il est juste que les 
fleurs, pour aller prier tout près du Tabernacle, fassent le sacrifice 
de leur vie. Elles vont rendre leur dernier parfum aux pieds du 
Maître. Et n'est-il pas agréable de penser que, tout le jour du 
dimanche, des fleurs poussées de la terre que j'ai remuée meurent 
lentement sur l'autel et continuent, à l'église, la prière commencée 
dans mon jardin ? » 

— « Alors, grand-père, pourquoi ne pas mettre rien que des 
fleurs dans le jardin ? Ce serait bien plus beau. » 

— « Ce serait malfaire. Car le bon Dieu a créé la terre pour 
l'homme aussi ; Il veut qu'elle me fasse vivre, et votre grand'mère, et 
vos parents, et vous, mes petits-enfants, et tous les hommes. Aussi, 
voyez ce qui arrive : je n'ai qu'à la remuer, votre grand'mère n'a 
qu'à y déposer des graines toutes petites, et voilà la bonne terre qui 
boit la pluie, ramasse des sucs inconnus, les fait sourdre vers le 
soleil, et, fidèle, rend ce que je lui ai demandé. Si je ne lui deman- 
dais que des fleurs, la terre m'accuserait de la faire manquer à son 



LE JABDIN 



169 



devoir. J'aime qu'un jardin paysan montre à la fois la terre qui 
nous fait vivre et la terre qui nous réjouit, la terre qui travaille et la 
terre qui prie, la terre maternelle et douce qui, des mêmes sucs, 
forme les robes régulières des oignons blancs, gonfle en pomme le 
cœur des choux, dresse vers le ciel les tiges du blé d'Inde, et, sous 
le même soleil, fait s'épanouir les roses. Voilà pourquoi il y a des 
légumes et des fleurs dans mon jardin. Toute la vertu de la terre 
est là. » 

Et, parce qu'il y avait une sécheresse et que la terre avait soif, 
le grand-père allait arroser ses fleurs, ses fleurs et ses légumes, dans 
le jardin clos. 

Adjutob Rivabd. 



LE "SANG DE FRANCE 



PENDANT LE SACRIFICE 

Tout le Pays qui souffre est im grand sanctuaire. 
Il a coulé déjà tant de torrents vermeils. 
Que nos Pères surpris, secouant leurs sommeils. 
Partout se sont levés de leur vieil ossuaire. 

On se tait, recueilli ... Tant de ro^iges soleils 
Ont paru les reflets de l'œuvre meurtrière! 
Nulle plainte ! Nul cri I Seuls, des mots de prière. 
Trop tardive Justice ! appellent tes réveils. 

Tels s'immolent nos fils, nos Martyrs et nos Princes, 
Qu'on ne sait. Terre et Ciel confondant leurs provinces. 
Si les vivants sont morts ou les morts sont vivants ! 

Un mystère sanglant nous baigne et nous pénètre. 
C'est le saint Sacrifice. . . On joint les mains, fervents. 
Et l'on attend, muets, — la France qui va naître. . . 



170 



LE « 8ANO DE FRANCE » 171 



II 



NOBLESSE NOUVELLE 



Ils sont dix, sous les plis du Drapeau frémissant. 
En ligne, glorieux débris de la bataille. 
Sur qui l'honneur du fer prottve sa noble entaille 
Par la jambe de bois ou par le bras absent. 

Le front touché d'un grand rayon éblouissant. 
Quand le Chef sur leur cœur épingle la médaille. 
Ils sentent jusqu'aji ciel grandir soudain leur taille. . . 
Les voici consacrés braves et de bon sang. 

Qu'importe leur berceau ? — Pauvres fils de la Plèbe, 
Qu'hier courbait l'usine ou l'échoppe ou la glèbe. 
Ils ont mis à leurs noms obscurs une clarté. 

Humbles, de tous métiers, mais preux sans différence. 
Ils ont sauvé l'orgueil du Monde et sa beauté. 
Hommes libres, nouveaux gentilshommes de France ! 

Gustave Zidler. 



LES LIVRES 



Les deux derniers volumes de la collection des Pages actuelles 
(chez Bloud et Gay, éditeurs, 7, Place Saint-Sulpice) sont consacrés 
à la Presse et la Guerre. Les brochures de cette série rassemblent 
un choix d'articles parus dans les principaux quotidiens. Ce sont 
de véritables anthologies qui permettent de suivre l'activité parti- 
culière des grands journaux de Paris pendant la guerre. 

Ces deux, premiers volumes de la série contiennent les articles, 
le premier du Figaro, le deuxième, de l'Action française. 

A noter aussi la publication, dans la même collection, de la 
Guerre telle que Ventendent les Américains et telle que l'entendent les 
Allemands, par M. Morton Prince ; et le Duel franco-allemand en 
Espagne, par M. Louis Arnould. , 



Chez Bloud et Gay, vient aussi de paraître un nouveau volume 
publié par le Comité Catholique de propagande française à l'étran- 
ger : L'Éveil de l'âme française devant l'appel aux armes, par MM. 
les abbés G. Ardant, J. Desgranges et Thellier de Poncheville. 
(2 francs.) En des pages vécues, ces trois apôtres nous font saisir 
sur le vif le réveil de la foi en France. 



A la même librairie : un Mois des Morts pour le temps de la 
guerre, par M. l'abbé L. Garriguet. 



Nicolas Beauduin. VOIfrande héroïque. Paris {la Vie des Lettres, 20, 
rue de Chartres), 1915, in-18, 101 pages. 

Le poète Nicolas Beauduin est actuellement au front. Au 
moment où nous lisons ses vers, peut-être une balle allemande l'a- 
t-elle frappé, peut-être faut-il ajouter son nom à la liste déjà longue 

172 



LES LIVRES 173 

des écrivains morts au champ d'honneur, Charles Péguy, Ernest 
Psichari, Lionel des Rieux, Guy de Cassagnac, Paul Acker, André 
Lafon, et tant d'autres. 

C'est donc des tranchées que nous viennent les fiers accents 
de ces poèmes, pleins d'une foi ardente et d'une ferveur enthou- 
siaste. 

Le poète se met en la présence de la Patrie, et il lui dit son 
amour. . . 

Et je t'aime, ô ma France, encore plus que moi-mîme. 

Il prie pour elle, il pleure sur elle, il la bénit, il la venge, il la 
défend, il la glorifie. Il chante, enfin, un triomphal alléluia . . . 

Alléluia! voici debout la France neuve! 



Une heure à V Exposition antialcoolique de Montréal. Montréal (Les Clercs de 
Saint-Viateur, 2061, rue Saint-Dominique), 22c. + 15c., 78 pages. 

Cet opuscule renferme les données les plus précises et les sta- 
tistiques les plus utiles sur les ravages causés par l'alcool. 



Mgr Louis-Adolphe P.vquet. Droit public de l'Eglise — L'itriion religieuse 
et la loi cicile. Québec (Laflamme et Proulx), 1915, in-8, 2-lc-f 16l\, 347 pages. 

Il ne nous appartient pas d'apprécier cet important ouvrage. 
On a dit ailleurs et on a fait connaître au public canadien la valeur 
et l'opportunité de cette publication. 

Eu deux volumes antérieurs, l'éminent auteur avait étudié le 
caractère social de l'Église et l'organisation religieuse dans ses 
rapports avec le pouvoir civil. Dans ce troisième volume, il aborde 
le terrain des faits, l'action religieuse eu face de la loi civile. Et 
c'est ici qu'on trouve la solution précise de tant de problèmes dont 
se tourmente la société moderne. 

On avait besoin, chez nous, d'un guide sur toutes ces questions 
trop peu étudiées ; le voici, clair, sûr, et mettant à la portée de 
tous la seule doctrine qui puisse assurer le véritable bien de la 
Société. 



174 LE PARLER FRANÇAIS 

R. P. J.-P. AncHAMBAULT, S. J. Les Retraites fermée». Montréal (Impri- 
merie du Messager), 1915, in-16, 19c. + 13c., 143 pages. 

Plusieurs encore ne savent pas ce que c'est qu'une retraite 
fermée, comment les retraites fermées forment des élites, quelles 
approbations cette œuvre a reçues, quels résultats elles ont déjà 
produits, même chez nous, et comment elles préparent une véri- 
table rénovation sociale. Ils l'apprendront dans ce petit livre 
sur « l'œuvre providentielle entre toutes ». 



L'abbé Etienne Blanchard. Dictionnaire du bon langage. Montréal 
Beauchemin), 1915, in-8°, 15e. 5-|-10c., 349 pages. 

Deuxième édition de l'ouvrage dont nous avons déjà donné ici 
une appréciation élogieuse, avec quelques réserves. Nous ne pour- 
rions que répéter, sur cette deuxième édition, ce que nous avons 
dit de la première. 



L'abbé Henri Beaudé. Le Mystère de V Eucharistie. Québec (Lafiamme et 
Proulx), 1915, in-8°, 19c.-|-13c., 199 pages. 

Exposé de la doctrine, mêlé de méditations. Le styliste qu'est 
l'auteur prouve ici qu'il sait plier sa langue suivant les sujets et 
comme il convient. Et cela établit peut-être qu'un excellent 
moyen pour arriver à bien écrire, c'est de s'exercer un certain temps 
à écrire trop bien. Dans tous les cas, nous n'avons, cette fois, 
qu'à louer l'abbé Beaudé sur la forme toujours élégante, mais 
correcte et simple comme il convenait, qu'il a su donner à .sa pensée. 



R. P. Louis Lalande, S. J. Causons. Montréal (Bureaux du Sacré-Cœur), 
1915, in-8M9c.-|-12e., 303 pages. 

Voilà des causeries qui feront du bien ; elles sont nées du 
désir qu'avait le R. P. Lalande de continuer auprès de lecteurs sa 
vie de missionnaire. A tous ceux qui luttent, qui doutent et qui 
souffrent, l'auteur apporte ce secours. Un grand nombre devraient 
en profiter. 

Ai-je besoin de dire que la lecture de ces courts chapitres est 
facile, agréable, et réserve presque toujours quelque surprise .' 
est-il nécessaire d'ajouter que le Père, et aussi ses interlocuteurs. 



LES LIVRES 175 

causent avec beaucoup d'esprit, et que la vie circule dans toutes 
leurs causeries ? et faut-il faire remarquer qu'il est impossible de 
lire un chapitre sans avoir envie de lire aussi les autres, et qu'on 
sort de cette lecture meilleur qu'avant ?. . . 



L'abbé L.-J. Bretonneau. L'Apo»tolat de la Jeunette. Pari» (Téqui), 1916, 
in-12, 204 pages. 

Entretiens familiers sur l'Apostolat de la Jeunesse pendant 
Vannée de la guerre, destinés aux Maisons d'éducation, mais auxquels 
les grandes personnes prennent un intérêt aussi vif que les enfants. 
Nombreux traits, qui font presque une histoire anecdotique de la 
grande guerre, traits d'héroïsme, de générosité et de piété. 



R. P. A. Roussel. Paraboles émngiliques. Paris (Téqui), 1915, in-16, 189 
pages. 

Commentaires sur vingt-six des plus belles paraboles de l'Évan- 
gile. L'auteur en dégage le sens exact et en détermine la portée 
morale et pratique. Une plume experte a su mettre ces commen- 
taires à la portée de toutes les intelligences. 



t 



R. P. F.4BER. Le Créateur et la Créature. Paris (Téqui), 1915, in-12, 428 
pages. 

Dix-septième édition de ce traité où l'on apprend ce que c'est 
que d'avoir un Créateur et quels devoirs en résultent pour la cré- 
ature. 



Lettres du R. P. Lacordaire à des jeunes gens. Paris (Téqui), 1915, in-32, 
470 pages. 

« Ces lettres si attachantes ont déjà fait beaucoup de bien ; 
elles en feront beaucoup encore.» (Romans-Revue.) 

A. R. 



176 LE PARLER FRANÇAIS 

ÂBBÉ Arthuh Robert. Leçons de morale. Québec (L'Action Sociale Limitée, 
103, rue Sainte-Anne), 1915. 

Nous avons déjà entretenu nos lecteurs des Leçons de Logique 
et des Leçons de Psychologie ''> de Monsieur l'abbé A. Robert ; nous 
voulons aujourd'hui leur signaler simplement l'apparition du 
troisième volume de la série que s'était proposée le distingué pro- 
fesseur. 

Le présent ouvrage ne le cède en rien aux deux précédents, et 
comme l'objet de ce traité est de toute première importance et 
d'une utilité pratique manifeste, il mérite doublement le plein 
succès que nous souhaitions à ses aines. De nos jours, tout esprit 
un peu cultivé doit avoir de justes notions sur le vrai but de la vie, 
le vrai bonheur et les moyens d'y arriver sûrement, car s'il ne se 
munit contre les erreurs qui courent lai presse, les clubs et les 
salons, il court risque d'être désemparé. Les Leçons de Morale 
lui fourniront la saine doctrine sur les questions du mariage, par 
exemple, de la famille, de l'éducation, de l'instruction, et sur tant 
d'autres qui se posent un peu dans tous les domaines ; sachons en 
faire notre profit. 

L'auteur a su présenter la vérité sous une forme généralement 
claire, précise et facile ; il n'aurait pas dû hésiter cependant à 
allonger quelques paragraphes, par exemple celui du vrai bonheur 
(n° 18), pour démontrer plus fortement et expliquer davantage ses 
assertions. Nous ne lui faisons pas un crime cependant de ces 
quelques imperfections, et nous le félicitons cordialement d'avoir 
fait « un beau et bon livre ». Et nous souhaitons aux Leçons de 
Morale la plus large et la plus efficace diffusion. 

C. G. 



(1) Voir le Parler Français d'octobre 1914 et de février 1915. 



SARCLURES 



*** « S'il aurait prévu cela, il aurait agi autrement.» 
On rencontre souvent chez nous pareil emploi d'un double 
conditionnel, où le français actuel demande l'indicatif : « S'il avait 
prévu cela. . . » ou le subjonctif : « Il faudrait que j'irais moi- 
même », au lieu de : « Il faudrait que j'aille. . . » 



*** « Il était deux heures presque.)) 

Évidemment, cela veut dire qu'il était presque deux heures. 
Ceux qui écrivent ainsi sentent bien qu'il y a dans ce rejet de l'ad- 
verbe à la fin de la proposition quelque chose d'irrégulicr. Quand 
ils parlent, ils cherchent à faire mieux saisir le sens de la phrase en 
accentuant fortement l'e final de presque.. tout comme s'il n'était 
pas muet : « Il est deux heures presquE.» 



*** « Nous avons considéré la question de nommer la com- 
mission royale chargée de faire enquête sur les affaires de ***, en 
vertu du récent jugement rendu par la (^our d'appel qui nous donne 
droit de nommer cette commission.» 

La concision est une belle chose ; mais elle ne consiste pas à 
tout dire dans une phrase. Écrire de la sorte, ce n'est pas être 
concis, c'est tout s'mplement être obscur, et de plus écrire fort mal. 



*** « Le Congrès adopte d'enlever complètement le paragraphe 
54 des règlements.» 

On adopte un projet, par exemple : le projet, ou la proposition 
de. . . Mais on n'adopte pas d'enlever un paragraphe. . . Pourquoi 
pas dire : « décide d'abroger. . . » ou plus simplement encore : 
« abroge. . . » ? 

177 



178 LE PARLES FRANÇAIS 

*** Une autre Société a décidé « d'altérer l'article 14 de ses 
statuts de la manière suivante :. . . » quand il ne s'agit pas d'une 
altération, mais d'une simple modification accidentelle et de peu 
d' mportance. 



*** « Veillez soigneusement vos robinets à gaz ! » 
Ce conseil d'un grand journal est bon ; mais le journaliste qui 
le donne ferait bien de surveiller un peu mieux son vocabulaire. 



*** « Il n'est jamais trop tard de rendre justice à qui justice 
est due. » 

Cela est juste ; mais c'eût été plus clair, si l'on avait écrit : 
. . . (( pour rendre justice. . . » 

Le Sabcleur. 



UN CATALOGUE FRANÇAIS 



Nous signalons à nos lecteurs le catalogue que vient de faire 
paraître la compagnie des Usines générales de Chars et de Machi- 
neries (Montmagny, Québec et Montréal). 

Ce catalogue français a coûté une somme considérable de 
travail. Il a été fait avec un souci particulier de donner à chaque 
outil, à chaque machine, à chaque élément de machine, son véri- 
table nom français. Le compilateur lui-même nous avertit que 
tout n'y est pas encore parfait ; on a dû même faire plusieurs cor- 
rections dans l'index qui se trouve en dernières pages. Mais, tel 
qu'il est, le catalogue rendra de bons services à ceux qui cherchent 
à chasser l'anglicisme de notre langage industriel et technique. 

La compagnie des Usines générales mérite des félicitations et 
tous les encouragements. 



L'ENSKIGNKHENT SFXONDAIKK AU CANADA 



Le Comité permanent des Maisons d'enseignement secondaire 
affiliées à l'Université Laval de Québec vient de faire paraître le 
premier fascicule d'un bulletin trimestriel : V Enseignement secon- 
daire au Canada. 

Comme l'écrit M. l'abbé Camille Roy, président du Comité, 
« il n'est pas nécessaire de présenter aux lecteurs cette revue : ni 
sa création, ni sa visite, ni ses propos n'ont besoin d'explications. 
Depuis plusieurs années, on souhaitait qu'elle fût fondée. Notre 
enseignement secondaire devait avoir ici, comme en tous autres 
pays, sinon un organe officiel, du moins un périodique où les pro- 
fesseurs de nos petits séminaires et de nos collèges pourraient échan- 
ger leurs vues et se renseigner sur les questions qui intéressent 
l'enseignement classique au Canada ». 

C'est une heureuse initiative qu'a prise là le Comité. Non 
seulement les professeurs de nos collèges, mais aussi tous ceux 
qui s" ntorcsscnt à la formation de nos jeunes gens, et tous ceux 
qui veulent parler pertinemment des choses de l'enseignement dans 
notre pays, devront recevoir et lire ce bulletin. Ils y trouveront, 
avec une information toute spéciale sur la vie de nos maisons d'édu- 
cation, des études et des rapports d'un intérêt général. 

Chaque numéro comprendra : 

a) un article pédagogique (piété, études, discipline) ; 

b) un exposé de méthode sous forme de leçon (histoire, gram- 
maire, auteurs expliqués, cours religieux) ; 

c) un rapport des jurys de correction. 
A ces pièces de fond s'ajoutent : 

a) le résultat des concours intercollégiaux avec reproduction 
des meilleures copies ; 

6) des devoirs classiques ; 

c) une revue des revues ; 

d) des observations sur le parler français dans nos collèges ; 

e) des questions et réponses (suggestions, réformes proposées, 
demandes de renseignements, indications de sujets à traiter ou de 
livres à consulter) ; 

179 



180 LE PARLER FRANÇAIS 

/) une réponse discrète et indirecte aux attaques venues surtout 
de l'extérieur ; 

g) une chronique des événements importants de la vie collé- 
giale ; 

h) une bibliographie appréciant tous les ouvrages qui inté- 
ressent les professeurs. 

L'abonnement à l'Enseignement Secondaire au Canada est de 
50 sous par année, pour le Canada et les Etats-Unis (S'adresser, 
pour ce qui concerne la rédaction, à M. l'abbé Emile Chartier, 
185, rue Saint-Denis, Montréal ; pour ce qui concerne l'adminis- 
tration, à M. l'abbé Antonio Camirand, Séminaire de Nicolet). 

A. R. 



A NOTER 



Dans son livre The fair Dominion, le romancier anglais R.-E. 
Vernede raconte une tournée qu'il fit dans nos campagnes de la 
province de Québec. Un paysan canadien-français le conduisait, 
un paysan assez loquace et que le voyageur se plaisait à faire parler... 

« II prononçait lentement et distinctement, écrit M. Vernede, 
de sorte que je pouvais le comprendre plus facilement que je n'aurais 
compris un Français d'Europe. J'en fus étonné, parce qu'on nous 
dit souvent que les Canadiens français parlent si étrangement qu'il 
est très difficile de les entendre. Peut-être que mon évidente 
incompétence en français engageait les habitants que je rencontrai 
à se mettre à mon niveau ">. 

« Je peux dire, dans tous les cas, qu'après avoir conversé avec 
des gens de toutes conditions, je restai convaincu que les Canadiens 
français parlent une langue très claire et très facile.» 



(1) « Perhaps ray obvious inferiority in the language caused thèse Habitants 
I met to adapt theraselves to ray necessity.» 



QUESTIONS ET REPONSES 



Question. — I^ mot maire doit-il s'écrire avec la majuscule ? 

Réponse. — Pour ce mot, comme plusieurs autres qui sont des 
titres ou des noms de fonctions, « il est impossible, dit M. Clédat 
{Grammaire raisonnée, p. 100), de fixer des règles ». On les écrit 
souvent avec une grande lettre, parce que la majuscule a aussi une 
valeur en quelque sorte « honorifique ». Tout dépend des cir- 
constances. En adressant une pétition à ce magistrat, vous écrivez 
à « Monsieur le Maire de Québec » ; mais les journaux pourront 
rapporter, sans aucunement manquer de respect, que « le maire de 
Québec » a reçu votre demande. 



Question. — Faut-il dire « une F » ou « un F » .' Le nom de celte lettre est-il 
du féminin ou du masculin ? 

Réponse. — - La règle générale est que les noms des lettres sont 
du masculin. Les voyelles suivent toutes cette règle : « un A, un 
I, un O », etc. Parmi les consonnes, plusieurs ont des noms com- 
mençant par une voyelle et se terminent par un e muet ; ces deux 
circonstances favorisent toujours les changements de genre, et ces 
noms de consonnes sont devenus féminins : « une M {emme), une 
F (effe), une S (esse) », etc., tandis que les autres sont restés mas- 
culins : « un D (dé), un K (fco) », etc. 

Mais, si l'on dit, suivant l'appellation moderne : « fe, me, ne, 
se », etc., ces nouveaux noms de consonnes sont du masculin : 
« un F (fe), un M (me) », etc. 



Question. — Comment nommer en français les garde-boue qui recouvrent les 
roues d'automobiles ? Doit-on dire tout simplement garde-boue ? 

Réponse. — Ce sont des garde-boue ; mais on peut aussi dire : 
les ailes. 

A. R. 

181 



LEXIQUE 

CANADIEN-FRANÇAIS 

(suite) 

Marlaise (mariez) s. f. 
Il Syn. de marraine. 

Marlaise (mariez) s. f. 
Il Femelle du merle. 

Marie (màrl) s. m. 

1° Il Merle. 

DiAL. Id., Centre, Jaubeht ; Bresse, Guillemaut. 

Fr.-can. « C'est un beau marie », se dit ironiquement d'un 
garçon. — « Oui, t'as fait un beau coup, tu es un beau marie I » — 
Aussi : homme habile. 

DiAL. Id., Bresse, Guillemant. 

2° Il Bille à jouer (voir marère). 

Marlot (màrlô) s. m. 
Il Terme de mépris. 

Marmailler (màrmâyé) v. tr. 
Il Marmotter. 

Marmalade (màrmalàd) s. f. 

Il Marmelade. 

DiAL. Id., Normandie, Moisy. 

Marmitée (marmite) s. f. , 

Il Contenu d'une marmite. 
DiAL. Id., Darm. 



182 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 183 

Marmiter {marmite) v. tr. et intr. 

1" Il Faire bouillir la marmite. 
2° Il Agir sournoisement. 

Marmouillas (mànnuyâ) s. m. 
1 1 Marécage. 

Marmoussaille {màrmusd.y) s. t. 
Il Enfants. 

Marmoussin (màrmusé), marmousin {màrmuti) s. m. 

Il Marmouset, petit garçon. 

DiAL. Marmousin, m. s., Anjou, Verrieb. 

Marque {mark) s. f. 

Il Faire sa marque = marquer, laisser sa trace, une impression 
durable. 

Marquer (màrjé) v. tr. 

1° Il Entrer, inscrire au livre de compte. Ex. : Payez- vous 
cette marchandise tout de suite ? Non, marquez-la. — J'ai fait mar- 
quer ce que j'ai acheté. 

2° Il Balafrer. Ex. : Je l'ai marqué pour le reste de ses jours. 

Marquoué {màrkwê) s. m. 
Il Marquoir. 

Marraine {marèn) s. t. 

1° Il Marelle (jeu). 

2° Il Petits cailloux plats que l'on trouve sur le rivage ; de 
forme ronde et convexe (voir marlaise). 

Marsouin {marswé) s. m. 

Il Terme de mépris ; damoiseau. 

Martoise {martwè:z) s. f. 
Il Mortaise. 



184 LE PARLER FRANÇAIS 

^artrière {màrtriye:r) s. f. 
:1| Piège à martres. 

Marvaudage {màrv6dà:j) s. m. 
1 1 Action de marvauder. 

Marvauder (màrvôdé) v. int. 
Il Marauder. 

Marveille (màrvèy) s. t. 

1 1 Merveille. 

DiAL. Id., Centre, Jaubert. 

Marveilleux {màrvèyé) adj. 

1 1 Merveilleux. 

Dial. Id., Centre, Jaubert. 

Marvouillas (màrvuyà) s. m. 
Il Ornière. 

Mascabina (maskâbinâ), mascouabina {maskwdbinà), mas- 
COUbina {maskuhinâ) s. m. 

Il Sorbier d'Amérique ; fruit du sorbier. Arbre de la famille 
des rosacées (Mountain Ash). 

Mascotte (maskbt) s. f. 

1° Il Couverture en peau de bœuf musqué, dont on se couvre 
en voiture. 

Etym. Cf. ang. musk ox = bœuf musqué. 
2° Il Talisman, amulette (ang.). 

Mascou (masku) s. m. 
Il Sorbier, fruit du sorbier. 

Maskinongé {maskinôjé), Maskilongé (maskilôjé) s. m. 

Il Espèce de brochet (Esox masquinongy). (Ang. muskellunge. 
— Indien maskinongé). 



I 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 185 

Maskoutain {maskiiii) adj. et s. m. 

Il Habitant de Saint-Hyacinthe, de la région de la province de 
Québec traversée par la rivière Yamaska. 

Massacre (mamkr) interj. 
Il Juron. 

Masse (en) (â màa) loc. adj. 

Il Beaucoup, en abondance, en grande quantité ; suffisamment, 
autant qu'il eu faut. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier. 

Masser imàsé) v. tr. 

1° Il Frapper avec une masse, enfoncer à coups de masse. 
2° Il Faire (une chose) avec succès. 
3° Il Mater (quelqu'un). 

Masticable {màstikàb) adj. 
Il (Mastic) qui peut se poser. 

Mastiqué (màsti^ê) part. 

1° Il Durci. Ex.: Suie mastiqué dans la cheminée. (Potier, 
Détroit, 1744.) 

2° Il Rapiécé. Ex. : Cette chambre, cette voiture est toute 
mastiquée. 

Mastiquer (màstiké) v. tr. 

Il Appliquer. Ex. : Mastiquer de la peinture sur un mur. 

Mât (à) et à corde {a ma é a kbrd) loc. adv. 
Il (Voir à maille et à corde.) 

Mataraux (matàrô) s. m. 
Il Matériaux. 

Match (màie) s. f. et m. ang. 

1° Il Joute, tournoi, lutte. 

2° Il Couple (jeune fille et jeune homme). Ex. : Un beau 



186 LE PABLEB FRANÇAIS 

match = un couple bien assorti. — Se dit aussi du jeune homme ou 
de la jeune fille. Ex. : J'ai rencontré un beau match. 

3° Il Fréquentation de jeunes gens en vue de mariage. Ex. : 
Il la rencontre souvent et n'a pas l'air de lui déplaire, ça va faire 
un match. 

4° Il Égal, qui peut tenir tête à. Ex. : C'est un match pour 
lui. 

Matchable (màteàb) adj. Ang. to match. 

1° Il Qui peut être assorti, appareillé. 

2° Il Qui peut s'égaler. 

3° Il Qui peut être abordée, (jeune fille) qu'on peut rechercher. 

Matcher {màteé) v. tr. Ang. to match. 

1 ° i I Appareiller, assortir. Ex. : Matcher deux chevaux pour 
les atteler en span. — Pouvez-vous matcher c'te laine-là ? 

2° Il Réunir, faire se rencontrer et se fréquenter en vue de 
mariage un jeune homme et une jeune fille qu'on croit se convenir. 
Ex. : Leurs mères ont fait leur possible pour les matcher, mais ça n'a 
pas pris. 

3° Il Tenir tête à, être de force à, égaler. Ex. : Il parle 
comme un diable, je t'assure qu'il est pas aisé à matcher. 

Matcher {màteé) v. intr. Ang. to match. 

1 ° 1 1 Jouter, lutter. Ex. : Notre club matche après-midi contre 
le club de. . . 

2° Il S'appareiller, s'assortir, se convenir. Ex. : Ces deux 
couleurs ne matchent pas du tout. — Ton cheval matcherait bien avec 
le mien. 

3° Il Se joindre à quelqu'un. (Se dit surtout d'un jeune 
homme et d'une jeune fille qui se recherchent). 

Matcher (se) ( se màteé) v. réfl. Ang. t» match. 

1° \\ S'appareiller, s'assortir, se convenir. 

2° Il Se joindre à quelqu'un. (Se dit surtout d'un jeune 
homme et d'une jeune fille qui se recherchent). 
3° Il Lutter ensemble. 

Matcheux (màteé) adj. 

Il Qui matche. (Voir matcher, v. tr., 2°). 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 187 

Matéraux (mâtérô) a. m. pi. 

Il Matériaux. 

DiAL. Matéraux : m. s., Bas-Maine, Dottin. Matéreaux : 
m. s., Normandie, Dubois, Moisy, ^obin ; Haut-Maine, MoN- 

TESSON. 

Fk.-can. On dit aussi au sing. : un matérau. Spécialement, 
dans le bas Saint-Laurent, matériaux qu'on emploie pour tendre les 
-pêches en fascines. 

Matériel (matéryèl) adj. Ang. material. 
Il Important, essentiel. 

Matignon (mo/t^ô) s. m. 
Il Maquignon. 

Matignonnage imaiix}bnà:j) s. m. 
Il Maquignonnage. 

Matignonner {mafir^hié) v. tr. 
Il Maquignonner. 

Masser (màsé) v. intr. 

Il Se masser. Ex. : Mon dinar m'a massé sur l'estomac, j'ai 
été malade ! 

Matillon {maiiyd) s. m. 

Il Maquignon. 

Dial. Id., Bas-Maine, Dottin. 

Matillonnage (matiybnà:j) s. m. 
Il Maquignonnage. 

Matillonner (matiybné) v. tr. 
Il Maquignonner. 

Matin (maté) s. m. pris adv. 

Il De bonne heure. Ex.: C'est matin pour des lièvres. 



188 LE PARLER FRANÇAIS 

Matin (à) (a maté) loc. 

Il Ce matin. Ex. : Du lait d'à matin. 

Fh. Cette forme se trouve dans Molière : « C'est donc le 
coup de vent d'à matin qui les avait renversés ». Festin de Pierre, 
a. II, se. 1. 

DiAL. Id., Bas-Maine, Dottin ; Normandie, Robin ; Anjou, 
Verrier ; Saintonge, Éveillé. 

Matinal (matinal) adj. 

1 1 Vif, adroit. Ex. : Si tu veux l'attraper, t'as besoin d'être 
matinal. 

Mâtin {mâdt) interj. 

Il (Interjection exprimant l'étonnement, le dépit.) 
DiAL. Id., Normandie, Moisy. 

Mât (à) -corde (o ma kbrd) loc. adv. 
Il Brusquement. 

Matrial (matriàl) adj. 

1° Il Syn. de matrigal. 

2° Il Lourd, pesant, sans cérémonie. .Ex.; Il est pas mal ma<naZ. 

Matrigal, e {matrigal), matrigail (matrigày) adj. 

Il Mal fait, fait grossièrement. Se dit des personnes et des 
choses. 

Matrone (matrbn) s. î. 

Il Femme qui porte l'enfant au baptême (et qui n'est pas une 
sage-femme). 

Matrouiller (matruyé) v. tr. 

Il Broyer avec les dents (en parlant du cheval). 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 189 

Maturité {maturité) s. f. Anglicisme. 

Il Échéance. Ex. : Votre billet viendra à maturité la semaine 
prochaine = votre billet viendra à échéance, etc. 

Mau (mô) s. m. 

Il Mal. Ex. : Avoir un gros mau de tête. 

DiAL. Id., en Normandie, Orain ; en Anjou, Verrier. 

Maudissage (môdisà-.j) s. m. 
Il Action de jurer. 

Maudisseur {m6disœ:r) s. m. 
Il Qui jure. 

Maudit {m64i) adj. et subs. m. 

1° Il Passionné (pour). Ex. : Il est maudit pour se battre. 

Dial. Id., dans l'Anjou, Verrier. 

2° Il Fin, rusé, adroit, habile, hardi, téméraire. Ex. : Pour 
tricher, il est maudit. — Ça prend un maudit, pour entreprendre 
une affaire pareille. 

3° Il (Forme superlative.) Ex.: C'est un maudit fou, 
un maudit cochon. 

4° Il Subs. : Coquin. Ex. : Mon petit maudit, si tu y reviens. 

5° Il Se dit de quelqu'un qui excelle en une bonne ou mau- 
vaise qualité. Ex. : C'est un maudit : pour jouer aux cartes, il n'a 
pas son pareil. ^. 

6° Il En maudit: d'une manière supérieure. Ex.: Il est fort 
en maudit. — L'aimes-tu ? En maudit ! 

7° Il Être en maudit = être en colère. On dit aussi être d'un 
maudit = être d'une colère noire. 

8° Il Juron. 

9° Il Faire son maudit = prendre des airs de fanfaron. 

10° Il Triste, lamentable. Ex.: C'est ben maudit! 

11° Il Ça parle au maudit = c'est un tour du diable. 

12° Il Pas pour un maudit = pour rien au monde. 

Mauditement {môditmà) adv. 

Il Beaucoup. Ex. : Il est mauditement bête. 



190 LE PARLER FRANÇAIS 

Maussade (môsàd) adj. 

Il Dissipé, espiègle (enfant). 

Fr. Maussade : qui produit ou exprime le mécontentement, 
l'ennui. 

Fr.-can. Aussi au sens fr. 

Mauque {m6:k) s. f. 

Il Algue flottant sur 1 eau. 

Mauvais {mbvè) adj. 

Il Colère, prompt, malin, méchant. Ex. : Votre chien est-il 
bien mauvais ? = Est-il bien malin ? — Mauvais comme un dé- 
mon. 

DiAL. Mauvais = enragé (en parlant d'un chien), Norman- 
die, Delboulle. 

Fr.-can. L'adjectif mauvais, avant le nom, signifie imparfait, 
défectueux ; après le nom, colère, prompt, malin. Ex. : Un 
mauvais chantre, c'est un chantre qui chante mal. Un chantre 
mauvais, c'est un chantre colère, malin. Un mauvais chien, c'est 
un chien bon à rien. — Un chien mauvais, c'est un chien méchant, 
porté à faire du mal. 

Mauvaiseté (mbvèzté) s. i. 

Il Méchanceté. 

Vx. Fr. Se trouve dans NicoT, Du Cange. 
DiAL. Mauvaiseté est encore en usage en Normandie, Dubois, 
MoiSY ; en Saintonge, Éveillé ; dans le Centre, Jaubert. 

Mean (mi'.n) adj. ang. 

1° Il Mesquin, -ne. 

2° Il Vilain,-ne. Ex.: C'est mean = c'est bas, c'est vilain. 

Mé que (mé ke) adv. 

Il Quand. Ex.: Mé que j'vienne = Quand je viendrai. — 
Mé qu'i soye arrivé = Quand il sera arrivé. (Voir : mais que.) 

Méchant {méea) adj. 

1° Il Malingre, maladif. 

DiAL. Méchant = malingre, chétif, dans le Bas-Maine, 

DOTTIN. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 191 

2" Il Mauvais (en parlant du temps), de mauvaise qualité. 
Ex. : On est venu jiar un méchant tenii)s. 

3° Il Sale, boueux (en parlant des chemins). Ex.: C'est un 
bon chemin, mais de ce temps-ci, après tant de pluie, il est méchant. 

DiAL. Id., en Normandie, Dklboulle. 

4° Il Difficile (avec la négation). Ex. : C'est pas si méchant 
de faire ça = ce n'est pas si difficile. 

DiAL. /(/., dans l'Anjou, Verrier. 

5° Il De mauvais goûl. 

6° Il C'est pas méchant = C'est bon, c'est bien fait, il l'a 
bien mérité. 

7° Il Iron. : « Il nous en a fait un méchant de discours » = 
un très bon discours. 

Mèche (mee) s. f. 

1° Il File. Ex. : Il y en avait une mèche de voitures qui sui- 
vaient le corps = Il y avait une longue file de voitures qui suivaient 
le cortège funèbre. 

2° Il Une mèche = long temps. Ex. : ïu vas attendre une 
m^che ; tu en as pour une mèche à attendre = Tu vas attendre long- 
temps. — Il s'en manque une mèche = Il s'en faut de beaucoup. 

Mèche (mèc) s. f. 

I ° Il Éventer la mèche = Sortir le chat du sac. 
2° il Roupie. 

Méché {méeé) adj. 

II Émêché, qui a trop bu, qui est dans un état voisin de l'ivresse. 
DiAL. Id., dans l'Anjou, Verrier. 

Méchée {méeé) s. f. 

1° Il Longue file, longue suite de personnes ou de choses. 
Ex. : Il y en avait une méchée, ça prit une heure à passer. 

2° Il Une méchée, loc. = long temps, longue distance. Ex. : 
Je suis arrivé une méchée avant toi = un long temps avant toi. — 
Notre voiture était une méchée devant vous autres = était loin 
avant la vôtre. 

(à suivre) 

Lb Comité du Glossaire. 



ABRÉGEONS 



DISONS PLUTÔT QUE 

Argent démonétisé Argent qui n'est plus « bonne ». 

Jument suitée Jument qui est accompagnée de 

son poulain. 

Vache suitée Vache qui est accompagnée de 

son veau. 

Vélocimètre Le cadran qui marque la vitesse 

d'un automobile. 

Le gazier L'homme qui arrange le gaz. 

Li' électricien L'homme qui arrange l'électri- 
cité. 

Un incendié ou un sinistré Un homme qui passe au feu. 

Le facteur L'homme qui distribue les lettres. 

Pièce amovible d'une machine. . . Pièce qui peut être « démanchée » 

d'une machine. 

Pièce inamovible, Pièce qui ne peut pas être « dé- 
manchée ». 

Machine démontable Machine qui se « démanche ». 

Propriété inaliénable Propriété qui ne peut pas être 

vendue. 

Un thaumaturge Un homme qui fait des miracles. 

Un colporteur ou un marchand 

ambulant Un homme qui vend à domicile. 

Un calligraphe Un homme qui a .une belle écri- 
ture. 

Un autobiographe Un homme qui a écrit sa propre 

vie. 

Un timbre oblitéré Un timbre qui a servi. 

Un chapeau fatigué Un chapeau qui est trop vieux. 



Etienne Blanchard, P.S.S. 



192 



Vol. XIV. No 5— Janvikr, 1916. 



LE TIC-TAC DE MON HORLOGE 



Tic-tac! . . . et je in effraie à ce chant monotone. . . 
J^ écoute, et, malgré moi, tout ban je compte : un, deux. 
Oui, je compte ces bruits, et soudain je m'étonne : 
Des voix ont murmuré : tu meurs à chacun d'eux ! 

Tic-tac ! . . . et mon horloge, insensible et méchante. 
Jette dans le passé ce qui fut l'avenir ; 
C'est le Temps qui me parle, et sa voix m'épouvante. . . 
Il passe, et le présent n'est plus qu'un souvenir l 

En écrivant je meurs ; l'effort de ma pensée 
Hâte l'heure fatale et l'horloge, toujours. 

Dit que ma vie achève, à peine commencée . . . 
Que peut-être je suis au dernier de mes jours ! 

Mais si chaque moment que l'horloge enregistre 
S'envole du présent et s'ajoute au passé, 
La Foi me dit : La mort qui te paraît sinistre. 
C'est l'heure où la souffrance et la lutte ont cessé ; 

C'est l'heure où, le chrétien s'endort et se repose 
Dans le charme enivrant du bonheur tant rêvé. 
Où l'éternel soleil brille et teinte de rose 
Les espaces sans fin de l'Ëden retrouvé! . . . 



Va, mon horloge, va, dis ton chant monotone ! 

Ton tic-tac, maintenant, je l'écoute, joyeux ; 

Il n'a plus rien, crois-moi, qui m'effraie ou m'étonne : 

L'Espérance en a fait un hymne harmonieux . . . 

Arthur Laçasse, ptre. 

(Extrait d'un volume en préparation). 

193 



POURQUOI AI-JE REFAIT L'HISTOIRE 
DE L'AGADJE ? ''^ 



Le travail que nous entreprenons n'a jamais été fait. 

Que le lecteur ne s'étonne pas trop de cette assertion à l'emporte- 
pièce, car elle repose sur une excellente raison, à savoir : que les Ar- 
chives se rapportant à la partie la plus importante de cette histoire ont 
été ou enlevées, ou détruites, ou simplement perdues. Nous verrons 
plus tard laquelle de ces alternatives est la plus vraisemblable. 

Un écrivain américain '2', traitant le même sujet, a donné 
pour titre à son ouvrage : Acadia — A lost chapter in American 
History. L'auteur ne possédait pas les documents nécessaires pour 
recomposer ce chapitre en entier ; cependant, avec son jugement 
sûr et sa grande impartialité, et en faisant bon usage des pièces qu'il 
avait sous la main, il nous a en quelque sorte laissé entrevoir ce qui 
se cachait dans la partie des archives qui est disparue. 

Or, ce « chapitre perdu », nous croyons l'avoir rétabli dans ses 
formes essentielles. Et le lecteur jugera si le titre que nous avons 
choisi convient à l'ouvrage que nous avons l'honneur de lui présen- 
ter. Avons-nous donc eu l'avantage de découvrir des archives qui 
étaient demeurées jusqu'ici introuvables ? Oui et non. Il est pro- 
bable qu'une portion considérable de ces documents évanouis ne 
reverra jamais le jour. Pourtant, une chance heureuse en a mis sur 
mon chemin des fragments en quantité suffisante pour jeter la 
lumière, sinon sur les détails secrets de cette histoire, du moins 
sur ses points principaux, ses plus grandes lignes. Le reste est le 



'•' Nous sommes heureux d'offrir à nos lecteurs cette primeur. C'est la 
Préface d'Acadie, qui va paraître dans quelques semaines à Québec, publiée par les 
soins de notre collaborateur Henri d'Arles. Le titre que nous avons donné à cette 
préface n'est pas de l'auteur, mais il exprime assez justement sa pensée. Acaiiie est 
le texte original, refondu et annoté, de Acadia publié, en 1895, par Edouard Richard, 
ancien député à la Chambre des Communes d'Ottawa. L'ouvrage, qui est un récit 
dramatique et documenté des malheurs des Acadiens, fit grande sensation, surtout 
chez les lecteurs de langue anglaise. Il parut en anglais. Le texte français original 
ne fut jamais publié, et c'était grand dommage : beaucoup de lecteurs français ne 
purent connaître cet important travail. — Henri d'.\rles a eu l'excellente idée de 
mettre au jour ce manuscrit. Il lui a fallu, cependant, le remanier, et le mettre au 
point des recherches historiques les plus récentes. L'œuvre sera renouvelée. Nous 
remercions notre collaborateur d'avoir bien voulu nous permettre de publier la Pré- 
face d'Acadie. 

<-> Philip H. Smith. — Nous avons trouvé un exemplaire de son ouvrage au 
Boston Atheneum. C'est un in-octavo de 381 pages, orné d'illustrations d'un carac- 
tère très primitif. La page-titre porte la mention suivante : Pawling (New- York), 
published by the Author. 1884. 

194 



UNE PRÉFACE 195 

fruit de ma pensée qui, depuis des années, a vécu en relations intimes 
avec ce sujet. 

L'on comprendra aisément l'intérêt que ces événements offraient 
pour un iirrière-petit-fils des Acadiens déportés. Une attraction 
puissante émanait pour moi de ces choses qui n'avaient pour d'au- 
tres que le mérite de i)iquer la curiosité ; et je me sentais comme 
fortement pressé d'entreprendre des recherches, de me livrer à des 
méditations qui semblent avoir rebuté tous ceux qui jusqu'ici se 
sont occupés de la question. Le mystère même qui l'environnait 
a fasciné bien des écrivains ; mais l'on se lasse vite d'un labeur 
qui se heurte à des difficultés de toute nature ; aussi est-il arrivé 
que tous ont fini par enjamber le vide ou par exploiter un mince 
filon emprunté à ceux qui avaient ouvert la voie. 

Toute l'importance de cette histoire de l'Acadie, depuis la 
conquête anglaise, en 1710, jusqu'en 1763, se concentre dans les 
actes qui ont amené la déportation, dans cette déportation même 
avec tout ce qui s'en est suivi. Et cela embrasse une période qui 
s'étend de 1743 à 1763, ou même 1766. Ce qui précède ne renferme 
rien qui soit vraiment digne de mémoire. L'on ne s'attarde pas à 
dépeindre la rivière qui coule jjaisible à travers une vallée dont la 
physionomie est plate et uniforme. Que si, laissant derrière soi 
cette ennuyeuse monotonie, l'on atteint des escarpements prodigieux 
et fantastiques, des rochers qui surplombent, des flots écumants 
qui se précipitent d'abîme en abîme, alors l'on s'arrête comme saisi, 
l'on reste émerveillé de cette nature tourmentée, déchirée par les 
efforts incessants de l'onde qui passe. C'est là l'image de l'histoire 
que nous allons parcourir. Mais au lieu de décrire minutieusement 
la partie qui seule offre un intérêt réel et varié, l'on s'est borné 
jusqu'ici à en tracer quelques couj)s de crayons grossiers qui ne nous 
laissent rien voir des événements palpitants dont elle est parsemée. 

Comment expliquer la disparition des documents ayant trait 
à une période si importante ? Faut-il voir là un simple hasard ou 
un coup prémédité? Telle est la question que beaucoup d'écrivains 
se sont posée avant nous. Ceux qui y ont répondu l'ont tous fait 
dans le même sens, d'autres ont fait semblant de l'ignorer, c'est-à- 
dire qu'ils n'ont voulu en tenir aucun compte, et qu'ils l'ont déli- 
bérément passée sous silence. Mais si ces derniers ne partageaient 
pas les soupçons de leurs confrères, l'on conviendra que leur devoir 
était de les combattre, ou à tout le moins de mentionner le fait de 
la disparition de ces documents, ne fût-ce que pour se justifier 
auprès de leurs lecteurs d'avoir exposé brièvement une période aussi 
importante de l'histoire. Avaient-ils peur qu'on ne tirât de là des 
conclusions qui s'imposent ? On pourrait le croire. 



196 LS PARLES FRANÇAIS 

Quoi qu'il en soit, le développement que nous avons donné à 
un sujet que nos devanciers avaient seulement effleuré devra suffire 
pour prouver que nous nous sommes imposé un travail sérieux et 
que nous avons trouvé bien des renseignements nouveaux. Sur ce 
point, nos lecteurs ne seront pas déçus. Quelque opinion qu'ils 
conçoivent de notre œuvre, ils ne pourront nous refuser le mérite 
de les avoir intéressés par une masse de documents inédits, par des 
aperçus originaux et des conclusions dont il est difficile de se défen- 
dre. D'aucuns même, nous en sommes persuadé, ne seront pas loin 
d'admettre que ce livre est toute une révélation, et qu'il renferme 
la solution du problème qui se posait depuis un .siècle. 

L'on sait quelles impressions profondes produisent sur l'enfant 
les récits du foyer, surtout lorsque ces récits sont tout pleins d'élé- 
ments dramatiques. Et si les événements qu'il entend raconter 
furent personnels aux auteurs de ses jours, ils prennent à ses yeux 
des proportions démesurées et s'enracinent à jamais dans son 
esprit. Ainsi en fût-il pour moi des événements qui ont précédé, 
accompagné et suivi la déportation des Acadiens. C'est sur les 
genoux de ma mère '•'■'> qu'ils m'ont été cent fois contés ; et les larmes 
que souvent ils m'ont fait verser suffiraient seules à en perpétuer 
en moi le souvenir. Toute mon enfance s'est écoulée au sein d'une 
population acadienne. Alors vivaient encore les fils de ceux qui 
avaient été déportés ; ces souvenirs étaient frais dans leur mémoire ; 
et chaque famille pouvait recomposer la série de ses malheurs, depuis 
le départ de Grand-Pré, Beaubassin ou Port-Royal, jusqu'au moment 
de son établissement définitif en Canada '■^K 



'" Marie-Hermine le Prince, née à Saint-Grégoire de Nicolet, le 14 janvier 
1818, était fille de Joseph le Prince, — frère de Mgr Jean-Charles le Prince, d'abord 
coadjuteur de Montréal, puis premier évéque de Saint-Hyacinthe, — et de Julie 
Doucet. Elle était sœur de ma mère Elizabeth-Esther le Prince. Le 14 janvier 
1841, elle épousa à Saint-Grégoire Louis Richard qui, cette même année, s'établit 
à Stanfold comme marchand et y demeura jusqu'à sa mort arrivée le 13 novembre 
1876. Il avait été fait Conseiller Législatif au Parlement de Québec en 1874. Her- 
mine le Prince mourut à l'Hôtel-Dieu d'.\rthabaska le 13 décembre 1899 et fut 
inhumée à Victoriaville. 

<'* « J'ai encore un vieil oncle — Raphaël Richard — qui se rappelle très 
nettement avoir entendu son aïeul raconter les incidents de la déportation dont il 
avait été lui-même victime à l'âge de onze ans. » 

Raphaël Richard était le frère de Louis Richard, père de l'auteur d'Acadie. 
Il naquit à Saint-Grégoire de Nicolet, le 21 février 1821, du mariage de .\uguste 
Richard et de Marie Hébert. Dès l'âge de treize ans, il entra dans la carrière com- 
merciale à Québec, et plus tard passa en .Angleterre où il vécut trois ans comme 
acheteur pour la maison de son frère Colbert Richard, dont le siège était dans la 
capitale du Bas-Canada. Le 4 septembre 1854, il épousa à Saint-Grégoire Elodie 
le Prince. Il s'établit à Stanfold où il résida jusqu'en 1863 ; il vint alors se fixer à 
Arthabaska. Il mourut à Victoriaville, le 27 juillet 1903, chez sa fille Madame 
A.-F. Poulin, née Eugénie, et fut inhumé dans le cimetière d' Arthabaska. Il était 
le père de M. Auguste Richard et de M. Emile Richard. 



PRÉFACE 197 

Une génération nouvelle a maintenant remplacé celle qui dis- 
paraissait r moi-même, voilà bien des années que j'ai quitté le toit 
paternel, dit udieu au village natal ; les impressions et les souvenirs 
de mon enfance, si vivaces qu'ils soient encore au fond de ma pensée, 
ont perdu cette précision qui fait la valeur des traditions soigneuse- 
ment recueillies et rend si précieux leur témoignage. Du reste, mes 
souvenirs ne portant que sur les faits purement nuitériels de la 
déportation et les infortunes qui en furent la conséquence, le lecteur 
n'y prendrait qu'un médiocre intérêt. Nous dirons seulement que 
la réponse invariable de tous ceux à qui s'adressaient nos questions 
touchant les causes de la déportation fut celle-ci : refus de la part 
des Acadiens de prêter le serment d'allégeance sans la ré.serve 
expres.se (ju'on ne leur ferait jamais i)rendre les armes contre les 
Français. 

« Mais, leur objections-nous souvent, cela est difficile à croire. 
Vos pères ont dû se rendre coupables de quelque acte d'hostilité 
qui a forcé le gouvernement à user envers eux de rigueur. Leur 
châtiment a sans doute été trop sévère, et il faut blâmer l'autorité 
d'avoir eu recours à un si violent moyen de répression ; mais com- 
ment pen.ser qu'ils ne méritaient pas au moins quelque peine ?» — 
Et notre question évoquait toujours la réponse, précise et formelle, 
qu'à aucun moment la population qui résidait dans la péninsule, en 
territoire anglais, n'avait pris ou même menacé de prendre les 
armes contre ses maîtres. 

En dépit de leurs affirmations, nous nous imaginions que nos 
interlocuteurs devaient se tromper. Le dirons-nous ? notre désir 
était de nous convaincre nous-même qu'ils faisaient erreur. L'amer- 
tume que ces souvenirs suscitent en nous eût été amoindrie par la 
certitude que la déportation avait eu une cause avouable. Nous 
aurions alors confondu ou essayé de confondre ces néfastes événe- 
ments avec tant d'autres qui, à des éj)oques reculées, ont frappé 
indistinctement toutes les nations. Quelque cruel qu'ait été un 
châtiment, l'idée qu'il a été en partie mérité est déjà en .soi une 
consolation "*, le pardon et l'oubli deviennent possibles, si ce n'est 
même un devoir. 

Or, l'étude consciencieuse que nous avons faite ne nous a pas 
donné cette consolation-là. Nous avons au contraire acquis, au 
cours de nos recherches, la persuasion absolue que la tradition était, 
sur le point qui nous occupait, le fidèle écho de la vérité historique. 



'" C'est presque la réflexion do l'ÉvaiiKile : 

Et nos quidem juste, nam digna fartis recipimus ; hic vero tiU mali geasU. 
« Pour nous, c'est justice, car nous recevons ce qu'ont mérité nos crimes ; 
mais celui-ci n'a rien fait de mal. » — Luc, XXIII, 41. 



198 LE PARLER FRANÇAIS 

Ajoutons seulement, si extraordinaire que cela puisse paraître, que 
le gouvernement de la métropole ne fut pour rien dans l'arrêt et 
l'exécution de la mesure barbare dont le souvenir causera toujours 
une impression douloureuse au monde civilisé *''. 

Il est des événements ou des hommes qui s'imposent à l'atten- 
tion de leurs contemporains avec une telle force qu'il semble que leur 
souvenir subsistera longtemps et sera même consacré par l'histoire. 
Ils passent cependant sans laisser de trace ; le vain bruit qu'ils 
ont fait s'éteint dans un prompt oubli. D'autres, moins impor- 
tants en apparence et moins remarqués, se prolongent indéfiniment 
dans l'avenir, sans rien perdre de l'intérêt qu'ils avaient d'abord 
suscité. Enfin, certains faits ou certains personnages paraissent 
grandir en raison de la distance qui nous en sépare : ils prennent 
d'autant plus de majesté qu'ils s'enfoncent dans un passé plus 
lointain ^'K Dans l'antiquité, le siège de Troie, le combat des 
Thermopyles, les noms d'Homère, de Socrate, de Platon ; dans les 
temps modernes, la Grande Charte, la Saint-Barthélémy, Colomb, 
Shakespeare, Washington, voilà de ces choses et de ces hommes qui 
projettent dans l'histoire une ombre gigantesque. Ainsi en sera-t-il, 
croyons-nous, de la déportation des Acadiens '". Ce fait unique 
de la dispersion d'un peuple prendra toujours plus de relief avec le 
recul des siècles. L'effort même qu'on a fait pour effacer tout 
vestige de cet événement, en supprimant les documents et les mémoi- 
res où son empreinte était gravée, contribuera plus que tout le reste 
à en perpétuer le souvenir. Là oii l'historien ne peut pénétrer, 
entre le poète avec ses admirables facultés d'intuition et de divi- 
nations. Ces chapitres tronqués ou perdus de l'histoire des nations 
deviennent alors le domaine mystérieux où celui-ci, glanant les rares 
épis échappés à la destruction, empruntant le reste à son propre 



<" Cette assertion n'est pas juste, dans son ton absolu. Nous ne pouvons 
cependant croire que l'auteur l'ait faite par esprit de ménagement envers la couronne 
Britannique. Richard n'occupait aucune situation officielle quand il a composé 
son ouvrage, et il n'attendait aucune faveur de la Grande Bretagne et de ses repré- 
sentants au Canada. Sa probité l'eut d'ailleurs empêché de lancer une pareille 
affirmation si les documents lui eussent fourni la preuve du contraire. Il était seu- 
lement insuffisamment renseigné sur ce point particulier que la mise au jour des 
archives coloniales a permis d'élucider depuis, comme nous le montrerons. * 

''' Cette dernière phrase nous remet en mémoire la belle pensée de Cormenin, 
dans son Livre des Orateurs : « Les hommes extraordinaires sont comme les mon- 
tagnes ; et leur image nous paraît d'autant plus grande qu'elle s'éloigne davantage 
de notre vue, et qu'elle s'élève toute seule sur les confins de l'horizon. » 

'^' C'est beaucoup dire. Enthousiaste de .son sujet, l'auteur verse ici dans 
une déclamation qui s'allie mal avec le ton pondéré que nous attendons de l'historien. 
Nos lecteurs ramèneront toutes choses à leurs véritables proportions. Et pourquoi 
Richard ne signale-t-il pas à cet endroit le démembrement et le partage de la Polo- 
gne .' C'est bien là pourtant le fait de l'histoire moderne qui présente le plus d'ana- 
logie avec le drame acadien. 



UNE PRÉFACE 199 

génie, compose ces chants attendris qui lui vaudront l'immortalité *'\ 
Et quelle riche moisson poétique offre le sujet que nous allons expo- 
ser ! Un peuple heureux et prosjjère arraché violemment à ses 
foyers, disséminé sur toutes les plages ; des familles brisées dont les 
membres épars se cherchèrent pendant des années ; des existences 
vouées désormais à la tristesse et à la douleur, oh ! comme de tout 
■cela se dégage une impression pénétrante. Même après plus d'un 
siècle, impossible à celui qui médite sur ces événements de n'en pas 
recevoir une sensation d'infînissable mélancolie. Les victimes de 
ce drame lugubre vous prennent au cœur et aux entrailles, comme les 
personnages d'une tragédie antique. L'esprit se perd à vouloir 
calculer les conséquences de cette affreuse dispersion : elles ont 



<" L'.\cadie attend toujours son « pointe national » qui chantera en belles 
strophes l'épopée douloureuse des ancêtres. C'est un poète américain qui a eu 
le premier l'honneur d'exploiter l'excellente matière d'art que renferme ce fait de la 
déportation d'un petit peuple. Et c'est évi<leninient à \ Evangéline de Longfellow 
que Richard fait ici allu.sion. Sur l'origine, les sources, le caractère de ce poème, il 
faut consulter l'ouvrage .si documenté de M. Paul Morin, intitulé : Le» Sources de 
l'œuvre de Henry Wadmcorth Longfellow (Pari.s. Emile Larose, Lihr. -Éditeur, 11, rue 
Victor Cousin. 1913) de la page 133 à la page 154. Nous empruntons à ce beau tra- 
vail les notes .suivantes : Dans American Sote-lioolts (Boston, 1868, I, 203). N. 
Hawthonie dit qu'un « Canadien-français a raconté cette histoire d'un jeune couple 
acadien à II. L. Conolly. Le jour du mariage de ces jeunes gens, tous les hommes de 
la province reçurent l'ordre de se réunir à l'égli.se pour entendre lecture d'une pro- 
clamation. A peine assemblés, on les fit prisonniers, et des navires les amenèrent 
dans la Nouvelle Angleterre oii on les dis.sémina. Parmi eux se trouva le jeune 
époux ; sa femme, partie à sa recherche, erru dans le pays pendant toute sa vie, et, 
déjà vieille, le retrouva enfin, mais sur son lit de mort. Sa douleur fut si profonde 
qu'elle le suivit bientôt dans la tombe ». Hawthorne et Conolly, dînant un soir 
chez Longfellow, firent ce récit au poète, qui en tira Evangdine. M. Paul Morin 
dresse ensuite la nomenclature des Konrce.t rerlaine.i et des aourcea po.ixihles <le ce 
poème, et il conclut : Haliburton — avec son ouvrage An Hiatorical and Statislical 
accouni of Nova Scotia, Halifax, 1829, 2 vols., — fut la source principale de la première 
partie (I, 66.5), William Darby — avec son ouvrage A geographical description of the 
State of Louisiana. Philadelphia, 1816, — de la seconde (666-fin). Puis vient l'ana- 
lyse détaillée du poème, selon l'ordre des vers : l'on nous montre tout ce que Long- 
fellow doit aux auteurs cités précédemment, au point de vue de l'histoire, de la 
légende, de la géographie, de l'ethnologie, etc. — il est très intéressant de constater 
la part de réalités objectives qui .se mêle à la fiction du poète, et de voir comment 
celui-ci a transforn)é et s'est assimilé les divers éléments qu'il avait puisés de côté et 
d'autre. A la fin de son étude, M. Morin établit <|ue c'est à tort que l'on a « fré- 
quemment comparé V Erangéline de Longfellow à VHermiinn et Dorothée de Goethe. 
Les deux idylles n'ont que fort peu en commun. Dans llermann et Dorothée ce sont 
les personnages qui parlent le plus souvent, les héros excitent également l'intérêt du 
lecteur, les caractères sont clairement décrits, les descriptions nettes et vigoureuses, 
enfin, et surtout, (îœthe épui.se ses situations et les soutient avec habileté jusqu'à la 
fin ; le poème américain semble au contraire être « récité » par son auteur, et Kvan- 
géline y occupe la première et, pour ainsi dire, l'unique place. Gabriel pa.sse prcs- 
qu'inaïuTçu, et nous ne nous en faisons qu'une idée a.s.sez vague, Longfellow s'inter- 
rompt lui-même pour introduire de longues descriptions dans son texte, et ces rac- 
cords sont infiniment nuisibles à l'harmonie générale. . . » 

L'on sait que notre « poète du terroir », Pamphilc Lcmay, a traduit en vers 
français V Erangéline de Longfellow. Le 2 juillet 1902, Itichard envoyait de Paris 
une préface pour une édition nouvelle de cette traduction, laquelle n'a paru qu'en 
1912, à Montréal, chez J.-Alfred Guay. 



200 LE PARLER FRANÇAIS 

atteint chacun des membres de chaque famille ; pas un cœur qui 
n'en ait été torturé ; pas un muscle qui n'en ait tressailli. 

Si nous ne pouvons nous dire que le châtiment infligé à nos 
pères fut, même pour une part, mérité, du moins la conviction que 
la métropole n'avait pas décrété officiellement ce crime a apporté 
comme un adoucissement aux pensées amères qui hantaient notre 
esprit. Non ! Le gouvernement anglais n'a jamais ordonné cette 
déportation ; et nous voulons croire qu'il n'en a jamais entretenu 
la pensée sous la forme odieuse qui a été adoptée '". Cet ouvrage 
fournira la preuve indiscutable qu'au moment même où le gouver- 
neur Lawrence, se couvrant indignement du nom de Sa Majesté, 
mettait à exécution ce dessein depuis longtemps nourri, on lui 
adressait de là-bas des ordres condamnant en termes énergiques le 
projet pourtant atténué, la mesure adoucie, qu'il avait soumis aux 
Lords of Trade. Chose étrange, et qui montre avec quelle légèreté 
s'écrit parfois l'histoire : aucun des historiens anglais ne cite un 
seul des documents qui établissent ce fait si important, les uns pour 
des raisons que nous expliquerons au cours de ce récit, les autres 
parce qu'ils ont aimé mieux suivre le sentier battu que de s'ouvrir 
un chemin à travers la brousse. 

Nous n'entendons point, dans une préface, indiquer, fût-ce 
brièvement, sur quoi s'appuie notre ouvrage, quelles en sont les 
substructions. Cela nous entraînerait trop loin. Que ceux qui 
prennent un sincère intérêt aux choses de l'histoire soient seulement 
assurés de trouver ici de quoi satisfaire pleinement leur légitime 
curiosité. Nous osons même nous flatter que notre ouvrage leur 
donnera la solution de l'énigme qu'ils cherchaient depuis longtemps : 
nos explications mises à part, l'enchaînement progressif des faits 
à la lumière des nombreux documents inédits que nous apportons, — 
voilà ce qui sera surtout de nature à leur plaire. 

Dans l'esprit de nos lecteurs va sans doute s'élever une foule 
de préventions, que nous espérons voir tomber une à une, et se dissi- 
per tout à fait bien avant le dernier chapitre de notre livre. Loin 
de nous étonner de ces préventions, nous les comprenons parfaite- 
ment : comment en effet se défendre de l'impression que celui qui 
décrit des événements auxquels tous ses ancêtres ont été si doulou- 
reusement mêlés ne puisse les envisager avec le calme et l'impar- 
tialité nécessaires à l'historien ? — Il est vrai, le souvenir du traite- 



<" Le texte primitif portait : « Le gouvernement anglais n'a jamais ordonné 
cette déportation, ni rien fait gui pût l'impliquer ». C'est cette version qui a passé 
dans la traduction anglaise : « The English Government never ordered this déporta- 
tion, nor ever did anything thaï might imply il. » (p. 7). L'auteur biffa subséquera- 
ment ce dernier membre de phrase et le remplaça par celui-ci : « et nous voulons 
croire qu'il n'en a jamais entretenu la pensée dans la forme odieuse qui a été adoptée ». 



UNE PRÉFACE 201 

ment infligé aux Acadiens a laissé en notre âme une empreinte 
indélébile ; notre cœur a saijjné au réeit des malheurs qui ont 
accablé nos pères. Et cependant cela est resté sans itifluence sur 
notre jugement, et c'est avec la plus grande liberté d'esprit que nous 
avons examiné un problème obscur et tenté de le décliiffrer. 1/édu- 
cation fixe souvent dès l'enfance les o[)inions de toute la vie. Pour 
le plus grand nombre, cette éducation est tout ; elle met dans leur 
intelligence des semences d'idées, dans leur cœur des germes de 
sentiments qui se développeront normalement et leur serviront 
à tout jamais de règles et de principes : en sorte que les choses 
seront toujours teintées à leurs yeux des couleurs sous lesquelles 
elles leur sont apparues d'abord. Mais il y a des tempéraments 
plus souples, plus élastiques, et aussi plus personnels, qui, tout en 
respectant les traditions jjuisées au foyer, les discutent, en pèsent 
la valeur, font même table rase de tout ce dont l'éducation les a 
chargés pour revoir les questions dans une lumière nouvelle et sous 
un angle plus large. Telle est, croyons-nous, la disposition de notre 
caractère. 

Les historiens n'ont pas l'habitude de faire leur propre psycho- 
logie. Quelque naïveté qu'il puisse y avoir à l'avouer, l'on nous 
permettra de dire que la bienveillance — trait le plus saillant de 
notre nature — nous a guidé dans tout le cours de notre étude. 
Chaque fois que cela a été possible sans compromettre trop grave- 
ment la vérité, il nous a été doux de céder à ce sentiment. Nous 
nous sommes gardé, encore que cela eût été facile, de suspecter la 
sincérité de bien des historiens ; nous avons même poussé l'indul- 
gence jusqu'à prêter à tel ou tel des intentions honnêtes quand 
nos convictions nous disaient tout le contraire, pensant qu'il valait 
mieux nous taire ou pécher par excès de bonté que de risquer de 
tomber dans une sévérité outrée. Pourtant devant les efforts 
systématiques, bien caractérisés et sans cesse renouvelés que cer- 
taine école a tentés pour fausser l'histoire, le silence de notre part 
eût été une faute ; notre conscience nous faisait un devoir de dévoi- 
ler ces pratiques honteuses et d'en stigmatiser les auteurs. 

C'est du compilateur des Archives de la Nouvelle- Ecosse et de 
M. Parkman que nous voulons ici parler <". 



<" Francis Parkman était le fils du révérend Francis Parkman, qui fut pen- 
dant 36 ans pasteur de la New Norih Church de Boston, et de Caroline Hall. Il 
naquit à Boston le 16 septembre 1823. L'ancêtre des Parkman en Amérique 
s'appelait Klias, qui venait de Sidmouth (Devon) et s'était établi à Dorchester 
(Massachusetts) en 1633. Francis Parkman étudia au collège de Harvard où 
il prit ses degrés en 1844. Sur les instances de son père, il entra alors à l'école 
de droit « Dane » de Cambridge, et en obtint les titres en 1846. Il ne se fit cepen- 
dant jamais admettre au barreau. Il se mit à voyager dans le Nord-Ouest américain 
et à étudier l'ethnologie indienne. Son premier voyage The Oregon Trait (1849) 



202 LE PARLER FRANÇAIS 

Nous regrettons d'avoir eu à traiter avec rigueur ces deux der- 
niers historiens, mais l'évidence avec laquelle nous est apparue leur 
mauvaise foi nous en faisait une obligation. Comme nous n'avan- 
çons rien sans preuves, le public jugera par lui-même de la valeur 
des motifs qui nous ont inspiré à cet égard. Nous nous exposons 
sans doute à des représailles que nous sommes du reste en mesure 
de pouvoir repousser victorieusement. Malgré toutes nos recher- 
ches pour nous rendre maître de la question, il est possible que 
nous ayons pu nous tromper sur quelques points, laisser de côté 
certains faits secondaires ou même importants. Il n'y aurait rien 
d'étonnant à cela, puisqu'il s'agissait de reconstituer un chapitre 
perdu avec des fragments échappés à la destruction. Si donc des 
erreurs se sont glissées dans notre travail, nous sommes prêts à les 
reconnaître et à les corriger. Mais autre chose est ignorer un fait 
inédit et dénaturer ou passer sous silence une vérité que tout le 
monde connaît et qui s'impose à l'esprit. 

La plupart des historiens ont cependant tiré des conclusions 
peu différentes des nôtres. Tout ce qui s'est écrit sur le sujet pen- 
dant au delà de cent ans procédait à peu près du même point de vue. 
D'abord vint Raynal, qui écrivait vers 1780, peu de temps après 
la déportation '". Son ouvrage — Histoire philosophique et politique 



contient le récit de ses courses et de ses observations dans ces régions lointaines. 
En 1851 parut sa Conspiration de Pontiac ; en 18.56, il donna un essai de roman sous 
le titre Vassal Morton. 11 avait épousé, en 18.50, Catherine, fille du docteur Jacob 
Bigelow, de Boston. Madame l'arkman mourut en 1858. Vers cette époque, 
Parkman eut une crise de santé (|ui dura longtemps et qui faillit prendre une tour- 
nure fatale : il était menacé de perdre, non-seulement la vue qu'il eut toujours très 
faible, mais la raison. Il alla à Paris consulter des spécialistes qui ne lui donnèrent 
pas grand espoir de guérison. De retour dans son pays, il se fit fïoriculteur et obtint 
en cette qualité une sorte de célébrité. Les forces lui ayant été rendues, il recom- 
mença à voyager, et à préparer le grand ouvrage qu'il méditait depuis longtemps et 
auquel il a donné le titre général de La France et V Anghlerre dans V Amérique du 
Nord. Car Parkman s'était toujours destiné à l'histoire. Il alla plusieurs fois 
à Paris consulter les archives et les savants ; à diverses reprises, il visita aussi le 
Canada, Québec, Montréal, la Nouvelle-Ecosse ; il y était allé en 1856 notamment ; 
il y retourna en 1873 et parcourut maintes fois la région sise entre Québec et le lac 
George. C'est vers la fin de la guerre de Sécession qu'il commença à donner les 
monographies qui ont fait sa gloire et qui toutes se rangent sous la rubrique que nous 
avons indiquée plus haut. Voici ces ouvrages dans l'ordre de leur apparition : 
The Pioneers oj France in Ihe New World (1865) ; The Jesuits in North America 
(1867) ; The Discovery of the Great West (1869) ; The Old Régime (1874) ; Count 
Frontenac and Neiv France under Louis XIV (1877) ; Montcalm and Wolfe (1884) ; 
A Half Century of Conflict (1892). Francis Parkman mourut dans sa résidence de 
Jamaica Plains, près Boston, le 8 novembre 1893, près de deux ans avant la publi- 
cation de Acadia. Cf. American Literary Masters, par Léon-H. Vincent, (Boston 
and New York, Houghton, Miflin and Co. 1906) p. 379 et seq. et surtout A Life of 
Francis Parkman, par Charles Haight F"arnham (Boston, Little, Brown and Co. 
1909). 

<•> Raynal (Guillaume-Thomas-François), historien et philosophe, né à 
Saint-Geniez (Rouergue) en 1713, mort à Paris en 1796. Élève du collège des 
Jésuites de Pèzenas, il fut ordonné prêtre, devint desservant à Saint-Sulpice (1747), 
mais ne tarda pas à entrer comme rédacteur au Mercure de France et se fit bientôt 



UNE PRÉFACE 203 

des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes — 
pourrait avoir (|uelque valeur si l'auteur avait vécu sur les lieux, ou 
s'il avait soulcnieut pris la peine de les visiter et de recueillir par 
lui-même des informations. Faute d'avoir personnellement con- 
trôlé ses sources de renseignements, Raynal, bien cpie contemporain 
des événements cpi'il raconte, ne compte jjuère comme historien. 
Sans mettre en doute sa bonne foi, nous attachons si peu d'impor- 
tance à son récit cjue nous ne le citons pas une seule fois. Ses opi- 
nions ne sont que le reflet des idées et des sentiments cpii réj;;naient 
alors en France. Ce n'est pas un écrivain sérieux, c'est tout au plus 
un beati conteur dans le style pompeux et ampoulé de l'épociue. 
La peinture flatteuse qu'il fait des monirs acadiennes est trop idéale 
pour n'avoir pas été enjolivée par son imagination. Néanmoins, 
nous avons des preuves nombreuses qu'à Halifax même, une partie 
de la population ne paraissait |)as supposer qu'il s'éloignât beaucoup 
de la réalité. Haliburton, qui écrivait quarante ans plus tard, cite 



connaître dans le monde des lettres et des philosophes. 11 publia avec grand succès 
plusieurs ouvrages de 1748 à 1763. Raynal conçut alors l'idée d'un grand ouvrage 
pour lequel il re<;ut de toutes mains des idées, des documents, des notes, des chapitres 
entiers. Il le fit paraître sous ce titre solennel : Histoire philosophique et politique 
des établissements et du eommerce des Européens dans tes deux Indes. (C'est de cet 
ouvrage cju'il est ici question.) Des attaques contre la politique des peuples civi- 
lisateurs, contre le clergé, contre l'inciui.sition, en firent interdire l'introduction en 
France. Le Parlement, en 1781, ordonna que l'ouvrage serait brûlé par la main du 
bourreau, Raynal arrêté, et ses biens séquestrés, ("elui-ci s'enfuit auprès de Frédé- 
ric II, puis de Catherine II. En 1787, il obtint de rentrer en France, et se retira 
à Toulon, chez l'intendant Malouet. Élu député aux états généraux, il se désista, 
à cause de son grand Age, en faveur de son hôte. Le 31 mai 1791, il adres.sa à l'As- 
semblée Nationale une lettre dans laquelle il rétractait les principes qu'il avait 
défendus dans son Histoire philosophique. 

(( L'abbé Raynal, abbé défroqué, mé<liocre historien polygraphe, devint tout 
à coup célèbre par son livre Histoire philosophique, etc., paru en 1772, et qu'il ne 
signa qu'en 1780, dans la grande édition qui en fut donnée à Genève. Il y a dans 
cette histoire de l'histoire, de la géographie, des statistiques, des renseignements 
précis sur le commerce et les objets du commerce, entremêlés de tirades contre la 
guerre, la conquête, l'exploitation des indigènes, les abus du fanatisme et du despo- 
tisme. Ce furent ces morceaux d'éloquence ampoulée, où vibraient les passions du 
temps et les conversations de Diderot, qui firent le succès de l'ouvrage. Raynal 
eut l'honneur d'être comparé à Montesquieu, pré.senté à Frédéric II et reçu solen- 
nellement à Londres par la Chambre des Communes. Pendant vingt ans, VHistoire 
philosophique fut la bible des deux mondes ; elle passiona les opprimés et les rêveurs ; 
on en retrouve la phraséologie dans les es.sais du jeune Bonaparte, comme dans les 
harangues des a-ssemblées révolutionnaires. » Cf. Hist. de France, par Ernest 
Lavisse. Tome IX, première partie. Liv. IV, c. IL La philosophie et les science», 
p. 291. 

Voir encore sur Raynal les Causerie» du lundi, de Sainte-Beuve, notamment 
le tome II, p. 431, le tome IV, p. 477-478, le tome V, p. 226. Aussi Le Royaume 
de la Rue Haint-Honoré, par le marquis de Ségur, où l'on voit que Raynal était un 
habitué du salon de la célèbre Madame Geofîrin. Chateaubriand parle de cet abbé- 
philosophe aux tomes I et III de ses Mémoires d'Outre-Tombe, édition Edmond Biré 
(Paris, Garnier frères, 1904) : « Il (mon père) lisait. . . VHistoire philosophique de» 
deux Indes, dont les déclamations le charmaient ; il appelait l'abbé Raynal un maître 
homme. » Tome I, livre IX, p. 192. 



204 LE PARLER FRANÇAIS 

les appréciations de Raynal en faisant observer qu'elles sont plus 
près de la vérité qu'on ne pourrait le croire. 

Cet Haliburton n'était pas un étranger, mais un enfant du sol <•'. 
Son père, un Loyalist, s'était en effet établi en Nouvelle- Ecosse, 
après la guerre de l'Indépendance américaine ; et c'est à Windsor, 
dans cette province, que naquit, en 1796, celui qui devait illustrer 
le nom de la famille. Ïhomas-Chandler Haliburton s'est élevé 
jusqu'au rang de juge de la Cour Suprême de sa Province ; il a 
laissé des ouvrages remarquables ; il a toujours joui de l'estime de 
ses compatriotes et a mérité d'être honoré par son Souverain. Par 
son caractère, son esprit juridique, sa position sociale, .ses talents 
supérieurs et variés, il est peut-être l'homme le plus distingué qu'ait 
encore produit cette Nouvelle- Ecosse, pourtant si féconde en natures 
d'élite. 



<" Thomas-Chandler Haliburton est né à Windsor (Nouvelle-Ecosse) en 
1796 ; il prit son éducation au King's Collège de cette ville ; il fut admis au barreau 
en 1820 ; fut élu député à la Législature de sa province ; se distingua comme avo- 
cat ; fut nommé en 1828 juge-en-chef de la cour des plaids communs. — On appelait 
ainsi en Angleterre un tribunal créé sous Richard 1er, rendu sédentaire à West- 
minster dès le 12e siècle, composé d'un cliief-justice, et de juges puisnés, primitive- 
ment au nombre de 6, réduits à 4 depuis P>douard VI. Sa juridiction qui s'étendait 
d'abord à toutes les actions civiles de sujet à sujet, avait été réduite en fait aux seules 
actions réelles. On appelait de .ses jugements à la cour de l'échiquier. Le Judicature 
Act de 1873 l'a supprimé. — Haliburton est surtout célèbre comme humoriste et 
satiriste. Pour être juste dans l'appréciation de ses ouvrages, il faut tenir compte 
des conditions si peu favorables au travail littéraire dans lesquelles il les a composés. 
La Nouvelle-Ecosse d'alors, petite province, sans contact avec le reste du Canada, 
n'était pas ce qui s'appelle un milieu « entraînant » pour l'inspiration. En politique, 
Haliburton fut toujours du parti conservateur. Il publia en 1829 An Hisiorical 
and Statistical account of Nova Scotia, en 2 vols (Halifax). Mais ses ouvrages les 
plus remarquables sont des esquis.ses .satiriques, parues d'abord sans nom d'auteur 
dans un journal, et publiées en 1837 sous le titre : The Clockmaker, or the sayings 
and doings of Samuel Slick of Slickrille ; deux autres séries parurent en 1838 et 1840. 
Ces esquisses ont surtout pour objet de décrire les particularités du caractère yankee, 
elles abondent en traits piquants, en fines observations concernant ses tendances 
individuelles ou nationales. Il a encore publié, au retour d'un voyage en .Angle- 
terre en 1841, The Attaché, or Sam Stick in England. Ses autres ouvrages sont : 
The Old Judge or Life of a Colony — The lettcr bag of the Great IV'estern — Rule and 
Misrule of the English in America — Traits of American Humour — Nature and 
Human nature. Ses travaux littéraires ne nuisirent pas à son avancement profes- 
sionnel. En 1840, Haliburton était en effet promu juge de la Cour Suprême. Moins 
de deux ans après, il passa en Angleterre, et entra au Parlement comme représentant 
de la circonscription électorale de Launceston. Sa renommée littéraire avait fait 
concevoir des espérances qu'il ne tint pas comme homme politique. La pratique 
du droit est une pauvre préparation aux débats parlementaires, et Haliburton n'était 
plus d'âge à s'adapter aux exigences de son nouveau rôle. En 1865, la dissolution 
du Parlement mit un terme à son mandat de député, et Haliburton ne sollicita plus 
les suffrages de ses électeurs de Launceston. Il mourut au mois d'août de cette 
même année, à Gordon Ilouse, Isleworth, âgé de soixante-dix ans. — Les Haliburton 
seraient alliés à Walter Scott, dont la grand'mère du côté paternel s'appelait Barbara 
Haliburton. Ils descendaient de la famille des Newmains et Merton, d'Ecosse. Un 
des membres de la branche cadette des Newmains qui s'étaient établie à la Jamaïque, 
émigra dans le Massachusetts. Ce fut le grand'père du Juge Haliburton. Le père 
de ce dernier s'implanta dans la Nouvelle- Ecosse. 



UNE PRÉFACE 205 

Dans son Historical and Statistical Account of Nova Scotia, 
Iliiliburton n'a sans doute pas donné la mesure de son talent d'écri- 
vain, mais l'on y voit j)eroer l'élévation de son caractère, sa droiture 
naturelle : l'on constate que l'auteur a fait de louables efforts pour 
se rendre maître de son sujet et pour guider le public dans la voie 
que sa conscience lui disait être la bonne. 11 a aussi fondé l'histoire 
de sa province ; la législature de son pays lui vota des remerciements 
officiels. Encore aujourd'hui, il est l'autorité que l'on consulte 
et sur laquelle s'appuient ceux qui s'occupent d'histoire locale. 
Haliburton fut presque contemporain de quelques-uns des person- 
nages qui avaient figuré, à un titre ou à un autre, dans l'épi.sode de 
la déportation, soit comme acteurs, soit comme témoins. Et s'il 
a pu en étudier l'histoire à ses sources, il a eu en outre l'immense 
avantage de pouvoir recueillir les renseignements qui lui étaient 
transmis par une tradition encore fraîche. L'on verra que ses 
conclusions se rapprochent sensiblement des nôtres. 

Trente ans plus tard vint Rameau, avec La France aux Colonies 
(1859) et Une Colonie féodale en Amérique '" ; puis en 1865, Beamish 
Murdoch, avec son Hidory of Nova Scotia. Le volume des Nova 
Scotia Archives, commencé en 1857, fut complété en 18G9. En 
1873, Campbell donnait aussi une History of Nova Scotia, tandis 
que Moreau publiait son Histoire de VAcadie. En 1879, parut 
History of Acadia, par Hannay ; en 1884, Acadia — A lost chapter in 
American History, par Philip H. Smith. En 1884 encore, ce fut au 
tour de Parkinan qui, dans son Wolfc et Montcalm, traite assez au 
long de l'Acadie. Enfin, en 1885, l'abbé II. -R. Casgrain décrivait 
son Pèlerinage au pays d'Evangéline, ouvrage rempli de détails iné- 
dits, et que l'Académie Française a couronné en 1888. 

A l'exception de Hannay et de Parkman, et peut-être de Mur- 
doch, qui pourtant ne se prononce guère sur les événements qu'il 
raconte, tous les écrivains que nous venons de citer ont donné à 
peu près dans le même sens que Haliburton. 



•" François-Edrae Rameau de Sai.vt-Père a contribué plus que personne à 
renouer les relations entre la France et le Canada. 11 fut le promoteur «le ces études 
historiques qui ont eu pour résultat de fixer le jugement de la postérité sur la question 
acadienne, en particulier. Kt quel mérite il a eu de lancer son plaidoyer à travers 
les préjugés et les méconnaissances de cette époque ! Rameau avait de la fortune. 
Les loisirs que lui faisait sa condition, il les consacra noblement à cette œuvre de 
réhabilitation d'un peuple. /Vcadiens et Canadiens ont en vénération la mémoire 
de cet homme de bien. En 1889, nous avons entendu Rameau dans une conférence 
à l'Université Laval de Québec. Le diplAme de Docteur-é.s-lettres de cette Uni- 
versité lui fut conféré à cette occasion par Mgr llamel. Rameau est décédé le 15 
décembre 1899. Une colonie féodale en Amérique a paru d'abord en 1877 en un 
volume et fut rééditée en 1889 : cette deuxième édition est de beaucoup plus com- 
plète que la précédente. 



206 LE PARLER FRANÇAIS 

Ces dernières années, l'histoire de l'Acadie s'est enrichie d'une 
collection extrêmement précieuse qui jette un jour nouveau même 
sur les points restés les plus obscurs. Il est regrettable que des 
hommes apparemment sincères, comme Murdoch et Hannay, 
n'aient i)as eu l'avantage de la connaître. Quant à Parkman, nous 
avons des raisons de croire qu'il la connaissait, encore qu'il ait paru 
l'ignorer. 

Il s'agit des papiers laissés par le révérend Andrew Brown, 
ministre de l'église presbytérienne, qui mourut à Edimbourg. Il 
était professeur de Rhétorique à l'Université de cette ville. Brown 
avait vécu à Halifax de 1787 à 1795, et avait profité de son séjour 
dans la Nouvelle- Ecosse pour réunir des matériaux relatifs à l'his- 
toire de cette province, qu'il se proposait d'écrire. Son travail resta 
en cours d'exécution. La partie qui en était faite, ainsi que les 
pièces très précieuses que l'auteur avait découvertes et dont il se 
fut servi pour étayer tout l'ouvrage, après avoir été longtemps 
perdues, furent retrouvées par le plus grand hasard. Le British 
Muséum s'est empressé de les acheter et de les classer. La Nova 
Scotia Historical Society et le Canada- Français, de Québec, ont rendu 
aux sciences historiques un service signalé en publiant des fragments 
considérables de cette collection, dont on ne peut assez hautement 
proclamer l'importance <". Nous lui devons, en effet, d'avoir 
recomposé, à peu près en entier, notre « chapitre perdu ». Il nous 
manquait un historien, plus voisin de ces événements sur lesquels 
on avait voulu faire l'oubli, que ne l'avait été Haliburton. Grâce 
aux manuscrits du Dr Brown, cette lacune est maintenant comblée, 
et d'autant mieux que la probité de l'auteur ne laissait rien à désirer. 

Le volume d'archives, publié en 1869 par ordre de la Légis- 
lature de la Nouvelle- Ecosse, eut pour éditeur Thomas B. Akins, 
commissaire des archives publiques de cette province. Nous 



"> Les documents dont il est parlé ont été publiés en partie par le Canada- 
Français, dans sa Collection de documents inédits sur le Canada et l'Amérique, Tome 
1er, p. 130 et seq. (Québec, L.-J. Deraers et frère, 1888), et accompagnés de la note 
suivante : (( British Muséum, Dr A. Brown's MS. Papers relating to Nova Scotia, 
1748-1757. Add. MSS. 19,072. Le Dr Andrew Brown, natif d'Ecosse, était un 
ministre presbytérien, venu à Halifax en 1787. Il y résida jusqu'en 1795, alors qu'il 
retourna en Ecosse, où il succéda au Dr Blair dans la chaire de Rhétorique de j' Uni- 
versité d'Edimbourg. Pendant son séjour dans la Nouvelle- Ecosse, il réunit des 
matériaux pour faire une histoire de cette province. Cette histoire, inachevée et 
restée manuscrite, fut trouvée, avec tous les documents originaux et autres qui 
l'accompagnaient, dans une boutique d'épicier, et achetée le 13 novembre 1852, 
par M. A. B. Grosart, de qui elle fut acquise par le British Muséum ». 

Entr'autres pièces d'une valeur inestimable qu'avait pu recueillir le Dr Brown, 
se trouvait « Mr. Morris remarks concerning the remoral of the French inhabùants, 
Summer 1755 ». Le juge Morris avait rédigé ces « remarks » en juillet 1755, quand 
la mesure d'expulsion venait d'être proposée, et avant qu'elle eût été sanctionnée 
en conseil avec l'approbation de Boscawen et Mostyn. 



T7NE PRÉFACE 207 

n'hésitons pas à affirmer que la plus grande partialité a présidé au 
choix des documents qui le composent : cette conjpilation a été 
faite dans le but mal déguisé — ainsi qu'il appert par la i)réface 
même — de réunir tout ce qui était de nature à justifier la déporta- 
tion des Acadiens. Nous nous bornerons à dire pour le moment 
que, sans avoir jjris à tâche de relever par le menu toutes les accusa- 
tions qu'on y fait peser sur nos pères et d'en montrer l'inanité, nous 
avons incidemment apporté suffisamment de preuves à l'encontre 
pour éclairer quiconque désire sincèrement connaître la vérité. 
Il est évident que Akins a voulu produire une réaction contre les 
opinions et les sentiments qui régnaient depuis au delà d'un siècle. 
Sa compilation, qui viole toutes les règles de l'équité, serait, il s'en 
flattait du moins, l'arsenal où l'on viendrait chercher des armes, 
sachant bien que peu d'historiens se donneraient la peine de pousser 
plus loin leurs investigations. 

L'histoire de cette période ne saurait avoir pour base le simple 
résumé des documents qui nous en sont parvenus. Celui qui s'en 
tiendrait à cela n'aurait aucunement fait œuvre d'historien. Ces 
documents sont d'abord peu nombreux et puis, jusqu'en 1758, l'on 
se trouve en face d'une autorité omnipotente incarnée dans la per- 
sonne d'un gouverneur militaire. Habitués à la rigoureuse disci- 
pline des camps, ces gouverneurs n'étaient bons qu'à commander, 
et qu'à exiger de leurs sujets une obéissance passive. Or, est-ce 
avec les proclamations et les ordres d'un potentat, ses lettres au 
Secrétaire d'État représenté dans l'instance par les Lords of Trade, 
que l'on pourra écrire une impartiale histoire ? — Ces lettres ne 
montrent ((u'un côté de la question, — le sien ; il n'y a rien mis 
qui lui soit défavorable à lui-même, rien qui puisse donner prise 
contre lui, ou justifier ceux qui auraient eu le courage de le contre- 
dire ou de faire entendre un murmure. Voilà cependant tout ce 
que nous possédons comme source de ren.seignements. Et encore 
ces pièces sont loin d'être complètes, une grande partie en ayant 
disparu. Du moins, celui qui entreprend de donner au public un 
travail où l'image de la réalité soit peinte aussi fidèlement que possi- 
ble, doit-il, autant pour sa propre satisfaction que pour celle de ses 
lecteurs, s'aider de ces misérables débris, tâcher de les ajuster et 
d'en pénétrer le sens caché ; il lui faut s'efforcer de découvrir les 
motifs secrets qui pouvaient inspirer la conduite de ce despote, de 
saisir les indices qui permettront de juger de .son caractère et de ses 
actes. Si donc, analysant ces pièces officielles dans lesquelles le 
gouverneur n'a dit que ce qu'il a voulu et a eu toute liberté de s'at- 
tribuer le beau rôle et de donner aux mesures qu'il a prises la couleur 
de la légalité, l'historien parvient cependant à percer leur louche 



208 LE PABLEH FRANÇAIS 

phraséologie, à montrer ce qui se cache sous leur forme habile, et à 
prouver de façon péremptoire que tel acte public a eu pour cause 
déterminante, non pas les raisons fictives qui sont données là, mais 
de tout autres mobiles, honteux et inavouables, et que cette conclu- 
sion s'impose avec toute la force de l'évidence, — certes, pareil 
résultat serait bien propre à créer l'étonnement. 

Or, ce résultat, nous l'avons atteint dans l'examen des docu- 
ments rédigés par Lawrence et ses complices *". Les historiens ont 
été à peu près unanimes à admettre que les Acadiens n'avaient rien 
fait qui pût justifier leur déportation. Leurs actes, tels que pré- 
sentés par Lawrence lui-même, ne motivaient pas un traitement 
aussi barbare. Ce fut là le sentiment général pendant un siècle. 
S'il est vrai, d'autre part, que le gouvernement anglais n'a jamais 
ordonné la déportation, il faut donc supposer que Lawrence avait 
un intérêt quelconque à agir comme il l'a fait. Cet intérêt, nous en 
avons eu comme l'intuition dès le début de nos études sur ce sujet ; 
nous avons parfaitement compris en quoi il avait pu consister. 
Mais là n'était pas la difficulté. Le point essentiel était de prouver 
que nous avions vu juste et que notre pressentiment avait un fon- 
dement dans la réalité. Chose ardue, quand on se souvient que les 
documents sur lesquels nous aurions pu appuyer notre démonstra- 
tion avaient disparu. Quelqu'un a dit, avec plus d'esprit peut-être 
que de justesse : « Vous voulez connaître la raison d'un crime ? 



'" Sur Charles Lawrence, consulter surtout la pièce qui se trouve parmi les 
papiers du Dr Brown, et intitulée Lawrence s Characier. V. Le Canada- Français. 
Documents inédits, etc.. Tome I, p. 142 et Seq.). « C'est, dit l'abbé Casgrain, un 
portrait de son caractère, fait de première main par ses propres compatriotes, les 
colons d'Halifax. Cette pièce nous apprend comment cet individu de bas étage, 
d'abord simple apprenti-peintre en bâtiments, était parvenu jusqu'au grade de 
gouverneur de la Nouvelle-Ecosse ; comment, dans ce haut poste, il avait gardé son 
caractère de parvenu ; quelle espèce de tyrannie il faisait peser sur ses concitoyens ; 
à quel genre de corruption il se livrait ; par quelles fraudes il avait accaparé à son 
profit et au profit de ses favoris les dépouilles des malheureux Acadiens. . . » 

« Lawrence mourut de la mort des persécuteurs, frappé dans la force de l'âge 
par un mal foudroyant, au sortir d'un bal public donné, paraît-il, en réjouissance 
de la capitulation de Montréal. » 

Un PHeritiage au pays d' Evangéline — c. III, p. 90 et ch. Xle, p. 216 — Paris, 
Libr. Léopold Cerf. 1889. 

Lawrence était venu en Nouvelle- Ecosse avec le 45e régiment ; il avait alors 
le grade de major ; il fut fait membre du conseil de cette province le 19 octobre 
1749, et l'année suivante commanda une petite expédition à Chinecto ; c'est à 
cette occasion que fut bâti le fort Lawrence, au fond de la baie de Fundy. En 1753, 
il succéda au général Hopson dans le gouvernement de la colonie ; devint lieutenant- 
gouverneur en 1754 et gouverneur en 1756. En 1757, il commanda la troupe de 
réserve dans les opérations militaires de Lord Loudon ; le 3 décembre 1757, fut 
nommé brigadier-général ; il prit part au siège de Louisbourg à la tête d'une brigade. 
Il mourût à Halifax le 17 octobre 1760. Ce triste personnage a cependant son monu- 
ment dans l'église Saint-Paul de Halifax. Le journal de Lawrence est au Briiùk 
Muséum. Addit. MSS. 32821, p. 345. 



r 



UNE PRÉFACE 209 

cherchez hv femme ! '" » Nous, nous dirons à propos du plus 
monstrueux attentat que relatent les annales des nations : « cher- 
chez l'intérêt ! » Oui, ce crime affreux a eu pour mohile l'intérêt, 
la rapacité sordide. Nous ne nous trompions pas dans nos calculs 
en soupçonnant <|ue l'intérêt avait inspiré cette barbarie ; et, 
grâce à Dieu, nous avons réussi à en donner une preuve assez claire 
et assez nette pour satisfaire même les exigences d'un tribunal ; 
alors que personne n'avait cependant le droit de nous demander 
d'établir la vérité, sur un fait vieux de cent quarante ans, avec toute 
l'exactitude et toute la rigueur prescrites dans les cours de justice. 

Il est relativement facile d'écrire l'histoire d'une nation (jui 
compte de longs siècles d'existence, comme la France ou l'.Vngle- 
terre. Tant de documents font contrepoids aux pièces officielles 
qu'il suffit presque de citer les sources, de les comparer, de confronter 
l'un avec l'autre les divers moyens d'information pour se former sur 
toute chose une opinion : les interprétations, les commentaires de- 
viennent en quelque sorte superflus. Tandis que, dans la question 
dont il s'agit ici, l'instrument de travail est si ingrat et d'une nature 
telle qu'il faut le peser consciencieusement, méditer à fond son 
essence, avoir recours à toutes les subtilités de l'argumentation 
pour en tirer quelque chose qui ressemble à l'histoire : l'esprit doit 
faire appel à toutes ses ressources pour en dégager d'irréfutables 
conclusions. Nous aurions pu nous borner au rôle de comj)ilateur, 
et, à l'exemple de tant d'autres, copier à droite et à gauche, sans 
apporter à nos recherches le moindre sens critique, le moindre .souci 
de faire œuvre de vérité. Mieux eut valu alors ne rien écrire du 
tout. S'il en est qui ont été à même de compulser plus de docu- 
ments que nous n'avons fait, en revanche nous affirmons que per- 
sonne ne s'est api)liqué autant que nous à faire la critique interne 
des pièces, officielles ou autres, concernant ce sujet, pour en dévoiler 
l'âme, la substance réelle, surprendre, sous les mots vagues ou trom- 
peurs, entre les lignes d'une rédaction de commande, les intentions, 
les vrais sentiments des parties intéressées. Nous avons abordé 
cette étude dans un parfait esprit d'impartialité, et avec l'espoir 
de trouver quelque raison valable à cette déportation, et de délivrer 
ainsi notre âme de la lourde oppression qui la faisait gémir. Hélas ! 
nous n'avons rien vu qui ait pu justifier cette mesure, tout au con- 



<" « On a attribué à Alexandre Dumas le mot célèbre : « Cherchez la femme ! » 
C'est Joseph de Mai-stre qui l'a dit le premier : « Un vieux bonhomme de ministre, 
écrit-il le 3 novembre 1803, disait un jour à un de ses amis : « Souvenez-vous bien 
que dans toutes les affaires il y a une femme. Quelquefois on ne la voit pas, mais 
regardez bien, elle y est ». Et il ajoute : « Je crois qu'il avait raison. . . » ^ Henri 
WEL3CHINGER, Joseph de Maistre et Napoléon. Dans la Revue des Deux Mondes 
du 1er février 1914, p. 608. 



210 LA PARLER FRANÇAIS 

traire. Du moins avons-nous acquis la consolation de savoir que 
ce crime ne porte pas directement ou tout entier sur une nation, 
mais sur des individus que l'histoire n'a pas encore flétris convena- 
blement. Le gouvernement de la Métropole sort indemne de l'en- 
quête approfondie que nous avons menée pour découvrir les vérita- 
bles auteurs de ce forfait. Toute la honte en rejaillit sur les Law- 
rence, les Belcher, les Wilmot, les Morris et leurs complices. Il est 
juste que le front de ces personnages en demeure stigmatisé. 

Tout en réprouvant la politique égoïste et astucieuse qui fait 
invariablement le fond de la diplomatie britannique, l'on ne peut se 
refuser d'admettre que l'Angleterre doit sa haute position à la 
sagesse et à la largeur de vues de ses hommes d'État. Un ministère 
succédait à un autre, mais dans les grandes lignes de sa politique, 
rien n'était changé. Sans enthousiasme subit, mais aussi sans 
défaillance, sans volte-face inattendue, l'Angleterre marchait vers 
son but avec la même ferme résolution, la même âpre ténacité. Les 
obstacles qu'elle rencontrait sur sa route ne semblaient servir qu'à 
aiguiser ses convoitises et à fortifier ses déterminations. 

La politique de la France peut se résumer en une définition à 
peu près contraire. L'on fondait des colonies avec enthousiasme, 
pour les abandonner à elles-mêmes quelques années après. Il en 
fut ainsi pour l'Acadie entr'autres. L'on y implanta une centaine 
de familles qui eurent bientôt à subir, sans recevoir de la mère- 
patrie les secours auxquels elles avaient droit, des luttes héroïques 
contre un ennemi beaucoup plus fort '". Lorsque cette poignée 
de colons fut devenue un petit peuple heureux et prospère, lorsque 
l'on vit quel prix l'Angleterre mettait à sa conservation, on se reprit 
à convoiter ce que l'on avait négligé ou laissé perdre. Au lieu de 
fonder des colonies avec des colons, l'on y élevait des forteresses 
coûteuses en s'imaginant que c'était en cela surtout que consistait 
la colonisation. Un seul des trente millions dépensés sur le rocher 
de Louisbourg eut suffi à peupler l'Acadie de manière à en assurer 



"> Sur la fondation et les origines de l'Acadie, cf. Histoire et Description géné- 
rale de la Nouvelle-France, par le P. de Charlevoix, de la Compagnie de Jésus. Tome 
1er, Livre III. (A Paris, chez Didot, Libraire, quai des .\ugustins, .\ la Bible d'or, 
MDCCXLIV). — Histoire du Canada, par F.-X. Garneau. Tome I, liv. I, c. I, 
(Paris, librairie Félix .41can, 1913). — • Histoire de France, par Ernest Lavisse. Tome 
VI, 2e partie, par J.-H. Mariéjol, livre 1er c. IV, p. 82 et Seq : « .\ la mort d'Henri 
IV, deux établissements durables avaient été fondés : Port-Royal et Québec. \ 
toutes CCS tentatives, le gouvernement n'avait accordé qu'un appui moral. Des 
particuliers avaient fait tout l'effort à leurs dépens et à leurs risques. Cependant, 
la politique coloniale n'était pas populaire. Sully, sur cette question comme sur 
celle des industries de luxe, représentait la moyenne d'idées de son temps. . . En 
toutes ces entreprises d'outre-mer, le gouvernement n'est guère intervenu. Il a 
protégé la colonisation d'une façon aussi peu onéreuse que le commerce, l'industrie. 
On sait que Sully tient la caisse et favorise au plus bas prix possible. Il est hostile 
à tout ce qui coûte, aux œuvres de magnificence, aux aventures. . . » 



UNE PRÉEACB 211 

à la France la possession définitive. Pendant que le Canada, avec 
ses soixante mille âmes, tenait en échez les douze cent mille de la 
Nouvelle Anjjleterre, la France, livrée aux courtisans, s'amusait. 
Voltaire, (jui présidait la cour des beaux esprits, déclarait que l'on 
aurait bien tort de se déranger pour « quelques arpents de neige » <". 
Le mot fit fortune, détermina tout un courant d'opinion défavorable 
à notre cau.se, — et le Canada fut j)erdu ••'. Les colonies d'outre- 
mer avaient des devoirs envers la France, dont elles se .sont généreu- 
sement acquittées. La France peut-elle à son tour en dire autant à 
leur égard ? Un père de famille est-il <juitte envers ses enfants après 
leur avoir donné le jour ? Ne leur doit-il pas en plus éducation et 
protection ? 

Après plus d'un siècle d'oubli, la France a constaté que l'enfant 
lointain qu'elle avait conçu dans un élan d'amour pour l'abandonner 
ensuite à .son propre sort, avait grandi, et qu'il gardait toujours 
de son ancienne mère-patrie un tendre souvenir ; elle s'est aussi 
aperçue que les arpents de neige qu'elle avait dédaignés étaient 
devenus presque un empire, dont les immenses re.s.sources enrichis- 
saient sa rivale. Elle a pu regretter alors d'avoir été si j)eu clair- 
voyante, de n|avoir pas prévu l'avenir qui était réservé à ce pays 
et de ne s'être pas résolue à faire les plus grands .sacrifices pour le 
garder. Inutiles regrets ! Depuis longtemps, l'Angleterre s'est 
approprié toutes les terres désirables de notre planète. Sa langue, 
ses institutions, ses capitaux couvrent tous les points du globe. 
Elle s'est constitué le plus magnifique empire colonial que le monde 
ait vu. Pendant que la France s'occupait de folies, l'Angleterre 
travaillait activement à accroître ses possessions : cela valait bien 
le mot d'esprit qui fit rire un jour et qui eut été oublié le lendemain 
si la France n'avait encore à en déplorer le néfaste succès. 

Pauvre France ! Pour garder ton sceptre en mains fermes, tu 
avais inventé la loi salique. Tu ne voulais pas être gouvernée par 



O « On plaint ce pauvre genre humain qui s'égorge dans notre continent à 
propos de quelques arpents de glace en Canada ». — Correspondance de Voltaire. 
l'Idit. de 1830, chez Delangle frères, pp. 527 et 528 du vol. 76 des Œuvres complètes. 
Tome IX de la Correspondance. 

'*' « Vous perdre fut une légèreté de l'ancien régime, ne pas vous pleurer fut la 
honte des philosophes, qui infailliblement hostiles à l'instinct national, félicitaient la 
Prusse de nous avoir vaincus, admiraient Frédéric, Marie-Thérèse et Catherine 
d'avoir dépecé la Pologne, notre alliée naturelle, et n'en voulaient pas à r.\ngleterre 
de nous avoir pris « quelques arpents de neige ». Cette neige, du moins, avait été 
rougie par un sang plus français que leur encre, et le rire stupide des intellectuels 
qui vous abandonnaient gaiement fut compensé par la fidélité silencieuse des soldats, 
qui, pour vous défendre, surent mourir.» 

Etienne Lamy. Disc, prononcé, au premier Congrès de la Langue française au 
Canada, le mardi soir 25 juin 1912. Cf. Compte-Rendu du Congrès, p. 239. 

« Canada, petite colonie d'hier, nation d'aujourd'hui, empire de demain ». 

Id. Ibid. p. 25 



212 L9 PARLER FRANÇAIS 

des reines, et tu l'as été par des courtisanes. Tu étais riche et hono- 
rée : les maîtresses royales ont gaspillé tes écus et ton honneur. 
Tes beaux esprits ont fait rire, mais à tes dépens. Il te reste aujour- 
d'hui le privilège de faire sécher ton poisson sur un petit coin de ce 
continent qui t'appartenait ou pouvait t'appartenir en entier. Tu 
t'es faite plus sage, tu as reconnu tes erreurs, pleuré tes légèretés ; 
tu as vu que l'Angleterre était devenue riche et puissante pour 
avoir su apprécier ce que tu avais méprisé. Il est trop tard ! Quel- 
ques arpents de sable dans le Sahara, où tes enfants ne peuvent 
habiter ; quelques milliers de nègres dans le Sénégal, le Dahomey 
ou le Congo, ne compenseront jamais pour toi la perte de ces cœurs 
français qui eussent surgi en nombre des vastes et salubres plaines 
de ce beau continent. O France ! pardonne à un fils des malheu- 
reux Acadiens d'invoquer ces souvenirs cruels. . . Nous avons 
tant souffert "* ! 

Abandonnés par la France, les Canadiens ont cependant tou- 
jours aimé leur ancienne patrie. Ils ont changé de domination, 
mais pour devenir bientôt les maîtres de leurs propres destinées. 
S'ils ont été très sensibles à l'oubli dans lequel la France les tenait, 
ils n'ont pourtant guère eu à se plaindre autrement de leur nouveau 
sort. En fut-il ainsi des Acadiens ? Peuvent-ils, eux, ne pas se 
souvenir des affreux malheurs que leur a causés le fait d'avoir été 
lâchement abandonnés ? Si les maux incalculables qui nous ont été 
infligés restent gravés dans notre mémoire, nous croyons toutefois 
équitable de pardonner à l'Angleterre la part qui peut lui être attri- 
buée dans ce triste drame de notre misère. Mais, ce qui nous 
est impossible, c'est de pardonner aux vrais coupables ; non, nous 
ne pardonnerons jamais à ceux qui, sans raison aucune, sans mandat, 
sans ordre officiel et même contre les ordres de la Métropole, nous 
ont dépouillés et jetés sur toutes les plages. De pareilles injustices 
ne se peuvent oublier. Tant que nos enfants pourront retracer leur 
origine, ils se rappelleront les souffrances de leurs pères et flétriront 
leurs persécuteurs. Il n'est pas en notre pouvoir d'effacer de nos 
cœurs ces poignants souvenirs. Nous voulons bien aimer et bénir 
le drapeau qui flotte au-dessus de nos têtes ; nous voulons bien 
pardonner au gouvernement britannique la faibles.se qu'il a commise 
en n'intervenant pas contre ceux qui tramaient notre ruine. Mais, 
de grâce ! que l'on cesse de nous calomnier à seule fin d'exonérer 



"> Ce passage éloquent appelle des rectifications. Nous établirons en temps 
et lieu l'exacte responsabilité de la France dans les événements qui ont amené la 
cession du Canada à l'Angleterre. Pour nous, d'ailleurs, cette cession n'a-t-cUe 
pas été un coup providentiel ? — Quant à l'Algérie, l'auteur en parle bien à la légère. 
Tout le monde sait que la France s'enorgueillit à bon droit de cette colonie magni- 
fique. Et le Maroc, qui peut prévoir ce qu'elle en retirera .' 



UNE PRÉFACE 213 

une douzaine d'individus que toute l'eau du Niagara ne saurait 
laver de leur crime. Que l'on se joij;ne plutôt à nous pour nous 
aider à rétablir les faits (jue certains historiens de la dernière heure 
ont pris à tâche de dénaturer ! Compatriotes anglais, montrez-nous 
que le British fait play n'est pas un mot vide de sens. Imprimez 
sur le front des coupables le stigmate <|u'ils méritent ! Et nos frères 
acadiens pardonneront le passé, ils l'oublieront même. . . si cela leur 
est toutefois possible après tant d'infortunes. 

Une curiosité bien naturelle nous a poussé à étudier cette his- 
toire ; des convictions profondes nous ont amené à l'écrire. Nous 
regrettons d'avoir cédé à cette curiosité : elle a jeté sur notre vie 
un voile de tristesse que rien ne saurait dissiper. Nous nous sommes 
condamnés à refaire sans cesse par la pensée le calvaire d'opprobres 
et d'ignominies que nos pères avaient dû gravir. Notre esprit 
s'est rivé à cette lugubre épopée, comme autrefois Pygmalion à sa 
statue, avec cette différence essentielle que celui-ci se complaisait 
dans la contemplation de son œuvre, tandis que nous .sommes hanté 
par un cauchemar qui ne nous laisse aucune trêve. Nous avons 
voulu voir : nous avons vu. Quand nous avons voulu reculer, il 
était trop tard. Comme le fiancé qui n'avait pu résister au désir 
de revoir dans la mort les traits de celle qui avait charmé son coeur, 
nous avons cherché à nous enfuir épouvanté ; mais l'impression 
était faite ; nous restions victime de notre témérité. 

Un profond penseur a dit : « Heureux les peuples qui n'ont pas 
d'histoire ! » — Cette pensée est aussi vraie et profonde qu'elle 
semble étrange. Elle soulève dans nos esprits un flot de réflexions 
amères. L'on serait tenté de la prendre pour un paradoxe, tant 
d'ordinaire les nations, fortes ou faibles, humbles ou superbes, glo- 
rifient leur passé, le regardent avec aise et s'ingénient à embellir et à 
magnifier les traits de leurs ancêtres à la faveur du recul dans le 
lointain des âges, à travers le mirage de leurs patriotiques illusions. 
Mais il en va bien autrement pour les Acadiens. Pour eux, rappeler 
le bonheur et les vertus de leurs pères, évoquer les félicités du siècle 
qui a précédé leur déportation, c'est ressusciter les misères et les 
deuils de celui qui l'a suivie. Leur malheur est inséparable de leur 
bonheur ; regarder l'un, c'est regarder l'autre ; grandir l'un, c'est 
donner à l'autre des proportions infinies. Leur histoire est comme 
ce Janus à deux visages, dont l'un, le plus récent, le plus frais dans 
leur mémoire, — celui qui offre un aspect comme une obsession. 
Oh ! il leur serait doux de pouvoir contempler l'autre, et, oubliant 
les terreurs que celui-ci leur inspire, de se reposer avec délices dans 
la vision des temps primitifs de leur morte patrie. Mais ils ont beau 
faire, quand ils remontent dans leur passé, ils sont comme infailli- 



214 LE PARLER FRANÇAIS 

blement attirés par les destins où leur vie a sombré. Tout le reste 
s'évanouit dans ce spectacle lugubre. Leur bonheur ancien n'est 
plus qu'une petite lueur qui se perd dans la tempête et la nuit. En 
vérité, pour les Acadiens, la parole célèbre est d'une absolue jus- 
tesse : « Heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire ! <'> » 

Edouard Richard. 



<" Cette citation nous a causé un mal inouï, en ce sens que, voulant savoir de 
qui elle est, nous avons, pendant des jours et des jours, fait des recherches dans 
plusieurs bibliothèques, consulté des humanistes distingués, sans aboutir à rien de 
satisfaisant. Le traducteur d'Acadie, le H. P. Drummond, S. J., l'a prêtée à Thucy- 
dide, mais nous ne savons sur quelle autorité. Car après avoir repassé d'un bout 
à l'autre la Guerre du Pétoponène, seul ouvrage de cet historien qui nous soit parvenu, 
nous ne l'y avons point trouvée. Dans le Dictionary offamiliar quotations, par John 
Bartlett, (Boston, Little Brown and Co., 1896, p. .579), il y a ceci qui est bien la 
traduction de la phrase en question : « Happy the people whose annals are blank 
in history books !» — Et Bartlett renvoie à Thomas Carlyle, Hislory of Friedrich 
the Second, called Frederick-the-Great, vol. IV, Book XVI, c. I, p. 187, (New York, 
Harper & Bros. Publishers, P'ranklin Square, 1864). Or, à cet endroit de son livre, 
Carlyle cite un auteur qui avait écrit déjà sur Frédéric. Il s'agit de cette période 
dans la vie de son héros : « A happy ten years of time. Perhaps the time for Mon- 
tesquieu's aphorism : Happy the people whose annals are blank in history-books ». 
Ainsi, Carlyle et l'auteur à qui il emprunte quelques passages concernant Frédéric- 
le-Grand, attribuent l'axiome à Montesquieu, sans indiquer d'ailleurs la source, 
sans dire en quel des ouvrages de ce grand penseur cela peut se rencontrer. Nous 
avons parcouru ses Lettres Persanes, sa Grandeur et Décadence des Romains, son 
Esprit des lois, ses Discours académiques, ses Pensées Diverses, sa Correspondance, 
etc., mais sans résultat aucun, au point de vue de ce que nous aurions voulu décou- 
vrir. 



QUESTIONS ET RÉPONSES 



Question. — « Auditeur », au sens de coinptal)Ie chargé d'examiner des comptes 
et de constater s'ils sont exacts, n'est pas français. M. l'abbé Blanchard dit, dans 
la Reçue Canadienne, qu'il faut remplacer « auditeur » par « expert-comptable l. 
« Expert-comptable » a-t-il ce sens ? 

Réponse. — Nous pensons que M. l'abbé Blanchard veut que 
« expert-comptable » prenne la place de « auditeur » dans l'annonce 
des comptables qui volontiers se chargent de vérifications de compte 
et qui, pour cette raison, se donnent la qualité d' « auditeurs ». 
Ils devraient, en effet, se dire « experts-comptables ». Mais, quand 
on choisit un expert-comptable pour faire la vérification d'un compte, 
il fait le travail d'un vérificateur tout simplement. Tels, les oflîciers 
des corporations municipales, que la loi appelle improprement 
« auditeurs », et qui sont rarement des experts-comptables mais 
toujours des vérificateurs. 



Question. — Le mot judicaillon est-il français ? Je le trouve dans un auteur 
moderne. 

Réponse. — En effet, vous trouverez judicaillon chez quelques 
romanciers du jour. Ce mot est-il français ? Il serait plus juste de 
demander : finira-t-il par être admis et lui donnera-t-on le droit de 
cité ? Pour le moment, ce diminutif méprisant du mot « juge » a 
paru utile à quelques-uns, qui l'ont employé, et sa forme est fran- 
çaise ; c'est tout ce qu'on peut dire. 

A. B. 



215 



LE "SANG DE FRANCE " 



III 

Un Chef 

Il gît là, pantelant, brisé, mort à demi ; 
Mais il veille et s'observe, en gardant un tel culte 
De lui-même, qu'il tient la pitié pour insulte : 
Il s'offre au fer sauveur, mais sans être endormi. 

Sa chair entre en révolte et ses nerfs en tumulte : 
Mais pour un vrai vaillant le corps, c'est l'ennemi. 
Il mord sa lèvre ardente, et, sans qu'il ait gémi. 
Son œil suit le scalpel qui le burine et sculpte. 

Aux glaives bien trempés s'ajustent les fourreaux. 
Jamais Rude ou Puget, pour créer un héros. 
N'eussent mieux fait saillir les muscles d'un beau torse. 

Seul maître de son cœi^r, son esclave et son fief, 

A la douleur qu'il dompte il mesure sa force. 

Puis il se rend hommage et sourit. — C'est un Chef. 



216 



LE « SANG DE FRANCE » 217 



IV 

Blessures cachées 

Qui, hors Dieu, voua connaît, douleurs des cœurs meurtris. 
Martyres sans témoins des âmes mutilées. 
Ruines sans espoirs des tendresses croulées 
Dont ne doit nul printemps ranimer les débris ? 

Qui sait, femmes, parents, qu'un coup brusque a surpris. 
Dont les deuils sans éclat glissent, têtes voilées. 
Tout ce qui monte en vous de plaintes refoulées. 
Ce qui revient pleurer de chagrins mal taris f 

Et c'est vous, maternels supplices, agonies 
Sur qui pèse un silence, angoisses infinies 
Des grands blessés d'amour que ronge un souvenir. 

C'est vous, dès que la Paix sourira tendre et fière. 
Qu'au monde respirant devra d'abord bénir 
Le chant des prisonniers rendus à la lumière l 

Gustave Zidler. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS 

DU JEU DE BALLON AU PANIER 

{Basket Bail) 



Le jeu de ballon au panier (Basket Bail) est d'origine absolu- 
ment américaine. Son histoire commence en 1891, quand le Dr 
L.-H. Gulick, conférencier en psychologie à l'école pirimaire de la 
« Y. M. C. A.)), à Plainfield, Mass., suggéra, comme exercice d'in- 
vention, un jeu qui se conformerait à certaines conditions. Le 
même soir, un de ses élèves, James Naismith, prenant note des 
conditions hypothétiques pour un jeu d'intérieur — superficie 
limitée, nombre limité des concurrents — également applicable aux 
deux sexes, etc., s'appliqua à résoudre ce problème et inventa le 
ballon au panier. Le jour suivant, on le mit en pratique dans la 
salle des conférences, avec l'aide des membres de la classe de gym- 
nastique. De là il se répandit dans les succursales de la « Y.M.C.A.» 
et en trois ou quatre ans dans d'autres clubs athlétiques et dans le 
public en général. 

Le premier traité des règles du jeu fut publié en 1892. Dans 
ce manuel, se trouve un intéressant dessin d'une cour de ballon au 
panier, où l'on voit un groupe de joueurs essayant de loger un 
ballon dans un panier à pêches, fixé au mur à une hauteur de dix 
pieds du ])lancher, pendant qu'un certain nombre d'autres s'efforcent 
d'empêcher le coup. Le nom du jeu, ballon au panier, viendrait 
donc du fait que les buts, dans lesquels il faut jeter le projectile 
pour marquer un point, furent d'abord de véritables paniers. 

Aux États-Unis, ce divertissement jouit d'une très grande 
vogue dans les collèges, les écoles supérieures et les « Young men's 
Christian Associations ». Ce jeu .se joue aussi beaucoup dans les 
écoles et collèges de jeunes filles. — On le pratique au Canada 
depuis 1892. Dans ces dernières années .surtout, plusieurs collèges 
et clubs athlétiques canadiens-français l'ont adopté. 

Il ne manquait à ce jeu qu'un vocabulaire français. C'est 
pour combler cette lacune que nous avons dressé le lexique qui 
suit. 

218 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU BALLON AU PANIER 219 

LE BALLON AU PANIER 

{Basket Bail) 

I. LE CHAMP DU JEU 

Fond, dossier Backhoard, background, acreen. 

Paniers Baskets. 

Lignes limites Boundary Unes. 

Cage Cage. 

Cercle de milieu, d'engagement. Center circle. 

Cour (Une) Court. 

Lignes de fond End line$. 

Ligne du champ Field Une. 

Champ du jeu Field of play. 

Ligne de quinze pieds Fifteen-foot Une. 

Allées de réparation Foid lanes, free throw Unes. 

Lignes de réparation Foui Unes, freejhrow Unes. 

Buts Goals. 

Supports, appliques Brackets. 

Filet Net. 

Cercle Ring. 

Allée Lane. 

Banc, banquette des joueurs .... Players' bench. 

Lignes de côté Side Unes. 

Montant, poteau do but Upright post. 

B. LES POSITIONS 

1. — Extérieures. 

Entraîneur, instructeur Coach, instriictor. 

Amateurs Fans (Janatics). 

Juge de ligne, de place Linesman. 

Directeur, gérant Manager. 

Officiels, fonctionnaires Officiais. 

Juge-arbitre, juge du jeu Référée. 

Marqueur, marqueur adjoint. . . . Scorer, assistant scorer. 
Chronomètre, chronométreur ; 

chronométreur adjoint Timekeeper, timer ; assistant time- 

keeper. 

Arbitre, juge des joueurs Umpire. 

2. — Intérieures. 

Foncier Back, guard. 

Capitaine Captain. 



220 LE PARLER FRANÇAIS 

Centre, milieu Center. 

Centre sauteur Jumping center. 

Fort gauche Left forward. 

Foncier gauche Left guard. 

Fort droit Right forward. 

Foncier droit Right guard. 

C. LES ACCESSOIRES 

Chaussette de force Ankle supporter. 

Ballon, ballon au panier Bail, basket bail, sphère. 

Vessie Bladder. 

Gaine de cuir Case {Leather). 

Ballon officiel Officiai hall. 

Ceinture Belt. 

Pantalons bouffants (pour filles). Bloomers. 

Coudière, cubitière, protège-cou- 
des Elbow guard, elbow protector. 

Timbre Gong. 

Porte-ballon Holder. 

Maillot ; Jersey. 

Genouillère élastique Knee bandage. 

Genouillère Knee cap, knee pad, knee protector. 

Matinée (pour filles) Middy. 

Culottes Pants. 

Livre de pointage Score-book. 

Maillot, manches longues Shirt {Long sleeves). 

Maillot, sans manches Shirt {Sleeveless) . 

Souliers Shoes. 

Semelles à succion, à aspira- 
tion Suction soles. 

Chronogaphe, tachymètre, comp- 
teur enregistreur Stop watch. 

Supporteur Supporter. 

Chandail, tricot Sweater. 

Poucier Thumb protector. 

D. LE JEU 

Essayer un panier Attempt a basket (To). 

Arrière-champ Back-field. 

Tape d'arrière Backward tap. 

Ballon hors jeu Bail out of bounds. 



VOCABCLAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU BALLON AU PANIER 221 

Coup de bord liank ahot. 

Taper le ballon Bat the bail ( To). 

Bloquer un coup Block a shot ( To). 

Bondir Bounce {To). 

Encaisser Boxing up. 

S'échapper Break away {To). 

Pousser un adversaire hors du 

chemin Bump an opponent eut of the way 

{To). 

Grouper, agrouper Bunching. 

Eiicager le ballon Cage the bail {To). 

Crier l'arrêt Call lime {To). 

Attraper le ballon Catch the bail {To). 

Attrapeur Catcher. 

Charger Charge {To). 

Contenir le jeu Check the play {To). 

Cercler Circle {To). 

Entraîner, exercer Coach {To). 

Combinaison Combination. 

Marquer, jouer un adversaire. . . Cover an opponent {To). 

Croisé Criss-cross. 

Élan Dash. 

S'élancer Dash {To). 

Ballon mort Dead bail. 

Passer le ballon Deliver the bail { To) . 

Jeu brutal Dirty play. 

Joueur frappé d'incapacité Disqualified player. 

Fautes frappant d'incapacité. . . . Disqualifying Jouis. 

Biaiser Dodge {To). 

Fautes doubles Double Jouis. 

Jeu de déplacement double fon- 
cier Double guard shijt play. 

Chassé (Un) Dribble {A). 

Chasser Dribble { To). 

Chasseur Dribbler. 

Pousser le ballon Drive the bail {To). 

Feinte Fake, Jeint. 

But du champ Field goal. 

Faire sauter une pièce de mon- 
naie pour le choix des buts. . . . Flip a coinjor choice oj goals {To). 

Suivre le ballon Follow up the bail {To). 

Faute, coup nul Foui. 

But de réparation Foui goal. 



222 LE PARLER FRANÇAIS 

Fausser un joueur Foui a player (To). 

Tireur de coup de réparation. . . . Foui shooter. 

Etre libre Free ( To be). 

Coup franc Free throw. 

Essai franc de but Free trial for goal. 

Manque (Une) Fumble (A). 

Manquer Fumble ( To). 

Partie Game. 

Partie douce Clean game. 

Partie confisquée Forfeit, forfeited game. 

Partie de ligue League gam.e. 

Partie de concours Match game. 

But Goal. 

But de réparation Goal from offence. 

But du champ Goal from ihe field. 

Tireur, lanceur de buts Goal thrower, goal tosser. 

Jeu de galerie Grand stand playing. 

Parer un coup Guard a shot ( To). 

Parer autour Guarding around. 

Faute de parade Guarding foui. 

Parer dessus Guarding over. 

Couper . . Hacking. 

Demie (Première, Seconde) Half {First, Second.) 

Ballon tenu Held bail. 

Tenu ! Held hall ! 

Tenu à deux (Ballon) Held in tie {Bail). 

Tenir Holding. 

Position de fort Home position. 

Embrasse (Une) Hug. 

Embrasser le ballon Rugging the bail. 

En jeu In bounds. 

Intervention Interférence. 

Intermission Intermission. 

Jongler avec le ballon Juggle the bail. 

Saut Jump. 

Ballon de saut Jump bail. 

Sauteur ., Jumper. 

Faute de ligne Line foui. 

Alignement Line-up { The). 

Lancer le ballon Lob the bail { To). 

Courber le ballon Loop the bail {To). 

Courbe (Une) Loop throw. 

Se séparer d'un adversaire Lose an opponent { To). 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU BALLON AU PANIER 223 

Arbitrer une partie Officer a game (To). 

Hors jeu Ont of houndu. 

Coup courbe dessus Overhand loop shot. 

Coup de longueur dessus Overhead drive. 

Jet dessus Overhead toss. 

Jeu en sus Overtime play. 

But propre Own goal. 

Passe (Une) Pa.ts (A). 

Passe double dessus Double overhead pas». 

Passe simple dessus Single overhead pass. 

Passeur Pa.t.ier. 

Pénalité Penalty. 

Période Period. 

Période en sus Extra period. 

Faute ])ersonnelle Personal foui. 

Jouez ! Play l 

Jouez le ballon et non l'homme ! Play the bail and not the manl 

Jouer pour la galerie Play to the grandstand (To). 

Planelier de jeu Playing floor. 

Condition de jeu (En) Playing forni (In). 

Partie finale, la finale Play-off (The). 

Piocher Plug away ( To). 

Lancer le ballon sur le fond Plug the bail at the backboard (To). 

Faiseur, gagneur, marqueur de 

points Point-gainer, point-getter. 

Pousser Pushing. 

Quintette Quintet ( The). 

Recouvrer le ballon Recover the bail (To). 

Calendrier, échelle des parties . . . Schednle. 

Marquer Score {To). 

Faire, gagner, marquer un but, 

un panier Score a goal, a basket ( To). 

Inscrire, pointer les points de la 

l)artie dans le livre de pointage Score the points of the game on the 

score-book (To). 

Résultat, pointage égalisé Score tied. 

Se faire marquer Scored on ( To be) . 

Pointage Scoring. 

Mêlée Scrimmage. 

Condition (En) Shape {In). 

Tirer, lancer Shoot {To). 

Tireur, lanceur Shooter, shot. 

Coup, tir Shot. 



224 LE PARLER FRANÇAIS 

Épauler Shouldering. 

Battre ^ Slugging. 

Escouade, équipe Squad. 

Coup courbe droite Straight loo-p shot. 

Substitut Substitute. 

Entraver Tackling. ' 

Retrancher du temps Take oui tivie ( To) . 

Tape Tap. 

Taper le ballon Tap the bail (To). 

Équipe Team. 

Équipe concurrente Contesting team. 

Équipe chez elle Home team. 

Équipe visiteuse Visiting team. 

Co-équipier Team-mate. 

Jeu d'équipe, jeu d'ensemble. . . . Team play, team work. 

Fautes techniques Technical fouis. 

Trois dedans Three men in. 

Jet (Un) Throiv {A). 

Lancer, jeter vers le panier Throw for the basket (Ta). 

Remise en jeu Throw-in ( The). 

Lanceur Thrower. 

Remetteur en jeu Thrower-in. 

Partie nulle, partie égale Tie, tie game. 

Ballon à deux Tie bail. 

Pointage, résultat égal Tie .score. 

Temps retranché Time ovt. 

Toucher la ligne du pied Toe the Une ( To). 

Ballon lancé en l'air Thrown-up bail. 

Coup franc Toss {free throw). 

Décider à croix ou pile le choix 

des paniers Toss for choice of baskets (To). 

Jeter le ballon en l'air Tose the bail, toss the bail up ( To). 

Jet (Le), engagement (L') Toss-up (The). 

Ruses Tricks. 

État (En), condition (En) Trim (In). 

Donner un croc-en-jambe Trip (To). 

Essai de but Try at or for goal (A). 

Jet dessous Underhand toss. 

Haleine Wind. 

Alfred Verreault. 



LES LIVRES 



I 



Henri d'Ables. Une romancière canadienne. Paris (Ëditions de la Pentée 
de France, 74, rue de Seine), 1914, in-8, 38 pages. 

Belle étude sur Laure Conan, « la première romancière que le 
Canada ait produite » et « un écrivain de race »... « notre première 
femme-écrivain, la première en date et la première par la .supériorité 
du talent ». 

Ce travail avait paru d'abord dan.s la Pensée de France de juillet 
et septembre 1914. 



L'abbé Jean Laoardère. Haut le» Cœurs! Paris (Téqui, 82, rue Bonaparte), 
1916. in-12, 223 pages. 

Ce livre est un cri d'espérance et une parole consolatrice. 

Aux femmes qui pleurent devant l'âtre éteint, l'auteur adresse 
la première partie de son ouvrage : Les larmes consolées. 

Aux vaillants qui combattent, il fait entendre des Chants 
d'épée. 

L'abbé Lagardère est aumônier militaire, et son livre a été vécu 
sur place. 



L'abbé Etienne Blanchard. Catalogue spécial de Philologie française. 
Montréal (au Devoir), 1915, 40 pages. (Prix : 20 sous, chez l'auteur, 331, rue 
Sainte-Catherine-Est, Montréal.) 

Ce catalogue a été préparé, dit une note, « pour les collèges », 
et « cette destination explique l'omission d'ouvrages à caractère 
universitaire » comme l'Histoire de la langue française de Brunot, 
la Grammaire de Meyer-Lubke, la Grammaire de Nyrop, etc. On 
y trouve pourtant la Grammaire d'Ayer, les Principes de philologie 
comparée de Sayce, le Cours de linguistique de Bergman, la Philo- 
logie du langage de Regnaud, etc. Ces ouvrages auraient pu être 
avantageusement remplacés par d'autres, plus récents ou meilleurs. 

Nous ne comprenons peut-être pas très bien quels services ce 
catalogue est destiné à rendre ; mais il ne nous paraît pas établi 
avec le soin qu'il eût fallu y apporter pour qu'il fût vraiment utile 
dans les collèges. 

225 



226 LE PARLER FRANÇAIS 

L'abbé Etienne Blanchard, P. S. S. Mille mots illutlrét ou Gravures et 
Mots. Montréal, 1915, in-16, 14c. X 22c., 111 pages. 

Gravures et explications, illustrant un milier d'objets usuels 
et les étiquetant de leurs noms français. Parler aux yeux, tel a 
été le but de l'auteur. L'auteur avait publié dans la Revue Cana- 
dienne quelques pages de ce livre nouveau. 

Un index rend les recherches faciles. 

Cet ouvrage peut servir à enrichir notre vocabulaire. 



L'abbé Lionel Groulx. Nos luttes constitutionnelles. Montréal (au Devoir), 
1915. 

Deux conférences données à l'Université Laval, à Montréal, le 
3 novembre et le 1er décembre 1915 : I La Constitution de l'An- 
gleterre — Le Canada politique en 1791. II La Question des 
subsides. 



Mme A.-B. Lacerte. Contes et Légendes. Ottawa (Imp. Beauregard), 
1915, iii-8°, 15c. X 23c., 199 pages. 

Ce livre est « dédié aux enfants ». 

Mais faut-il vraiment tant de fées pour plaire aux tout petits ? 
On peut parfois, pour les endormir, conter aux enfants un petit 
bout de légende de ce genre ; mais il ne faut pas écrire cela, à moins 
de savoir écrire pour les enfants — ce qui n'est pas facile. 

Ce ne sont pas là les contes qu'il faut aux petits Canadiens 
français. 

Ajoutons cependant que quelques sujets religieux sont bien 
choisis, et que souvent les vers de Mme Lacerte valent mieux que 
sa prose. 

Le volume est illustré. . . malheureusement. 



Les Sonnets de la Guerre. (Paris, Émile-Paul Frères, 100, rue du Faubourg 
Saint-Honoré), 1916, in-16, 350 pages. 

Les Œuvres d'Assistance aux Mutilés de la guerre se créent et se 
développent tous les jours : parmi les plus intéressantes se placent 
les Ateliers- Écoles de rééducation professionnelle des blessés qui 
1 ermettent aux soldats amputés de retrouver dans le travail leur 



LES LIVRES 227 

autonomie physique et morale, le bonheur dans l'effort, l'aisance et 
la sécurité. 

Une initiative artistique vient aujourd'hui offrir au public la 
possibilité d'aider les organisateurs de ces œuvres admirables. Le 
livre des Sonnetti de la guerre, auquel ont collaboré d'éniinents poètes 
français, est vendu au profit de nos glorieux mutilés : il constitue 
donc à la fois un ouvrage littéraire de haute inspiration et une œuvre 
de gratitude. 

Nous avons pu publier, dans notre revue, quelques-uns des 
sonnets de guerre de M. Gustave Ziddler. Nos lecteurs seront 
heureux de le.s retrouver dans ce volume, à côté des vers de MM. 
Jean Aicard, Henry Bordeaux, Pierre de Bouchaud, Auguste Dor- 
chain, Charles Grandmougin, Henri de Régnier, Edmond Rostand, 
Miguel Zamacoïs, etc., etc. 



Chez Bloud et Gay (7, Place Saint-Sulpice, Paris), nouveaux 
volumes de la belle collection « Pages actuelles » : 

Pro Patria, par Victor Giraud. 

Le Service de Santé pendant la Guerre, par Joseph Reinach. 

La reine Elizabeth, par Maurice des Ombiaux. 

Chez les mêmes éditeurs, viennent de paraître : 

Près de nos morts, par M. l'abbé Thellieh de Poncheville : 
Vibrantes allocutions patriotiques. Les titres même sont éloquents: 
La messe de la division, et la Bénédiction des tombeaux. 

Arras sous les obus, par M. l'abbé E. Foulon. Album avec 
nombreuses et intéressantes gravures, et texte documenté. 



Etienne Dupont. Les Prisonniers de guerre anglais en France au XVIII' 
siècle. Paris (Boyveau et Chevillet), 1915, 12 pages. 

A l'aide de documents d'une authenticité incontestable, con- 
servés dans les archives de Mtre Huet, notaire à Saint-Malo, l'auteur 
de cette étude fait connaître les conditions dans lesquelles vivaient, 
en France, les prisonniers anglais, détenus à la suite des prises mari- 
times ou des engagements navals, dans les premières années du 
XVI II" siècle. 

Adjutor Rivard. 



REVUES ET JOURNAUX 



La Revue des Indépendants, malgré l'absence de nombreux 
collaborateurs qui sont dans les tranchées, vient de faire paraître 
un beau « numéro de guerre ». 

La Revue publie, dans ce numéro, la liste glorieuse de quatre- 
vingt-sept écrivains français morts au champ d'honneur. 



Dans la Revue (45, rue Jacob, Paris ; 15 décembre 1915, pp. 
642-654), Mme Geneviève Bianquis publie une étude des plus sym- 
pathiques sur l'œuvre du « poète canadien », W.-H. Drummond. 

L'entreprise, en soi, est hardie. Prenez un peuple que la distance et les évé- 
nements ont séparé de son pays d'origine, un peuple conquis par un autre et qui ne 
veut pas mourir, qui accomplit ce prodige de garder un siècle et demi sa langue, ses 
mœurs, ses coutumes, et d'en garder même et surtout la saveur provinciale, normande 
ou picarde, gasconne ou provençale ; un peuple qui, par sa fécondité robuste et son 
rapide accroissement, force l'étranger à reculer peu à peu vers l'ouest et à lui aban- 
donner un territoire plus vaste que celui qu'il a jamais possédé. Mettez maintenant 
sur les lèvres de cette population rustique, fruste et joviale, un langage qui n'est pas 
le sien, qu'elle n'a appris que par l'oreille et pour les nécessités pratiques de l'échange 
et du commerce. Et essayez de lui faire dire, dans cet informe jargon, ses émotions, 
ses joies, ses chasses et ses aventures, ses souvenirs, ses espérances, son sentiment 
intime. La gageure semble paradoxale. Ou bien nous sommes obligés d'admettre 
la fiction implicite que voici : le poète écoute et reproduit, du mieux qu'il peut, des 
récits recueillis de la bouche même des paysans et qu'ils lui font en anglais, habitués 
qu'ils sont aux voyageurs britanniques, si pauvres linguistes en général. 

Cette fiction est la réalité même . . . 

Non. Malheureusement pour l'œuvre de Drummond, cette 
fiction n'est qu'une fiction. Jamais aucun « voyageur britannique » 
n'a pu entendre chez nous quoi que ce soit qui ressemblât, même de 
loin, à cet informe jargon. 



Les Annales du 28 novembre 1915 contenaient un article de 
M. Maurice Barrés sur Nos frères canadiens, avec illustrations : 

228 



REVUES ET JOURNAUX 229 

secours envoyés en France par la province de Québec, et valeur des 
soldats canadiens sur les champs de bataille. 



M. l'abbé Blanchard, dans un bon article sur le français et 
l'annonce (Revue Canadienne, décembre 1915, p. 556), fait la guerre 
à un certain nombre d'anglicismes tenaces. 



De M. Emile Hinzelin, dans la France de Demain (reproduit 
par le Mémorial de la Loire, Saint- Etienne, Loire ; 25 novembre 
1915) : 

Parmi les Canadiens qui arrivent à Salonique, il en est qui parlent la pure 
langue française du XVII' siècle et qui ne savent guère que cette langue-là. Leurs 
noms sont aussi les plus français du monde. On nous présente des Laurier, des 
Poirier, des Pommier, des Boulanger, des Boucher, des Charron. Voilà même les 
noms tout militaires du temps jadis : Lafieur, Bontempg, Jolicœur, comme dans les 
« Gardes françaises » de la chanson. Un Fanfan la Tulipe se trouvera peut-être 
parmi les cent mille hommes nouveaux que le gouvernement général du Canada 
lance en avant ! i 



LE CONCOURS DU "PETIT CANADIEN" 



Le Petit Canadien fait connaître, dans son numéro de décembre, 
le résultat du concours qu'il avait ouvert et que nous avions annoncé 
à nos lecteurs. 

Voici la liste des vainqueurs : 

Premier prix : M. Sylva Clapin, Ottawa. 

Deuxième prix : Rév. F. Marie-Victorin, Longueuil. 

Mentions : Mlle Germaine Cordon, Montréal ; M. Lionel Mon- 
tai, Montréal ; Mlle Fernande Choquette, Saint-llilaire ; M. Da- 
mase Potvin, Québec. 

Le Petit Canadien publie le travail de M. Sylva Clapin, intitulé: 
L'attaque du calvaire. 



Li:XIOlJE 

CAN ADIEN-FRA N Ç.i I S 
(Suite) 



Mécher (mêeé) v. intr. 

1° Il Aller vite. Ex. : Les chars mèchent — vont grande 
vitesse. — Quand on a eu passé les côtes, ça méchait = nous allions 
très vite. 

2° Il Travailler dur, longtemps. 

Mécredi (mekrœdi) s. m. 

Il Mercredi. 

Vx Fr. « La plus saine opinion et le meilleur usage est non 
seulement de prononcer, mais d'écrire mécredi sans R », Vaugelas. 

DiÀL. Mécredi se dit en Normandie, Robin, Moisy, Revue 
des P. P., I, 107 ; en Saintonge, Éveillé ; dans l'Anjou, Verrier ; 
dans le Centre, Jaubert. 

Mécher (méeé) v. tr. 

Il Moucher (la chandelle). 

Mêdalle (mêdal) s. f. 

Il Médaille. 

DiAL. Id., en Anjou, Verrier. 

Médée (médé) nom propre. 

Il Amédée. 

DiAL. Id., en Normandie, Maze, Moisy. 

Médi (médi) s. m. 

Il Midi. 

DiAL. Id., en Normandie, Moisy, Rev. des P. P. I, 114 ; 
en Picardie, Vaultrin ; dans le Poitou, Fabre ; dans le Centre, 
Jaubert ; dans le parler bournois, Roussey. 

230 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 



231 



Mégârd {mêgd:rd) s. f. 
Il Mégarde, inadvertance. 

Mékerdi {mekœiri) s. m. 

Il Mercredi. 

DiAL. Id., dans le Bas-Maine, Dottin ; dans l'Anjou, Ver- 



rier. 

Fr.-can. Aussi mékardi, merkerdi. 

Mêlage {melà:g) s. m. 

Il Mélange, confusion, «nchevêtrement, emmêlement. 

Mêlaillage {meldyà.g) s. m. 
Il Mélange, confusion. 

Mélailler {meldyé) v. a. 

Il Mélanger. 

DiAL. Melayer, mélanger, dans l'Anjou, Verrier. 

Mélangeage {melàjà:j) s. m. 
Il Mélange. 

Mélangeaillage {melàjàyà.-j) s. m. 
Il Mélange. 

Mélangeailler {melàjdyé) v. a. 
Il Mélanger. 

Mêlé imeU). part, passé 

1" Il Embrouillé, qui a perdu le fil de ses idées. Ex. : Il a 
dit deux, trois mots, puis il est devenu rmlé, il n'a pas pu con- 
tinuer. 

DiAL. Mêlé — indécis, perplexe, dans le Bas-Maine, Dottin. 

2° Il Train mêlé = train omnibus. 

Mêler (mêlé) v. a. 

Il Embrouiller, faire perdre à quelqu'un le fil de ses idées. 
Ex. : Tais-toi donc, tu me mêles, je ne sais plus quoi dire. 



232 LE PARLES FRANÇAIS 

Mélie (méli). nom propre. 

Il Amélie, nom de femme. 

DiAL. Même aphérèse de l'a en Normandie, Moisy; dans . 
l'Anjou, Verrier. 

Mélieu {mélyé) s. m. 

Il Milieu. 

DiAL. Id., en Normandie, Moisy ; Saintonge, Éveillé ; 
Anjou, Verrier. 

Méloné (mélbné) s. m. 

Il Mortadelle, gros saucisson. 
Fr.-can. Cf. Belloné, maloné. 

Melton (mèltô) s. m. 
' 1 1 Molleton, étoffe épaisse et moelleuse. 

Meman {mœma) s. f. 

Il Maman. 

Di.'VL. Id., en Anjou, Verrier. Man = m. s., Bresse, Guil- 
lemaut. 

Membrage {mâbrà:j) s. m. 

1 ° Il Action de construire la membrure d'un navire. 

2° Il Membrure ; ensemble des varangues, des couples, qui 
forment la carcasse d'un navire, des morceaux qui forment la car- 
casse d'une voiture. — Par ext.: Membrages d'un cheval, d'une porte. 

3° Il L'ensemble des patins d'un traîneau. Ex. : Le membrage 
est trop large. 

Membre {mà:br) s. m. 

1° Il Patin (d'une voiture, d'un traîneau). 

2° Il Député. Ex.: Notre membre n'a pas parlé de la session. = 
Notre député n'a fait aucun discours pendant la session du parle- 
ment. — M. X., est membre du comté de Z = est député pour le 
comté de Z. . . — M. le membre du comté de X. voudra bien. . . = 
M. le député du comté de X. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 233 

Même (à) (a mè:m) loc. 

I " Il Aux dépens de . . . 

DiAL. Id., dans le Bas-Maine, Dottin. 

2° Il (Pris absol.) Libre de... 

Même (de) {de mt:m) loc. adv. 

II Ainsi, ainsi donc. Ex. : De même, c'est décidé, nous n'y 
allons pas? = Ainsi donc, c'est décidé... — De même, ça peut 
faire. 

Même (la) chose {la mé:m e6:z) loc. adv. 

Il Quand même, pareillement. Ex. : S'il fait mauvais, j'y 
vas la même chose = quand même. 

Di.\L. Id., en Normandie, Delboullb, Robin, Moisy. 
Fk.-can. Syn. : pareil. 

Même {même) s. f. 

Il Grand'mère. 

DiAL. Même se dit avec le même sens dans l'Anjou, Verhieb ; 
le Bas-Maine, Dottin ; la Normandie, Orain. 

Memène {memèn). s. f. 

Il Faire memène = se promener (t. enfantin). 

Mement {màmà) s. m. (Aussi memin.) 

Il Moment. 

DiAL. Memin, m. s., en Normandie, Orain. 

Memère {mémér) s. f. 

1° Il Grand'mère. 

Dial. Memère, m. s., dans l'Anjou, Verrier ; la Picardie, 
Corblet, Haigneré ; la Bresse, Guillemaut ; la Normandie, 
Delboulle. 

2° Il Commère, personne bavarde. 

Menable {mnab) adj. 

Il Qu'on peut conduire, diriger. Ex. : Ce cheval n'est pas 
menable = est hargneux. — Enfant qui n'est pas menable = dé.so- 
béissant, - — Ouvriers qui ne sont pas mettables... — 



234 LE PAKIiER FRANÇAIS 

Menasse (mnas) s. f. 
Il Mélasse. 

Menée {mœné) s. f. 

I ° Il Quantité de foin ou de grains que le faucheur fauche d'un 
coup de faulx. 

2° Il Chacune des parties d'un champ abattue par le faucheur 
l'une après l'autre. 

Fb.-can. Syn. : Ondée. — S'emploie aussi par les laveuses. 
Ex. : Je vais laver mon plancher en trois menées. 

Mener (mœné) v. 

1° Il Aller vite. Ex. : J'te dis que c'train là, ça mène = ça 
va vite. — C'est une p'tite jument qui m£ne = qui va vite. 

2° Il Mener le diable = faire le diable à quatre, faire beaucoup 
de bruit. 

3° Il Mener le diable à quelqu'un = faire du bruit pour le taqui- 
ner, l'ennuyer. 

4° Il Mener un air, une chanson = chanter. Ex. : Il mène 
bien une chanson = il chante bien une chanson. — Mener une 
chanson sur l'air. 

DiAL. Id., dans le Centre, Jaubert. 

5° Il Se promener (terme enfantin). Ex. : Veux-tu aller 
mener = veux-tu te promener ? 

DiAL. Id., dans l'Anjou, Verrier. 

6° Il N'en mener pas large = se dit de quelqu'un qui est faible, 
malade, ou faible d'esprit. 

Mener (mené) v. intr. 

II Conduire un cheval. 

Menette {mànèt) s. f. 

1° 11 Menotte, petite main. Ex. : Donne ta petite menette = 
donne ta petite main. 

DiAL. Id., dans le Bas-Maine, Dottix. 

2° 11 Homme qui s'occupe de travaux de femmes, qui a des 
manières féminines. 

DiAL. Id., dans le Bas-Maine, Dottin. 

Meneur de malle {mœnàr dà mal) s. m. 
Il Courrier. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 235 

Menoire {mànwè:r) s. f. 

1° Il Limon, chacune des deux pièces de bois droites, fixées 
au devant d'une voiture, et entre lesquelles on attelle le cheval; 
brancard. Ex. : Mettre le cheval dans les menoires = le mettre 
dans les limons, dans le brancard. 

Fb.-can. Cf. : Travail. 

2° Il Être dans les menoires = être à la besogne. Ex. : Cesse 
donc de critiquer, c'est pas toi qu'es dans les menoires. 

Menon (mtiô) s. ta. 
Il Melon. 

Menoque (mànôk) s. m. 

Il Espèce de tabac très fort, mais de bon arôme, préparé à 
la main. 

Menotte (mànbt) s. f. pi. 

Il Mitaine, petit gant de femme qui ne couvre qu'une 
partie des doigts. 

Menteuse {mâtâ:z) s. f. 

1° Il Couverture d'oreiller. 
2° Il Plastron postiche. 

Menteux {maté) adj. 

Il Menteur. 

DiAL. Id., en Normandie, Moisy, Maze, Delboulle ; dans 
le Centre, Jauuert. 

Ménuit {menwit, ménwit, viiniùit) s. m. 

Il Minuit. 

DiAL. Id., dans le Centre, Jaubeut ; l'Anjou, Verrier ; 
le Bas-Maine, Dottin ; la Normandie, Moisy. 

Menuserie (mnuzri) s. t. 

Il Menuiserie. 

DiAL. Id., en Normandie, Moisy, Delboulle; dans l'Anjou, 
Verrier ; dans le Centre, Jaubert. 



236 LE PARLER FRANÇAIS 

Menusier (mnuzyé) s. m. 

Il Menuisier. 

DiAL. Se dit en Normandie, Moisy, Delboulle ; dans 
l'Anjou, Verrier ; dans le Centre, Jaubert ; dans la Saintonge, 
Éveillé. 

Menute {mênut) s. f. 
Il Minute. 

Méquerdi {mékàrdi) s. m. 

1 1 Mercredi. 

Dial. Id., dans l'Anjou, Verrier ; le Centre, Jaubert ; 
le Haut-Maine, Montesson ; la Bresse, Guillemaut ; le patois 
lorrain, Dubois. 

Méquier {mé^é) s. m. 

Il Métier. 

Dial. Id., dans le Maine, Dottin, Montesson ; la Nor- 
mandie, Dubois. 

Merci à {mèrsi a). 
Il Grâce à. 

Vx FB. Id., GUÉBIN. 

Mère {mé:r) s. f. 
liXÉpouse. 

Merise (petite) {ptit mriz) s. f. 
Il Fruit d'une espèce de merisier. 

Merquedi {merkèdi) s. m. 

Il Mercredi. 

Dial. Id., Normandie, Maze, Orain, Delboulle. 

Mésan (mézâ) s. f. 
Il Maison. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 237 

Méson (mézô, mèzS) a. f. 

Il Maison. 

DiAL. Id., Normandie, Maze. 

Messieutrie {màsyétri) s. f. 

Il Les messieurs, les notables. Ex. : Toute la messieutrie 
était là = tous les gros bonnets, tous les gens notables, tous les 
messieurs étaient là. 

Mezur (mœzM.-r) s. f. 

Il Une mesure = ^ de minot. 

Mesure {mœzu:r) s. f. 

Il Projet de loi. Ex. : Faire passer une mesure à la Chambre. 
— (Cf. Ang. measure.) 

Mesure (à la) (a la mœzu-.r). 
Il A tour de rôle, à mesure. 

Mesure {mézu:r) s. f. 

Il Mesure. 

Dial. Id., Normandie, Maze. 

Mesurement {mœzurma) s. m. 
Il Mesurage, action de mesurer. 

Mesurer (mézurê) v. tr. 

Il Mesurer. 

Dial. Id., Normandie, Maze. 

Métail (métay) s. m. 
Il Métal. 

Meter (mi.-tér) s. m. Ang. 

Il Compteur (à gaz, à eau), mécanisme renfermé dans un réci- 
pient et destiné à mesurer le cube d'eau, de gaz qui le traverse ; 
cube qu'il indique en mètres sur un cadran. 



238 LB PARLER FRANÇAIS 

Métif (méiif) s. m. 

Il Métis. 

Fr. Vieilli, Larousse, Darm. 

Fr.-can. Relevé à Détroit par le P. Pothier, en 1773. 

Métive (métiv) s. i. 
Il Métisse. 

Métive {métiv) s. f. 

Il Moisson, époque de la moisson. 
DiAL. Id., en Saintonge, Éveillé. 

Métiver (métive) v. tr. 

Il Couper à la faucille, couper à la faulx, moissonner. 
DiAL. Id., en Saintonge, Eveillé. 

Métiveuse {métivé:z) s. f. 

Il Fille ou femme qui coupe à la faucille. 

Métrial (métriàl) adj. 

Il Dur, brutal. Ex. : C'est un bon garçon, mais il est un peu 
métrial pour les animaux. 

Mette -germain {met jèrm^) adj. 

Il Issu de germain. Ex. : Cousin mette-germain. 
Fr.-can. Aussi mède-germain. 

Mettre {met) v. tr. 

Il Admettre, supposer. Ex. : Mettons qu'il vienne. 



(à suivre) 

Le Comité du Glossaire. 



PARLONS MIEUX 



DISONS PLUTOT QUE 

Les midinettes <" Les filles de « factrie ». 

Les cigaxières Les filles qui travaillent dans les 

shop de cigares. 

Les tisserandes Les weaveuses. 

Les correspondancières Les sténographes (chargées de la 

correspondance avec la clien- 
tèle). 

Un joyeux drille Un type funny. 

Butter Renchausser (des légumes). 

Cheval ensellé Cheval qui a le dos en sleigh. 

Quotidien Tous les jours. 

Hebdomadaire Toutes les semaines. 

Mensuel Tous les mois. 

Annuel Tous les ans. 

Bimensuel, bisannuel Tous les deux mois, tous les deux 

ans. 

Semi-mensuel, semi-annuel. Deux fois par mois, par an. 

Voyer une scie Donner du chemin à une scie. 

Boisvert, dit I^averdure Boisvert, alias Laverdure. 

Joseph Lacoste père Joseph Lacoste senior. 

Joseph Lacoste fils Joseph Lacoste junior. 

Joseph Lacoste aîné Joseph Lacoste senior. 

Joseph Lacoste jeune Joseph Lacoste junior. 

Un détret Un étau à main. 

Tiges de maïs Sucets de blé d'Inde. 

Maïs en faisceau Blé d'Inde en stock. 

Fanes de pommes de terre Cotons de patates. 

Râpe de maïs Coton de blé d'Inde. 

Conservateur d'hypothèques. Registrateur. 

Chaussure hydrofuge ('haussure qui prend pas l'eau. 

Un épandeur Un étendeur de fumier. 



'" Nom donné, à Paris, aux jeunes ouvrières qu'on voit sortir en grand nombre, 
à midi, de leurs ateliers. 

239 



240 !•■ PABLEB FRANÇAIS 

Le museau d'un chien, d'un 

brochet Le nez d'un chien, d'un brochet. 

Le mufle d'un bœuf Le nez d'un bœuf. 

Les naseaux d'un cheval Le nez d'un cheval. 

Le groin d'un porc Le nez d'un porc. 

Le boutoir d'un sanglier Le nez d'un sanglier. 

La hure d'un sanglier La tête d'un sanglier. 

Etre enchifrené Avoir le nez morveux. 

Le camionnage de notre mé- 
nage a coûté dix piastres Le mouvage de notre butin a 

coûté dix piastres. 

Moteur breveté Engin patenté. 



ABRÉGEONS 



{suite et fin) 

Un misanthrope Quelqu'un qui déteste la société' 

Un anglophobe Quelqu'un qui déteste les Anglais- 
Un russophohe Quelqu'un qui déteste les Russes. 

Un mégalomane Quelqu'un qui a la manie des 

grandeurs. 

Un numismate Un amateur de monnaies. 

Un philatéliste Un amateur de timbres. 

Être polyglotte Parler plusieurs langues. 

Une nation bilingue Une nation qui parle deux lan- 
gues. 

Un peuple unilingue Un peuple qui ne parle qu'une lan- 
gue. 

Un bisoc Une charrue à deux socs. 

Polygame Qui a plusieurs femmes. 

Bigame Qui a deux femmes. 

Un sexagénaire, un septuagénaire, 
un octogénaire, un nonagénaire, 

un centenaire Un homme qui a soixante, soi- 

ante-dix, quatre-vingts, qua- 
tre-vingt-dix, cent ans. 

Etienne Blanchard, p. s. s. 



i 



Vol. XIV. No 6, Février. 1916, *"'♦* 

DANS LA TEMPÊTK 



f 



J'entends siffler le vent, le vent de la montagne. . . 
La nuit sera terrible ; et ceux qui sont là-bas. 
Sans feu, loin des voisins, ne trembleront-ils pas. 
Au sifflement du vent, du vent de la montagne ? . . . 

Les arbres dépouillés sont tordus et s'écrasent ; 
Les toits fléchissent, lourds de neige et de glaçons, 
Et les enfants, hagards, grelottent de frisson. 
Quand, tordus par le vent, les grands arbres s'écrasent. 

Il fait noir ; des chemins on ne voit plus la trace . . . 
Deux hommes, père et fils, haletants et meurtris. 
S'égarent, et personne, hélas! n'entend leurs cris. . . 
Dans les chemins « boulants » on ne voit plus leur trace. 

Les voyageurs perdus errent à l'aventure ; 
Des femmes tout en plexirs invoquent Dieu pour eux : 
« Sauvez, ô Dieu puissant, de l'ouragan affreux. 
Les voyageurs perdus errant à l'aventure ! » 

Vont-ils périr ainsi, gelés, dans la tempête. 
Marchant sans retrouver la route du foyer ? . . . 
. . . Ils tombent, demi-morts, l'un sur l'autre appuyé. 
Pour périr loin des leurs, gelés, dans la tempête . . . 

La rafale obscurcit encor la nuit sans lune ; 
La « poudrerie » élève, accumule en gros « bancs » 
La neige qui tournoie, échevelée, au vent . . . 
La rafale obscurcit la nuit, la nuit sans lune. 

Mais dans une, « éclaircie » à leur secours on vole ; 
Il est temps! Épuisés, ils dorment engourdis. . . 
Levant vers leurs sauveurs des yeux appesantis. 
Dans V « éclaircie » ils voient qu'à leur secours on vole. 

Le vent souffle toujours, le vent de la montagne. . . 
Auprès des lits bien chauds où sont les voyageurs, 
La femme et les petits remercient le Seigneur. . . 
Et le vent souffle encor, le vent de la montagne . . . 

Arthur Laçasse, ptre. 
Saint-Tite-des-Caps, février 1916. 

241 



INOTRE SÉANCE PUBLIQUE ANNUULE 



Mercredi soir, 2 février, la Société du Parler français donnait 
à l'Université Laval sa séance publique annuelle. Ce fut, comme 
toujours, un grand événement artistique, à la fois littéraire et musi- 
cal. Un auditoire compact, l'un des plus nombreux que nous ayons 
réunis, remplit la salle des Promotions, et applaudit nos orateurs et 
nos musiciens. Cette démonstration de sympathie prouva encore 
une fois que l'œuvre de la Société du Parler français est une œuvre 
populaire, opportune, et qu'elle réunit dans une commune appro- 
bation nos concitoyens. Un tel spectacle était bien de nature à 
convaincre, si cela eût été encore nécessaire, les directeurs de la 
Société qu'ils peuvent toujours compter sur l'encouragement du 
public de Québec. 



Quelques minutes après huit heures, notre président, M. le 
docteur Dagneau, professeur à l'Université Laval, faisait son entrée 
dans la salle des séances, accompagné de Nos Seigneurs Roy, arche- 
vêque auxiliaire de Québec, Mathieu, archevêque de Régina, Belli- 
veau, archevêque de Saint-Boniface, Cloutier, évêque des Trois- 
Rivières, Forbes, évêque de Joliette, Brunet, évêque de Mont- 
Laurier, Latulippe, vicaire apostolique du Témiscamingue et Mgr 
François Pelletier, recteur de l'Université. De nombreux person- 
nages ecclésiastiques et laïques de distinction prirent aussi place aux 
premiers rangs de l'auditoire, entre autres Madame Caron, épouse de 
l'honorable ministre de l'Agriculture, l'honorable M. Némèze Gar- 
neau, conseiller législatif, Mgr Bourret, vicaire général de Nicolet, 
Mgr Ross, vicaire général de Rimouski, MM. les chanoines Lindsay, 
Gignac, Pelletier, Huard, de Québec, M. J.-M. Tellier, député de 
Joliette, M. F.-X. Gosselin, protonotaire à Chicoutimi, M. le doc- 
teur M. Fiset, échevin de Québec, M. J.-N. Miller, secrétaire du 
département de l'Instruction publique, M. Chs-J. Magnan, ins- 
pecteur général des écoles, M. l'abbé Jutras, curé de la Baie-du- 
Febvre, M. l'abbé Sylvio Corbeil, principal de l'École normale de 
Hull, M. l'abbé Desrosiers, principal de l'École normale Jacques- 
Cartier, M. l'abbé Laferrière, représentant le Séminaire de Saint- 
Hyacinthe. 

242 



NOTKE SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 243 

Sur l'estriiclf, dont les sièges des côtés et du fond étaient occupés 
par les élèves pensionnaires du Petit Séminaire, la Société Sympho- 
ni(|ue de Québec avait groupé ses artistes et ses amateurs, une cin- 
<iuantaiiie. Cette société avait, comme d'habitude, répondu avec 
le [)lus bienveillant empressement à l'invitation que nous lui avions 
faite, de se joindre à nous pour la fête annuelle du Parler fran(,ais. 
Comme d'habitude aussi, elle nous fit ,de l'excellente musique, 
et elle contribua à donner à notre soirée cette note de bon goût, 
d'exquise distinction qui fait le charme particulier de nos séances 
publi(iues. M. le président pouvait, dès le début de la séance, 
adresser à nos amis de la Société Symphonique, nos plus vifs remer- 
ciements ; nous étions sûrs de la valeur exceptionnelle de leur 
concours. 



La séance publique offrait à nos lecteurs le programme suivant : 

1 " Ouverture « Guillaume Tell » RossiNi 

La Société Symphomique de Québec 

2° Allocution du Président M. le docteur Calixte Dagneau 

3° Pour nos « blessés de l'Ontario » — Poésie. 

M. l'abbé Arthur Laçasse, curé de Saint- Tite-des-Caps 

4° Allegro et finale de la Symphonie No 5 Beethoven 

La Société Symphonique de Québec 
5° Les noms géographiques de la Province de Québec. 

M. l'abbé Henri Simard, professeur à V Université Laval 

6° a) Petit mari et petite femme Bizet 

(pour quintette à cordes) 

b) Fantaisie sur Madame Butterfly Puccini 

La Société Symphonique de Québec 
7° La Ligue des droits du français au Canada. 

M. le docteur Joseph Gauvreau, Séc. de la Ligue, à Montréal 

o canada, dieu sauve le roi 

Ce programme a été brillamment exécuté. Après le morceau 
d'ouverture, qui fut particulièrement goûté, M. le docteur Dagneau, 
notre président, souhaita la bienvenue à l'auditoire. Il lui fit très 
délicatement remarquer que sa présence si assidue, toujours si nom- 
breuse, est pour la Société du Parler français, un honneur, une 
louange et un encouragement. Il rappela l'œuvre patriotique dont 



344 LE PARLER FRANÇAIS 

s'occupe les directeurs et les membres de la Société, et insista sur 
la partie scientifique de notre travail On sait que le comité d'étude 
de la Société du Parler français s'applique à étudier scientifiquement 
notre vocabulaire canadien-français ; il en dresse une liste qui 
sera le glossaire projeté depuis longtemps, et il établit autant que 
possible l'état philologique de chacun de nos vocables qui ne figu- 
rent pas au dictionnaire de la langue française. 

On a pu s'étonner, comme l'a fait observer notre président, que 
la Société immobilise une partie de ses forces dans ce travail de 
cabinet ; il ne faut pourtant pas le lui reprocher. Ce travail est 
utile ; il est même nécessaire ; il n'a pas empêché, du reste, la 
Société de porter son action sur un terrain d'ordre plus pratique, 
et de faire la guerre, une guerre nécessairement longue, et souvent 
une guerre d'endurance, aux irrégularités, aux défauts parfois très 
regrettables de notre parler. Mais il n'est pas au pouvoir de notre 
Société — et il n'était pas sans à propos de le faire remarquer — 
de détruire sur les lèvres de nos compatriotes, même sur des lèvres 
de gens instruits et appartenant à nos classes dirigeantes, telles ou 
telles façons de s'exprimer qui sont incorrectes ou vulgaires. Il 
faut toujours bien tenir compte de la liberté individuelle en pareille 
matière, liberté qui est souvent liée elle-même à des coutumes, à 
des habitudes familiales ou traditionnelles difficiles à déraciner. 
Malgré tout, et même sur ce terrain pratique, la Société a fait une 
œuvre qu'il ne faut pas oublier, et elle est résolue à la poursuivre. 

M. le docteur Dagneau a annoncé à notre auditoire du 2 février, 
que cette année 1916 verra très probablement paraître le premier 
fascicule du Glossaire. 

Après l'allocution du président, M. l'abbé Arthur Laçasse, curé 
de Saint-Tite-des-Caps, lut un poème inédit dédié à "nos blessés de 
l'Ontario". Nos blessés de l'Ontario, ce sont nos compatriotes cana- 
diens-français qui, dans la province voisine, anglaise et intolérante, 
souffrent persécution pour la langue française, et sont, de par une Idî 
injuste, amputés de leur droit de faire enseigner à leurs enfants le 
parler maternel. 

M. l'abbé Laçasse a lu avec grand succès ses strophes animées 
du meilleur souffle. Il s'est heureusement inspiré de la fière résis- 
tance des persécutés de l'Ontario, et il a dit en des vers éloquents 
et précis les générosités de l'âme française. A plusieurs reprises 
l'auditoire a souligné de vigoureux hémistiches, et il a applaudi 
vivement lés strophes finales. Nous publierons ce poème qui fait 
honneur au patriotisme et au talent du poète des Laurentides. 



NOTRE SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 245 

M. l'abbé Henri Simard a traité des A'om* géographiques de 
la Province de Québec. On verra, en lisant son étude très documen- 
tée et très spirituelle, qu'il a surtout voulu signaler à qui de droit 
la trop grande bizarrerie de beaucoup de nos noms géographiques. 
Il n'y a pas que des noms sauvages qui déparent notre vocabulaire 
géographique, et le font souvent rébarbatif ; il n'y a pas que les 
noms anglais qui ont trop envahi notre province, faisant croire à 
l'étranger que Québec est une terre peuplée de Saxons ; il y a aussi 
des noms français, ou réputés tels, qui sont de mauvaise venue, de 
mauvais goût, et qu'il serait opportun de changer. M. l'abbé Simard 
en a cité abondamment. On pourra peut-être discuter l'opportu- 
nité de changer certains noms qui ont été signalés par le conféren- 
cier, mais l'auditoire a paru unanime à reconnaître la justesse des 
principes posés, et aussi l'a propos de la plupart des condamnations 
qui ont été suggérées. 

Il y a surtout un point, une bizarrerie, une mode, une manie 
qu'il faut condamner, pro.scrire, qu'on ne saurait trop ridiculiser, 
parce que le mal est grave et .se généralise, c'est l'habitude de coller 
le mot inlle à un nom propre quelconque pour en faire le nom com- 
posé et nouveau d'une municipalité rurale quelconque. Nos vil- 
lageois, qui sont pris du mal séparatiste de s'ériger en une munici- 
palité distincte de la municipalité paroissiale, sont vraiment frappés 
depuis un certain nombre d'année de stérilité ou de monomanie 
verbale. On croit avoir fait neuf et avoir fait grand quand on a 
pris le nom d'un monsieur, curé, maire, député ou ministre, et qu'on 
y a ajouté l'inévitable appendice ville. C'est pauvre comme inven- 
tion, c'est antifrançais comme procédé — la langue française répu- 
gne à la juxtaposition des substantifs pour former des mots compo- 
sés — et c'est très anglais ou très américain comme méthode ou 
comme manie. Lisez l'étude de M. Simard, et vous verrez des 
échantillons de notre littérature géographique qui sont du meilleur 
ridicule. Si l'on veut faire honneur à Cartier, à Papineau, à Plessis 
ou à Laurier, en donnant leur nom à un bourg ou à un village, que 
l'on dise donc Cartier, Papineau, Plessis ou Laurier ; c'est si simple ! 
Pourquoi accrocher à ces noms qui sonnent si bien, qui sont si fran- 
çais, l'appendice banal et inutile ville, et dire Cartierville, Papineau- 
ville, Plessisville, Laurierville, et jusqu'à... Bernierville et Saint- 
Ag apitville ? 

Le travail de M. l'abbé Simard a très vivement intéressé l'au- 
ditoire. Espérons que les idées qui y sont exprimées se répandront, 
et que le bon sens et le bon goût français finiront par triompher 
de toutes les manies et de toutes les vanités municipales. 



246 LE PARLER FRANÇAIS 

M. le docteur Joseph Gauvreau a été le dernier orateur de la 
soirée. On pourra toujours confier au docteur Gauvreau la tâche 
parfois risquée de monter le dernier à la tribune. Nul ne sait 
comme lui captiver et charmer avec des idées et avec de l'esprit 
un auditoire depuis deux heures attentif. L'orateur avait à parler 
d'une œuvre qui lui est particulièrement chère : la Ligue des droits 
du français, fondée à Montréal en 1913. Il nous en raconta l'origine, 
les débuts, les moyens d'existence et d'action ; et son récit fut agré- 
menté de détails piquants, de menus faits caractéristiques, de 
réflexions spirituelles qui furent applaudis. Nous reproduirons 
cette intéressante relation. 

La Ligue des droits du français est née d'une inspiration pre.sque 
semblable à celle qui créa la Société du Parler français. Elle se 
préoccupe surtout des moyens pratiques de faire respecter les droits 
de notre langue dans les différents services du commerce, de l'in- 
dustrie, dans la littérature des annonces et des administrations publi- 
ques. L'excellence de la cause qu'elle défend, le zèle, le dévouement 
de ses membres lui ont déjà assuré de précieux succès. La Société 
du Parler français a été heureuse de fournir au diligent secrétaire 
de la Ligue l'occasion de dire au public de Québec l'œuvre si oppor- 
tune à laquelle il se dévoue. Elle applaudit, comme l'auditoire 
du 2 février, à la croisade entreprise, et elle souhaite voir s'élargir 
de plus en plus le champ d'action des vaillants croisés. 



A dix heures et demie, le programme de la séance étant épuisé, 
la Société Symphonique exécuta les hymnes : Canada, Dieu sauve le 
Roi. L'auditoire se dispersa, emportant, nous l'espérons, de bonnes 
et patriotiques pensées. Que nos amis du 2 février nous permet- 
tent de leur renouveler aujourd'hui l'expression de notre vive 

gratitude. 

C. R. 



NOTES 

POUR SERVIR A L'ÉTUDE DE LA PHONÉTIQUE 
CANADIENNE-FRANÇAISE 



Nous avons déià cherché, par quelques exemples, o à démon- 
trer que les produits phonétiques franco-canadiens se rattachent 
presque tous à quelque étape de l'évolution classique des sons latins, 
soit qu'ils remontent directement au vieux français, soit qu'ils cor- 
respondent à un développement dialectal parallèle. Nous ne vou- 
lons, dans ces Notes, que présenter quelques faits dont l'analyse 
devrait conduire à la même conclusion. 

Pour ceux qui connaissent, si peu que ce soit, l'histoire de notre 
parler populaire, il n'est pas nécessaire de dire que les phénomènes 
phonétiques de chez nous sont secondaires. Si donc nous prenons 
comme point de départ le latin, ce n'est pas pour prétendre que son 
action se soit exercée directement sur notre parler, mais uniquement 
pour chercher à découvrir à quel point a pu se produire la bifurca- 
tion entre l'évolution classique et la nôtre, et par là déterminer la 
naissance plus ou moins légitime de nos produits. 

Les sons étudiés ne sont pas tous nécessairement des types de 
formes similaires : les plus intéressants sont sans doute ceux dont 
le traitement est applicable à toute une série de formes similaires, 
mais il se rencontre aussi beaucoup de cas isolés. 

Il faut ajouter que, dans presque tous les cas, la forme classique 
est aussi connue. 



<" Études sur les Parlers de France au Canada, p. 60. 

247 



248 LB PARLKB FRANÇAIS 

PHONÉTIQUE DE L'A 

(ordre descendant) 

I. A LIBRE TONIQUE 



1. — A 


(+ labiale persistante) — 


► œ 


Ex. : 








SAPA — > sœv 


[ = sève) 




LABRA — * lœvr 


' = lèvre) 




CAPRAM — > eàvr 


= chèvre) 




CRAMAM — > krœm 


' = crème) 




CAPUM -+ eèf 


; = chef) 




AMAT — > œ7n 


= aime) 




* GRAVA — > grœv 


^ = grève) 




* ACCAPAT — > aeœv 


= achève) 




GRAVAT — > grœv 


= grève) 



En français classique, le traitement de Ta libre tonique ( + 
labiale) est normal et donne régulièrement è : navem —* nèf ( = 
nef). 

Le fr.-can. œ est le produit d'une labialisation qui s'explique 
facilement. Cette labialisation a pu s'effectuer ici ; elle a pu aussi 
nous venir de France. 

A la fin du XVI^ siècle, Ve suivi de la labiale v se prononçait, 
dans certains mots, par un son voisin de œ. Lanoue écrit que les 
mots à terminaison en - eve, comme achevé, parachevé, etc., « se 
prononcent indifféremment de toutes les deux façons », par e féminin 
et par e fermé. Et, en 1604, Jean-Baptiste Du Val, dans l'Eschole 
françoyse, dit que « Ve féminin se monstre en ces mots levé, achevé, 
relevé, crevé, esleve, où il semble. . . comme sourdement prononcé 
dans la bouche. » <'> 

2. — (palatale -\- ) k -^ à, œ, é, u. 
Ex. : 

CASA -^ eà, eœ, ce, eu ( = chez) 

Le traitement de I'a de casa, influencé par la palatale, devait 
donner ie (diphtongue descendante) au V° siècle, ie (diphtongue 
ascendante) au XII", e au XIV% et au XVI" é en finale directe. 



"' A défaut d'indication plus précise, les citations de grammairiens et de 
lexicographes sont empruntées à Thurot. 



NOTES POCR Li'ÉTUDE DE LA PHONÉTIQUE 249 

Aussi trouve-t-on les formes attestées suivantes : chieae, chièa, 
chea, chez. 

Aucune des étapes de l'évolution de caaa ne paraît donc justifie^ 
la forme ece. Il est vrai que des grammairiens l'ont autrefois relevée, 
mémo à la Cour, au XVII" sièrlo, mais pour la condamner. C'est 
ainsi que Vaugelas écrit : « Deux mauvaises prononciations qui 
sont très communes, mesme à la cour. L'une de ces mauvaises 
prononciations est de dire cheuz voua, cheuz moy, cheuz luy, au lieu 
de dire chez vous. . . et je ne puis comprendre d'où est venu cet u 
dans ce mot.» Le Jésuite grammairien, Laurent Chifflet, dans .son 
Traité de la prononciation, donne, en 1659, ce conseil : « Ne pro- 
noncez jamais cheuz au lieu de chez, comme cheuz moy.)) En 1687, 
Thomas Corneille, dans ses Remarques sur la langue françoise de 
Monsieur de Vaugelas, fait la même observation : « Il y en a qui 
prononcent encore cheuz vous pour chez vous, ce qui est très mai .» 
QucKiues années plus tard, en 1694, De la Touche {l'Art de bien parler 
frauçois) met encore en garde contre cette mauvaise prononciation : 
« Il ne faut pas imiter ceux ((ui prononcent cheuz au lieu de chez. » 

Au XVIII" siècle, les grammairiens avaient peut-être réussi à 
chasser cheuz du langage des iionnêtes gens ; car, en 1761, Féraud 
ne met dans son Dictionnaire grammatical de la langue française 
que cet avertissement : « Dans certaines provinces on dit cheuz .» 

La forme fr.-can. est donc dialectale. 

La labialisation a dû se produire sous l'influence de la chuin- 
tante. On peut conclure de là que eœ nous est venu des parlers du 
centre de la France, et que la labialisation n'a pu se produire avant 
le VHP siècle, époque où se termina l'évolution du c initial ( + a) 
en te, ou même avant le XIII", alors que ce groupe perdit son élé- 
ment dental. 

3. — A + palatale — » ê. 
Ex. : 

M AGIS —* mé ( = mais) 
FACERE -^ fé:r ( = faire) 
TACEKE — ♦ te:r ( = taire) 
et les formes similaires. 

Dans l'évolution classique, a + palatule a produit une diph- 
tongue, d'abord descendante (au V" s.), puis ascendante (au XI'), 
qui a été réduite, au XVP, et a donné le son moderne c. Mais, 
jusqu'à la fin du XV'Il'' siècle, la prononciation du groupe ai a 
hésité entre é et è. De 1542 à 1705, les grammairiens ont discuté 
là-dessus : Péletier, Poisson, Oudin, Mourgues, Régnier tenaient 



250 LE PARLER FRANÇAIS 

pour la prononciation par é fermé ; Meigret, Ramus, Saint-Liens, 
Lanoue, Maupas, ChifHet, Duez, Hindret, De la Touche, pour la 
prononciation par è ouvert. Cette dernière a prévalu. 

Mais il n'est pas étonnant que la prononciation par é se retrouve 
chez nous. 

Un cas particulier se présente dans le traitement fr.-can. de 
I'a + palatale du mot ahanea : 

A + pal. (de aranea) — » a) é 

b) à 

c) i 

d) tombe. 
Ex. : 

ARANEA — > a) aré^è ( = araignée) 
" — » b) aràné ( = " ) 
" — * c) ari^é ( = " ) 
" — > d) arné ( = " ) 

a) ARANEA — > arér^é. C'est le cas que nous venons d'étudier : 
A -|- pal. — > é. 

Richet, en 1680, dit : « Prononcez arégnée .» 

b) ARANEA — > aràné. L'a tonique de aranea paraît avoir 
d'abord été traité comme entravé par I'e en hiatus ; d'où aragne, 
relevé aux XVI° et XVII" siècles par Joubert, Monet et Thomas 
Corneille, et aragnée qu'on trouve chez Tabourot, Thomas Corneille, 
Monet et Alemand. « A l'égard d'aragnée, dit ce dernier dans ses 
Nouvelles Observations (1688), il peut passer .» Aragne a vieilli, 
mais on le trouve encore dans La Fontaine (X, 6) : 

La pauvre aragne n'ayant plus 
Que la tête et les pieds, artisans superflus. 
Se vit elle-même enlevée. 

Notre aragnée est donc du grand siècle. 

c) ARANEA —* ari'Q.é. Tandis que la diphtongue ai, sortie de 
A + pal., évoluait vers le français moderne par aé -^àè — >cè — >è 
( = ai), une autre évolution parallèle pouvait s'effectuer par ai — > H 
— » éi — > a — > i. Le contact des deux évolutions s'établirait donc 
au XI" siècle ; mais nous avons pu recevoir notre forme, ariné du 
XVII'= siècle. En effet, on trouve arignée en 1549 chez Robert 
Estienne, et au XVII" siècle dans Oudin, Alemand, Richelet. 
Ménage (1672) attribue cette prononciation au peuple ; Alemand 
écrit : « On peut souffrir à des Parisiens arignée, pourvu que cela 
ne passe pas le discours ordinaire .» L't a persisté dans érigne 
(vx), érine, instrument de chirurgie. 

d) ARANEA — » arr^é. Une étape peu importante sépare arir^é 
de ar^é. Nous l'avons franchie. 



NOTES POUR l'Étude de la phonétique 251 

4. — A (du suff. -ariam) — ♦ yé, v. 

Ex. : 

CALDARIAM — ♦ cagé:r ( = chaudière) 
BERBiCARiAM — » bàrjé:r ( = bergère) 
et les formes similaires, sauf 
•LEVi ARIAM qui dounc, par substitution de suffixe, léjàrt ( = légère) 

Yé et (après e ou j) é, c'est l'étape précédant immédiatement 
l'étape française moderne, et qui a prévalu du XII' au XVI'' siècle. 
Ce n'est qu'entre le XVI" et le XVIII'' siècle que I'a du suffixe 
-AHiAM est devenu yè et (après c ou j) è ; il avait d'abord donné 
yé et é ; et jusqu'au XVIII*", la prononciation par é fermé était 
courante. Ainsi écrivaient Péletier, Baïf, Saint-Liens, Lanoue, 
Corneille, D'AUais, au XYI" siècle. Au XVII", Hindret attribue 
1'^ ouvert à la terminaison -ière ; mais la prononciation hésitait, et 
Dobert écrivait, en 1650, dans ses Récréations litcrales et mystérieu- 
ses : (( Les môz terminés an ière ne s'accorderont pas bien avec les 
terminés en ère. D'autant ke sens-là font sonner évidemment à la 
pénultième 1'^ masculin, é sens-si Vè troèzième .» En 1705, Régnier 
et Billecoq en 1711 font encore \'e de la terminaison -iere masculin. 
L'Académie même, en 1740, écrit les mots en -iere avec un accent 
aigu ; mais dans le second volume de son Dictionnaire, elle les écrit 
avec un accent grave. 

On pourrait multiplier encore les témoignages de cette hésita- 
tion entre é et è, hésitation qui explique bien la persistance de la 
prononciation yé chez nous. 

5. — A ( -f- nasale persistante) — » i. 

Ex. : 

PORCELLANA — > porselin ( = porcelaine) 
GERMANA —^ jarmiti ( = germaine) 

L'évolution classique de a ( -f- nas. persistante) donne : aa 
—* ae —* ai (desc.) — > ai (asc.) -^ è ( = ai). Il serait possible de 
supposer, à partir de la diphtongue ascendante ai (XVI" siècle), 
une évolution parallèle aboutissant à i. Mais les deux cas cités 
ci-dessus comme exemples sont isolés, et il faut plutôt y voir le 
résultat d'une substitution de suffixe ( -ina). 

Pour le premier de ces mots, au moins, la substitution s'est 
faite en France. En effet, on trouve dans VAlfabet nouveau de la 
vrée et pure orthografe. fransoize de Robert Poisson, publié en 1609, 
les formes porseline, porceline et pourceline ; et Marguerite Buffet, 



252 LE PARLER FRANÇAIS 

en 1668 {Nouvelles observations sur la langue française), écrivait : 
« plusieurs prononcent pourceleine, il faut dire porceline ». D'autre 
part, Richelet (1680) dit : « La plupart des faïanciers de Paris et 
presque tout le petit peuple dit porceline, mais c'est le mauvais 
usage .» De même, en 1696, De la Touche condamne cette pronon- 
ciation. 

6. — A + nasale (en finale directe) — > é, à. 

Ex. : 

MANUM -^ mé { = main) 
" ^ ma ( = " ) 
et tous les mots similaires. 

Régulièrement, A ( + nas.) — > aa — > ae — * ai — > è ( + nas.) = è 
(en finale directe). 

Mais l'hésitation entre è et é pour la prononciation du gr. ai 
après la réduction de la diphtongue, a également affecté la pronon- 
ciation de la voyelle nasalisée. Au XVP siècle, Meigret écrit : 
« A cete diphthong' ay et succédé ei par e clos tellement qu'au- 
jourd'huy nous prononçons . . . pein, mein ... as lieu dès qels vous 
écrivez. . . pain, main. . . Leur prononciation n'èt point aotre qe 
d'un e clos accompagné d'un i en une même syllabe .)) Et Ram- 
baud, en 1578, écrit prochain, pain, main, etc., par e fermé marqué 
du .signe de la nasalité. 

é est donc un souvenir de l'étape immédiatement antérieure 
à l'étape française moderne è. 

Quant au produit 5, il est dialectal. Il a dû sortir d'une diph- 
tongaison du son è ; en effet, on relève encore dans le normand les 
formes mêê, mâS, ma. (Voir Atlas dialectologique de Normandie, 
par Guerlin de Guer, pp. 80 et 81.) Nous avons pu recevoir ma 
directement du normand ; mais la diphtongaison a pu aussi bien 
se produire au Canada. 

7. — - (pal. + ) .\ -}- nas. (en finale directe) — > yé, yâ. 

Ex. : 

CANEM — » cyê ( = chien) 

" — > cî/â ( = " ) 

et les produits similaires. 

Il n'y a à noter ici que les influences déjà mentionnées à l'article 
précédent. 



NOTES POUR l'Étude de la phonétique 263 



8. — A (= a) + h —* 6. 
Ex. : 



= fanal) 
= animal) 
= quintal) 
= signal) 
= étal) 
= mal) 



ital. FANALE — » fànô 

ANiMALis — ♦ animô 

QUINTALE — » kil6 

* SIGNALE — » sinô 

gêna, stal — ► été 

MALUM — ♦ m6 

La plupart de ces formes sont rares, et peuvent être attribuées 
à l'influence du pluriel. Dans tous les cas, la vocalisation de 17, qui 
n'est régulière que dans le cas d'entrave, est ici anormale. Elle n'a 
lieu cependant que dans les mots où, en français, I'a latin a persisté. 
Or, cet adoucissement était pratiqué dans l'ancien français, et l'on 
en trouve des traces au XVIP siècle. L'Académie a écrit entau, en 
1694 et en 1740 ; elle n'a fait disparaître journau de son Diction- 
naire (|u'en 1762. 

9. — A ( = e ) + L -> (É, à, é. 
Ex. : 
QUALEM — » lié, Jiàl, Jfé, (= quel, quelle). 

Ce produit est dialectal. On le retrouve en Normandie, dans 
le Maine, dans la Saintongc, et les dialectes écrits du XIII* 
siècle attestent les formes queu, quieulx, queulle, etc. C'est en effet 
du XP au XV° siècle que se produisit la vocalisation de Yl dans les 
groupes él et èl ; or, à cette époque l'e de quel, étant fermé, devait 
nécessairement donner dé. Nous avons donc pu recevoir notre 
forme ké directement des patois français. 

Mais il est possible aussi que ké soit de fabrication canadienne. 
Nous l'aurions alors tiré du français quel prononcé par é fermé, c'est- 
à-dire kél ; telle était, en effet, la prononciation de quel au XV!' 
siècle et jusque dans le XVII" siècle. (Meigret écrit : qél, leqél, 
et Péletier : quel, auquel, lequel, etc.) Ce n'est qu'au XVII' siècle 
que Ve sorti.de I'a tonique libre {+ l), fermé au XII' siècle, s'est 
ouvert. 

Or, la prononciation du XVP siècle laissait souvent tomber 1'/ 
de quel : il restait ké, produit populaire que l'on trouve chez le petit 
peuple jusqu'au milieu du XYIII" siècle. Duez enseignait que 
communément on supprime VI devant une consonne ; Buffier dit 
(|ue, dans le discours familier, on prononce que' monstre ; Antonini 
et Mauvillon relèvent aussi cette prononciation. Il n'est donc pas 
étonnant de retrouver cette forme ké chez nous, où cependant elle 
est assez rare. 



254 LE PARLER FRANÇAIS 

Pendant que le français classique ouvrait Ve de quel et que le 
français populaire laissait tomber 17, les dialectes maintenaient 
la voyelle fermée, vocalisaient la consonne, et régulièrement abou- 
tissaient à kà. Cela a pu se produire aussi bien chez nous. La 
vocalisation a dû s'effectuer d'abord quand quel était immédiate- 
ment suivi d'un mot commençant par une consonne {Ve se trouvant 
alors en position) ; puis devant une voyelle, on conserva le son ce, 
mais, pour éviter l'hiatus et peut-être sous l'influence du français, 
on restitua au mot VI qui s'y trouvait déjà sous une autre forme ; 
après avoir dit : ké ta (= quel temps), on dit : ké l bm (= quel 
homme), et au pluriel ké z bm (= quels hommes) — ce qui fait 
croire qu'en effet VI est intercalaire. 

10. — A (H- »■ persistante) — > é. 
Ex. : 

MARE —> mé:r (= mer). 
CLARUM — > Hé.r (= clair). 
PATREM — > pé:r (= père), 
et les mots similaires. 

C'est l'étape française du XI' au XYl' siècle. On prononçait 
alors mer, klér, pér, etc. Même, dans un bon nombre de mots, Ve 
resta fermé jusqu'au milieu du XVIII' siècle. 

Péletier écrivait : père, mère, chère, clér, mér, etc. Lanoue et 
Meigret faisaient de même. Oudin et ChifHet : père, mère et frère. 
L'Académie, en 1740, écrivait compère mais père, amère mais mère, 
chère mais confrère, etc. 

Le produit canadien é n'est donc qu'une forme attardée. 

(J'ai étudié ailleurs la diphtongue fr.-can. àè .-, représentant 
I'a tonique libre (-f- r). {Études, p. 67.) 



II. A LIBRE ATONE 

11. — A (-1- r) ->a. 

Ex.: 

CLARITATEM — » klèrté ( = clarté) 
germ. tharjan — > tèrir ( = tarir) 

fr. CLARINE -|- ETTE — > Mèrinèt ( = clarinette) 

Dès l'époque du V' au X' siècle, a libre atone ( + r ) s'était 
maintenu ; et il a persisté depuis. 



NOTES POUR l'Étude de la phonétique 265 

Notre son è est-il dû, comme dans le normand, à l'influence de 
l'r? ou bien est-ce un débris du préjugé, répandu au XVII" siècle, 
grâce à quoi \'e paraissait |)lus doux que l'a ? Comme le rapporte 
Geofroy Tory, « les dames de Paris au lieu de a prononcent e bien 
souvent, quant elles disent : Mon mery est a la porte de Péris ou il se 
fait peier ». De même, Henri Esticnne attribue aux courtisans et 
aux femmes de la cour la substitution de Ye à l'a. Aussi, trouve- 
t-on clerté dans Robert Estienne, Péletier et Oudin ; terrir dans 
Palsgrave ; clairine, dans Monet. 

12. — A initial — ♦ œ. 
Ex. : 

esp. patata — ► pàtàk {— patate). 

C'est ici l'assourdissement — fréquent en français, quoique 
rare pour I'a — de l'atone en e féminin. 

13. — A (-1-0 ^ à. 

Ex. : 

FALLERE —* fhlwe:r (= falloir). 

VALEHE — ► vblwe:r ( = valoir). 

Dans ces formes et d'autres semblables, il faut ne voir, croyons- 
nous, que l'effet de la prononciation fr.-can. qui, secondairement, 
agit sur l'a ouvert français et le ferme plus ou moins, parfois jusqu'à 
l'assimiler à l'ô ouvert. 

14. — A initial — ♦ ô. 
Ex. : 
ital. AMORACCIARE — > àmuTaeé ( = amouracher) 
AGENTIARE — > âjàsé ( = agencer) 
AMALGAMARE — > amalgamé ( = amalgamer) 

Simple substitution, secondaire, de préfixe. 

A noter : a s'est conservé, chez nous, dans àrà.j ( = orange) 
<— arabe narandj. Narandj avait d'abord fait * arange ; c'est par 
étymologie populaire, sous l'influence de or, qu'orange s'est formé. — 
A s'est aussi conservé au futur des verbes habere : fàré ( = j'aurai), 
et * 8APERE : je sàré ( = je saurai ) ; c'était la prononciation au 
XVI" siècle, et même au XVH''. (Sylvius, Meigret, Robert Estien- 
ne, Baïf et Béze en témoignent.) 



256 LE PARLER FRANÇAIS 



15. — ( c +) A init. (+ lab. ) ^> w, u. 

Ex. : 

CAMiNATA — + ewiné, euné (= cheminée). 

Le produit régulier de ca initial atone est ee, comme dans 
CAMINUM — > chemin. 

eièiné est le résultat d'une nouvelle mise en marche, sous l'in- 
fluence de m, de l'évolution arrêtée avec le français cheminée. 

A noter : cavalla — > kœval, gèval ( = cavale), et caballum -^ 
jval, ejal, ce qui ne demande pas d'explication. 

16. — A init. (+ palatale ) — > a) é 

b) i 

c) é 

d) tombe 

> rézé ( = raisin) 

> rézô ( = raison) 

> plézi:r ( = plaisir) 

> jiyà ( = géant) 

> plizir ( = plaisir) 

> mézô ( = maison) 
• fl6 ( = fléau) 

Dès le XIP siècle, la diphtongue ai, sortie de A + pal., était 
réduite et se prononçait è. 

a) L'é fermé fr.-can. est ici semblable à celui que nous avons 
étudié plus haut, au No 4. Cette prononciation avait prévalu au 
XVII» siècle, et dès le milieu du XVI'' ; le bénédictin Joachim 
Périon écrivait dans son Dialogue, en 1555 : « Raisin. . .ita pronun- 
ciamus ut si resin scriptum esset .» 

b) Pour jiyà, il faut y voir sans doute le phénomène de Ve en 
hiatus équivalant à i et donnant naissance à ce dernier son. Plizir 
paraît être une simple exagération de l'assimilation notée en a). 

c) Mézô témoigne de l'influence de la nasale initiale. 

d) La réduction de l'hiatus ne s'est pas faite comme dans jiyà, 
sans doute parce que la prononciation ^é, qui avait prévalu au XVI* 
siècle a été apportée au Canada. « Prononcez le mot fléau comme 
sceau », disait Hindret. De la Touche condamne la prononciation 
fléau, et il ajoute, dans son Dictionnaire : (( On prononçoit autrefois 
fléau, mais il y a longtemps qu'on ne fait plus sentir l'e.» En 1718, 
l'Académie écrit fléau (sans accent). Et l'auteur anonyme des 



jX. 




a) 


* RACIMUM 




RATIONEM 




PLACERE 


b) 


* GAGANTEM 




PLACERE 


c) 


MANSIONEM 


d) 


FLAGELLUM 



NOTES POUR l'Étude de la phonétique 267 

Reflexions d'un Allemand, publiées en 1727, enseigne que fléau se 
prononce flô. Ce n'est donc qu'au XVIII'^ (Académie, en 1740), 
que la prononciation fléô a été définitivement reconnue. La persis- 
tance de flô chez nous s'explique donc facilement. 

III. A ENTRAVÉ 

17. — A{+r) -»à. 
Ex. : 

A8PARAGUM — ♦ àspàrj ( = aspcrgc) 

* CARPTiAT — » jars ( = gerce) 
h. ail. GARDA —* jàrb (= gerbe) 

* SARPA — ♦ sàrp ( = serpe) 
SARCOPHAGIUM — » sàr^ày (= cercueil) 
et les formes similaires. 

Nous avons vu que le français a connu la permutation de e et a ; 
mais la substitution de a à e, devant une entrave, était encore plus 
fréquente. Palsgrave écrivait déjà, en 1530, disparser, parsil, 
par ver se ment, pardris, parsonnage, etc. Sylvius et Oudin : jarcé. 
Robert Estienne : asparge. Tabourot et Lanoue : sarpe ; mais 
Richelet : « L'usage est pour serpe, mais pour sarpe il est suranné .» 
Cependant Bovelles disait aussi jarbe ; Lanoue, Oudin, Patru et 
Ménage : sarge. Et Vaugelas affirme : « Toute la ville dit serge, et 
toute la Cour, sarge .» Quant à sarcueil, on le trouve dans Oudin 
et dans Robert Estienne. C'était, encore à la fin du XVII" siècle, 
la prononciation de la Cour. 

A de ARTICULUM fait au Canada à; àrtèy (= orteil). C'est la 
prononciation du XVP" siècle, et ((ui a persisté jusqu'au XVII". 
Meigret en 1548, dans sa Traduction du Menteur de Lucien, Robert 
Estienne, en 1549, dans son Dictionnaire, Joubert, en 1579, dans son 
Traité du ris, Tabourot en 1587, Oudin en 1655, et Richelet en 
1680, dans son Dictionnaire, en fournissent des témoignages. 

Au contraire, armarium fait ici hrmweir, prononciation qui se 
rencontre aussi au XVI" et au XVIL" siècle, mais qui a toujours 
.semblé mauvaise aux grammairiens. (Voir le Dictionnaire français- 
latin de Robert Estienne, les Observations de Ménage, et le Diction- 
naire de Richelet.) 

Arrha — » è:r. C'est un archaïsme. Erres n'a disparu de 
l'Académie qu'en 1762. 



258 LE PABLER FRANÇAIS 

18. — A 4- L — * o, «, à. 
Ex. : 

a) PALMA — > pbm ( — paume) 
CALDARIA — * cbgé:r ( = chaudière) 

b) SAL8ICIA —> susis ( = saucisse) 
SAL + PULVEEEM + ARE — > supudré ( = saupoudrer) 

SALVUM — > »M ( = sauf) 

c) CALDARIA — > eayé:r ( = chaudière) 
EX + CALEFARE — + écafuré ( = échauffourée) 

La vocalisation de VI, dans le cas d'entrave, s'est produite dès 
le début de l'évolution classique. Mais la diphtongue au qui 
était par là sortie de a + L, s'est, dès le XVP siècle, adoucie en ao 
puis s'est réduite à o. 

Les produits fr.-can. notés ci-dessus sont donc purement dia- 
lectaux. 



. — A + nas. (+ nas.) —>■ à. 




Ex. : 




FLAMMA -^ flà:h 


( = flamme) 


GRAMMATiCA — » grâméiT 


(= grammaire) 



A + 2 nasales a donné 3 + nas. au XI' siècle ; et cette pronon- 
ciation s'est conservée jusqu'au XVII", pour grammaire et pour 
flamme. Témoins : Palsgrave (1530), R. Estienne (1539), Tabou- 
rot (1587), Lanoue (1596), Oudin (1655). Cf. h. flamber, flambée, 
flambeau. 

DAMNUM -^ damà:j, qui s'est dit autrefois. Palsgrave écrit : 
damaige. Rob. Estienne relève damage en Picardie. 

20. — A + nas. (+ tons.) — » ê. 
Ex. : 

cAMPi M —^eë{= champ) 
et foi mes similaires. 

Voir N° 6 ci-dessus. 

IV. A CONTRE-FINALE 

21. — A -» à. 
Ex. : 

SABATA + ARE — ♦ sàvàté (= saieler). 



NOTES POUR l'Étude de la phonétique 



259 



Dès le V" siècle, a contre-finale avait donné ê : sacramentum 
— > sairement — + serment; orphaninum —* orphelin. 

Notre i)rodurt ne peut donc se rattacher à aucun degré de l'évo- 
lution classique. 

Quant à balayer ( <— balan -f are ), la forme ancienne était 
balyé. « On dit aussi ballier, écrivait Ménage en 1672, et je l'ay 
souvent oui dire à M. Chapelain. » En 1688, Âlemand affirmait : 
« Le grand usage est pour balier, qui est plus court, plus net et plus 
commode. » Cette forme, qu'avaient déjà notée Palsgrave et Pas- 
quier (Lettre à M. Ramus) au XVI' siècle, était encore approuvée 
par Richelet au XYII"" : « Balier et balaïer sont bons tous deux, 
mais balier est plus en usage. . . parce qu'il est plus doux à l'oreille. » 

V. A PROTHÉTIQUE 



T2.— A 


-^à. 






Ex. 










fr. 


APPAUVRIR 


— + àpôvri.r 




fr. 


ABANDONNER 


— > àbâdoné 




fr. 


AVALER 


—* avalé 




fr. 


AFIN 


-*àfé 




fr. 


AVOISINER 

etc. 


— > âvwéziné 


23. — A 


tombe. 




Ex. 


; 








fr. 


APLANIR 


-^ plani.r 




fr. 


ASSOMBRIR 


—* sôbrv.r 




fr. 


ATTERRIR 

etc. 


-^ téri-.r 


24. — A 


-^ e. 






Ex. 


: 








fr. 


AGRANDIR 


-^ égràdi:r 




fr. 


ABASOURDIR 

etc. 


— > ébazur4i:r. 



Adjutor Rivard. 



UNE VEILLÉE D'AUTREFOIS 



M. Edmond-J. Massicotte, le sympathique artiste dessinateur, 
vient d'ajouter à ses compositions si connues et si appréciées un 
nouveau dessin : « Une veillée d'autrefois ». 

Comme pour « La bénédiction du premier de l'an », « Le réveil- 
lon », « La visite de l'Enfant-Jésus », M. Massicotte a su dessiner 
ici une scène bien typique de la vie canadienne d'autrefois, alors 
que nos pères savaient se reposer de leurs travaux par des récréa- 
tions aussi joyeuses que saines. Les types de tous les âges qu'il a 
campés dans son dessin, depuis le bambin ébahi qui regarde les 
danseurs habiles jusqu'au violonneux assis au coin de la grande table, 
sont dessinés avec une exactitude scrupuleuse et un souci du détail 
qui les font d'une ressemblance frappante ; quant au cadre, il suflBt 
à tous ceux qui connaissent bien nos maisons de paysans d'y jeter un 
coup d'œil pour les faire se dire : Comme c'est bien ça ! 

« Une veillée d'autrefois » a sa place marquée dans toutes les 
familles où la tradition canadienne-française est en honneur, et 
comme elles sont très nombreuses, le succès de la nouvelle composi- 
tion de M. Massicotte est dès maintenant assuré. 



260 



NOTRE FRONT 



ï'» 41 ,i' 



Au front haut, assuré, la personne s'estime. 

Interprète et garant d'une vaillance intime. 

Malgré les plis profonds qu'y grave un lourd burin. 

Ce front ne fléchit pas, ce front reste d'airain : 

Car c'est un front qui n'a pas peur, un front d'athlète. 

Où s'affirme un vieux sang loyal, où se reflète 

Tout l'honneur de la race avec sa volonté. 

On y lit les vertus, mais sans austérité. 

Tout ce qu'un idéal humain y peut inscrire : 

Des lèvres par instants y monte le sourire 

Le front — noblesse oblige — en avant, le premier. 

S'offre aux coups, — et, s'il faut qu'il rentre son cimier. 

Il montre que du moins, sous le ciel qui l'azuré. 

Rien n'est plus grand qu'un front saignant de sa blessure. 

La foudre et des volcans sur lui peuvent pleuvoir : 

Douloureux et meurtri, mais fidèle au devoir. 

Il laisse ruisseler sa pourpre à chaque tempe. 

Impassible lutteur, il se sent d'une trempe 

A supporter les poids des astres sans plier. 

Front de France royal et fait pour le laurier! 

Le front ne trompe pas. Aussi, France guerrière. 
Des libertés du monde intrépide ouvrière. 
Les peuples, mieux instruits de ce qu'ils te devront. 
Savent ce que tu vaux à regarder ton front ! 

Gustave Zidleb. 



261 



LA PRIÈRE DU BLESSE 



« Jésus, Chef dés Vaillants, Modèle des Douleitrs, 
Je viens à Vous, meurtri des coiips de V Insolence 
Qui met des pleurs de sang plus vifs, sur vos pâleurs. 

Du Christ et du soldat royale ressemblance 
En ce nouveau Calvaire où ce n'est plus assez 
Des épines, des clous et du fer de la lance ! 

Comme en votre Maison tristement vous baissez 

Aux flagellations de l'obus sacrilège 

Votre front de martyr sur nos fronts de blessés ! 

Mais du haut de la Croix, dont le mystère allège. 
Comme Vous enseignez l'art sacré de souffrir 
Et d'embrasser l'épreuve ainsi qu'un privilège ! 

Avec Vous, près de Vous, comme on sent se rouvrir 
Au fond du cœur brisé la source d'espérance. 
D'intarissable force et d'ivresse à s'offrir! 

Car votre Passion promet la délivrance. 

Le triomphe du juste et du sang rédempteur : 

Le Dieu qui meurt pour l'Homme eut le Dieu de la France! 

Nous croyons avec Vous, ô Sublime Docteur, 
Que ce n'est pas en vain que s'immole l'Hostie, 
Quelle règne à la fin sur son persécuteur. 
Avec Vous nous croyons qu'une mort consentie 
Nous fait des Lois d'amour les éternels gardiens. 
Tel que Vous vous donnez dans votre Eucharistie. 

Prince de la Bonté, protégez vos soutiens 
Contre les lourdes mains de l'Orgueil satanique : 
Tous les braves de France ont des cœurs de chrétiens. 

La mort de la Pitié, de l'âme évangélique. 

Voilà le seul tombeau que nous craignons pour nous : 

Jésus, sauvez l'amour, sauvez la vie unique! 

Donnez-nous votre Paix, la paix promise aux Doux ! 

Maître de sacrifice et d'austère allégresse. 

Donnez à ces mourants, qui saignent avec Vous, 

L'Ascension joyeuse au sein de la Tendresse ! » 

Gustave Zidler. 

262 



VOCABULAmE FRANCAIS-ANOL/VIS 



DU JEU DE GALETS 

(Curling) 



Les autorités ne s'accordent pas sur la provenance du jeu de 
galets (Curling). '" Quelques-uns le donnent comme originaire de 
l'Ecosse ; d'autres le font venir de la Flandre, où une première 
forme de ce jeu apparut dès l'année 1600. 

Chose certaine, c'est que ce jeu doit son développement à 
l'Ecosse, qui a été son foyer pendant trois siècles. Là, il est devenu 
le sport national, et les clubs se chiffrent dans les centaines. 

Au commencement, ce divertissement ressemblait au jeu de 
palet, mais il a maintenant plus d'analogie avec celui de boules. 
Les premiers accessoires étaient assez gro,ssiers, se composant de 
galets façonnés par la nature, et percés, pour permettre l'introduc- 
tion du pouce du joueur. Avec le temps, un objet symétrique, 
quelquefois de bois, plus souvent de granit ou de fer, élégamment 
arrondi, brillamment poli, et muni d'une poignée, prit la place du 
bloc primitif. 

L'on croit que ce jeu a été introduit en Ecosse au seizième 
siècle. Le premier club de ce genre dans le pays fut fondé en 1838. 
En France, cet amusement est presque inconnu. Aux États-Unis, 
la première organisation jeta ses bases en 1842. Au Canada, le jeu 
de galets se joue depuis 1807, et est pratiqué à peu près exclusivement 
par les Canadiens de langue anglaise. 



(1) En France, il existait encore au XVIIIème siècle un jeu de galets, fort 
ancien, qui « consistait à lancer des palets à plat sur une table longue et étroite 
(galoire) et à les placer le plus près possible du bord extrême. Tout ce qui tombait 
en dehors était perdu ». (V. « Nouveau Larousse illustré » .) Le nom anglais 
« curling » semble décrire le mouvement ondulant donné au galet. (V. « New 
Englisli Dictionary », par James A.-H. Murray, Oxford, 1893i ; et « New Interna- 
tional Encycloptedia », New York, 1903.) 

263 



264 LE PARLER FRANÇAIS 

I. — LES GALETS 

(Curling) 

A. LE CHAMP 

Ligne de fond Bock score. 

Grand cercle Boardhead, house, oïder ring, par- 

ish. 

Approches Broughs. 

Ligne de centre, de milieu Central Une, centre Une, middle 

Une. 
Marchepied Crampit, foothold, tramp, trigger, 

tricker. 

Cercle-pied Foot-circle. 

Ligne-pied Foot-score. 

Calepied * . Hack, hatch. 

Ligne des nuls Hog-line, hog-score, score. 

Fosse Howe. 

Ligne de jeu Line of play. 

Galoire, piste Rink, core. 

Ligne de balayage Sweeping score. 

But Tee, gogsee, home, tozee, wittyr. 

B. LES POSITIONS 

1. — Extérieures. 

Arbitre , Umpire. 

2. — Intérieures. 

Galeur, joueur de galets Curler. 

Premier Leader. 

Couple Pair (of players). 

Équipe Rink. 

Capitaine Skip. 

Balayeurs Sweepers. 

C. LES ACCESSOIRE.S 

Balais Broom, besotn, coue, kowe. 

Galets Stone.i, block, curling stones, pitty- 

cock. 



LE JEU DE GALETS 265 

Face avant Fore-edge. 

Poignée Ilandle. 

Face interne Inner-edge. 

Sole Sole. 

Rude ou doux Dull or keen. 

Traceur Tee ringer. 

D. — LE JEU 

Coup de cercle angulaire Angular wick shot. 

Pente (sur la glace) Bias. 

Partie, joute de concours Bonsjnel. 

Saluer un galet Break an egg on a stone\To). 

Cogner, frapper Bump {To). 

Carambole Cannon shot. 

Déplacer Chap ( To). 

Déplacer et rester Chap and lie (To). 

Raser Chipping. 

Raser le gagnant Chipping the winner. 

Dégager un cercle Clear a circle {Ta). 

Diriger les joueurs Coach the men (To). 

Concours Compétition. 

Concurrent Competitor. 

Concurrents à égalité Competitors loho are equal. 

Lézarder la glace Crack or star the ice ( To). 

Courbe (Une) Curl {A). 

Décrire une courbe Curl (Ta). 

Décrire une courbe à droite Ctirl in (To). 

Galet mort Dead stone. 

Jouer un coup Deliver a shot (Ta). 

Lancement Delivery. 

Déplacer Dislodge ( To). 

Jouer doucement Draw ( To) . 

Approcher du but Draw to the tee (Ta). 

Approcher Drawing. 

Approcher à travers un port .... Drawing through a port. 

Jouer avec force Drive ( To). 

Manche, tour End, head. 

Bloquer le port FUI the port ( To). 

Ajuster le but Fit the tee { To). 

Partie, joute Game. 

Donner le tour au galet Give the stone the twist (To). 

Garde (Une) Guard (A), 



266 LE FABLEB FRANÇAIS 

Garder Guarding. 

N'y touchez plus ! Hands up ! 

Nul (Un) Hog (A). 

Glace Ice. 

Glace raboteuse, molle Baugh ice. 

Glac3 molle Drug ice. 

Glace rude Dull ice. 

Glace douce, coulante Keen ice. 

Condition de la glace Run of ihe ice (The). 

Cerclage interne Inringing. 

Un droit In turn. 

Cerclage interne Inwicking (syn. de « inringing ») 

Chasser l*s galets du cercle Knock the stones oui of the circle 

(To). 

Rester Lie (To). 

Proche, voisin Lie shot (stone). 

Faire décrire une courbe au galet Make the stone curl {To). 

Gâter Mar (To). 

Concours Match. 

Hors du jeu Oui of the game. 

Un gauche Out turn. 

Cerclage externe Outwick. 

But (galet) Pat-lid. 

Jouer à droite ou à gauche Play in or out turn (To). 

Jouer le galet Play the stone (Ta). 

Galet jouant Played stone. 

Avancer un galet Promote a stone (To). 

Avancer Raise ( To). 

Rebuter Rebut ( To). 

Débarrasser la glace Red the ice {To). 

Concours d'équipe Rink contest or match. 

Jeu de galets Roar in game. 

Roulement, ordre dans lequel 

joueront les joueurs Rotation in which the men are to 

Tplay {The). 

Coup, point Shot, point. 

Camp Side, rink. 

Crier Sing out { To). 

Diriger Skip { To) . 

Polir la glace Smooth the ice ( To). 

Jouer, lancer le galet Sole the stone {To). 

Lancement Soling. 

Balayer, balayage Soop, sooping. 



LE JEU DE GALETS 267 

Donner une lessive Souter ( To) . 

Dépenser le jjalet S pend the stone (To). 

Partie de plaisir Spiel. 

Coup droit Straight shot. 

Frapper Striking. 

Raccroc Stug. 

Balayer Sweep (To). 

Balayer un galet Sweep a stone (To). 

Balayage Sweeping. 

Balancement Swing ( Tke). 

Viser Take aim ( To). 

Équipe Team, 

Coup de tonnerre Thundering cast. 

Tour (Le) Tum {The). 

Spirale (La) Twi.it ( The). 

Ouverture Wick. 

Cerclage courbe Wick and curl in. 

Bibliographie : 

Sports- Bibliothèque. Les Sports d'Hiver, par Louis Magnus et 
Renaud de la Fregeolière. Pierre Lafitte et Cie, Paris. 

ALFRED VeRREAULT. 



QUESTIONS ET REPONSES 



Question. — Vincent, dans le Péril de la Langue française, condamne l'expres- 
sion « de façon à ce que ». Il dit : « J'ai agi de façon qu'il fût content, et non : 
de façon à ce qu'il fût content ». (P. 77). Cependant, on rencontre « de façon à 
ce que » dans Chateaubriand. Est-ce bien une locution vicieuse ? 

Réponse. — Nous pensons que « de façon à ce que » n'est pas 
d'une bonne langue ; mais nous n'irions pas jusqu'à en faire une 
faute considérable. On rencontre, en effet, cette expression, non 
seulement dans Chateaubriand, mais encore dans Huysmans et 
dans P. Hervieu (et « de manière à ce que » dans Ch. de Bernard). 
Ces citations ne seraient sans doute pas suffisantes pour faire accep- 
ter « de façon à ce que » ; mais le Dictionnaire général, qui, au mot 
façon, ne note que « de façon que », dit, au mot emporte-pièce : 
« Greffer à l' emporte-pièce, de façon à ce que la greffe remplisse exac- 
tement l'entaille faite dans le bois )); Quoi qu'il en soit, cette expres- 
sion est moins pure que « de façon que », et cette dernière doit 
être plutôt employée. 



Question. — Dans la phrase suivante, ne peut-on pas employer indifféremment 
vieux ou vieille : « Elle est moins âgée, mais elle a l'air plus vieux » f 

Réponse. — Bien que la question de l'accord de l'adjectif qui 
suit « avoir l'air » ne paraisse pas encore bien résolue, on connaît 
les règles posées par les grammairiens et qu'il convient de suivre. 
Quand il s'agit de personnes, si la modification exprimée par l'ad- 
jectif convient au substantif air dans le sens de manières, façons, on 
le fait accorder avec air ; mais, si l'on veut exprimer par ce mot l'ap- 
parence, l'extérieur, il faut faire accorder l'adjectif avec le sujet de la 
proposition. La difficulté est de faire la distinction dans chaque cas ; 
car, l'apparence résulte en grande partie des manières d'agir, de 
marcher, de se conduire, de se tenir, de s'habiller, etc. Cependant, 
dans le cas proposé, il faut remarquer que certains signes de vieillesse 
ne sont pas des manières, les rides par exemple. On ne peut donc 

268 



QUESTIONS ET REPONSES 269 

pas indifféremment dire : « elle a l'air vieux », ou : « elle a l'aîr 
vieille » ; cela dépend de ce qu'on veut faire entendre. Si c'est 
par sa manière de marcher, de s'habiller, de parler, etc., qu'elle 
accuse un âge avancé, il vaut mieux dire : « elle a l'air plus rieui » ; 
si c'est par une apparence extérieure ne résultant pas des « maniè- 
res », il faut dire : « elle a l'air plus vieille ». 



Question. — Peut-on dire de quelqu'un : « Les qualités qui lui sont connues » f 

Réponse. — « Les qualités <.\m lui sont connues », ce .sont les 
qualités qu'il connaît chez les autres. Celles que les autres décou- 
vrent en lui, ce seraient « les qualités qu'on lui connaît ». 



Question. — Le mol mtdle est-il un anglicisme dans ces phrases : « Mettre une 
lettre à la malle ; la malle est arrivée ; aller à la malle ; (aire venir par la malle » f 

Réponse. — (Voir B. P. F., VII, p. 87). La poste est le bureau 
où l'on distribue les lettres. La malle est la voiture pour le service 
de la poste aux lettres. Pour désigner cette voiture, on peut dire 
aussi malle-poste, ou simplement poste. On peut donc dire : « L'ar- 
rivée de la malle, de la poste, de la malle-poste », et : « La malle, la 
poste, la malle-poste est arrivée », ou encore : « Le courrier est 
arrivé, l'arrivée du courrier ». De même, on peut, sans faute, 
« faire venir qq. ch. par la malle, par la poste, ou par le courrier ». 
Mais, en français, on va à la poste, et non pas à la malle ; on met 
une lettre à la poste, et non pas à la malle. Dans ces deux derniers 
cas, malle n'est pas même un anglicisme ; car mail en anglais n'a, 
pas plus que malle en français, le sens de bureau de poste. 



Question. — Est-ce un anglicisme de mettre sur une carte d'affaires : < Louis 
Durand, avocat. Résidence: 6, rue Saint-Denis... ». Ne vaudrait-il pas mieux 
mettre demeure ou domicile Y 

Réponse. — « Ne pas confondre demeure et résidence, dit très 
bien Rinfret. Votre résidence est à Montréal ou à Saint-Henri, 
c'est-à-dire que vous demeurez dans l'une ou l'autre de ces deux 
villes ; mais votre demeure ou domicile est dans telle rue, à tel 
numéro. C'est un anglicisme de donner à résidence le sens de 



270 LE PARLER FaA^JÇAI8 

demeure, domicile ». Le domicile, en effet, est la demeure de quel- 
qu'un, c'est-à-dire l'habitation dans laquelle il est établi ; c'est 
cependant là une acception reçue par extension, car proprement le 
domicile est la demeure légale reconnue par la loi ; comme le disait 
Beauzée, « le domicile ajoute à l'idée d'habitation celle d'un rapport 
à la société civile et au gouvernement». La demeure est l'habitation 
dans laquelle on est établi pour y rester. La résidence est le lieu 
où l'on réside habituellement. Aussi, dans le cas proposé par notre 
correspondant, nous ne croyons pas que domicile soit le mot juste. 
M. Louis Durand, avocat, peut avoir, comme avocat, un domicile 
rue Saint-Jacques, et, comme citoyen, un autre domicile, rue Saint- 
Denis, où il a sa demeure. Il nous semble donc que le mot demeure 
conviendrait davantage. Mais quelle carte cela fait ! Ce qui est 
anglais, ou mieux américain, c'est de vouloir indiquer sur un petit 
bout de carton son nom, sa profession, son domicile légal, sa rési- 
dence et sa demeure tout à la fois ! 



Question. — Consomptif, dans le sens de « poitrinaire », est sans doute un angli- 
cisme. Peut-on dire la même chose de consomption dans le sens de « tuberculose 
des poumons » ? 

Réponse. — Il faut sans doute condamner consomptif au sens 
de phtisique ou poitrinaire ; mais je ne crois pas que nous l'ayons 
emprunté à l'anglais. Nous avons pu très bien lui attribuer ce 
sens, sans avoir connu consumptive. Pour consomption, ce n'est 
certainement pas un anglicisme. En français, la consomption est 
un certain dépérissement, une diminution lente et progressive des 
forces par l'influence de quelque maladie ; et ce dépérissement se 
produit spécialement dans la phtisie pulmonaire. On peut donc 
dire, en bon français, d'un poitrinaire : « Il meurt de consomption », 
comme Chateaubriand écrivait : «L'homme attaqué dépérit et, au 
bout de quelques mois, meurt de consomption.» Il est vrai qu'en 
s'exprimant ainsi, on ne fait pas connaître que la con.somption 
provenait de la phtisie. Mais le peuple a pu, sans faire d'angli- 
cisme, donner au mot un sens plus précis, et attribuer à consomp- 
tion le sens de phtisie. 

A. R. 



GLANURES 



De la Revue de Philologie française, 2e trimestre 1915, p. 159 : 

Dans sa dernière session, le Conseil supérieur de l'Instruction 
publique a eu à examiner un projet d'arrêté où il était question des 
« instituteurs et des institutrices publics ». Un des membres de 
l'Assemblée a fait remarquer avec raison que le masculin « publics », 
à côté d'un nom féminin, bien que tout à fait conforme à une règle 
bien connue, avait (jucUiue chose de désagréable, et on a « tourné 
autrement » en adoptant comme texte : len instituteiim et les insti- 
tutrices de l'enseignement public. 

Si court qu'ait été cet incident, c'est déjà trop qu'il ait fait 
perdre quelques minutes au Conseil. S'il ne s'agissait que de 
l'adjectif public, on pourrait se borner à regretter qu'au moment où 
publicus a été introduit dans le Dictionnaire français, on ne lui ait 
pas donné, comme à tragicns et à comicus, transcrit en tragique, 
comique, une forme unique pour le masculin et le féminin. Mais 
la question est plus générale, et trop souvent nous prenons la peine 
de tourner autrement, non point pour éviter une équivoque ou pour 
aboutir à une meilleure formule, ce qui est parfaitement légitime et 
louable, mais par un scrupule de correction provoqué par une fausse 
règle de grammaire, qu'on n'ose ni violer ni appliquer, et c'est alors 
une lamentable perte de temps. 

En ce qui touche l'accord de l'adjectif avec plusieurs substan- 
tifs, il faut chercher la véritable règle dans des exemples où la langue 
la fournit elle-même par une différence de prononciation, c'est-à- 
dire des adjectifs dont le féminin se prononce autrement que le 
masculin. Nous ne dirions assurément pas : « il a trouvé pour agir 
un motif et une occasion nouveaux », ni : « il portait le manteau et 
la couronne royaux »,• mais beaucoup n'oseraient pas se laisser aller 
à la tendance évidente de la langue, qui appelle (comme souvent le 
latin) l'accord avec le nom le plus voisin, et auraient la faiblesse, 
en écrivant, de chercher une autre tournure, par respect pour la 
mauvaise règle apprise dès l'enfance, et en dépit de l'exemple auto- 
risé de Racine : 

Armez-vous d'un courage et d'une foi noupelle. 

Il eût été vraiment dommage que Racine, pris du même scru- 
pule, eût « tourné autrement ». 

271 



272 i.E PARLER FRANÇAIS 



M. l'abbé Rousselot a inventé la phonétique expérimentale. Grâce aux progrès 
de cette science et aux précieuses constatations qu'elle a permis de faire dans le 
domaine des parlers romans, M. J. Gilliéron a pu créer la géographie linguistique, 
dont les développements conduisent chaque jour à de nouvelles découvertes. Et 
voici que le même savant nous donne une nouvelle série d'études, dont le titre seul 
est un programme : Pathologie et thérapeuiigue verbales. 

En rendant compte du premier fascicule de cette série, dans la Revue de Philo- 
logie, M. Albert Dauzat s'exprime ainsi : 

M. Gilliéron nous annonce que le langage peut être affligé de 
véritables maladies contre lesquelles son organisme s'efforce de 
réagir par des moyens appropriés. Il y a des organismes sains et 
actifs, d'autres passifs ou délabrés. Même au point de vue pure- 
ment linguistique, tous les idiomes ne s'équivalent point, comme 
l'avait cru l'école des néo-grammairiens. Un patois ne diffère pas 
seulement d'une langue littéraire par son infériorité sociale ; il 
éprouve, plus ou moins, une déchéance constitutionnelle qui explique 
son impuissance littéraire. 

A vrai dire, nous sommes ici en présence d'un retour aux ancien- 
nes conceptions françaises, trop sacrifiées, pendant une longue 
période, aux conceptions allemandes rigoristes et absolues. Certes 
tout n'est pas à rejeter, loin de là, dans les méthodes germaniques, 
mais on commence à s'apercevoir, même en linguistique, qu'elles 
s'étaient imposées à nous avec trop de tyrannie. 

Les travaux de M. Gilliéron comptent donc parmi les meilleurs 

symptômes d'une saine réaction. Nous y trouverons des éloges 

du français littéraire qui ne nous ramèneront pas à trois quarts de 

siècle en arrière, parce qu'ils sont nourris de tout le suc distillé par 

cinquante ans de philologie. 

Albert Dauzat. 

* * 

De M. A. Jourjon (Remarques lexicographiques. Revue de Philologie française 
et de littérature) : 

Faut-il en croire V. Hugo quand il écrit : « Ce mot, gamin, 
fut imprimé pour la première fois et arriva de la langue populaire 
dans la langue littéraire en 1834. C'est dans un opuscule Claude 
Gueux que ce mot fit son apparition ». {Les Misérables, 1. I, ch. 
VII, p. 265.) 

En ce cas, l'Académie se serait montré dès lors plus accueillante 
pour le mot que pour l'auteur, puisque gamin fut admis dans le 
Dictionnaire dès 1835. 

Il faut dire qu'il était imprimé dans le Dict. univ. de Boiste 
dès 1801. 

A. Jourjon. 



LES LIVRES 



C-M. Bakhkau. Huron and Wyandot Mythology. Ottawa (Government 
Printing Bureau), 1915, in-8°, 16c. X 25c., XIV + 437 + VIII pages. 

Mémoire .sur la mythologie, le folklore et les traditions des 
Hurons et des Wyandots. L'auteur a fait ses observations surtout 
à Lorette, à Amherstburg et à Oklahoma. Les faits qui forment 
la j)artie la plus importante et la i)lus considérable de l'ouvrage ont 
été relevés personnellement par M. Barbeau ; dans un appendice, 
sont reproduits les matériaux recueillis autrefois par les missionnai- 
res et les historiens. 

Nous n'avons aucune compétence pour apprécier le fond d'une 
étude de ce genre ; mais il est impossible de ne pas remarquer que 
M. Barbeau y a apporté la méthode scientifique la plus sûre. On a 
longtemps, chez nous, considéré le folklore comme une espèce de 
divertissement plus ou moins littéraire. Traité comme dans ce 
livre, c'est une .science, une partie de l'anthropologie. 

La Guerre en Champagne. Paris (Téqui, 82, rue Bonaparte), 1916, in-12, 
500 pages. 

Récits de l'invasion dans le diocèse de Châlons. C'est une 
œuvre collective ; un seul écrivain n'aurait pas pu coUiger tant de 
faits. Les collaborateurs ont été groupés par Mgr l'Évêque de 
Chrdons, sous la direction de qui le volume a été publié. Aux pages 
écrites par ces collaborateurs, animés tous du même zèle pour la 
patrie et la religion, Mgr Tissier a ajouté de nombreuses pages 
personnelles, entre autres le dernier chapitre : Le Rêve — « le 
Rêve » de Détaille devenu l'histoire ! 



MiSR Gauthet. Les Parole» de la Guette. Paris (Téqui). 1916, in-12, 367 
pages. ' . I , ■ .■ 

Ce volume réunit les écrits composés et les paroles prononcées 
par Mgr l'Archevêque de Besan(,ou depuis le début de la guerre. 
Tout y est vivant, pris sur le fait, ("est l'apostolat d'un évêque 
pendant l'année tragique. "'l 

273 



274 LE PARLER FRANÇAIS 

R. P. HtJDON, S. J. Le conflit dea races au Joyer. Edmonton, 1915, 24 page*. 

Utile et très pratique conférence donnée par le R. P. Hudon, 
à Edmonton, Alberta, le 14 novembre 1915, et publiée par le Cana- 
dien français, organe de la Société Saint-Jean-Baptiste d'Edmonton. 

L'auteur étudie le conflit qui se produit au foyer, lorsque deux 
races s'y rencontrent. 

Par le mariage, dit-il, l'homme et la femme sont unis et devront rester unis. 
Là se trouve le bonheur. 

Bien des causes contribuent à cimenter cette union ; l'amour, la beauté, l'es- 
prit, la vertu ; bien des circonstances tendent à dissoudre cette union, à repousser 
l'un de l'autre, deux êtres faits pour n'avoir qu'une seule âme, qu'un seul cœur, 
qu'une seule chair. 

De même qu'une même langue, que des goûts communs, des qualités sembla- 
bles ou bien différentes, mais qui se complètent, facilitent l'accord ou l'harmonie, 
développent l'affection et l'attachement, ainsi une fissure peut se produire qui dis- 
loque le foyer, en disperse les pierres refroidies aux quatre vents de la solitude ; ce 
peuvent être la différence de religion, de race, des positions sociales dissemblables, 
une éducation trop accentuée en sens opposés, des âges vraiment trop distants. 
Parmi ces causes possibles qui agissent quelquefois (pas toujours), se trouve l'oppo- 
sition des races. 

Quand deux âmes jeunes se rencontrent, se regardent, se plaisent et jurent de 
s'aimer éternellement — ce qui promet bien une lune de miel de quelques mois sans 
nuage — elles oublient parfois qu'en elles des siècles vivent, qu'elles sont l'aboutisse- 
ment d'une longue lignée d'aïeux, et que dans la nouvelle famille qu'elles vont fonder, 
deux êtres — Jacob et Esatl — se battront au sein de leur mère. 

Et c'est ce conflit qu'il étudie à l'aide de trois romans contem- 
porains : les Oberlé, Colette Baudoche et les Frontières du cœur. 
Après une analyse de ces trois romans, il ajoute : 

La conclusion que je désirais dégager de tout ce que je viens de dire sera courte. 

Aux jeunes gens je dirai : mariez celle que vous aimez ; aux jeunes filles : 
épousez celui que vous chérissez, mais de grâce, quelle que soit votre situation, n'ab- 
diquez jamais votre dignité. 

Soyez persuadés qu'un jour ou l'autre il vous faudra revendiquer votre place, 
à moins que vous ne soyez résignés à toujours descendre et à céder sans cesse. 

Aux unes et aux autres, je rappellerai ce fait d'expérience que ceux qui se sont 
aplatis — pardonnez-moi l'expression — ont été récompensés dans la suite par des 
rebuffades qui réjouissaient ceux qui avaient eu le bon esprit de se tenir debout. 

Toutes les courbettes du monde ne feront pas oublier à ceux qui ont appris 
à vous mépriser que vous n'êtes pas de leur sang ; ils vous paieront en monnaie de 
singe et vous jurerez comme le corbeau, mais un peu tard, qu'on ne vous y reprendra 
plus. 

En un mot, dans quelque situation que vous vous mettiez, ayez le courage 
de vos convictions : soyez toujours fiers de vos origines ; de votre langue, soyez 
toujours fiers. 



LES LIVRES 275 

Txvij Bastier. La déformation et la défense de la Langue et du goût dufrançaxt. 
Paris (Larose), 1915, 32 pages. 

M. Bastier signale le daiifjer ((ue fait courir au français l'enva- 
hissement des mots étrangers. (( La langue française, monument 
national, menace de devenir un bazar cosmopolite. . . La langue 
qui savait jadis éliminer ou assimiler les éléments étrangers ne les 
digère plus. A quoi tient cette situation.'... L'invasion linguis- 
tique qui nous menace aujourd'hui se distingue de celles qui l'ont 
précédée, parce qu'elle est une invasion écrite, et, en quelque sorte, 
visuelle, d'autant plus dangereuse qu'elle est plus générale et publi- 
que. . . ». Et l'auteur fait le procès des néologismes étranges qui 
s'introdui.sent dans le langage. Il y a là plus d'une page qu'il 
faudrait lire et méditer, chez nous. 



Almanach de la Langue française. Montréal (Imp. du Devoir), 1916, 128 
pages (15 sous). 

Belle et intelligente initiative de la Ligue des Droits du fran- 
çais. Cette entreprise a reçu du public l'accueil favorable qu'elle 
méritait. Nous nous en réjouissons, et nous faisons des vœux pour 
que la publication périodique de V Almanach soit assurée. 



Gustave Zidler. Nos Blessés. Versailles (Dubois, 17, rue Hoche), 1915. 
40 pages. 

Beaux et touchants sonnets de notre ami, le poète français- 
canadien. Cette jolie plaquette se vend au profit de l'Œuvre d'as- 
sistance aux mutilés des armées de terre et de mer. 



SARCLURES 



*** Que nous exigions du français de nos concitoyens de langue 
anglaise, c'est notre droit et il y faut tenir. Mais ne pourrions-nous 
pas en réclamer aussi de nos compatriotes ? 

Dans un journal de chef -lieu, j'ai découpé l'alinéa suivant : 

Pourquoi confier vos ordres au premier venu qui passe à votre porte, vous 
charge plus cher, vous donne de l'ouvrage inférieur et souvent vous cause du trouble, 
tant son ouvrage est fait sans attention ; ce qu'il veut souvent c'est des commandes 
qu'il exécute trop rapidement, lorsque vous trouverez à notre maison tout l'avantage 
possible, garanti, prix uniformes pour tout le monde et à meilleur marché. C'est 
donc, mesdames et messieurs, une garantie suflRsante pour avoir et mériter votre 
confiance. 

Venez au bureau de. . ., ex.iminez attentivement notre travail avant de donner 
vos ordres à des étrangers que peut-être vous ne reverrez plus jamais. 

Un peu d'analyse nous découvrira de grandes beautés dans ce 
passage. 

Confier. Ce que l'on confie, c'est un mandat, une mission. 
L'ordre étant une injonction de supérieur à inférieur, de maître à 
subordonné, se donne, s'impose, s'enjoint, ne se confie pas. Mais 
on confie à un peintre l'exécution d'un portrait, la commande d'un 
tableau. 

Ordres. Un client n'étant point un maître, ne donne pas d'or- 
dres à son fournisseur, mais fait une commande. 

Le premier venu ne passe pas à votre porte. S'il est tenu, il 
est déjà entré chez vous. Il ne passe plus. Si vous dites qu'il 
frappe, qu'il se présente, à la bonne heure ! 

On vous charge plus cher. Charger est corrélatif à pesanteur, 
non pas à prix. On chargerait plus lourdement, on taxerait plus 
lourdement, parce qu'une taxe pèse ; mais on fait payer plus cher. 

(Remarquer que charger plus cher est une de ces nombreuses 
expressions où l'esprit anglais trahit son indifférence profonde de 
la logique). Sachant l'anglais, je n'ai pas un instant supposé que 
le premier venu vous chargeait. . . l'épée à la main. 

27G 



BAKCLCRES 277 

Ouvrage inférieur. Inférieur est un comparatif. Inférieur à 
quoi? Je devine... Ah ! l'habile homme: minus dicens, plus 
intelligi volens. i *. 1 

Causer du trouble. On devrait n'y plus revenir. A-t-on toute- 
fois remarqué ([ue troubler évoque une commotion interne : trou- 
bler de l'eau ; troubler une conscience. Un ennui vient du dehors. 

"Ce qu'il veit souvent. . ." 

Ce souvent est plusieurs fois admirable. 

J'aurais cru que c'était toujours des commandes que voulait 
ce premier venu ; et même, naïf que j'étais, que c'était aussi cela 
que désirait l'annonceur. Et en effet, ce que ce dernier a voulu 
dire, par quoi il prouve sa supériorité, c'est : « des commandes 
que souvent il exécute ». Là, l'adverbe est logique. 

D'un mot mis à sa place. . . 

Souvent deux fois dans trois lignes. 

— Pascal a dit : « quand dans un discours se trouvent det mots 
répétés. . . il faut les laisser, c'en est la marque ». 

Hélas ! mais, ici, j'ai le choix : fréquemment, ordinairement, 
la plupart du temps. . . Quel dommage, en outre, que cette riche 
incidente vienne briser l'harmonie de la période ! Car le lorsque, 
si traîtreusement abandonné aux caprices de la ponctuation, est bien 
le pendant, le conséquent du pourquoi initial. 

Poursuivre serait facile. 

Terminons par une remarque générale : chacun voit que 
toutes ces fautes contre la langue sont d'abord des fautes contre 
la logique de la pensée. Apprenons donc à tirer au clair notre pensée, 
et nous parlerons français purement. 

Le Sarcleur. 



LEXIQUE 

CANADIEN-FRANÇAIS 

{Suite) 
Mâfler (se) {se mâ:flé) V. réfl. 

Il Se gourmer, prendre des manières raides, s'irriter. 
Fr.-can. Syn. : Se mater, se monter. 

Mafflu {maflu) adj. 

Il Mafflé, qui a des joues rebondies. 

Melleton {mèlto) s. m. 

Il Molleton. 

Menuté {mnutê) s. f. 

1° Il Chose menue, minutie. 

DiAL. Cf. Mnussrie : menu linge, Normandie, Revue P. P. 
I, 183. 

2° Il Syn. d'agrains. 

Mietton {myeto) s. m. 

Il Pain émietté dans du lait. Ex. : Manger un bon mietton 
sucré. 

DiAL. Mietton : bouillon ou lait mélangé d'un peu de pain qui 
reste au fond de la soupière ou du plat, Anjou, Verrier. 

Minabe {minàb) adj. 

1° Il Qui a assez bonne mine. 

Fr. pop. Minable = qui indique la misère. Aussi can.-fr. 

2° Il Propre à être miné. Voir ce mot. 

278 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 279 

Mince -pie {mins pày) s. m. Ang. 
Il Pâté de hachis. 
Mine {min) s. f. et m. 

1° Il Minet, minette. Ex. : Un beau petit mine = un beau 
petit chat. — Mine ! mine ! mine ! = interjection par laquelle on 
appelle les chats. 

Fr.-can. Memine = m. s. 

DiAL. Id., en Picardie, Haignere. 

2° Il Tour de cou en fourrure. 

3" Il Larve de papillons. On dit aussi minou et chenille à poil. 

4° Il Chaton de saule, de bouleau. 

5° Il Boa en fourrure. 

Mine grasse (min grâ'.s) s. f. 

Il Mine de plomb (dont on se sert pour polir les poêles, les 
fourneaux en fonte). 

Fr.-can. Dans certaines régions, on distingue la mine grasse 
dont on se sert pour nettoyer les poêles, chaque matin, et la mine 
sèche qui sert à les polir, à les rendre brillants. 

Miner {miné) v. tr. 

Il Polir (un poêle, un fourneau en fonte avec de la mine de 
plomb). 

Miner [miné) v. intr. 

i /•';■ 

1° Il Avoir bonne ou mauvaise mine. Ex. : Il mine bien = 
il a de la mine. 

Mingle {mtgl) s. f. 

Il Calandre. 

Mingler {mèglé) v. 

Il Calandrer, presser et lustrer les étoffes avec la calandre. 



280 LE PARLER FRANÇAIS 

Minme (mém) adj. 

Il Même. 

DiAL. Id., clans le Bas-Maine, Dottin ; dans le Bournois, 

R0U88EY. ••liû 

Minnuit (mènwi) s. f. 

Il Minuit. 

DiAL. Id., dans la Normandie, Maze, Orain, Dubois ; 
Rev. des P. P., I, 100 ; l'Anjou, Verrier ; le Bas-Maine, Dottin. 

Minotage {minbtà:j) s. m. 

Il Action de mînoter, de perdre son temps à des minuties. 

Minote (minbt) s. m. 

Il Minot. 

Minoter {minote) V. intr. 

1° Il N'en falloir pas beaucoup pour faire un minot. Ex. : 
Les patates minotent c'te'année. 

Fr.-can. Relevé à Lorette, en 1743, par Potier. 

2° Il Être en grande quantité. Ex. : Le blé minote c'te'année. 
— Par extension : un cheval qui minote — qui va vite. 

3° Il Perdre son temps à des minuties sans rien faire. Ex. : 
Il passe son temps à minoter. 

4° Il Ça minote bien = c'a bonne mine, ça va bien. 

Minoteux, -euse {minhté,-â:z) adj. 

Il Minutieux. 

Minou (minu) s. m. 

1° Il Chat, minet. 
DiAL. Id., dans l'Anjou, Verrier. 

2° Il Boa en plume, ou en fourrure. Ex.: Un Treinow de vison, 
un minou en plume. 
3° Il Chenille. 
Fr.-can. Voir minoune. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇA 281 

Minouchage {minueà.-j) s. m. 

Il Caresse, flatterie. Action de minoucher. 

Minouche {minue) s. m. et f. 

1° Il Minette, petit chat, petite chatte. 

Fr.-can. Se dit aussi en parlent aux petits enfants ; terme 
de tendresse. 

2° Il Main d'enfant. 

Minoucher {mhmeé) v. Ir. 

1° Il Flatter (quelqu'un) pour l'amadouer, faire des CAresses 
(à quelqu'un). 

2° Il Prendre du temps à faire (un ouvrage), exécuter lente- 
ment. 

3° Il Absol. : Travailler lentement. 



Minoucheux,-euse {minueé,-é:z) adj. 

1° Il Flatteur ; caressant. 
2" Il Lent (au travail). 

Minoucherie (minueri) s. f. 

Il Minauderie. 

Minoune (minuri) s. f. 

Il Chatte. 

Minson (mèzô) s. f. 

Il Maison. 

DiAL. Id., Bas-Maine, Dottin. 

Mioche {myhe) s. f. 

1° Il Petit pain, petite miche de pain. 

2° Il Petit pain de sucre, cornet de sucre. 



.<* s r; (JM 



iM 



282 LE PARLER FRANÇAIS 

Miochée {myheé) s. f. 

Il Pain émietté dans du lait. 

Miouter (myuté) v. tr. 

Il Faire (dans des phrases comme la suivante). Ex. : Qu'est-ce 
qu'il mioute, qu'il n'arrive pas ? 

Miquelon (miklô) s. m. 

1° Il Whiskey introduit dans le pays en contrebande (venant 
des Iles Miquelon, et, par int., d'ailleurs). 

2° Il Whiskey provenant de la distillation illicite. 

Miraque {mird:k) s. m. 

Il Miracle. 

DiAL. Id., Bas-Maine, Dottin ; Picardie, Haigneré. 

Mirage {mirà:j) s. m. 

1° Il Miroitement. 

2° Il Réflection d'un objet dans l'eau. Ex. : Bébé s'amuse à 
regarder son mirage dans l'eau. 

3° Il Mine, apparence. Ex. : Elle a un beau mirage, à matin. 

Mire {mi:r) s. t. 

Il Guidon, hausse. 

Mirer {miré) v. intr. 

Il Miroiter. 

DiAL. Mirer : briller, Picardie, Corblet. <■' 

Miret (mire) s. m. 

Il Milleret. 

Miroué (mirwé) s. m. 

Il Miroir. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 283 

DiAL. Id., Haut-Maine, Montesson ; Anjou, Vehrier ; 
Saintongc, Éveillé. 

Mirouër {mirwè.r) s. m. 

Il Miroir. 

DiAL. Id., Bas-Maine, Dottin. 

Miroi (mirwà) s. m. 

1 1 Miroir. 

Misdeal {mis4il, megzil, migzil) s. f. Angl. 

1° Il Maldonne. Ex. : J'ai pas assez de cartes, il y a misdeal. 

2° Il Erreur dans un marché. Ex. : Il a payé dix piastres 
de misdeal. 

Mise {mi:z) s. t. 

1° Il Mèche, bout de ficelle détordue attaché à l'extrémité 
d'un fouet. 

DiAL. Mise: m. s., Bresse, Guillemaut ; Mince : m. s., 
Normandie, Dubois. 

2° Il Lanière ou cordelette filée, souvent tressée, fixée au bout 
d'un manche de fouet. Ex. : Mon fouet a perdu sa mise, il ne reste 
plus que le manche. 

3° Il Exagération. Ex. : Il dit que son cheval est bon, mais 
il y a un peu de mise là-dedans. 

Miser (mizé) v. tr. 

Il Toucher (un cheval) du fouet. Ex. : C'est un bon cheval, 
mais il faut le miser un peu de temps en temps. — Au figuré (en 
parlant des personnes) : Si tu ne mises pas plus que cela, t'arri- 
veras jamais. 

Misérable {mizérah) s. m. 

Il Petit verre d'eau-de-vie. 

Dial. Misérable : petite mesure d'eau-de-vie, la 32ième partie 
d'un litre, Normandie, Dubois, Moisy. 



284 LE PARLEK FRANÇAIS 

Fh.-can. «Un misérable... un demi misérable : coup d'eau 
de vie », Potier, de Québec à Détroit, 1743. — On le trouve dans des 
contrats, vers 1775, à Québec. 

Misère (mize:r) s. f. 

1° Il Difficulté. Ex. : Il a de la misère à marcher = il a de 
la peine à marcher, il marche difficilement. — J'ai eu bien de la 
misère à lui faire comprendre cela. ■ — Avoir de la misère à vivre. — 
Un chemin de misère. — Un voyage de misère. 

2° Il Manger de la misère — être dans le malheur, subir des 
épreuves ; avoir du mal à faire quelque chose ; rencontrer des 
difficultés. ' • 

3° Il Pour appeler les jeunes agneaux : Misère! Misère 1 

Misser (misé) v. intr. 

Il Rater (se dit d'une mine qui n'éclate pas ; manquer un coup 
à la chasse, au billard, au jeu). 
Etym. Ang. : To miss. 

Misser (misé) v. tr. (Ang. : To mix) 

Il Mélanger. Ex. : Veux-tu misser ton tabac avec le mien. 

Misser (se) {se misé) v. réfl. (Ang. : miss.) 

Il Faire la demoiselle. 

Mistèke (mistèk) s. t. Ang. : mistake. 

1° Il Erreur. 

2° Il Y a pas de mistake, il faut que. . . = Pas d'hésitation» 
pas de discussion, inutile de résister. . ., c'est bien entendu. . . 

Mitagne (mita'Q,) s. m. 

Il Miton (voir ce mot). 

Mitaine (mitèn) s. f. 

1° Il Office du culte protestant. Ex. : Il y a de la mitaine 
aujourd'hui. — Ils ont leur mitaine chez X. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 285 

2° Il Église protestante. 

Etym. Francisation de l'ang. meeting : assemblée. 

Mitan (viità) s. m. 

Il Milieu, centre. Ex. : Mets-toi dans le mitan = prends la 
place du milieu. — Au beau mitan de la place = au milieu, au centre 
de la chambre. — Être dans le mitan = n'être ni pour ni contre. 

Vx.-FR. Se retrouve chez les écrivains du XVI' siècle : « M. 
de Nemours le pria de se mettre au mitan de ses Suisses », Brantô- 
me, Vie de M. de Nemours. — Cotgrave, Lacombe, Du Canoë. 

DiAL. Id., Normandie, Bull, des P. N. 68, Rev. P. P. I, 44 et 
183, Delboulle, Robin, Maze, Dubois, Moisy ; Picardie, Cor- 
blet ; Maine, Montesson, Dottin ; Bresse, Guillemaut ; 
Poitou, Favre ; Anjou, Verrier ; Ille-et- Vilaine, Orain ; Fr.- 
Comté. 

Mitasse (mità.s, mitas) s. f. 

1° il Guêtre de drap, de cuir, de peau de chevreuil. 
2° Il Chaussure de laine, de feutre, d'étoffe (pour, les grands 
froids). ' 

Fr.-can. « Mitasses de poule, de dinde, etc. = le bas de la 
cuisse », Potier, Lorette, 1743. 
3° Il Grosses mitaines. 

Miton (mitô) s. m. 

1° Il Chaussure d'étoffe, de laine, etc. (pour le froid). 

Fr.-can. « Il se mouvait les mitons, il s'envoyait les mitons » 
= se hâtait. 

2° Il Syn. de mietton — mélange de pain, de framboise et de 
sucre détrempés dans du lait. 

3° Il Grosses mitaines. 

Mitoufler (se) (se mitnflé) v. réfl. 

Il S'envelopper la tête et le cou, s'emmitoufler. 

Mitte (mit) s. f. -frt/'-^, 

1° Il Espèce de chaussure légère. 

2° Il Gros gant protecteur (ang. : Mitt). 

3° il Mitaine.,;;,^ ni 



286 LE PARLER FRANÇAIS 

Mitoyen (mitweyè) adj. 

Il De qualité moyenne. 

M'man (mma) s. f. 

Il Maman. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier ; Contre, Jaubert. 

Fr.-can. De même : m'mé = mémère, grand'mère. 

Moder (mbde) v. intr. 

1° Il Faire des articles de mode. 

2° Il Suivre la mode. 

Dial. Id., Anjou, Verrier. 

Modeuse {mhdé:z) s. f. 

1° Il Modiste, couturière. 

Dial. Id., Normandie, Dubois. 

2° Il Personne qui suit la mode. 

Modisse {modis) s. f. 

1 1 Modiste. 

Dial. Id., Anjou, Verrier. 

Moé {mwé) pron. pers. 

Il Moi. Ex. : Donne-moé-le. 

Moégnon {mwéTj,ô) s. m. 

Il Moignon. 

Moéyen (mwéyè) s. m. 

Il Moyen. 

Dial. Id., Bas-Maine, Dottin. 

Fr.-can. « Il n'y a pas de moéyen, il faut que ça fasse » = 
il n'y a pas à dire.... 

(A nuiire) 

Le Comité du Glossaire. 



3TfOSia 

REVUES ET JOURNAUX 



Nous tenons à signaler à nos lecteurs l'apparition, à Ednionton, 
du Canadien français, organe de la Société Saint-Jean-Baptiste 
d'Edmonton et de tous les Canadiens de langue française de l'Al- 
berta. Petite revue vivante, destinée à livrer là-bas de bons com- 
bats et à remporter de belles victoires. Succès et longue vie ! 



Dans l'Enseignement chrétien du 1er décembre 1915, article de 
M. Guillemant sur le Premier Congrès pédagogique de l'Enseignement 
secondaire au Canada. 



Le Secours national (21, rue Cassette, Paris) publie un article 
de M. Firmin Roz : Lettres canadiennes. Il s'agit de lettres qui 
accompagnaient les secours envoyés en France : 

Je les ai feuilleté avec émotion, ces lettres où toutes les écritures, tous les figes, 
toutes les conditions sont rapprochés. Quelle unanimité dans la noblesse ! Cette 
France Nouvelle, restée fidèle à la Vieille France, est digne de la France militante 
d'aujourd'hui et de la France triomphante de demain, digne de la France éternelle. 
Et celle-ci regarde avec fierté la fille de son sang et de son âme, grandie dans le 
labeur et la vertu pour perpétuer le meilleur de l'antique race sur le continent plein 
de promesses où l'Humanité se renouvelle et voit s'ouvrir devant son effort des 
perspectives infinies. 



287 



ABRÉGEONS 



DISONS PLUTÔT QUE 

Témoin oculaire, auriculaire Témoin qui a vu la chose de ses 

propres yeux, qui a entendu la 

chose de ses propres oreilles. 

Un imberbe Un jeune homme sans barbe. 

Un athée Un homme qui ne croit pas en 

Dieu. 

Une lettre anonyme Une lettre pas signée. 

Etre impassible Ne ressentir aucune émotion. 

Etre aphone N'être pas capable de parler. 

Bicyclette acatène Bicycle sans chaîne. 

Un aviculteur Un éleveur de volailles. 

Marchandise en franchise Marchandise qui ne paye pas de 

droits. 

Un pisciculteur Un éleveur de poissons. 

Un apiculteur Un éleveur d'abeilles. 

Un vétérinaire Un soigneux d'animaux. 

Un aliéniste Un docteur pour les fous. 

Un auriste Un docteur pour les oreilles. 

Un oculiste Un docteur pour les yeux. 

Une panacée Un remède qui guérit de tous 

maux. 

Un abstersif Un remède qui nettoie une plaie. 

Un émollient Un remède qui amollit, relâche 

détend la peau, les tissus. . > 

Un sudorifique Un remède qui fait suer. 

Un fébrifuge Un remède qui apaise la fièvre. 

Un vermifuge Un remède qui chasse les vers. 

Un vomitif Un remède qui fait restituer. 

Un soporifique Un remède qui fait dormir. 

Un mot polysyllabique Un mot qui a plusieurs syllabes. 

Un philanthrope Quelqu'un qui fait du bien à 

l'humanité. 

Un bibliophile Un amateur de livres. 

Un bibliomane Un toqué sur les livres. 

Un philhellène Quelqu'un qui prend la part des 

Grecs. 

Son prénom Son premier nom {first name). 

Un pseudonyme Un nom de plume. 

Etienne Blanchard, P. S. S. 

288 



Vol. XV, N» 7 - Maks. 1916. 



POUR NOS BLESSES" DE L'ONTARIO 



(Poème lu par l'auteur à la séance publique de la Société du 
Parler français au Canada, le 2 février 1916.) 

... 7/ est temps que nous sachions si la Confédération fut 
un pacte d'honneur ou un piège d'infamie. 

(Parole! de l'hon. M. Philippe Landry, président dn Sinat et Pri- 
•ideot de I'àh. Csd. h. d'Educttioa d'Ontario. 



LE FRANCOPHOBE ET L'AME FRANÇAISE 

Lui, confondant l'honneur avec la couardise. 
Voulait mettre au rancart nos libertés acquises. 
Et nous toisait d'un œil dominateur et froid. 
Fourbe, et maniant mieux le poignard que l'épée. 
D'une fière devise — au français usurpée! — 
Il avait composé ceci: "Ni Dieu ni Droit" ! 

Il tenait un langage arrogant et barbare; 
S'il avait des vassaux, ses amis étaient rares ! 
Habile à commander, non à se faire aimer. 
Il prétendait surtout — ambition frivole — 
Soumettre à son caprice et l'Église et l'École, 
Et — prudent 1 — fit défense à Dieu de réclamer . . . 

ELLE, le front brillant des gloires de sa race. 
Avait partout laissé la lumineuse trace 
De sa valeur, de ses vertus, de sa beauté . . . 
Et lorsque nous, ses fils, ici restés fidèles. 
Nous la voyons pleurer, affable et maternelle. 
Son deuil nous semble encor grandir sa majesté ! 

Aux ordres quelle donne, en son parler suave. 
Accourent des amis et non pas des esclaves; 
Son cœur plus que son bras assure son pouvoir. 
Et si Fâme française est noble et glorieuse 
C'est qu'elle a su toujours — ô vertu généreuse! — 
Sacrifier ses droits plutôt que ses devoirs! . . . 

289 



290 LE PARLER FRANÇAIS 

Un pays peut changer de nom ou d'allégeance, 
Mais de mère, jamais. . .si sa mère est la France I 
Au Canadien loyal on peut dire, en anglais: 
(i^Pour nous défendre, va sur le champ de bataille Iï> 
. . . Il mourra bravement sous l'affreuse mitraille. 
Mais son sang répandu sera du sang français I 

Et s'il faut à ses fils, de la taxe de guerre 

Lire le texte bref en langue d' Angleterre, 

Ils donneront gaîment du fruit de leurs labeurs, 

Sans plus se soucier de cette ignominie . . . 

Mais leur travail ardu, leur force, leur génie. 

Resteront malgré tout français comme leurs cœurs J . . . 

II 

A NOS PERSECUTEURS 

Or, voici que l'on veut, pris d'une folle rage. 
Proscrire à leurs foyers jusqu'à leur cher langage. 

Gardien de leur foi! 
Halte-là ! Pour défendre et garder l'une et l'autre. 
En chacun d'eux, messieurs, vibre une âme d'apôtre. 

Au-dessus de vos lois! 

Pour ces héros, mourir n'est rien, mais l'honneur compte; 
Ils ne sont pas de ceux que la menace dompte. 

Et que courbe l'affront! 
Respectueux des droits, et soumis sans bassesse. 
Contre la tyrannie âprement ils se dressent. 

Puissants, l'éclair au front! 

Qu'importe que leur langue ou leur foi vous déplaise, 
Jamais vous n'atteindrez, certes. Vaine française 

De ces preux Canadiens 1 
C'est par elle que bat le cœur de la patrie. 
C'est elle encor qui brisera, même meurtrie. 

Vos ignobles liens ! 

Voyez-la, courageuse, et sans dol et sans crainte, 
Toujours à la hauteur de sa devise sainte : 

Langue et Religion ! 
Quelle autre ici pourrait tenir l'immense rôle 
Dont Dieu même confie aux vaillants fils de Gaule 

La haute mission ? . . . 

En maudissant cette œuvre et française et divine. 
Croyez-vous, ô Saxons des provinces voisines. 

Arrêter leur élan ! 
Hélas! vous y perdez, messieurs, votre prestige! . . . 
Pour eux, ils sortiront de ce sombre litige. 

Fiers et plus vigilants. . . 



POUR NOS "blessés" DE L*ONTARIO 291 

Malgré votre dépit — fruit de ros injustices! — 
Voyez monter vers votts la vague accusatrice, 

A l'horizon plus noir! 
L'ame française est là: redoutez sa colère! 
Elle ne saura pas, soyez-en siirs, forfaire 

A l'Iionneur, au devoir! 



III 



A NOS BLESSÉS 



Frères, c'est votre honneur, et c'est votre espérance. 
Que de garder chez vous le doux parler de France! 
Ce verbe incomparable, aux sons harmonieux. 
Le Christ l'a voulu mettre aux lèvres des apôtres 
Qui, dans l'Ontario, précédèrent ... les autres . . . 
Comme d'ailleurs sous tous les _ deux ! 

C'est encore un devoir! Ces syllabes gentilles. 
Sont l'héritage saint des aïeux à vos filles. 
Comme vos lois, vos mœurs, vos institutions! 
Et comme il redit bien vos antiques légendes. 
Ce verbe universel, le seul que l'on entende 
Aux assises des nations ! 

Pour ne pas oublier cette voix qui vous chante. 
Grandiose épopée ou ballade touchante. 
Vos martyrs, la patrie, et la religion. 
Ah ! "blessés, " levez-vous ! Pour que cet héritage. 
De berceaux en berceaux grandisse et se propage. 
Frères, faites-vous légion! 

Debout, nouveaux Croisés! Dieu vous veut à la lutte! 
Comptez sur nous! Aimez ceux qui vous persécutent. 
Mais contre eux défendez, forts et hardis, vos droits! 
Résistez, l'âme en paix — car le Ciel vous protège — 
A ces trucs d'infamie, à ces vœux sacrilèges 
Qu'on appelle, ô honte, des lois! 

Comment! lorqu'on veut faire — oh! la haine est tenace !- 
De votre Ontario ce qu'on fit de l'Alsace, 
Vous subiriez l'horreur de cette indignité! 
Vous verriez, sans frémir, cet odieux manège 
Qui tente de changer, dans l'ombre, en tin vil piège, 
La charte de vos libertés ? . . . 



292 LE PARLER FRANÇAIS 

Comment resteriez-vous loyaux à l'Angleterre, 
Si vous ne l'étiez pas au perler de vos mères ? . . . 
Revendiquer vos droits, c'est encor la servir! 
Et n'est-ce pas l'aider que lui dire : Sois juste I 
Veille! les traîtres sont, ô conquérante auguste. 
Ceux qui veulent nous asservir ? . . . 

Courage ! Pour sauver notre langue si chère, 
— L'héroïsme renaît des Mance et des Verchères 1 — 
Vos femmes ont clamé, sans peur, au dieu-Etat: 
"Hors d'ici tes suppôts, tes lois spoliatrices! 
" Et vous, continuez, nobles institutrices. 
Votre fécond apostolat! . . . " 

" Blessés " d'Ontario, si vos cœurs agonisent. 
Comptez sur Dieu toujours, sur elles, sur l'Eglise, 
Et vous serez bénis pour ces grandes douleurs ! 
Tels vos pères, jadis, à leur devoir fidèles. 
Vous cueillerez, demain, ces palmes immortelles 
Qui ne germent que dans les pleurs! 

Des foyers pleins, voyez déborder dans l'école. 
Par essaims, vos enfants qu'un sourire console. 
Et qui savent déjà bouter dehors l'intrus ! . . . 
Et vos adolescents se tailler des domaines 
Sur ce sol bien-aimé, riche, aux immences plaines. 
Que leurs aïeux ont parcouru ! . : . 

Non! Non! on n'éteint pas ainsi la forte race 
Qui fit ce Nouveau Monde, et qui surgit, vivace. 
Lorsqu'on pense fermer sur elle le tombeau. . . 
Son cœur est aguerri contre toute souffrance. 
Car elle peut compter — elle en a l'assurance — - 
Sur la revanche des berceaux! 

Arthur Laçasse, ptre. 



u SOCIÉTÉ DU parli:r français 



(Allocution prononcée par M. le docteur Dagneau, président de la 
Société, à la séance publique du 2 février.) 

Messeigneurs, Mesdames, Messieurs. 

Je crois me faire l'écho très fidèle des sentiments de la Société 
du Parler français au Canada en vous souhaitant, ce soir, la plus 
cordiale bienvenue à notre séance solennelle. Votre présence 
ici est à la fois pour nous un honneur, une louange, un encourage- 
ment. Nous apprécions comme il convient l'estime que nous mani- 
feste le public cjuébécois et nous sommes heureux de retrouver, 
chaque année, dans cette salle, à la même occasion, tous nos amis. 

Notre Société jouit actuellement d'une période de calme heu- 
reux, et vous n'entendrez, ce soir, ni le rapport de nos travaux, ni 
l'histoire plus ou moins mouvementée de nos finances. Un gouver- 
nement paternel, sous l'influence bienfaisante d'un Premier mi- 
nistre très sympathique à notre œuvre, nous a assuré, momentané- 
ment du moins, des moyens d'existence modérés mais suffisants 
pour les besoins de l'heure. Aussi notre reconnaissance lui est-elle 
toute acquise, jusqu'au jour où nous irons encore tendre la main. 
Je me hâte d'ajouter que ce moment viendra le plus tôt possible, 
car ce sera celui de la publication du résultat d'ensemble de nos 
études, sous la forme d'un glossaire du langage canadien-français. 

Sans commettre d'indiscrétion, je puis dire que notre Comité 
d'étude est en train de faire la révision finale et de préparer la ma- 
tière pour l'imprimerie. 

Nous n'en sommes qu'à la lettre A., et pas très avancés encore, 
mais l'année 1916 devrait nous réserver cette ultime satisfaction de 
voir paraître la première livraison tout au moins de notre Glossaire. 

Certains esprits inquiets s'étonneront alors, comme ils le 
faisaient hier, de la forme que revêt notre activité. Plus habiles 
à'critiquer qu'à édifier, ou désireux de mépriser ce qu'ils ne peuvent 
faire eux-mêmes, ils prétendent attribuer à notre Société un but 
qu'ils appellent plus pratique, et la détourner de l'étude scienti- 
fique de notre parler populaire, qu'elle s'est toujours proposée com- 
me la première de ses raisons d'être. 

Et sous prétexte que certaines formes vicieuses, certaines 
paresses de prononciation, certains anglicismes ne sont pas encore 
disparus, ils voudraient faire des membres de notre Société des 
maîtres d'école, qui éparpilleraient leurs forces dans toutes les di- 
rections et tâcheraient de corriger les individus, au lieu de s'unir 
dans un effort commun, dont le résultat, pour être plus lent à appa- 
raître, n'en sera que plus efficace, plus général, et plus durable. 

La Société du Parler français ne s'émeut pas outre mesure 
de ces critiques, dont la forme comme le fond indique moins l'in- 
efficacité de notre travail que l'ignorance de leurs auteurs. Car, 
en cherchant un peu, l'observateur le plus superficiel aurait pu 

293 



294 LE PARLER FRANÇAIS 

trouver, en marge de ce travail de lexicographe, de puriste, de 
dilettante, comme on nous le reproche, des manifestations nom- 
breuses du soin que nous apportons à encourager la correction du 
langage chez les élèves des écoles surtout. 

Dès ses débuts, très humbles et très discrets — la Société comp- 
tait 20 membres, en février 1902, lors de sa fondation — notre Société 
a exercé son influence dans toutes les maisons d'éducation, élémen- 
taires ou supérieures, pour obtenir la surveillance du langage soigné 
et l'établissement de prix de bon langage. Bien plus, depuis trois 
ans, par l'intermédiaire du Comité permanent de la Langue 
française, notre Société a fait distribuer tout près de trois 
mille prix, médailles, ouvrages de littérateurs canadiens ou autres,, 
dans les écoles de tous rangs de la provipce de Québec surtout, 
mais aussi dans les autres provinces de la Confédération, et jusque 
dans les écoles primaires des régions des États-Unis d'Amérique 
où la population canadienne-française est la plus dense. Elle a 
récompensé, autant quelle a pu le faire, le soin apporté à la correc- 
tion du langage parlé. 

Mais c'est là le moindre des résultats obtenus dans ce sens. 

L'étude scientifique d'une question ou d'un problème quel- 
conque, linguistique ou autre, doit nécessairement précéder les 
applications pratiques qui doivent en découler, et personne ne peut 
reprocher à un individu ou à un groupe ce travail en apparence 
stérile ou inutile, mais personne non plus n'a le droit de refuser de 
voir les conséquences qui en découlent. 

L'effort qu'il faut faire pour parler bien le français dans notre 
pays est considérable, et celui qui veut s'appliquer à soigner son 
langage doit lutter en même temps contre les tares ancestrales, 
les habitudes invétérées par l'usage familial et les conditions déplo- 
rables de l'entourage. 

Et malgré tout ceci personne ne peut nier que le progrès ac- 
compli, pendant les dix dernières années, dans la province de Québec, 
sous le rapport de la correction du langage de tous, ne soit consi- 
dérable, et la Société veut en réclamer sa part. 

Mais ce qui est plus important encore, c'est l'ambiance, c'est 
l'entraînement des esprits vers les recherches et les observations 
de notre parler français, c'est l'activité à défendre ses droits, c'est 
le goût de l'étude des mots de chez nous, c'est l'application cons- 
tante des individus et des groupes à corriger les fautes et à purifier 
la langue que nous parlons. 

Et ce sont là quelques-uns des fruits de l'activité des membres 
de la Société et de son bulletin: le Parler français. 

Et tout ceci existe, et nous n'en voulons d'autre preuve que la pré- 
sence parmi nous, ce soir, du représentant accrédité d'une société née, à 
Montréal, de l'idée même qui a présidé à la formation de la nôtre. 

La "Ligue des Droits du français ", sans être une filiale de la 
Société du Parler français, sans en dépendre, allant à son but par 
des voies différentes des nôtres, a toujours reçu de nous toute l'aide 
morale et matérielle que notre pauvreté nous permettait de mettre 
à sa disposition, et bien souvent les listes de fautes à corriger qu'elle 
faisait distribuer à profusion sortaient des presses de notre journal. 



LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS 295 

Et je suis certain que vous entendrez avec plaisir, son très 
dévoué et très actif secrétaire nous parler des moyens d'action 
de la Ligue, et des résultats obtenus. 

Le docteur Gauvreau n'a pas besoin d'être présenté à un audi- 
toire c|uébécois . Homme d'action et d'œuvres, il a voulu occuper 
ses loisirs j\ des choses utiles; nous n'en connaîtrons qu'une, ce soir. 
Mais puisse son exemple d'activité servir de leçon, et nous aider 
à secouer notre paresse nationale. 

Monsieur l'abbé Lacas.se va nous lire des vers. Monsieur le 
curé de Saint-Tite-des-Caps a trouvé dans les vallons de sa parois.se 
des scènes bien canadiennes, et sa muse, se laissant bercer au bruit 
du vent dans les sapins laurentiens, lui a tout doucement soufflé 
des rimes. Les grands horizons du Saint-Laurent lui ont révélé 
leurs secrets canadiens, et les flots et les astres chantaient en fran- 
çais, et c'est en vers français que monsieur l'abbé va nous raconter 
les impressions qu'il en a reçues. 

Et très discrètement je veux vous faire une indi.scrétion : 
nous aurons bientôt l'occasion, paraît-il, de voir réunies en un volume 
toutes les poésies de celui que vous entendrez tout à l'heure. 

Monsieur l'abbé Simard, professeur de Physique à l'Université 
Laval, n'en est pas à ses débuts parmi vous : ses conférences sur 
l'électricité et l'astronomie ont attiré dans cette salle, et plu- 
sieurs fois, l'auditoire nombreux et attentif qui suit les leçons publi- 
ques de sciences précises. Sous les auspices de notre Société, il 
lisait, il y a quelques années déjà, un travail sur les noms géogra- 
phiques au Canada. Il va nous parler encore des noms que l'on 
donne à tout ce qui se fait ou se trouve, et qui n'a pas encore 
d'appellation propre. Peut-être aurait-il pu intituler son discours 
" de l'influence des idiomes indigènes sur les noms, au Canada. " — 
Sans doute il a craint de froisser cette vieille tradition qui nous 
fait orner la base de nos monuments de l'inévitable Huron. 

Puissent les travers qu'il signale disparaître, un jour, emportant 
avec eux ce dernier souvenir de notre époque préhistorique, tout 
sauvage soit-il. 

La Société symphoniquede Québec, suivant sa louable habitude, 
u bien voulu nous donner son précieux concours, à titre gracieux. 
Nous savons trop la valeur du service qu'elle nous rend, pour ne 
pas nous empres.ser de saisir l'occasion de reconnaître publiquement 
notre dette envers elle, et d'assurer son président et ses directeurs 
de notre très sincère reconnaissance. 

L'Université Laval nous reçoit encore, cette année, ajoutant 
ainsi à ses nombreuses faveurs à notre endroit. Je renonce abso- 
lument à dire aux Directeurs de cette Institution tout ce que nous 
leur devons; la tâche dépasse mes moyens. 

Hier encore, ils agrandissaient notre local devenu trop étroit, 
et les avantages qu'ils nous fournissent ne .se comptent jjIus. Si 
jamais le succès vient couronner nos efforts, nous en reporterons 
sur cette institution, bienfaisante entre toutes, une très grande i)art; 
ce sera la meilleure façon, croyons-nous, de nous acquitter envers elle. 

CALIXÏE DAGNE.VU. 



LA LIGUE DES DROITS DU FRANÇAIS 



Discours de M. le docteuk Gauvbeau, a la séance publique 
DE la Société du Parler français au Canada, 

LE 2 FEVRIER 1916. 

Messeigneurs, 

Monsieur le Président, 

Mesdames, Messieurs, 

Quand une mère croit venu le temps de réclamer pour sa fille des 
regards et des attentions, dans une soirée d'amis, elle lui fait faire 
son début. 

Pour combien les débuts sont-ils un pronostic de bonheur ? 

Je laisse aux dames le soin de répondre à cette question, et préfère 
m'inspirer des manières embarrassées, des sentiments de confiance 
et de la réticente gaieté, qui n'excluent pas le faufilement des soupirs 
. . . chez les débutantes. 

La Société du Parler français au Canada croit le moment oppor- 
tun de présenter au distingué public de ses réunions annuelles, une 
jeune personne déjà grandelette et tout à fait gaillarde, qu'elle peut 
considérer dans une certaine mesure comme l'une de ses filles : La 
Ligue des Droits du français. 

Et c'est à mon bras que cette toute belle de nos rêves se tient, ce 
soir, timidement accrochée. 

Il faut que je vous en parle ! 

Ne riez pas, je vous prie, de mon excès de tendresse. Je n'ai ja- 
mais pu cacher à personne mon amour pour elle. 

Souffrez plutôt que je vous dise, très succinctement, quelle fut 
son origine, quel est son but, quels sont ses moyens d'action, comment 
elle fonctionne, quels résultats elle obtient. 

%• 

C'est durant l'année 1912. Pierre Homier mène brillamment sa 
campagne de presse dans le Devoir, et cherche des compagnons 
dont le travail commun, l'énergie et la constance rendent plus efficace 
son grand effort. 

A son appel, le 11 mars 1913, chez un rond de cuir de la rue St- 
Jacques, six hommes, plutôt jeunes, pleins d'ardeur et d'entrain, 
s'intitulent les premiers directeurs de la Ligue des Droits du français. 

296 



LA LIGUE DES DROITS DU FRANÇAIS 297 

Tous les six, ils doivent mettre la main à la pâte, fournir une som- 
me de travail proportionnelle à leurs aptitudes et à leurs loisirs, et se 
réunir deux fois par mois pour se concerter. 

L'un ne revint jamais ; et l'autre, très attaché à une excellente 
société secrète, irlandaise et catholique, finit par se sentir mal à l'aise 
dans l'unique atmosphère française dont nous vivons, et, de crainte 
d'en mourir, ne reparut plus. 

A quatre se fit le besogne. Nos statuts prirent un corps, et la 
Ligue, devant le grand public, s'aflSrma crânement. 

Bon ou mauvais augure, il y eut du bruit autour de son berceau. 

De très loin même, du fond de l'Ontario obscur et soupçonneux, 
la voix des loges grogna ! 

L'Orange Sentinel, dans un premier JHamilton à titres flamboy- 
ants, trouva, à notre adresse, ce mot très significatif : " Ils espèrent 
{les Ligueurs), en fin de compte, prendre la prépondérance politique 
et détruire les institutions anglo-saxonnes. " 

Et Léon Lorrain, pince sans rire, de répondre : " La Ligue des 
Droits du français n'est pas, à dire vrai, aussi importante que veut 
bien le faire croire la Sentinel. Ces orangistes sont des flatteurs. " 

Somme toute, ni les criailleurs de l'Ontario, ni les propriétaires 
des détectaphones de la métropole, ni les soupçons de la Patrie 
ne nous émurent. Pas davantage les mielleux avertissements de la 
diplomatie internationale. 

Nous voulions, envers et contre tous, rester ce que nous somm,es, 
et nous sommes restés ce que nous étions.. 

• * 

Perdus dans la foule qui passe, nous sommes des Ligueurs, tou- 
jours aux aguets, prenant note des anglicismes que, dans sa vie com- 
merciale et industrielle, la quatrième ville française du monde par sa 
population ne cesse d'étaler aux yeux de ceux qui la fréquentent, 
prenant note, surtout, des défaillances nationales qui se manifestent 
par le peu de souci que l'on apporte à se servir de préférence de la 
langue française, à cause du préjugé injustifiable qu'on ne peut pas 
faire de bonnes affaires autrement qu'en anglais. 

Notre but, vous le voyez, est bien clair, et se distingue nettement 
de celui d'autres sociétés sœurs, qui combattent pour la même cause. 

La Société du Parler français, par exemple, dont l'aide nous a 
été si utile, travaille aussi à l'épuration de notre langue, mais d'une 
façon plus scientifique, sans s'attacher spécialement, comme nous, 
au domaine de la vie courante, à ces mille choses qui paraissent 
des riens et par où cependant se forme et s'accuse une mentalité 
nationale. 

D'ailleurs, notre manière de procéder s'inspire du milieu où 
nous vivons. Si je ne me trompe, c'est par l'action individuelle au 
sein des collectivités que tranche sur celui des autres le caractère des 
habitants de la métropole. Tout en donnant à chaque ligueur le mé- 



298 LE PARLER FRANÇAIS 

rite et la force de la Ligue dont il fait partie, à cause du petit nombre 
de travailleurs que nous sommes, il apparaît très clairement à chacun de 
de nous, que la Ligue n'atteindra véritablement son but que dans la 
mesure où chacun poursuivra ardemment le sien. Et selon ses goûts, 
où si vous le préferez selon sa toquade, chaque ligueur fait sa lutte 
persistante, à ciel ouvert, s'attachant à introniser partout l'expres- 
sion française, ne considérant aucun détail comme insignifiant, de ce 
qui constitue la façade d'une ville, et reflète nécessairement sa men- 
talité et son âme : tels les enseignes de toutes sortes, un menu d'hôtel, 
les caractères typographiques d'un imprimeur, les inscriptions de 
boîtes à lettres, même celle de boîte . . . d'ascenseur, les papiers qui 
enveloppent les bonbons, les calendriers, les cartes d'affaires, les noms 
de compagnies, les entêtes de comptes, les factures, etc. Nous som- 
mes, en un mot, la phalange combative, toujours sous les armes, 
toujours guerroyante, soucieuse d'arriver au but poursuivi, mais sans 
violence ni sang répandu. 






Nos moyens d'action sont assez nombreux. Ils s'enchaînent les 
uns les autres. Pour les bien comprendre, prenons un cas concret. 

Un ligueur se promène sur la rue. Il voit, dans un milieu cana- 
dien-français, puisque nous sommes à Québec, disons sur la rue St- 
Joseph, une annonce anglaise. Il l'observe, s'en indigne. . . intérieu- 
rement ; en prend note. C'est notre premier moyen; l'observation, 
l'observation continuelle. Elle s'exerce soit par des ligueurs, soit par 
des amis, qui en transmettent les données au secrétariat général, où 
se complètent les dossiers. 

L'observation faite, je suppose que l'on décide l'intervention. 
L'on procède par étapes. Ainsi, pour notre cas de la rue St-Joseph, 
si le ligueur connaît l'annonceur, s'il est son client surtout, il va le 
voir lui-même. S'il ne le connaît pas, ou si sa visite ne produit aucun 
résultat, il le fait voir par d'autres, discrètement, afin d'éviter chez 
l'assiégé le soupçon de conspiration. 

Ces premières démarches étant sans résultat, la Ligue des Droits 
du français entre en scène. Officiellement, elle raconte au monsieur 
ce qu'elle a constaté, les critiques qu'elle entend faire, et les mécon- 
tentements qui se chuchotent. Elle le prie, dans son intérêt, afin 
d'éviter des critiques retentissantes, de faire justice aux droits de 
sa langue, ne serait-ce que pour contribuer sa quote-part, par l'exem- 
ple et par principe, aux revendications nécessaires, en ce pays, pour 
garder même ce qui est à nous. 

Si cette seconde démarche demeure sans résultat, nous faisons 
parvenir à l'intéressé les critiques publiques qui ont été faites de cas 
similaires au sien ; nous faisons intervenir privément, et tour à tour, 
tous les ligueurs, tous nos amis et tous les amis de nos amis, sans omet- 
tre jamais la précieuse intervention de celles qui comprennent l'im- 
portance de notre travail et désirent y coopérer. Je ne sais trop déjà, 



LA LIGUE DES DROITS DU FBANÇAI8 299 

qui a dit : « Le cœur de la femme est un merveilleux diplomate. » 
Le Ligue des Droits du fraii(,ais peut en rendre témoignage. Puis, 
vient, en dernier ressort, quand cela est nécessaire, la critique publi- 
que dans les journaux. 

Mais votre homme de la rue St-Joseph vous répond ; « Très 
bien, mais je ne sais pas traduire cela en français» ; ou encore: « je 
ne connais pas a.ssez bien ma langue. » 

Quand on en est arrivé à ce point de la lutte, le succès est pres- 
que assuré, car nous possédons un organe, un rouage de notre organi- 
sation vraiment précieux et qui rend de réels .services. C'est notre 
troisième moyen d'action, notre bureau de publicité, où l'on traduit, 
corrige, compose des annonces, des circulaires, des blancs de comptes, 
des factures.etc. 

Grâce à l'obligeance de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal, 
entrée, vous le savez, dans la voie des œuvres sociales d'une façon 
très pratique et définitive, toutes les associations nationales de la 
métropole ont désormais un pied à terre, au Monument National. JJ 

Depuis un an, la Ligue bénéficie de cette largesse, et à partir du pre- ^' 

mier mai prochain, elle aura ses meubles au second étage. Notre per- 
manence est déjà établie au rez-de-chaussée. Notre secrétariat y 
fonctionne 30us l'habile direction d'un journaliste entendu et dé- 
brouillard, qui reçoit la correspondance et les commandes, distribue 
l'ouvrage à ses confrères compétents, nos collaborateurs, fait reviser 
le travail des uns et des autres par notre comité d'étude, et au besoin, 
comme garantie suprême, obtient, pour nos travaux, l'imprimatur 
bénévole de la Société du Parler français au Canada. 

I/on nous demande de la traduction de partout, et à l'heure pré- 
sente, au sein même de la ville de Toronto, l'un de nos membres y 
suit ses cours de droit et gagne sa vie en traduisant les catalogues, 
les'américanismes et le«parisian frenchsdela ville lumière, en bon 
français. 

L'œuvre de la Ligue est donc avant tout une œuvre pratique. 
Mais pour la mener à bien, pour en faire un succès, elle a besoin d'être 
appuyée sur une mentalité soucieuse des intérêts du français, attachée 
àïses droits. 

Cette mentalité, la Ligue travaille activement à la créer, par des 
tracts, par des conférences, par des publications. C'est son quatrième 
moyen d'action. 

Des ligueurs parlent à la jeunesse, rappellent aux imprimeurs 
leurs devoirs, écrivent dans les journaux,. La Ligue publie des tracts, 
des brochures, des almanachs, des portraits des défenseurs de la lan- 
gue, des listes d'expressions. 

Que l'on me permette de signaler, en passant, l'excellent livre 
de Pierre Homier, la Languefrançaise au Canada. C'est la réunion 
deftous ces articles auxquels je faisais allusion en commençant. 

Et notre Almanach de la Langue française ? Si vous ne l'avez 
pas encore, hiitez-vous de vous le procurer. C'est un petit pain 
chaud qui fera votre bonheur ; mieux que cela, c'est, comme on l'a 
dit, un arsenal de nos droits, un catéchisme de la langue française 



300 LB PARLES FRANÇAIS 

au Canada. Le dixième et dernier mille est actuellement en vente. 
C'est un succès de librairie, auquel les meilleures plumes québécoises 
ne sont pas étrangères. Et puisque l'occasion s'en présente, je leur 
offre publiquement les remerciements sincères de la Ligue. 

Je passe sous silence nos tracts et nos brochures ; je ne fais 
qu'indiquer le magnifique portrait souvenir que nous avons édité de 
Sa Grandeur Monseigneur Langevin, le grand patriote blessé, l'un 
des premiers à comprendre notre oeuvre, à l'encourager de ses bonnes 
paroles et à la sustenter de ses deniers. 

Mais je me permets d'insister sur nos listes d'expressions, distri- 
buées dans toutes nos principales maisons d'éducation de la Province, 
expliquées par les professeurs, très attentivement étudiées par les 
élèves, appelées, croyons-nous, à fournir, plus que tout autre moyen, à la 
la génération qui grandit les termes français, techniques surtout, 
dont l'ignorance embarrasse et entrave souvent la bonne volonté de 
la génération dont nous sommes. 
IB Tous les mois, des bureaux de la Ligue s'envolent ainsi, à tra- 

vers la Province, dix mille feuillets semant dans les foyers d'étude les 
vocables si clairs et si vivants du doux parler de France. 

Nous savions, depuis longtemps, que l'ignorance du mot français 
était l'une des principales causes de la multiplication des expressions 
anglaises, non seulement dans le commerce et l'industrie de nos villes, 
mais même au sein des campagnes les plus éloignées des centres. 

Pour obvier à cette ignorance, nous nous faisons maîtres d'école. 
Avec l'aide d'éducateurs dévoués et de spécialistes pour chaque ma- 
tière, tous les mois nous dressons ces listes, qui comptent trente à 
cinquante mots les plus usuels de tel métier, de telle profession, de 
tel jeu, et nous les distribuons dans les maisons d'éducation supé- 
rieure, dans les écoles modèles ou élémentaires, dans les usines, chez 
les marchands, partout où l'on rencontre quelqu'un qui s'intéresse à 
notre œuvre, en comprend le sens et la portée, désire s'associer à nos 
luttes et en hâter le succès. 

Il nous fait extraordinairement plaisir de rendre témoignage,ce 
soir, à l'empressement avec lequel la plupart des collèges classiques 
et des séminaires diocésains ont voulu bénéficier de ces listes mensuel- 
elles d'expressions. 

Québec, Lévis, Ste-Anne de la Pocatière, Chicoutimi, Sher- 
brooke, Nicolet, Valleyfield, St-Hyacinthe, Ste-Marie, L'Assomp- 
tion, Ste-Thérèse et Joliette comptent au nombre de nos plus dis- 
tingués clients. Et nous savons que ce n'est pas seulement à titre 
de consolation que nous sont venus leurs encouragements. Chaque 
année, les témoignages les plus intéressés et les plus flatteurs ac- 
compagnent la contribution dont ils nous gratifient. 

Peu nombreuses, il faut bien l'avouer, sont les commissions sco- 
laires qui montrent le même souci. De ce côté, l'on devine facile- 
ment pourquoi notre initiative sera plus lentement comprise. Mais 
ce n'est qu'une affaire de temps. 

En attendant, que les quelques maîtres et les bonnes maîtresses 
qui nous comprennent continuent leur travail patriotique ; qu'ils 



LA LIGUE DES DROITS DU FRANÇAIS 301 

tâchent surtout de nous faire des adeptes parmi leurs confrères et 
leurs émules. Les plus beaux mots français ne sauraient d'eux-mêmes 
atteindre l'esprit ni pénétrer la mémoire des enfants. 

En cela comme en toute chose, il faut une méthode, il faut 
un maître, il faut un guide. La méthode parait trouvée. Seuls les 
maîtres et les guides font encore défaut. 






La Ligue est dirigée par six directeurs, qui se réunissent tous les 
quinze jours, souvent chaque semaine, et font le gros de la besogne. 

Tous les deux ans, l'assemblée générale des membres procède à 
l'élection de deux directeurs, les deux sortant de charge étant rééligi- 
bles. 

Il n'y a pas d'autre officier qu'un secrétaire et un assistant se- 
crétaire. Ce dernier, pratiquement, est la cheville ouvrière, l'exécu- 
teur des décisions du groupe directeur. Ainsi pas d'entraves inutiles, 
{)as de susceptibilité à ménager. Chacun comprend qu'il doit être à 
a peine, et cela suffit. 

Nos réunions sont gaies et réconfortantes. II y a sans cesse des 
faits nouveaux à signaler, des démarches vaines ou fructueuses, tou- 
jours intéressantes à rapporter, des initiatives à considérer, des réso- 
lutions à prendre. 

Les enthousiastes et les Imaginatifs tirent les plans. Les esprits 
plus sérieux les critiquent. Chacun à son gré les corrige, les émonde, 
les perfectionne. La forme finale, c'est entendu, obtient toujours le 
suffrage unanime. 

Nos directeurs actuels sont : Messieurs Pierre Homier, le R. P. 
G. Charlebois, Oblat, Omer Héroux, Léon Lorrain, Anatole Vanier, 
Joseph Gauvreau. 

Journalistes, religieux, avocat et médecin : c'est plus qu'il n'en 
faut pour combattre vaillamment, et pour faire mourir légalement et 
scientifiquement, avec toutes les cérémonies voulues, les parasites de 
notre belle langue. 

Nous comptons, tout au plus, une centaine de membres, qui sont 
autant d'observateurs fidèles, disséminés par toute la province, et 
qui ne manquent jamais de signaler à notre attention ce qui peut com- 
pléter un dossier ou en suggérer un nouveau. 

Nous visons à la qualité des membres plus qu'à la quantité. Ceux 
qui veulent être des nôtres le veulent parce qu'ils nous connaissent 
bien, aiment notre guerre de guérillas, et désirent y prendre part. 
D'où qu'ils viennent, pourvu qu'ils aient nos principes et la volonté 
d'agir, nous les admettons. 



302 LE PARLES FRANÇAIS 

Vouloir combattre en chevalier, non en mercenaire, parce qu'une 
cause est noble et juste, c'est être déjà ligueur de naissance, ou par 
goût. Les gens de cette trempe, nous n'en aurons jamais trop. Ils 
sont plus rares qu'on ne pense. Il convient donc de ne pas la laisser 
s'éteindre dans le for intérieur de votre conscience, si l'écho de ma 
parole, ce soir, réveille chez vous la voix du ligueur endormi. 

* 

Nous pouvons nous rendre le témoignage d'avoir fait de la bonne 
besogne. Assurément, une mentalité nouvelle se forme à Montréal. 

Les annonces bilingues se multiplient ; les belles annonces fran- 
çaises ne sont plus des exceptions ; l'on respecte davantage le désir 
des clients d'être servis en français et, chose consolante, en quelque 
endroit qu'on se présente, en insistant un peu, l'on trouve toujours 
qui nous réponde en français. 

Notre persistance à demander les numéros de téléphone en fran- 
çais a eu cet effet merveilleux, au jour de l'an 1915, de faire remplacer 
deux cents opératrices importées d'Angleterre ou d'Irlande par deux 
cents petites Canadiennes françaises parlant les deux langues. 

Notre campagne contre les calendriers anglais, édités par nos 
fournisseurs canadiens-français, a eu un résultat magnifique. Il 
s'agissait simplement d'attirer l'attention de ces messieurs sur leur 
acte pour les convaincre. La Ligue les a convaincus. Elle a fait 
davantage. J'en apporte comme garant de beau geste d'une maison 
de gros, la maison Quintal & Lynch, qui vient d'acheter cinq cents 
exemplaires de l'Almanach de la Langue française, pour les distribuer, 
comme cadeaux du jour de l'an, à ses clients. N'est-ce pas là une 
mentalité nouvelle ? 

Non moins heureuse a été notre campagne contre Santa Claus. 
D'origine allemande ou normande, peu importe, puisqu'il était deve- 
nu de fait un personnage étranger à nos aspirations, nous avons cru 
qu'il fallait remplacer ce fantoche des gros messieurs de Westmount 
par le vieux Bonhomme Noël des petits enfants d'en bas de Québec. 
Nous avons parfaitement réussi, au point de pouvoir affirmer que 
Santa Claus n'a peut-être apparu dans aucun magasin canadien- 
français de Montréal, cette année. Des Bonhommes Noël il en pleu- 
vait, dans toutes les -rues. 

Ce sont là des détails, me direz-vous, mais des détails importants, 
et dont il faut que quelqu'un s'occupe. Seuls à la tâche, cependant, 
nous ne saurions suffire. Nous comptons sur les adhésions nouvelles, 
vaillantes et nombreuses, comme nous comptons sur la sympathie 
du public, qui, jusqu'à présent, ne nous a pas fait défaut. 

* * 
* 

Si nous avons réussi, nous le devons, Mesdames et Messieurs. 

d'abord à la valeur intrinsèque de notre cause. C'est la langue fran- 

aise que nous défendons, cette belle langue qui fait le fond de notre 

vie nationale, la moitié de l'essence de notre âme, au service de laquel- 



LA UQUB DES DROITS DU FRANÇAIS 303 

le tant de vaillants, là-bas, sacrifient leur intelligence et leur poitrine, 
et qui suscite chez nous, en ce temps de crise <jue nous traversons, 
tant de héros ignorés et tant d'héroïnes connues. 

Nous le devons, en second lieu, au stèle de nos membres, en par- 
ticulier de nos directeurs, sans cesse sur la brèche, et qui, en dépit de 
leurs multiples occupations, avec très peu de ressources, se dévouent 
et se dépensent largement, sans compter. 

Nous le devons, enfin, aux encouragements que nous avons reçus 
de personnages éminents et d'institutions patriotiques. J'ai déjà 
nommé la Société du Parler français, le Devoir et la Société St- 
Jean-Baptiste de Montréal. J'y reviens avec reconnaissance. 

La Société du Parler français du Canada, je le répète, encoura- 
gea, avec l'attention d'une mère dévouée.nos premiers pa.s dans la voie. 
C'est d'elle que nous vécûmes, les premières années de notre existence. 
Sa revue fut notre organe, et nos feuilles d'expressions n'auraient 
pu se répandre, si elle ne les eût, deux années durant, elle-même im- 
primées, sans vouloir accepter aucune rémunération. 

De son côté, le Devoir nous ouvre toutes grandes ses colonnes. 
Omer Héroux y parle de nous plus souvent qu'à son tour. Les écrits 
de Pierre Homier y trouvent toujours la première place. Ceux de 
Léon Lorrain, malheureusement plus rares, à cause des circonstances 
que lui fait la vie, n'en sont pas moins reçus avec faveur. Vanier s'y 
révèle, quand il le veut, excellent littérateur et patriote à outrance. 
Tous ceux que les droits de la langue préoccupent, et qui savent tenir 
une plume, n'ont qu'à se présenter au Devoir pour y être accueillis 
comme des frères d'armes et des collaborateurs appréciés. 

Enfin, la Société St-Jean-Baptiste de Montrésl, depuis un an, 
nous comble d'attentions et de faveurs. Elle nous abrite et nous 
éclaire. Son journal le Petit Canadien, d'allure si gaillarde et si 
vive, nous est franchement sympathique. Nos listes, par milliers, 
elle les imprime généreusement. 

* * 

* 

J'ai parlé de personnages éminents. Plusieurs d'entre vous, sans 
doute, ont lu la belle lettre de Monseigneur Langevin, publiée au len- 
demain de sa mort. Je veux vous en communiquer une autre, ce soir, 
et ce seront mes dernières paroles, car je ne saurais mieux clore 
ce travail, que mes nombreuses occupations m'ont forcé de faire un 
peu à mainlevée; une autre d'un grand évêque lui aussi, et d'un grand 
patriote, d'un grand amant de la langue française et d'un énergique 
défenseur de ses droits: j'ai nommé Monseigneur Paul-Eugène Roy, 
archevêque de Séleucie. 

Québec, 4 janvier 1914. 
Cher Monsieur Gauvreau, 

J'ai bien reçu, vers la Noël, votre envoi du livre de 
Pierre Homier : la Langue française au Canada. Il m'a été im- 
possible, avant aujourd'hui, de vous dire le merci qui convient. 

Vôtre œuvre m'est connue depuis longtemps. Elle a eu, dès l'ori- 
gine, mon entière approbation. 



304 LE PARLER FRANÇAIS 

Comme vous ne sauriez douter de mon sentiment là-dessus, je 
crois inutile d'insister. « La Ligue des Droits du français » accom- 
plit un travail de toute première nécessité, sur le terrain des revendica- 
tions urgentes. On peut regretter qu'elle ne soit pas née plus tôt. 
Personne ne songera à contester l'importance de sa tâche, ni 
à lui reprocher de ne pas l'accompUr avec intelligence et 
courage. Hélas ! C'est bien jusque là que nous en sommes venus ; 
il faut du courage, en plein Québec, pour proclamer, défendre, faire 
respecter les Droits du français ! 

Votre Ligue a voulu secouer la léthargie des uns, flétrir la trahi- 
son des autreg. Elle a jeté le cri d'alarme et donné le mot d'ordre. 

Elle a fait davantage. Avec un zèle clairvoyant et un grand 
sens pratique, elle s'est mise à l'œuvre sur un champ d'action bien 
déterminé, et elle s'efforce d'appliquer à des maux évidents des remè- 
des efficaces. • . 

Déjà, les résultats ont fait voir la justesse de vos méthodes. Vous 
pouvez, à juste titre, conipter sur la reconnaissance des vrais patriotes, 
qui voient en vous de bons et utiles ouvriers, des soldats souvent vic- 
torieux, toujours courageux dans les batailles qu'ils livrent pour 
défendre et venger cette grande et noble Dame, la langue française ! 

L'épiscopat n'hésitera pas, j'en suis sûr, à vous donner le placet 
que vous attendez et que vous méritez. En tout cas, le mien vous 
est acquis. 

Boutez dehors les mots ennemis qui nous ont envahis, et qui veu- 
lent rendre serf le parler des aïeux. Bataillez pour faire entrer dans 
leurs droits et dans leur domaine les mots de chez nous, ceux qui, 
nous reliant au passé, peuvent seuls assurer notre avenir. 

Bonne année à notre parler délectable et à ses vaillants apôtres ! 

(Sig.) P.-E. Roy, Ev. d'EleuthéropoHs. 

Monsieur le Président, je vous remercie encore une fois, et de 
vos bonnes paroles et de l'opportunité qu'il vous a plû de nous ména- 
ger pour exposer à cet auditoitre si bienveillant les grandes lignes 
d'une œuvre qu'il ne connaissait peut-être jusqu'ici que de nom. 
Puisse mon entretien faire en sorte qu'il s'y intéresse à l'avenir. 

N'aurais-je, par cette causerie, décidé de la vocation que d'un 
seul ligueur, outre l'honneur et le plaisir qui s'y rattachent, ma tâche 
serait grandement récompensée. 

Joseph Gauvreau. 



A NOTRE VICTOIRE 



r 



Ne cherche plus à fuir la loi de tes Destins, 
Victoire, toi qu'on dit la sœur du beau Courage ! 
D'un trop avide Orgueil la démence t'outrage. 
Nous attendons ton jour, patients et certains. 

Vainement tu tardas, boudeuse, irrésolue : 
L'oracle en est porté — tu n'appartiens qu'à nous ; 
Regarde : ce n'est pas des hommes à genoux. 
C'est une race libre, ici, qui te salue I 

En face du félon qui jadis te vola. 

Pour nous, pour nos enfants, pour le salut du monde. 

Notre ferveur s'étreint d'une foi si profonde 

Que d'avance en nos cœurs nous te sentons tous là! 

Et ton culte chez nous ne connaît point d'athée. 
Mais croît et se mesure aux mois déjà si longs : 
Chaque jour, d'autant plus ardents, nous te voulons. 
Que nos efforts plus grands t'ont plus cher méritée ! 

Tu vis, pour nous manquer, trop de gloires fleurir. 
Trop d'héroïsme, trop de vertus, trop d'épreuves. 
Trop de sang de nos fils, trop de larmes de veuves. 
Trop de morts à venger, trop de maux à guérir l 



II 



Tu ne peux plus souifrir. Déesse, qu'on élague 

Ton aile amoureuse d'azur ; 
Coiffer le casque à pointe, obéir à la schlague. 

Esclave auteur d'un monde dur 1 
Tu ne peux pas toujours, par l'embûche des traîtres 

Contrainte à l'infâme marché, 

— 305 — 



306 LE PARLER FRANÇAIS 

Aider contre l'Esprit ces soudards et ces reîtres 

A magnifier le péché ! 
Imposer que partout une race vampire. 

Insultant l'humaine raison. 
Revendique avec toi pour seuls droits à l'empire 

Le fer, la torche et le poison ! 
Affirmer que la terre appartient au plus fourbe, 

Au pressureur de plus de sang. 
Qu'il faut que tout soleil se voile sous la courbe 

De l'obus dont meurt l'innocent ; 
Qu'il ne reste à choisir pour toute destinée 

Que l'ilotisme ou le trépas, 
Puisqu'au canon, ton roi, tu restes enchaînée. . . 

Tu ne peux pas, tu ne peux pas 
Absoudre les bourreaux, consacrer leurs rapines. 

Chanter les exploits du vautour. 
N'ajouter que du fiel, des clous et des épines 

Aux crucifixions de l'Amour; 
Avec tous les Drapeaux du ciel pour redescendre 

Pour venir, au joug du plus fort. 
Sur des cœurs asservis et des cités en cendre 

Replier tes ailes de mort ! 



III 



Aussi, blanche Victoire, augiiste et maternelle. 
Calmes, nous t'attendons comme tu nous attends. 
Sans hâte téméraire : il faut l'aide du temps 
Pour forger à coup sûr la grande œuvre éternelle. 

Mais à force d'acier, de souffrances et d'or. 
Quand, armés du marteau, briseur de forteresses, 
A tes pieds nous aurons de nos mains vengeresses 
Jeté, mis en morceaux le colosse de Thor, 

Alors, sous nos talons tenant la Bête immonde. 
Rompant les liens vils d'où tu t'échapperas. 
Nous te soidèverons sur nos fronts et nos bras. 
Victoire, dans un ciel de fête, aux yeux du monde. 



I> 



A NOTRE VICTOIRE 307 

Et sur l'Arc Triomphal, de nouveau, dans l'azur. 
Planant, où passe et rit la brise ensoleillée. 
Là-haut, de l'éventail de ton aile éployée 
Tu balaîras des airs le dernier souffle impur. 

Et l'on dira : « Voyez ! C'est celle qui relève. 
Qui sauve et qui défend de l'unique oppresseur ; 
Par elle va régner la Justice, sa sœur. 
Qui dans la droite paix prête à la Loi son glaive. 

Aux faibles indulgente, intraitable aux ailiers, 

Elle ne veut à tous qu'offrir la délivrance : 

Palme en main — telle est bien la victoire de France — 

Elle fait signe au chœur souriant des Pitiés! » 

Gustave Zidler. 



LE PAYS DE L'ENFANCE 



POUK MON JeAN-MaHIE 



« Vive la France / » — Ton cœur lance. 
Ardent, joyeux, ces mots vibrants : 
Mais qu'est-ce pour toi que la France, 
Beau patriote de quatre ans ? 

Malgré tes grands airs de bataille. 
Je crois que, de ton petit coin, 
La France, ajoutée à ta taille. 
Ne doit pas s'étendre très loin. 

J'admets, cher soldat minuscule. 
Que ton savoir encor léger 
Couvre d'un vague crépuscule 
Les frontières à protéger . . . 

Mais ta France — un soleil l'inonde I 
A ton seuil commence et finit : 
C'est le toit, l'abri de « ton monde », 
Dans les vignes-vierges ton nid ; 

C'est l'humble table, ton empire. 
Où ton rire met son cristal : 
Au foyer d'abord l'on respire 
Ce qui s'appelle l'air natal. 

C'est la chambre, ta seigneurie. 
Dont tes sœurs charment le roman. 
Mais ta véritable patrie. 
C'est partout où vit ta maman . . . 

Puisque donc, enfant, ma prunelle. 
Par qui je dois m' éterniser. 
C'est en la maison paternelle 
Que France t'offrit son baiser, 

— 308 — 



LB PARLER FRANÇAIS 309 

Que nos cœurs simples peuvent faire. 
Sans de lointains et longs essais, 
La mystérieuse atmosphère 
Où se forme un cœur de Français, 

Nous surveillerons nos pensées. 
Autour du jeune moissonneur 
Nous ferons fleurir par brassées 
La foi, la vaillance et l'honneur; 

Nous entasserons les caresses. 
Pour que plus tard, mon gentil preux. 
Tu les reportes, ces tendresses. 
Sur tes frères les moins heureux. 

Que toujours plane, ô mon Roi-mage, 
En tes songes enorgueillis. 
Une infiniment douce image 
De ta maison — de ton pays l 

Gustave Zidler. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS 



Du Jeu de Quilles(I) 
(Bowling) (2) 



Le jeu de quilles (Bowling) est maintenant l'un des sports 
favoris des Américains et des Canadiens. 

C'est un développement des vieux jeux de "boules", "careau" 
et "quilles", que connaissent depuis des siècles nos cousins d'outre- 
mer, et qui sont très répandus également en Belgique, dans les 
Pays-Bas, en Suisse, en Angleterre et en Allemagne. Il a été intro- 
duit de la Hollande aux Etats-Unis, au temps colonial. Les habi- 
tants hollandais de là nouvelle Amsterdam, maintenant New- York, 
s'y adonnaient beaucoup, et jusqu'en 1840, ils le jouaient sur le 
gazon, le principal rendez-vous étant le carré encore appelé "Bowling 
Green\ Les premières allées couvertes étaient faites de glaise 
durcie ou d'ardoise, mais celles en vogue aujourd'hui sont cons- 
truites de lisières alternées en bois de pin (de Géorgie, préférable- 
ment) et d'érable, et placées selon l'art le plus fin de l'ébéniste. 

Il semble que la première mention d'une partie de concours 
en Amérique a été faite le 1er janvier 1840, aux allées "Knicker- 
boker" dans la ville de New- York, mais ce n'est pas avant 1875 que 
les quilleurs des principales villes tinrent une convention dans le 
but de dresser des règles pour le jeu, et ce fut 20 ans plus tard que 
r"American Bowling Congress" mit le sport dans un ordre systé- 
matique. Les règles du jeu dans toutes ses variétés sont publiées 
par ce Congrès. 

Les clubs de quilles se chiffrent actuellement dans les dizaines 
de mille, aux Etats-Unis et au Canada, et sont sous la direction du 
Congrès, qui se réunit une fois l'an, pour faire la revision des règles 
et tenir des concours pour le championnat national. Ce jeu n'est 
joué que très peu en Angleterre et en Allemagne. Dans ce dernier 



(1) En France, comme pour la plupart des sports modernes, le nom anglais 
est adopté . . . malheureusement ; cependant, l'appellation jeu de quilles américain 
se dit quelquefois. L'épithète américain est mise pour différencier cet amusement 
d'intérieur et surtout d'hiver, qui se joue principalement en Amérique et sur des 
allées en bois, du vieux jeu de quilles dont l'aire est ordinairement une terre plus 
ou moins battue et dont le pointage de la partie se marque différemment du jeu 
américain. De plus, le vieux jeu de quilles est surtout un divertissement d'été. 
(Cf. "Dictionnaire des Connaissances pratiques", par E. Bouant.) 

(2) Le mot anglais " bowling " vient du latin " buUa ", un globe, par Tinter» 
médiaire du français " boule ". 

— 310 — 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE QUILLES 311 



pays, cependant, le vieux jeu de quilles avec boules solides et les 
(luilles rangées en losange, jouit de la plus grande vogue. Les 
allées sont faites avec moins de soin qu'en Amérique, étant de 
ciment, d'ardoise ou de marbre. Introduit en France, pour diffé- 
rentes raisons, en particulier par suite de manque d'emplacement 
dans les grandes villes, ce sport ne s'est pas développé là comme il 
le méritait, et naturellement, en dehors de catalogues maintenant 
épuisés, aucune publication sur ce jeu n'a été faite en français. 

Nous osons espérer que les nombreux amateurs de quilles, 
chez les Canadiens trangais, feront un bon accueil au vocabulaire 
bilingue qui suit. 

Q VILLES— BOyfUNG 
A. — Le Champ du Jeu 

Allée Alley. 

Les sortes sont! 

Allée continue Continuons alley. 

Allée rapide Fast alley. 

Allée à sections Sectional alley. 

Allée dernier genre Up-to-date alley. 

Les parties sontj 

Approches Approach, runway. 

Approches assemblées à 

queue d'aronde Dove-tailed approach. 

Mur de fond Back wall. 

Retourne-boules, rail Bail return, railway, return- 

chute. 

Retourne-boules descendante. Drop return-chute. 

Retourne-boules boucle .... Loop-the-loop return-chute. 

Boucle Loop. 

Cuir, courroie Strap. 

Rail en pente ... Sloping railway. 

Lit Bed. 

Crampon Clamp. 

Cloison de milieu Center partition. 

Coussin, sommier Cushion. 

Sommier de fond Back cushion, rear cush- 
ion, rear cushion wall. 

Sommier de fosse Pit cushion. 

Boulon à bascule Boit (Swinging). 

Garniture Facing. 

Sommier de côté Side cushion. 

Sommier à bascule Swinging cushion. 

Bord Edge. 

Pied Foot. 

Ligne des nulles, ligne pied de 

jeu Foui Une. 



&. 



312 LE PAELER FRANÇAIS 

Gouttière '• • Gutter. 

Gouttière ronde Round gutter. 

Divisions ^ action rapide Kickbacks, quick action di- 
visions. 

Fosse d'arrivée, puits d'arrivée Pin pit, pit. 

Mouches Pin spots, spots. 

Mouche de coin Corner pin spot. 

Mouche quille de front .... Head pin spot. 

Mouche quarte Quarter spot. 

Bord de la fosse Pit edge. 

Coin de sûreté Safety corner. 

Cloison de côté Side partition. 

Mur de côté Side wall. 

Surface Surface. 



B. — Les Positions 



1 . — Extérieures. 



Garçons de quilles, placeurs, rele- 

veurs Pin boys. 

Directeur des garçons de quilles . . . Pin-boy manager. 

Dresseur de calendriers Schedule maker. 

Marqueur, pointeur Scorer. 

Arbitre : Umpire. 

2. — Intérieures. 

Quilleur, joueur de quilles, quil- 

leuse Bowler, pin spiller, trundler; 

woman bowler. 

Capitaine Captain. 

Joueur renvoyé, exclu Removed player. 

Joueur en retraite Retired player. 

Escouade, équipe Squad. 

Remplaçant Substitute. 

Capitaine d'équipe Team captain. 



VOCABULAIRE FRANÇAI8-ANQLAIS DU JEU DE QUILLES 318 

C. — Les Accessoires 

Boules Balls, bowling balls. 

Les parties sont| 

Crevasses Checks, cracks. 

Doigtiers Finger holes, holes. 

Doigtiers fibre dur Hard fibre finger holes. 

Emboîture Socket. 

Douille Bushing, sleeve. 

Percer de nouveaux doig- 
tiers Bore new finger holes (To) 

Boucher les vieux doig- 
tiers Plugg old holes (To) 

Prise Grip board. 

Poucier et doigtier ; ; . Thumb and finger holes. 

Les sortes sont| 

Boule éclatée Chipped bail. 

Boule pesante Heavy bail. 

Boule en bois de gaïac Lignum vitae wood bail. 

Boule légère Light weight bail. 

Boule en minéralite Mineralite bail. 

Boule minéralite madrée . . . Mottled mineralite bail. 

Boule en bois de quebracko . . . Quebracho wood bail. 

Boule en caoutchouc Rubber bail. 

Boule d'occasion Second-hand bail. 

Boule au-dessous de la moyen- 
ne Undersized bail. 

Sac à boules Bail bag. 

Sac combinaison Combination bag. 

Poches de côté Side pockets. 

Gaine, trousse à boules Bail case. 

Loquet Catch. 

Serrure Lock. 

Balai de lit, de piste Bed brush. 

Polisseur de piste Bed polisher. 

Mouches Bed spots. 

Tableau noir Blackboard, board. 

Brosse à tableau noir Blackboard eraser. 

Brosse d'allée Brush (Bowling alley). 



/ 



314 LE PARLER FRANÇAIS 

Carte Card. 

Carte pied de jeu Foui Une card. 

Carte mouches Pin spot card. 

Appareil électrique Fixture (Electric light). 

Appareil d'éclairage Fixture (Lighting). 

Mouilleur pour pied Foot dampener, foot moistener. 

Accessoire d'éclairage à essence. . . . Gasoline light attachment. 

Brosse à gouttière Gutter brush. 

Accessoires Incidentals, supplies. 

Armoire Locker. 

Compartiment Compartment. 

Quilles Maples, pins. 

Les parties sont| 

Base] Base. 

Corps Body. 

Tête Head. 

Cou Neck. 

Les sortes sont\ 

Grosses quilles . ; Big pins. 

Quilles de fond Back pins. 

Quilles-chandelles Candie-pins, K. C, or rub- 

ber neck pins. 

Quille de milieu Centre pin. 

Quille canard Duck pin. 

Quille supplémentaire Extra pin. 

Quille de tête, de front Head pin, front pin, king- 

pin. 

Quille séchée au four Kiln dried pin. 

Quille de ligue League pin. 

Quille coin gauche Left corner pin. 

Quille quintette Quintet pin. 

Quille réglementaire . Régulation pin. 

Quille coin droit Right corner pin. 

Quille modèle Standard pin. 

Placeur de quilles automatique. . . . Pin setter (Automatic). 

Frein Brake. 

Balance centrale Center balance. 

Poignée Handle. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE QUILLES 315 

Cases, poches Pockets. 

Titbe à coulisse Telescoping tube. 

Charger le placeur Load pin setter (To). 

Placeur Pin spotter. 

Levier Lever. 

Baisser le levier Depress the lever (To). 

Relâcher le levier Release the lever (To). 

Chevilles ' Pegs. 

Vernis, émail Polish (Enamel). 

Poli, vernis du Ut, de la piste Polish of the bed (The). 

Réflecteur Reflector. 

Réflecteur de front Front reflector. 

Réflecteur quilles Ten pin reflector. 

Lampes Lights. 

Abat-jour Shade. 

Anneau, cercle de mesurage Ring, measuring ring. 

Papier de verre, papier sablé Sand paper. 

Balance Scale. 

Calendrier, échelle des parties .... Schedule. 

Tableau de pointage Score-board. 

Tableau mural de pointage dou- 
ble Double wall score board. 

Tableau de pointage tournant. . . Revolving score board. 

Tableau mural double fixe Stationary double score board. 

Tableau mural de pointage Wall score board. 

Appliques pour tableau de poin- 
tage Score board brackets. 

Livre de pointage Score book. 

Livre de pointage double Double score book. 

Crayons de pointage Score crayons. 

Registre de pointage Score register. 

Feuille de pointage Score sheet 

Porte feuille de pointage Score sheet stand. 

Pied Bottom. 

Support Standard. 

Porte feuille de pointage à 

main Hand score sheet stand. 



316 LE PARLER FRANÇAIS 

Table feuille de pointage Score sheet table. 

Porte-pointage Score stand. 

Table de pointage Score table, scoring table. 

Table de pointage ajustable .... Adjustable score table. 

Jeu de quilles Set of pins. 

Banc, siège, canapé Settee. 

Laque, gomme laque Shellac. 

Soiiliers quilles Shoes (Bowling) . 

Vitrine Show case. 

Vitrine d'étalage Display show case. 

Enseigne , Sign. 

Eponge Sponge. 

Cuvette-éponge Sponge cup. 

Teinture Stain. 

Laine d'acier Steel wool. 

Porte essuie-main Towel holder. 

Trophée Trophy. 

Egaliser boules et quilles True balls and pins (To) . 

Egaliseur Truing machine. 

Tourner boules et quilles Turn balls and pins (To). 

D.- — Le Jeu 

Boule roulée Bail roUed. 

Joute Battle. 

Quiller, rouler Bowl (To). 

Abattre tout le quillier, faire les 

dix quilles Bowl down ail the pins (To). 

Rouler pour pointage élevé Bowl for high score (To). 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE QUILLES 317 

Abattre les quilles Bowl over the pins. 

Rouler écart Bowl wide. 

Bris Break (A). 

Faire tout le quillier Clear the alley. 

Diriger un joueur Coach a player (To) . 

Concourir dans une partie Complète in a ganie (To). 

Concurrents Competitors. 

Dresser, composer un calendrier . . . Compile a schedule (To). 

Joute, lutte Contest. 

Joute de ligne League contest. . 

Convertir une coupe en réserve, en 

honneur simple Convert a split into a spare (To) 

Allée croisée Cross alley. 

Pointage d'allée croisée Cross alley score. 

Courbe Curve. 

Courber la boule Curve the bail (To). 

Boule morte Dead bail. 

Bois mort Dead wood. 

Exclu Debarred. 

Défaut Default. 

Jouer, lancer la boule Deliver the bail (To). 

Jet, lancer Delivery. 

Jet, lancer de côté Side delivery. 

Jet, lancer lent Slow delivery. 

Incapacité Disqualification. 

Frappé d'incapacité Disqualified. 

Frapper un quilleur d'incapacité . . Disqualify a bowler (To). 

Doublet Doubleheader. 



318 LE PARLBB FBANÇAIS 

Muet Dummy, blind. 

Erreur Error. 

Joute individuelle Event (Individual). 

Boule complémentaire, supplémen- 
taire Extra bail. 

Boule franche Pair Vjall. 

Alimenter un joueur Feed a player (To). 

Raccroc Fluke. 

Confisquer une partie Forf eit a game (To) . 

Condition Form. 

Faute, coup nul Foui. 

Boule nulle Foui bail. 

Tour, reprise, manche Frame, inning, term. 

Partie Game. 

Jeu de bataille Battle game. 

Jeu de quilles Bowling game. 

Jeu de chandelles Candie, rubber neck pin game. 

Jeu de tricorne Cocked bat game. 

Jeu de tricorne et plume Cocked bat and featber. 

Jeu de canards Duck pin game. 

Jeu cinq de fond Five back. 

Partie confisquée Forfeited game. 

Jeu quatre de fond Four back. 

Jeu quille de tête et quatre de 

fond Head pin and four back. 

Partie de concours Match game. 

Jeu de chandelles de la Nou- 
velle-Angleterre New England candie pin game. 

Jeu de Newport Newport game. 

Jeu de neuf quilles debout et neuf 

à terre Nine up and nine down. 

Jeu neuf quilles, quille de tête. . . Nine pin head pin game. 

Quintette Quintet. 

Partie inscrite ^ Scheduled game. 

Partie simple Single game. 

Partie d'équipe Team game. 

Jeu de dix quilles Ten pins. 

Jeu de dix quilles de tête Ten pin head pin game. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE QUILLES 319 

Jeu dix quilles — quille de tête re- 
tranchée Ten pins — head pin out. 

Partie égale, nulle Tie game, tie. 

Partie de tournoi Tournament game. 

Poignée, prise Grip. 

Frapper plus à plein Hit fulier (To). 

Boule crochue Hooked bail. 

Abattre, renverser les quilles Knock the pins down (To). 

Dominer les quilleurs Lead the bowlers (To). 

Lever une incapacité Lift a disqualification (To). 

Levée Loft (A) . 

Froissement de muscle Muscle-bound. 

Pénalité Penalty. 

Toutes quilles Pins ail. « 

Quilles abattues, à terre Pins down. 

Gouttières Poodles. 

Quintette Quintet. 

Boule rebondissante Rebounding bail. 

Réintégrer un joueur démis Reinstate a removed player (To) 

Enlever les quilles Remove the pins (To) . 

Rerouler une boule ReroU a bail (To). 

Replacer les quilles Reset the pins (To). 

Remoucher les quilles Respot the pins (To). 

Rouler Roll (To). 

Pointage Score. 

Grand pointage Grand score. 

Pointage limite Limit score. 

Marquer la partie Score the game (To). 



</■ 



320 LB PABLEB FRANÇAIS 

Pointage but à but Score tied. 

Marquage des points Scoring. 

Placer les quilles Set the pins (To). 

Relever les quilles Set up the pinsJ(To). 

Shape Shape. 

Coup Shot. 

Partie simple Single. 

Réserve, honneur simple (H.) Spare. 

Boule réserve, honneur simple .... Spare bail. 

Coupe Split, split-up. 

Coupette Baby split. 

Boule coupante Split bail. 

Couper les quilles Split the pins (To). 

Moucher les quilles Spot the pins (To). 

Série d'honneurs simples, de dou- 
bles honneurs Straight spares, strikes. 

Abat, double honneur (D. H.) .... Strike. 

Boule d'abat, de double honneur . . Strike bail. 

Série String. 

Série simple Single string. 

Equipe Team. 

Equipes concurrentes Competing teams. 

Total d'équipe Team total. 

Tournoi Tournament. 

Dénouement Wind-up. 

Bibliographie: 

Larousse mensuel, 1907-10, page 706, au mot Bowling. 

Alfred Verreault. 



SARCLURES 



*** Un frère de Villa a été accusé et les Etats-Unis ont demandé 
son extradition. Quel crime a-t-il commis ? Un journal prétend nous 
l'apprendre en ces termes : 

'' Dans l'acte il est acciisé d'avoir été complice pour la ligne du 
chemin de fer du Pacifique du Sud, près d'El Paso, au mois de décem- 
bre, dans le but d'arrêter le mouvement des forces de Carranza par le 
territoire américain pour attaquer les troupes do Villa au Mexique. " 

Je ne voudrais pas cire le juge qui devra décider si Villa est cou- 
pable ou non. 



*** " Le rapport de la police de New- York pour 1915 signale 
une décroissance dans la criminalité, surtout dans les coups de feu et 
les vols. " 

La décroissance dans les coups de feu est une trouvaille. 



*** " L'accusé était défendu par le même avocat qui avait diri- 
gé la poursuite dans l'affaire Coderre. La défense a admis la culpabi- 
lité mais a insisté sur les bons antécédents du prévenu qui a, de plus, 
été atteint d'épilepsie ily aS ans et qui au moment du crime était ivre. " 

S'il fallait croire ce rapport, ce serait un " bon antécédent " que 
d'avoir été atteint d'épilepsie et d'avoir été ivre au moment d'un 
crime. 



*** " La gravité de la crise n'est pas seulement une question de 
forme, puisque l'Amérique n'est pas opposée à la guerre sous-ma- 
rine. " 

Je suppose qu'on voulait dire que la plus grave difficulté entre 
l'Allemagne et les Etats-Unis ne touchait pas au mode ou à la forme 
des hostilités. Mais comment peut-on se résigner à écrire que " la 
gravité d'une crise " est ou n'est pas " une question de forme " ? 

Le Sarcleur. 
— 321 — 



QUESTIONS ET REPONSES 



Question. — Quel est le nom français de l'instrument, dont les enfants se servent 
pour lancer des pierres, et qu'on appelle improprement boomerang f 

Réponse. — Lance-pierre. 



Question. — Comment s'appelle la bande de cuir ou d'étoffe avec laquelle on 
attache une couverture sur un cheval, en forme de sangle ? 

Réponse. — Cette espèce de sangle est un surfaix. 



Question. — Y a-t-il un nom particulier pour désigner l'espèce de voiture dont 
on se sert pour le transport des longues pièces de charpente, et qui se compose sim- 
plement de deux grandes roues, d'un essieu, et d'une sorte de timon ? La pièce de 
bois est suspendue au-dessous de l'essieu. 

Réponse. — C'est un triqueballe. On dit aussi trinquebaUe. 



Question. — Quelle préposition demande le verbe hésiter f Peut-on dire indif- 
féremment hésiter de partir, et hésiter à partir ? 

Réponse. La Bruyère écrivait : « Ils n'hésitent pas de critiquer 
des choses qui sont parfaites. » Mais hésiter de, devant un infinitif, a 
vieilli. Aujourd'hui, on dit plutôt : hésiter à. 

Devant un substantif, le verbe hésiter demande la préposition 
sur : « Il a longtemps hésité sur le choix d'une profession. » 

— 322 — 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 323 

Quettion. — On dit que chaque ne peut s'employer pour chacMn; V'incent écrit : 
" On ne dira pas : j'ai payé eci couteaux deux franci chaque, mail : deux francs cha- 
cun. " Cependant, je lis dans Rostand : 

" J'ai deux raisons dont chaque est suffisante seule. " 

Ne peut-on s'autoriser de cet exemple pour dire : " J'ai payé ces couteaux cinquan- 
te sous chaque " ? 

Réponse. Non, pas plus qu'il n'est permis de dire : « Chaque son 
tour » pour : « Chacun son tour. » Chaque est un adjectif ; chacun 
est un pronom. 

Hugo aussi a écrit : « . . .diminuer la durée des stations et mar- 
cher entre chaque le plus longtemps possible. » Mais une faute com- 
mise par Rostand ou Victor Hugo ne nous autori.se pas à violer, com- 
me eux, la syntaxe. C'est une chose qu'on se permet quand on a fait 
les Odes et Ballades ou Cyrano. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 



L'abbe Ivanhoe Caron. La Colonisation du Canada sous la 
domination française, Québec, 1916, in 8, 26c. x 17 c. 5, 90 pages. 

Cet ouvrage est un précis histotique, mais documenté, fait avec 
grand soin et d'après une méthode rigoureuse. 

L'auteur a divisé en dix périodes distinctes l'histoire de la colo- 
nisation du Canada sous la domination française. Pour chaque pério- 
de, il donne un aperçu général, et rappelle les faits saillants ; puis 
il décrit l'arrivée des colons, leur établissement, le développement 
des seigneuries et des paroisses. 

(S'adresser à l'auteur, 164, rue Latourelle, Québec,) 



Numéro demandé 

Ceux de nos abonnés qui ne conservent pas la collection du 
Parler français nous rendraient un grand service s'ils voulaient 
bien nous retourner le numéro de janvier 1916. 



MOTS ANGLAIS FRANCISÉS 



Au contact de la langue anglaise notre langage se contamine 
non seulement dans les mots, mais encore dans la prononciation. 

La ressemblance orthographique de plusieurs mots français 
avec leurs équivalents anglais nous porte souvent à donner aux 
mots français la prononciation anglaise. Tels sont: telV'phône, 
graphophôône, gazlîîne, aut'mobîîle, parineur (partenaire), tchèque 
(chèque), menete (minute), etc. 

Aux mots français tâchons de garder la prononciation fran- 
çaise; c'est bien le moins qu'on puisse demander! 

Grâce au snobisme plutôt qu'à un besoin réel, grâce à l'ama- 
bilité cordiale et avenante qui est le propre du peuple français, 
une foule de vocables anglais ont reçu l'hospitalité dans la langue 
française, bien que, la plupart du temps, ils aient été des immigrants 
non désirables. Ils ont été naturalisés mots français. Maintenant 
qu'ils font partie de notre langue, il faut leur faire bon accueil, 
mais, en matière de prononciation, ils doivent se plier aux lois et 
exigences de la langue qui les reçoit. 

Comment donc faut-il prononcer les mots anglais francisés ? 
Il n'y a aucune hésitation sur ce point. — A la française. 

L'usage en France veut que ces mots soient prononcés, tantôt 
comme s'ils étaient des mots français, tantôt avec un accent inter- 
médiaire qui n'est ni tout à fait français ni tout à fait anglais. Pour 
nous guider en cela, nous avons les traités de prononciation fran- 
çaise et les dictionnaires. 

Examinons à leur lumière quelques mots anglais francisés 
d'un usage assez courant en France et chez nous. 

EucHRE. — Tous les jours, par les personnes instruites comme 
par les ignorantes, on entend prononcer à la bizarre façon anglaise 
(ioukeur) ce mot francisé. Ouvrons donc le Xoiiveau Larousse 
illustré et nous y verrons que euchre se prononce eiichr'; que le right 
bower se dit le bosquet de droite ou valet d'atout, non le gros bâr; que 
le left boicer (deuxième valet) se nomme bosquet de gauche et non 
le petit bâr. 

Le tally peut se dire: fiche ou indicateur (des parties). Les 
puncheurs et les puncheuses étaient appelés avec raison poinçon- 
neurs et poinçonneuses, quand l'habitude était répandue de perforer 
les fiches avec un poinçon, mais aujourd'hui, vu les nouveaux 
systèmes, ne serait-il pas plus convenable de les appeler pointeurs 

— 324 — 



MOTS ANGLAIS FRANCIȎH 825 

et pointeuses ? Ce mot désigne ceux qui sont chargés de pointer 
ou marquer une carte ou une liste. C'est par ce mot aussi (jue se 
rend l'expression anglaise tinie kecper. 

Puisque euchre se prononce eukr\ on dira donc: Aller à un bel 
euchre (et non beau ionkeiir); cet euchre (et non ce ioukevr); l'euchre 
(et non le ioukeur) des Artisans, etc. 

Wagon. — Se prononce vagon. Le w se prononce comme un 
V simple dans les noms d'origine allemande. On prononce: Vagram, 
Vaierlo, Vestphalie, \'eim,ar, ]'orms. Si les mots sont d'origiae an- 
glaise, M) a le son de ou: ouist (whist), ouiaki (whisky), etc. 

On peut écrire aussi vagon. 

Yacht. — Se prononce yack, plutôt que iôtt, à l'anglaise. Ce 
mot se dit de bâtiments assez importants, à voile ou à vapeur, mais 
non de nos |>etits bateaux à essence, qui s'appellent plutôt auto- 
canots ou canots-automobiles. 

Revolver. — Prononcez : révolvère. 

ÏENDER. — Disons tan-der', et non tenn-denr: wagon qui suit 
la locomotive (pas engin). 

Ale. — S'écrit aussi aile et se prononce è-le (sorte de bière). 

Pudding. — S'écrit et se prononce poudingue. Peut aussi 
s'écrire pouding. Ne pas dire poudigne ni poutine. 

LuNCHER. — Se prononce lu7i-cher ou loncher (d'après Ragon). 

Toast. — Se prononce teste et peut aussi s'écrire de cette façon. 
Cf. Adjutor Rivard, Études sur les parlers de France au Canada, 
p. 277. 

Break. — Brèk (sorte de voiture). 

Clown, clownesse, clownerie.— Se prononcent: clounne, 
clounesse, clounerie. 

Groom. — Groum (petit laquais). 

Punch. — D'après Ragon, se prononce ponche. 

Quaker, quakeress, quakerisme. — Kouakère ou kovacre, 
kouakeresse, kouakerisme. Ce mot quaker s'écrit et se prononce 
aussi quakre. 

ScHOONER. — Se prononce ckounère, et non skouneur. 

Speech. — Nous avons raison de prononcer spitche. 

Sterling. — Ne se prononce pas sterligne, mais sterlin. 

Sport. — Ne pas faire sentir le t; prononçons comme dans 
mort. Signifie seulement athlétisme. N'a pas le sens adjectif 
de riche, cossu, huppé, libéral, qu'on lui donne au Canada. 

Ticket. — Se prononce ti-kè, et non tiquette. Il sera amusant 
de lire, à propos de l'adoption de ce mot dans la langue française, 
quelques réflexions de Justin Améro dans son intéressant ouvrage: 
De l'anglomanie dans le français: 



326 LE PARLER FRANÇAIS 

L'exposition de 1878 ne pouvait avoir lieu sans qu'on fît de nouveau acte d'obsé- 
quiosité envers l'étranger: c'était impossible. Elle laissera donc, dans notre tangue, 
comme souvenir précieux de son passage, pour le moins, le terme ticket, qui est 
actuellement employé par quiconque tient une plume, — à la place de billet, honni 
et rejeté. Honte donc sur "billet" et vive le vocable anglais! 

Ce qu'il faut surtout déplorer, c'est l'introduction de ce terme deux ou trois 
fois inutile de "ticket", — car outre "billet", nous avons aussi carte, — c'est son intro- 
duction auprès de la nation, sous le patronage officiel. C'est une idée malheureuse . . 

. . . qui montre jusqu'à quel point l'esprit français, dans certaines classes, a 

soif de vasselage étranger. 

A ces amateurs de manières et d'habitudes anglaises que cette 
prononciation tantôt mitigée, tantôt purement française pourrait 
scandaliser, je rappellerai ces mots de Monseigneur Laflèche, qui 
disait: "Je n'aime pas à entendre mes compatriotes parler anglais 
sans au moins un petit accent français". Ces paroles qui peuvent 
paraître paradoxales sont pleines d'une patriotique philosophie. 
L'accent français, n'est-il pas à propos de le mettre aux mots d'ori- 
gine anglaise, mais naturalisés français, tout comme nous le mettons 
sur les mots de provenance grecque, latine ou allemande ? Autre- 
ment, quelle cacophonie dans notre "doux parler" ! 

Toutes les fois que le dictionnaire nous le permet, il faut adopter 
non seulement la prononciation, mais aussi l'orthographe française. 
Ecrivons donc préf érablement : vagon, toste, poudingue, aile (aie), 
quakre. 

N'avons-nous pas déjà, sans que personne songe à s'en forma- 
liser: bébé (baby), boule dogue {bull dog), rosbif (roast beef), bif- 
teck (beef steak) ? 

Ragon, philologue distingué, auteur de grammaires latine, 
grecque et française, va plus loin: 

L'orthographe anglaise, dit-il dans sa Grammaire française, cours supérieur, 
étant la chose du monde la plus bizarre et la plus compliquée, les mots anglais adoptés 
dans notre langue devraient toujours s'écrire à la française. Ainsi les mots aie, bill, 
break, clown, coaltar, cold-cream, groom, keepsake, lasting, lunch, luncher, mackintosh, 
puddler, punch, quaker, reporter, schooner, shérif, sloop, speech, spleen, square, starter, 
steamer, steeple-chase, sterling, tender, tramway, yacht; se prononcent et pourraient 
s'écrire èle, bil, bbek, cloune, coltar, colcrbme, groum, kipsèke, l.^stingce, 

LONCHE, LONCHER, MACKINTOCHE, PUDLER, PONCHE, COU.VCRE, REPORTEUR, CHOU - 
NERE, CHÉRIF, SLOUPE, SPICHE, 8COUERE, STARTEUR, STIMEUR, 8TIPLECHÈSE, STER- 
LIN, TINDERE, TRAMOUET, YAK. 

Adopter cette orthographe serait prématuré. Il ne faut pas 
précéder le dictionnaire, mais il ne faut pas non plus craindre de le 
suivre. Écrire trop à la française pourrait avoir de grands incon- 
vénients au point de vue étymologique; prononcer à la française 
n'en a aucun: c'est au contraire contribuer à garder à notre langue 
son génie français, son homogénéité et son harmonie. 

Etienne Blanchard, P. S. S. 



LEXIQUE 

CANADIEN-FRANÇAIS 

(Suite) 

Mognon (wiôgô) s. m. 

Il Moignon. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier. 

Fr.-can. On emploie mognon dans diverses acceptions. Ex. : 
Mognon de chou. — Il lui pousse un mognon sur la tête. 

Moi pour un {mwa pur œ) loc. ang. 

Il Pour moi. 

Moindrement {mwèdrémâ) adv. 

Il Le moindrement = parfois ; la moindre quantité. Ex. : 
S'il avait le moindrement d'esprit = s'il avait un peu d'esprit. 

DiAL. Id., Normandie, Dubois. 

Fr. Le moindrement : de la moindre manière, le moins du 
monde, Darm. Ne s'emploie qu'avec la négation, Lar. 

Moine (mwèn) s. m. 

1° Il Toupie, toupie musicale. 

DiAL. Id., dans certains départements, Lar ; Bas-Maine, 
DoTTiN ; Anjou, Verrier. 
2° Il Melon. 

Moins (à) (a mwè). 

Il En moins. Ex. : Pas un sou à moins. 

Mollasse (mblàn) s. f. 

1° Il Fondrière. Ex. : Le chemin a dû être détourné, à cause 
d'une mollasse sur la terre de X. 

— 327 — 



328 LE PARLES FRANÇAIS 

2° Il Point faible d'une personne ou d'une chose. Ex. : Ap- 
puyez sur la mollasse et vous aurez de lui tout ce que vous voudrez. 

Miâler {myàlé) v. intr. 

Il Miauler. 

DiAL. Miâler est employé dans le Centre, Jaubert ; en 
Normandie, Moisy. 

Miaulée {myôlê) s. f. 

Il Miaulement. 

DiAL. Id., en Normandie, Delboulle. 

Micouenne {mikwèn) s. f. 

Il Grande cuiller en bois ou en écorce pour mettre le sucre en 
moule, ou pour divers usages domestiques. 

Etym. Micouan, mot iroquois pour cuiller, Clapin. 

Micament (mikama) s. m. 

Il Médicament. 

Midi (midi) s. m. 

1° Il Les heures du milieu du jour, vers midi, période plus ou 
moins longue avant et après midi. Ex. : A midi, je dînerai à une 
heure. Je vais dîner tous les midis à onze heures = Aujourd'hui, 
je dînerai à une heure ; je vais dîner tous les jours à onze heures. 

Fr. Midi est l'heure précise du milieu du jour. — « Midi ne 
s'emploie pas au pluriel. On doit dire : Je m'y rendrai sur le midi, 
et non sur les midis. Quoique midi soit l'équivalent de douze 
heures, on ne peut pas dire : Midi sont sonnés, car midi signifie 
plutôt le milieu du jour que le nombre d'heures écoulées depuis 
minuit. On dit : Midi est sonné ». Besch. 

Fr.-can. Ex. : Il est arrivé vers les midi. 

2° Il Avoir midi dans le ventre = avoir faim, et juger par là 
qu'il est midi, c'est-à-dire qu'il est l'heure de manger. 

Fr.-can. Ex. : Je commence à sentir le midi. — Mon ventre 
marque midi = Il est midi à mon horloge. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 320 

3° Il Petit midi = un peu avant midi F.r. : On ji d^'-tol^ au 
petit midi = entre onze heures et midi. 

4° Il Grand midi «= un peu après-midi. 

Miette (myèt) s. f. 

Il Très petite quantité. Ex. : Ils avaient une miette de vin = 
une très petite quantité de vin. — Pas une miette = pas du tout, 
nullement. — Une petite miette plus court. — S'il était arrivé une 
petite miette plus vite, il aurait gagné la course. — Une pièce de 
bois une miette trop courte. 

DiAL. Id., en Normandie, Moisy, Dubois ; dans l'Anjou, 
Verrier ; le Maine, Dottin, Montesson ; la Picardie, Corblet ; 
le Centre Jaubert. Une miette, une petite miette = un peu. 
Pas une miette, pas la miette = pas le moins du monde. 

Mignaxder (minardé) v. intr. 

Il S'amuser, jouer. 

DiAL. Id., dans le Centre, Jaubert. 

Migner {mir}é) s. m. 

Il Meunier. 

Mettre {met) v. tr. 

1° Il Mettre dedans = dételer, mettre son cheval à l'écurie. 

2° Il Mettre dessus = mettre une enchère sur un objet. Ex. : 
L'encan n'a guère rapporté, ils n'étaient que deux qui mettaient 
dessus. 

3° Il Mettre sur, sus = mettre une enchère sur un objet. Ex. : 
J'ai mis sur une horloge, mais a m'a pas resté. 

Dial. Id., dans l'Anjou, Verrier. 

4° Il Mettre le marché en main à quelqu'un = mettre à quel- 
qu'un le marché à la main, lui offrir de l'annuler ; par extension, 
menacer quelqu'un de rompre avec lui. 

Fb.-can. Relevé par le P. Pothier, en 1744. 



330 LE PARLER FRANÇAIS 

5° Il Mettre les mouches à quelqu'un = le tromper, l'attraper, 
l'amener à conclure un marché désavantageux ; le mettre hors 
d'état de nuire ; le mettre à sa place énergiquement. 

Mettre dedans {met dèdâ). 

1° Il Mettre en prison. 

2° Il Attraper, tromper; vaincre dans une discussion. 

3° Il Mettre le grain dans une machine à battre. 

Meublable (màblab) adj. 

Il Propre à être meublé. 

Meublier {mèbliyê) s. m. 

1° Il Marchand, fabricant de. meubles. 

2° Il Ouvrier ébéniste. 

3° Il Tapissier. 

4° Il Mobilier. 

DiAL. Meublier = mobilier, dans l'Anjou, Vehhieb. 

Meugner {méy,ê) s. m. 

Il Meunier. 

DiAL. Id., dans le Centre, Jaubeht ; le Bas Maine, Dottin. 

Fr.-CAN. Aussi mugner. 

Meumère {mâme:r) s. f. 

Il Grand'mère. 

DiAL. Id., dans l'Anjou, Verrier. 

Méz-amain (à) (à mézamè). 

Il DiflScile à faire, qui n'est pas à main. (Cf. Désamain.) 

Mézans (méa^) s. m. pi. 

Il Canadiens revenus des Etats-Unis et qui ont apostasie. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 331 

Mézent (ils) (i mèz) v. tr. 

Il Ils mettent. 

Miâle imydd) s. m. 

Il Miaulement, action de miauler ; cri du chat. Ex. : Je 
t'assure qui t'a pas lâché un petit miâle. 

Miâlement (myàdmà) s. m. 

t 

Il Miaulement. 

Moiton (mwàtô) s. m. 

Il Molleton. 

Molletonné {mbltbné) s. m. 

le 1 1 Sorte de tissu de coton dont la surface est légèrement frisée 
et annelée, étoffe moutonnée. 

2o 1 1 Tissu de coton à surface rugueuse. Ex. : Couvre-pieds en 
molletonné. 

Mollière {mblye : r) s. f . 

Il Fondrière, bourbier. 

Vx FR. Mollière = marais, fondrière, Cotgrave ; terres grasses 
et marécageuses, Guerin, Larousse, Besch. 

DiAL. Mollière = m. s, en Picardie, Haigneré ; en Normandie, 
MoisY ; dan.s l'Anjou, Verrier. 

Mollir (mblir) v. intr. 

Il Devenir plus doux, plus humide (en parlant du temps) ; deve- 
nir plus amiable, plus conciliant. 

Molu {mbhi, môlu) part. p. 

Il Moulu. 

DiAL. Id., en Anjou, Verrier. 

Molue (mblu) s. f. 

1 1 Morue. 

DiAL. Id., dans le Bas-Maine, Dottin. — On trouve moine 
dans une lettre de Martin du Bellay, en 1583. (Arch du Sém de Q.) 



332 LE PARLER FRANÇAIS 

Moman {mbmà) s. f. 

1 1 Maman. 

DiAL Id., en Normandie, Maze ; dans le Bas-Maine, Dottin. 

Monardeur {mbnàrdœ:r) s. m. Ang : Money Order. 

Il Mandat d'argent, ordre de payer à vue une certaine somme à 
quelqu'un. 

Monde (mô :d) s. m. 

« 

1° Il Gens honnêtes, bien élevés, humains, respectables, sensés. 
Ex. : Il ne parle pas comme du monde. — Il n'est pas du monde. 
— Tiens-toi donc comme du monde. — Ça ne mange pas en monde. 

2° Il Pas en monde = extraordinairement, beaucoup. Ex : 
Il mange, il court, il travaille pas en monde. 

3° Il Le monde, pour les gens, etc., s'emploie avec le pluriel. 
Ex : Le monde vont venir = le monde va venir. 

DiAL. Id., Vereieb, Dottin 

Moneveau {mbnvô) s. m. 

Il Fanfaron. 

Mon-sieu {môsyé) s. m. 

Il Monsieur. 

DiAL. Id., dans le Centre, Jaubert; en Bretagne, Orain; dans 
l'Anjou, Verrier. 

Mon -sieur {Triôsyé : r) s. m. 

Il Monsieur. 

DiAL. Id., en Bretagne. Orain. 

Monsieur {màsyà) s. m. 

1° Il Homme franc, loyal, honnête, généreux. Ex. : Vous n'êtes 
pas un monsieur, pour mentir de la sorte. 

2° Il Porc. Ex. : J'ai acheté un petit monsieur = un petit co- 
chon. — Demain nous faisons tuer notre monsieur. — On dit aussi : 
monsieur habillé de soie. 

DiAL. Id., dans l'Anjou, Verrier. 

3° Il En monsieur = extraordinairement, beaucoup. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 333 

Monsieutrie {màsyétri) s. f. 

Il Classe des messieurs, des bourgeois. Ex: Il y avait là des juges, 
des avocats, des médecins, toute la monsieutrie était là. 

DiAL. Cf. le saintongeois Monsiotrâ. 

Monstresse {môstrès) s. f. 

Il (Féminin de) monstre. 

Monstreux (môstré) adj. 

Il Monstrueux. 

Montant {môid} s. m. 

Il Somme d'argent. Ex. : Il a reçu un gros montant sur sa dette. 

Montant (en) (â môtâ) loc. 

Il Et plus. Ex. : Une piastre en mon/ani. 

Montée (môté) s. f. 

Il Chemin privé qui va du chemin à la maison, et jusqu'au bout 
de la terre. Ex : Arrange donc ta piontée, on arrêtera chez vous. 

Monter (môtê) v. intr. 

Il S'éloigner du fleuve, de la rivière, du chemin ou de la route prin- 
cipale. Ex. : Il est monté au 2ième rang. — Il est monté dans le 
haut de son champ. — Il est monté dans les concessions. 

Fr. Train montant = qui s'éloigne de la mer vers Paris, Darm. 

Fr. can. Le montant = vapeur ou train qui va à l'inverse 
du cours du Saint-Laurent. — Monter dans les chantiers = aller 
travailler dans les bois à l'exploitation forestière. 

Monter ( un navire ) (môté) v. tr. 

Il Piloter un navire qui monte le fleuve. On dit aussi, en parlant 
du conducteur, ou de l'ingénieur mécanicien : Monter un train de 
chemin de fer ou le descendre, selon que ce train va en montant ou 
en descendant le cours du fleuve. Ex.." Qui a monté le 75 ? r^Qui était 
le conducteur sur le train montant, portant le numéro 75 ? 

Fr. Monter un navire = y être embarqué, le commander. 



334 LE PARLER FRANÇAIS 

Montrance (môtràs) s. f . 

1° Il Apparence, mine. Ex: La montrance était pas forte. — 
Le cheval a une belle montrance. 

DiAL. Montrance =z dehors, extérieur avantageux, prestance, 
dans l'Anjou, Verrier. 

2° Il Ostensoir, monstrance. 

Montre (mô : tr) s. f . 

Il Apparence. Ex. : Ça n'a pas de montre, se dit d'une chose qui 
n'a pas belle apparence, bonne mine. 

Montrer (môtré) v. tr. 

Il Enseigner. Ex. : Son maître lui avait rien montré. — - Cet en- 
fant n'a pas été montré. 

Montrer (môtré) v. intr. 

1 1 Avoir belle apparence, donner des espérances. Ex. : Ça montre 
mal.:=Ç'a mauvaise mine. — Quand il était petit, y montrait ben 
pourtant, ce garçon-là = il donnait de belles espérances. 

Fr. - CAN. Syn : Regarder 

Mop. (mbp) s. f. 

1° Il Balai à laver, fauber, vadrouille. 
2° Il Houppe à poudrer, houpette. 
3° Il Bosse. Ex. : Il a une moj? sur la tête. 
4o II Personne sans caractère. 

Mopper (mbpé) V. tr. 

Il Réprimander, battre, donner des coups à, faire une bonne 
réplique à. j 

Fr. - CAN. Syn. : mopser. ' 

Mopser (mbpsê) v. tr. 

1 1 Donner un coup à, battre. i 

Moqueux (moké) adj. 

Il Moqueur. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 335 

Moguié (mblfé) s. i. 

Il Moitié 

Mordée {mbrdé) s. f. 

1° Il Morsure, action de mordre, lésion faite avec les dents. 
Ex. : Le chien n'a pris une mordée au mollet = m'a fait une morsure 
au mollet. 

2° Il Par ext., bouchée. Ex. : Louis a pris une grosse mordée 
après ma pomme = Louis a mordu dans ma pomme et a pris une gros- 
se bouchée. 

(à suivre) 

Le Comité du Glossaire. 



VOCABULAIRE ANGLAIS-FRANÇAIS 



OUTILLAGE DE VOIRIE 

Road Machine Machine à chemin. 

Steam Road Roller, Macadam Roller Rouleau à vapeur, rouleau 

compresseur. 

Tandem Roller Rouleau tandem. 

Horse Roller Rouleau à cheval. 

Tractor Tracteur, locomotive routière, 

Portable Steam Engine Locomobile. 

Stone Crusher Concasseur, casse-pierre. 

Screen Trieur. 

Revolving Screen Rouleau trieur. 

Bin Trémie. 

Sprinkler Arrosoir. 

Tank Réservoir. 

Concrète Mixer Bétonnière. 

Grader Niveleur. 

Scarifier Scarificateur. 

Duvip Wagon Tombereau. 

Spreader Wagon Épandeur. 

Drill Foret. 

Steam Drill Foret à vapeur. 

Plug Drill Foret à valve marteau. 

Concrète Barrow Brouette à béton. 

Road " Pich " Plow Charrue à chemin "pic ". 

Wagon Scale Bascule. 

Steel Brush Brosse d'acier. 

Crushed Stone Fork Fourche à pierre. 

Crushed Stone Rake Râteau à pierre. 

Steel Scraper Ravale, pelle à cheval. 

Adjutok Fr.\dette 



336 



Vol xK', Nos 8 et 0— AvRii, Mai, 1910. 



LA MAISON 



Qui n'aime la maison où si bonne est la vief . . . 
Elle est comme la fleur de notre effort humain. 
Il faut peiner pour elle ainsi que pour le pain. 
Ses murs son toit, son feu, c'est l'intime Patrie 

Propice à nos repos, douce à qui songe ou prie. 
Elle ressemble aux siens, dit leur joie et chagrin; 
La quitter fait pleurer, la revoir rend serein; 
Parler de la maison nous fait l'ârne attendrie 

Son image est en nous depuis nos jours d'enfant; 
Son charme nous retient, sa douceur nous défend 
D'être heureuse, d'être en paix, sans lui rester fidèle. 

Elle évoque un passé tendre, notre berceau. 

Les yeux, les pas de ceux que nous prit le tombeau. 

Et sa voix dans les soirs nous parle, maternelle. 

Albert Ferland. 
Novembre 1915. 

(Extrait d'un livre en préparation ) 



337 



LA QUESTION ONTARIENNE 



L'opinion canadienne, nous ne disons pas l'opinion canadienne- 
française seulement, s'émeut de plus en plus devant les développe- 
ments qu'a pris, depuis quelques semaines surtout, la question onta- 
rienne. Nos vaillants compatriotes de la province voisine ont reçu 
de nombreux témoignages de sympathie de Canadiens de langue an- 
glaise, et non des moindres. Depuis que l'âpre lutte a commencé con- 
tre les écoles bilingues de l'Ontario, sous l'impulsion d'un certain 
groupe de Canadiens irlandais, — la vérité nous force à le reconnaî- 
tre, — il ne s'est pas manifesté de symptôme plus encourageant, pour 
tous les amis de la justice, que cette expression d'opinions anglaises. 
Le rang élevé qu'occupent, dans notre pays, la plupart de ceux qui, 
chez nos compatriotes anglais, ont demandé justice pour nos frères 
de l'Ontario, leur désintéressement, leur longue expérience politique, 
les arguments de bon sens et d'équité qu'ils ont apportés en faveur 
du règlement de cette question, font de leurs témoignages une ma- 
nifestation vraiment imposante de ce f air play britannique, dont on 
semblait redouter la disparition, chez nous. Quand on lit au bas de 
déclarations nettement sympathiques aux justes réclamations des Ca- 
nadiens français de l'Ontario les noms de sir Joseph Pope, ancien 
sous-secrétaire d'État du Canada, de M. E.-R. Cameron, greffier de 
la Cour Suprême, de M. le docteur Mackay, surintendant des écoles 
de la Nouvelle- Ecosse, de M. J.-S. Ewart, l'éminent avocat des ca- 
tholiques du Manitoba, de M. J.-C. Sutherland, surintendant des é- 
coles protestantes de la province de Québec, de M. Baker, président 
de la Société Royale, et de M. J.-G. Scott, président de la Cham- 
bre de Commerce de Québec, on se convainc facilement que les gran- 
des traditions britanniques vivent encore dans un bon nombre d'es- 
prits canadiens-anglais, et l'on se prend à croire que la cause de nos 
frères de l'Ontario, malgré les difficultés accrues, est encore en mar- 
che vers une solution équitable. 

En attendant que sonne, pour eux, 'heure de la justice, il n'est 
peut-être pas inutile de noter les enseignements qui se dégagent déjà 
de la lutte. 

Et, d'abord, il n'est que juste de reconnaître les précieux avanta- 
ges que la mémorable défense des Canadiens français de l'Ontario a 
rapportés à la cause catholique. Les fermes revendications doctrinales 
qui se sont fait entendre, dans tout le pays, pour la défense du droit 

338 



LA QUESTION ONTARIENNK 339 

naturel, ilti côté des chainpiunsi des écoles bilingues, doivent être con- 
sidérées par tous les Canadiens catholiques, qu'ils soient de langue 
anglaise ou de langue fran<,aise, comme l'une des démonstrations les 
plus frappantes «lui aient jamais été faites devant l'opinion canadien- 
ne d'un point fondamental de la doctrine catholique, nous voulons 
parler du droit primordial du père de famille dans le domaine 
sacré de l'éducation. De la reconnaissance de ce princi|)e par la légis- 
lation d'un pays dépend, en grande partie, la stabilité de la société 
dans cet État, c'est-à-dire l'ordre puljlic et le véritable progrés, 
lesquels, comme chacun le sait, sont fondés sur la conservation 
de la hiérarchie familiale instituée par Dieu, sur le maintien 
de l'autorité paternelle. Pour avoir défendu courageusement" 
cette doctrine de salut religieux et social, nos frères de l'On- 
tario méritent la reconnaisance de tous les catholiques cana- 
diens sans distinction de langues. Ils méritent, de plus, la 
reconnaissance de tous les Canadiens sans distinction de croy- 
ances, puisqu'ils ont défendu la vérité. Ce n'est, en eflFet, que par la 
vérité que le peuple canadien sera libre. Veritas Uberabit vos, a dit 
l'apôtre saint Jean. Ce n'est pas l'esprit d'indépendance à l'égard de 
la vérité, non plus qu'à l'égard de l'autorité, qui donne aux peuples 
la vraie liberté ; c'est la subordination de resi)rit national à la vérité. 
Avec la vérité, mais avec la vérité seulement, régnent la justice, la 
paix sociale, l'ordre, enfin, la civilisation. Le plus grand service qu'on 
puisse rendre à un peuple, ce n'est donc pas de lui prêcher ses droits, 
(|uelque popularité qu'on puisse recueillir à ce jeu dangereux, mais 
c'est de lui rappeler les droits de la vérité. Les Canadiens français de 
l'Ontario ont revendiqué, sans se lasser, les droits de la vérité, devant 
le peuple canadien : ils ont bien mérité du jieuple canadien. 

Tous les Canadiens sérieux et éclairés doivent aussi leur être re- 
connaissants de ne pas avoir suivi l'exemple de ces mécontents qui 
deviennent agitateurs, comme l'histoire nous en montre en si grand 
nombre. La période excessivement grave de l'histoire du monde que 
nous traversons, en ce moment, la situation difficile de l'Angleterre et 
le lien qui unit à la Couronne l)ritanni(|ue tous ses sujets canadiens, 
avec les obligations que ce lien comporte, particulièrement dans une 
crise où l'existence même de l'Angleterre est en jeu, auraient pu mal 
inspirer les Canadiens français de l'Ontario et les pousser à échanger 
leur noble rôle de défenseurs de la justice contre celui de vulgaires per- 
turbateurs. Dans ce cas, oùlapassionauraitpris.chezenx.laplacedela 
raison et de la conscience, ils se seraient laissés aller à la colère, à l'es- 
prit d'indépendance et de révolte, à la négation des devoirs les plus 
certains, au refus de tout secours à la métropole en danger, bref à 
une œuvre de perturbation sociale que Rome leur eût reprochée en- 



340 LE PARLER FRANÇAIS 

core plus sévèrement que Londres. Mais nos frères ontariens sont ca- 
tholiques avant tout : ils ont consacré leurs forces à la défense de 
princii)es sacrés; ils se sont faits les champions delaloi naturelle, et ils 
ont su en reconnaître les obligations, comme ils revendiquent les droits 
qu'elle leur confère. Leur respect de l'autorité, l'ordre et la dignité 
de leurs manifestations publiques, d'où la violence a toujours été ex- 
clue, selon la direction de leurs chefs religieux, seuls interprètes auto- 
risés de la discipline catholique chez nous, en ont vite imposé à tous 
ceux qui se promettaient bien d'exploiter contre eux, ici ou en Euro- 
pe, la moindre des faiblesses. D'ailleurs, l'Angleterre n'est aucune- 
ment responsable des injustices commises par les ennemis de l'école 
bilingue ontarienne, et il eût été deux fois injuste de lui en faire por- 
ter le poids, à l'heure même oîi des ennemis puissants s'acharnent à 
la détruire. 

Outre la parfaite' loyauté de notre peuple envers l'Angleterre, la 
lutte de nos frères de l'Ontario a remarquablement servi à mettre en 
relief le lien logique et puissant qui unit la foi et la langue maternelle 
d'un {)euple dont les traditions catholiques sont séculaires. Quoi qu'on 
puisse dire de certaines erreurs de l'esprit français, la langue de Bos- 
suet, de Champlain et de Marie de l'Incarnation est une langue essen- 
tiellement catholique ; et c'est cette langue, et non le jargon révolu- 
tionnaire, que le peuple canadien-français travaille à perpétuer en 
Amérique. D'ailleurs, il n'y a pas que la langue françai-sequi ait été mi- 
se par certains hommes au service de l'erreur ; la langue latine elle- 
même a été profanée par Luther, qui s'en est servi pour propager ses 
doctrines de mort. L'Église a-t-elle vu là une raison d'abandonner 
cette langue, qui est la sienne ? Au contraire, elle a tenu à maintenir 
la langue latine dans cette vie qu'elle lui a redonnée en la sanctifiant. 
Et ce sera l'éternel honneur de la langue française d'avoir été a.ssociée 
à la langue de l'Église, dans la défense de la doctrine et de la tradition 
catholiques contre les attaques de la Réforme. Z,'//?s/oiVe des variations 
des Églises protestantes, le chef-d'œuvre de la littérature française, est 
aussi un chef-d'œuvre de défense catholique. Innombrables sont les 
ouvrages qui, sans être tous des chefs-d'œuvre, ont été publiés et se 
publient encore dans la langue française pour la défense de la vérité. 
Notre apologétique ne s'alimente-t-elle pas encore, en grande partie, 
à l'apologétique française ? Pour nous, du reste, la angue francai.se 
est la langue de nos mères, qui toutes sont catholiques ; c'est la 
langue des premières leçons de catéchisme ; c'est, pour notre 
peuple, la langue de la foi. Et cela est si vrai que ceux de nos compa- 
triotes qui ont perdu la foi, aux États-Unis, ont invariablement com- 
mencé par abandonner leur langue maternelle et par angliciser leur 
nom. Nos compatriotes de l'Ontario travaillent donc à la conserva- 



LA QUESTION ONTARIENNE 341 

tion de la foi ciilholi(|uo, chez nous, qiiniul ils se dévouent à la défense 
de la langue française.Qu'auraient dit les adversaires ratholi(|ues de 
l'école l)ilinj;ue, si U^ Messager du Sacré-Caiir au Canada eût jjroposé 
aux membres de l'Apostolat de la Prière, comme intention, le mouve- 
ment qui se fait dans l'Ontario pour la défense de la langue française ? 
C'est bien pourtant ce que vient de faire, |)our la défense du gaël que, 
le Gaelic Messenger d'Irlande, lequel fixait ainsi l'intention du 17 fé- 
vrier, fête de saint Fintan : to help the language movement hy spreading 
the "Gaelic Messenger ". Et, ce qui est encore plus digne de mention, 
voici comment la grande revue catholique de Londres, le Tablet, ap- 
prouvait, dans son numéro du 19 février dernier, l'initiative du Gaelic 
Messenger : " Voilà certainement un conseil excellent, et, si nous ne 
nous trompons, cela servira à un double but. Le mouvement en faveur 
de la langue y trouvera son avantage évidemment par la circulation 
de revues religieuses i)ubliées en gaëli<|ue. Cet avantage, cependant, 
nous le craignons, touchera à peine ces Irlandais dégénérés qui ne por- 
tent aucun intérêt à la vieille langue de leurs ancêtres. Ils pourront 
même peut-être objecter que le nombre de ceux qui lisent le gaëlifiue 
et ne connaissent pas l'anglais est relativement petit, et qu'un mouve- 
ment profane comme celui de la restauration du gaélique n'est pas du 
domaine de l'Apostolat de la Prière. Mais ces braves gens oublient 
que le secours ainsi donné au mouvement en faveur de la langue est 
aussi de nature à seconder l'œuvre de la propagande religieuse." 

Sans aller aussi loin que ces braves Irlandais, les Canadiens fran- 
çais de l'Ontario n'ont pas négligé le grand devoir de la prière, dans 
la lutte courageuse qu'ils mènent pour la défense de leurs droits. On 
peut même dire qu'ils ont contribué à remettre en honneur, chez nous, 
la prière nationale, celle qui se fait par tout le peuple pour les inté- 
rêts supérieurs de la race et de la patrie. Pères, mères, petits enfants 
se sont unis aux prêtres j)Our demander à Dieu le triomphe de la jus- 
tice. Il y a eu, dans certaines églises de l'Ontario, des communions 
d'enfants extraordinairement touchantes. Dans les communautés, 
des sacrifices, dont quelques-uns héroïques, sont venus se joindre aux 
prières. Un évêque, celui qui a le plus longtemps .souffert à cause des 
souffrances de son peuple, a fait approuver par deux Papes, Pie X et 
Benoît XV, une prière admirable, où resplendit l'esprit de foi de tou- 
te la race. Nous devrions la réciter plus souvent, cette belle prière au 
Christ, "ami des Francs"; nous devrions entendre plus souvent ces 
accents pieux, où la grandeur de notre mission et de nos responsabili- 
tés nous est rai)pelée avec tant de noblesse ; la j)rière des Cana- 
diens français de l'Ontario devrait être de plus en plus la prière de 
tous les Canadiens français. Elle nous réapprendra le sens du surna- 
turel, que nous sommes en train d'oublier un peu, au sein de toutes 



342 



LE PARLER FRANÇAIS 



ces controverses politiques où les paroles d'indépendance remplacent 
les mots de respect, de sacrifice et d'obéissance, sur lesquels pourtant 
repose la vraie grandeur des nations. 

Après la prière, le secours le plus efficace sur lequel n'ont pas man- 
qué de compter nos frères de l'Ontario, c'est celui que peut donner 
l'union de toutes les forces canadiennes-françaises pour amener la 
solution équitable des difficultés que nous avons à déplorer depuis 
trop longtemps. Sur la légitimité des revendications des 250,000 Ca- 
nadiens français de la province voisine, on peut dire que l'opinion ca- 
nadienne-française est unanime. Et quand on se rappelle les lamen- 
tables divisions qui ont marqué, chez nous, depuis un demi-siècle, les 
luttes que nous avons dû mener sur le terrain scolaire, divi- 
sions qui ont été la cause parfois de cruelles défaites catholiques, on 
ne peut que noter avec une grande satisfaction le mouvement de dé- 
fense canadienne-française qui s'accentue, d'un bout du pays à l'au- 
tre, en faveur de nos compatriotes de l'Ontario. Réunions nombreu.ses 
et enthousiastes, revendications fermes, souscriptions généreuses et 
venant de toutes les classes, sympathies profondes, communauté de 
prières, laquelle pourrait peut-être se faire sentir encore d'une façon 
plus marquée, tous ces éléments d'union sont de nature à favoriser 
grandement la marche vers le succès d'une cause dont nous avons 
tous le triomphe à cœur. Mais tous ces éléments réunis n'auraient pu 
faire l'union, si le peuple canadien-français n'eût pas écouté la voix 
de ses chefs naturels, les évêques, lui prêchant la fermeté dans la re- 
vendication de la justice et la prudence dans l'action ; et cette union 
ne pourrait durer, si les conseils de violence, que font entendre certai- 
nes voix, venaient jamais à dominer les conseils de sagesse. Sans l'ap- 
pui et la direction des " gardiens de la cité ", notre religion nous l'en- 
seigne et notre histoire nous le montre, nous risquons de nous laisser 
entraîner dans les voies tortueuses de l'agitation par les chefs de par- 
tis ou de factions qui savent le plus efficacement faire appel aux pas- 
sions. L'unité nationale canadienne-française aurait vécu, le jour où 
elle ne s'appuierait plus sur notre épiscopat comme sur sa pierre an- 
gulaire. Dès ce jour, aussi, sonnerait, pour notre peuple, l'heure né- 
faste des aventures politiques. Tous les Canadiens français doivent 
donc de la reconnaissance à nos frères de l'Ontario de ce qu'ils ont su 
rester dans la tradition catholique et dans la tradition canadienne, 
en demandant lumière et conseil à ceux qui ont reçu de Dieu la mis- 
sion de guider notre peuple. Et c'est dans l'obéissance à ces sages 
directions que réside le gage le plus assuré d'un succès qu'espèrent 
les Canadiens éclairés, anglais aussi bien que français, et que hâ- 
teront encore, nous en avons l'espoir, les prières de tout un peuple. 

Antonio Hiot, ptr». 



LK PREMIER HARITAM CANADIEN 



A LOUIS HEBERT 

C^est pour confiner ton œuvre humanitaire. 
Pour semer après toi, dans les mêmes sillons. 
C'est pour glorifier, Hébert, tes jours féconds. 
Que je voue, à jamais, ma pensée à la terre. 

Tes ans sont au passé, les miens à l'avenir. 
Mais de ion saint labeur ma jeunesse est éprise. 
De mon âme ton âme héroïque est comprise. 
Et, nos rêves, de loin, peuvent se réunir. 

Sur ta moisson en fleurs mon œil brûlant s'arrête. 
Dans le creux de tes pas je cherche la beauté; 
maître, mon printemps jalouse ton été. 
Et le doux laboureur fait envie au poètel. . . 

Car, en ce Canada français — notre univers — 

Tu créas le plus noble et le plus pur poème: 

O preuxl Tu fis des champs, que. chaque été Von sème, 

Où les épis nouveaux croissent, luisants et vertsl. . . 

Tu fus grand ! Mais, puisque tout azur a sa tache. 
Puisque, dans tout concert, une voix sonne faux. 
Permets que ma chanson soit fille de ta faux. 
Et que ma pbime soit une sœur de ta hache \. . . 

Blanche Lamontagne. 



343 



LES NOMS GÉOGRAPHIQUES DE LA 
PROVINCE DE QUÉBEC 



Conférence donnée a la séance publique 

DE LA Société du parler français 

AU Canada, le 2 février 1916 

Monsieur le Président, 
Messeigneurs, 

Mesdames et Messieurs, 

La Société du Parler français au Canada poursuit un double 
but : l'étude de la langue française et en particulier du parler franco- 
canadien, dans son histoire, son caractère, sa situation légale et 
ses conditions d'existence, et, en second lieu, la correction du langage. 
Comme l'écrit M. Rivard dans son excellent ouvrage. Etudes 
sur les parlers de France an Canada " elle veut que notre langue 
s'épure, se corrige, demeure saine et de bon aloi. " Et M. Rivard 
continue : " Que notre parler se nationalise, si l'on veut, c'est-à-dire 
et en d'autres termes, qu'il se développe suivant les besoins par- 
ticuliers du pays, mais naturellement, suivant les lois qui lui sont 
propres, sans jamais rien admettre qui soit étranger à son génie 
premier, sans jamais cesser d'être français dans les mots, dans les 
formes et dans les tours. " 

Voilà pourquoi notre Société veille avec un soin jaloux sur 
cet héritage inestimable que nous ont légué nos pères. Rien, dans 
le travail qu'elle s'est imposé, ne peut lasser sa sollicitude, soit 
qu'elle signale, toujours avec bienveillance, les incorrections gram- 
maticales, soit qu'elle dénonce l'anglicisme et suggère les véritables 
termes français, soit enfin qu'elle condamne tout ce qui peut porter 
atteinte au bon goût et à l'honneur de notre parler national. 

" Il faut avoir soin de notre parlure, a dit Littré, car noblesse 
oblige. " 

Je ne suis pas chargé par la Société du Parler français de vous 
lire, ce soir, un savant travail sur la grammaire française, ou sur 
la phonétique, le vocabulaire, la morphologie et la syntaxe du 
parler franco-canadien, ni de chercher les meilleures méthodes pour 
perfectionner, défendre et épurer la langue française au Canada, 
encore moins de traiter un sujet quelconque de littérature nationale. 

Je ne suis, en effet, ni grammairien, ni philologue, ni littérateur, 
et, pour cette honorable besogne, à laquelle d'autres se sont employés 
avec beaucoup de succès, je décline toute compétence. 

Je veux tout simplement vous faire part, en toute franchise, 
à la demande des directeurs de notre Société, de quelques réflexions 
qui me sont suggérées par le mot de Littré que je vous citais tout-à- 
l'heure, "Noblesse oblige. " 

344 



LE8 NOMS GÉOGRAPHIQUES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC 345 

S'il est vrai que la langue française est la plus noble, est la 
plus l)olle lanfjue qui soit tombée des lèvres humaines, s'il est vrai 
qu'elle est, après la foi catholique, le don le plus précieux que la 
vieille Europe ait fait à l'Amérique, n'est-il pas de notre devoir 
de proscrire, non seulement tout ce qui peut la corrompre, l'altérer 
et la défifîurer, mais même tout ce c|ui, dans l'usage qu'on en fait, 
est trivial ou vulgaire, tout ce qui, d'une manière quelconque, cho- 
que le bon goût ? 

C'est pour remplir ce devoir que la Société du Parler français 
confia au regretté Mgr Laflamnie le soin de dénoncer, dans la 
séance publique du 12 décembre, 1905, la bizarrerie de certains 
prénoms, surtout des prénoms féminins. Le public rjucbecois 
n'a pas oublié avec quelle fine ironie, mêlée ici et là d'une légère 
pointe de malice, le spirituel conférencier a protesté contre la manie 
qu'ont un tro]) grand nombre de i)arrains et marraines d'imposer 
aux enfants des noms ridicules, inconvenants, cocasses et même 
grotesquees. 

La leçon a-t-elle été salutaire ? Y .a-t-il encore des Mesdemoi- 
selles Zola et des Mesdemoiselles Beiive ? Donne-t-on encore à de 
pauvres enfants — pauvres à juste titre parcequ'elles ne peuvent 
pas se défendre — des noms tels que Bethsaïde, Urpide, Ciilbate 
ou Gorgonie ? Je ne saurais dire. Si la mode en était continuée, 
ce serait une nouvelle preuve que le ridicule ne tue pas. 

C'est pour remplir le même devoir que M. Eugène Rouillard, 
quelques années après, dans la séance du 10 décembre 1908, attirait 
l'attention du public sur le trop grand nombre de noms sauvages 
qui déparent de la plus triste façon nos cartes géographiques, et 
blâmait la faiblesse ou la trop grande condescendance des explorateurs 
ou des ar])enteurs qui, sous ])rétexte i)eut-être de i)erpétuer le sou- 
venir de générations en train de disparaître, acceptaient et confir- 
maient une foule de dénominations indiennes baroques, barbares, 
du plus mauvais goût et impossibles à retenir ou à prononcer. 

Combien M. Rouillard avait raison ! Et j'ajouterai : sait-on 
tout le tort que cette manie des noms sauvages nous fait à l'étranger ? 

Jetez, Mesdames et Messieurs, un coup d'oeil sur les cartes 
géographiques de notre pays, et, en particulier sur certaines régions 
de notre Province : ne croirait-on pas y voir un immense campe- 
ment de Peaux-Rouges ? Feuilletez les horaires des compagnies 
de chemins de fer, Pacifique-Canadien, Grand-Tronc, Interco- 
lonial, Canadien-Nord, Transcontinental, et vous constaterez, avec 
épouvante, que la majorité des stations de l'Atlantique au Pacifique, 
sont décorées de noms sauvages choisis parmi les plus repoussants 
et les plus rébarbatifs. Vous lirez et vous prononcerez, si vous eu 
êtes capables, des noms comme ceux-ci : Milnikek, Bartiboy, 
Quispamvis, Shubenacadie, Mattawanikeay, Shoyonce, et plusieurs 
milliers d'autres tout aussi savoureux. Ils sont si nombreux 
et si grotesques que l'on est en droit de .se demander si les 
directeurs de ces grandes compagnies n'ont pas complètement 
perdu la tête ! 

Mesdames et Messieurs, nous nous faisons gloire de nos ori- 
gines françaises, nous sommes jaloux de l'honneur de notre pays, 



346 LE PABLER FRANÇAIS 

notre orgueil national est blessé et notre fierté se révolte lorscjuc, 
de l'autre côté de l'Océan, on croit encore que le Canada est un pays 
de sauvages; l'on plaint avecpitiéces ignorants de France, surtout 
s'ils sont académiciens, lorsqu'ils croient nous faire plaiser en retrou- 
vant dans nos soldats des descendants des trappeurs et des 
sang-mêlés de Feniinore Cooper ou de Gustave Aimard. 

Mais, je vous le demande, Mesdames et Messieurs, faut-il 
s'étonner outre mesure de ces jugements qui nous brûlent l'épi- 
derme ? N'y a-t-il pas un peu et même beaucoup de notre faute, 
et faisons-nous tout notre possible pour dissiper cette fâcheuse 
impression à notre endroit ? 

Je ne le crois pas ; je crois au contraire que, l'ignorance des 
Européens une fois admise comme certaine et indiscutable, nous 
ne sommes pas, de notre côté, à l'abri de tout reproche. 

Les étrangers nous jugent, en effet, par nos livres, nos statis- 
tiques, nos cartes géographiques, nos horaires de chemins de fer, 
nos marques de commerce, et, trop souvent, l'indien semble y régner 
en maître. Il règne certainement encore sur les bords de la rivière 
Caskitshipiskotsi.skai, l'esprit de la forêt plane encore sur le lac 
Awichivoiroifamak, et l'on invoque peut-être le manitou dans le 
canton à' Ashtiapamouchouam. 

Oui, Mesdames et Messieurs, sachons le reconnaître, nous 
ne sommes pas exempts de tout reproche. Quand on habite un pays 
où l'on voit d'affreux sauvages sur les billets de banque, où l'on 
l'on fume du tabac mic-mac, où ces clubs de raquettes s'ai)pellent 
Montaguais et des clubs de crosse Tccum.seh, où des drames ont 
pour titre Iroqiioise et des poèmes Tokinourou, où l'on j)èche la 
ouananiche et l'on chasse le Kakawi, où les wagons-lits sont dési- 
gnés par de repoussants noms indiens, et où les paquebots de luxe, 
comme de vulgaires pirogues algonquines s'appellest Mixsatiabie 
et Metagama, quand on habite un pays, enfin, où la lumière nous 
vient de Shewannegan et où les monuments sans sauvages sont de 
rares exceptions, vraiment, avons-nous le droit de nous plaindre si 
les étrangers nous jugent autrement que nous sommes ? 

Ils n'ont donc pas tout à fait tort, ayons de courage de l'avouer ; 
ayons surtout le bon esprit de nous corriger, et de faire disparaître 
au plus vite tout ce qui peut les confirmer dans leurs erreurs. 

Bien qu'il y ait encore beaucoup à faire, il est consolant de 
constater qu'on a déjà fait beaucoup. -Vu nom du patriotisme et 
du bon goût, nous conjurons la Société Géographique de Québec, 
qui a déjà beaucoup de travail à son crédit, de poursuivre énergi- 
quement sa campagne d'épuration, d'autant plus que le champ 
d'action où son zèle peut s'exercer considérablement s'est agrandi 
depuis quelques années. La région de l'Abitibi, en effet, s'ouvre de 
plus en plus à la colonisation, et l'immense territoire de l'Ungava 
est maintsnant annexé à notre Province. Dieu sait combien ces 
vastes contrées sont riches — si l'on peut appeler cela une riches.se — 
en noms sauvages de toute sorte. Nous sommes encerclés par 
un colossal bouclier rouge, autrement plus redoutable et plus me- 
naçant que le Bouclier canadien des géologues ! 



LES NOM8 GÉOGRAPHIQUES DE LA PROVINCE DE QlÉBEC 347 

Il est donc à souhaiter <|iic tous ceux qui s'occupent de coloni- 
sation, que les arpenteurs, les explorateurs, les ingénieurs forestiers, 
les curés et les missionnaires, cha(|ue fois (pi'ils en ont l'occasion et 
l'autorisation, s'efforcent de toute manière, |)ar des noms appro- 
priés et l>ien choisis, d'iniplaiilcT la civilisation chrétienne et fran- 
çaise dans ces superbes domaines nationaux si pleins d'avenir. 



Une fois la ])lupart des noms savivages impitoyablement écar- 
tés — je dis: la i)lui)art, i)arce (|ue quelques-uns, plus iuimains 
que les autres, méritent d'être conservés,— examinons maintenant 
les autres noms géographiques de notre Province. 

Les origines sont très variées. Ici comme ailleurs, on a donné 
aux différents lieux des noms ((ui ex])riment une idée patriotique 
ou un sentiment religieux, (|ui rappellent le souvenir d'un héros ou 
d'un homme politique distingué, qui célèbrent une victoire ou un 
événement historique important ; souvent les noms ont été suggérés 
aux premiers colons et aux premiers exi)lorateurs par la configuration, 
l'allure ou les dimensions d'un lac, d'une rivière, d'une chute ou 
d'une montagne, quelquefois par une simple circonstance fortuite, 
un accident ou une aventure plus ou moins banale. 

Il fait plaisir de reconnaître qu'un très grand nombre de noms 
géographiques de notre Province ont été judicieusement choisis. 

Les noms religieux figurent dans toutes les parties de notre 
pays, et prouvent que nos ancêtres, qui ont planté la croix du Christ 
.sur le sol d'Amérique, ont voulu s'assurer, parmi les saints 
du paradis, la protection d'un nombre considérable de patrons. 

Nos gloires nationales n'ont ])as été non plus oubliées, et les 
noms de Laval, Chaniplain, Montcalm, Lévis, Frontenac et 
le reste, rappellent aux générations d'aujourd'hui les plus belles 
pages de notre histoire. 

On voit aussi ciu'un certain nombre de noms ne manquent 
pas de pittoresque ni d'à propos, et que nos pères, en présence de 
la grandeur et de la majesté des horizons canadiens, ont exercé 
d'heureuse manière leur imagination et leur esprit d'observation. 

Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Nos braves défricheurs 
n'étaient i)as tous des Vaugelas, ni des gradués de Port-Royal, 
et il n'est pas étonnant si, en faisant de la géogra|)hie sans le savoir, 
ils ont quelquefois manqué de goût et de discrétion ; il ne faut pas 
être surpris s'ils ont attaché plus d'importance qu'il n'en fallait à 
des circonstances triviales, à des incidents vulgaires, et s'ils nous 
ont laissé des noms peu recommandables à jjIus d'un titre. 

Ce que l'on comprend moins facilement, c'est que les explora- 
teurs et les cartographes, plus cultivés et plus instruits, n'aient 
pas jugé à i)ropos de les changer et que tout le monde les subisse 
encore avec une résignation qui n'a pas même le mérite d'être 
chrétienne. 

La géographie et l'histoire sont deux sœurs qui doivent se 
prêter un mutuel secours, et les noms géographiques tirés de nos 



348 LE PARLER FRANÇAIS 

annales constituent un moyen efficace de perpétuer dans l'âme de 
nos gens le souvenir des grands noms et des grandes actions. 

A ce point de vue, il n'y a aucun intérêt historique quelconque 
à laisser sur nos cartes et dans nos statuts des noms tels que Jli- 
vière-à-l' Echalotte, Pointe Quinchien, Chemin Monte-à-peine, Canton 
Lichepain, le lac Sagamité, Lac-à-la-C ulotte , Ilot-de-la-Vieille, Vile 
Alwright, Montée-Gagnon, et, l'un des plus curieux, la Descente- 
des-femmes. 

On aurait pu trouver des noms plus graceiux et plus harmo- 
nieux que le Petit-Bois-de-l'Ail, la Pointe-à-la-C itrouiUe, Crète- 
de-Coq, Gros-Morne. Gros-Crapeau, Ritisseav-à-Rehours, Corps- 
Mort, Chien-Blanc, Chicane, Rivière du Braillard-de-la-Madeleine, 
Ruissean-C aille, Anne-Pleureuse, V Ahord-à-Plouffe, la Miche, la 
rivière Bellefine, la Pointe-à- Peton. 

On ne perdrait rien non plus, au point de vue de la distinction 
et du bon goût, à faire disparaître Gros-Remou, lac des Chicots, la 
Côte-à-Baron, le Ruisseau-du-Manche-d'épce, le rang Saint-en- 
peine, Metgermette, Sault-au-Cochon, Mille-Vaches, le Tron-Saint- 
Patrice, la Vacherie. 

Outre l'intérêt historique qui s'attache aux noms géographi- 
ques, ces derniers peuvent exercer quelquefois, un véritable apostolat, 
en ce sens qu'ils sont pour notre peuple, par les vertus qu'ils évo- 
quent et par les hauts faits qu'ils consacrent, un enseignement et 
un exemple. 

L'éducation de notre peuple par les grands exemples historiques 
a certainemant fait peu de progrès par des noms comme Échourie, 
Trompe-Souris, Brise-Culotte, Frappe-Sac, Vide-Poche, Pain-de- 
Sucre, Mouille-Pied, Rivière-à-la- Pipe, la Tabatière, le rang des Fioles, 
et. . .le croirait-on ?. . . Noé. . . oui le grand' Père Noé, nom imposé 
sans doute par quelque conseil municipal hostile à la prohibition ! 

Plusieurs d'entre vous. Mesdames et Messieurs, hésiteraient 
peut-être à faire savoir à leurs amis et correspondants de France, 
par leurs cartes de visite ou en s'abonnant à des journaux et revues, 
qu'ils résident à Cabano, à Sainte-Rose-du-Dégelé. à Saint-Sianislas- 
de-la-Rivière-des-Envies, ou à Saint- André-de-V Épouvante ! 

Voilà des noms qui ne méritent aucune pitié, et il y a toutes 
les raisons du monde de les supprimer au plus tôt. 



Depuis un certain nombre d'années, il s'établit une coutume, 
je dirai plutôt une mode, qui se répand très rapidement, comme 
toutes les modes d'ailleurs, et qui semble d'un goût assez douteux. 
Je veux parler de l'habitude de donner à des localités, souvent 
assez restreintes, quelques fois de simples villages, des noms fabri- 
qués de toutes pièces par l'agglutination du mot ville à un nom 
historique, au nom d'un homme politique ou du curé de la paroisse, 
quelquefois aux noms de personnages plus ou moins quelconques et 
qui n'ont pas toujours mérité cet honneur. 



LES NOMS GÉOGRAPHIQUES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC 349 

Si l'on parcourt les stati.sti(|ut's imiiiicipalcstle notre Province, 
on voit des noms comme ceux-ci, connus d'ailleurs de tout le monde : 
Plessi.irille, Cartierville, l'apineaiiville, HiKjotviUe, Laurierville, Mont- 
calmrille, etc. 

Il y en a d'autres dont les orij^ines sont plus obscures, souvent 
assez vulfïaires, et qui ont moins de droit de jjasser à la postérité, 
comme lieniierville, Fortierville, Mungeaurille, l'aqnetteville, Morin- 
ville, TctrauU ville, Martinvillc, ila.i.suerille, Ahnaiille, Leclercrille, 
etc. 

Quelques-uns échappent à peine au ridicule, conmme l'iau- 
rille. ('uupalville, Melocheiille, Beaiicevillif. Loredeoille, Daveluyville, 
Saint- Agapitville, etc. 

Il est tem])s Mesdames et Messieurs, de protester contre 
un semhiahle enfîoucmcnt, ((ui n'est certes pas de bon aloi et qui 
trahit un certain i)cdantisnie prétentieux ; un simple village veut 
peut-être, par ce moyen, se donner des airs de jurande ville, mais 
cela ne trompe personne. Saint-Agapit et Loretle n'ont rien 
gagné à s'appeler Saint-Agapitville et Loretterille, si ce n'est de se 
rendre ridicules et de rompre avec les saines traditions fran(.'ai.ses. 

En effet, ces assemblages indigestes de mots sont tout à fait 
opposés au génie de notre langue, et l'on ne saurait en recommander 
la diffusion ilans notre pays. Une certaine réaction s'est déjà pro- 
duite ici et là ; il faut féliciter les citoyens d'Arthabaska d'avoir 
exécuté Arthabaskaville. Espérons que sft voisine Victoriaville. . . 
et tous les autres en feront autant. 

Il est vrai que la géographie française contient beaucoup de 
noms composés, mais ces noms sont d'une toute autre allure. 

Pour préciser la position géographique, on dira, en France, 
avec traits d'union obligatoires, Bouloyne-snr-mer, Châlons-sur- 
Marne, Montigny-xur-.ive, comme on dit ici Saint-Denis-sur-Riche- 
lieu ; il y a aussi, pour désigner des stations balnéaires, Enghien- 
les-Bains, Aix-les- Bains, comme nous avons ici Saint-Irénée-les- 
Bains. Mais jamais il n'est venu et jamais il ne viendra à l'esprit 
de personne, en France, de nommer un village Bossuetrille, Chateau- 
briandrille, Lacordaireville, Poincaréville, ou Denys-Coehiniillc. 

Après la victoire des alliés, que nous souhaitons prochaine et 
complète, on aura raison de donner à ])lusieurs localités françaises 
le nom du vain((ueur de la Marne ; mais nous pouvons parier que 
que l'on ne les appellera pas Joffreville. 



Tout le monde sait que nos paroisses ont généralement deux 
noms, celui du canton, du comté ou du fief seigneurial dans lequel 
elles se trouvent, et celui, d'autre part, d'un i)atron céleste — le 
nom d'un saint ou d'une sainte — sous le vocable duquel elles sont 
placées. 

C'est ainsi que nous avons Saint-Antoine de Tilly, Sainte-Anne 
de Beaupré, Saint-Etienne de Lauzon, Saint-Narcisse de Beauri- 
vage, Sainte-Anne de la Pérade, etc. Ces noms sont très souvent 
harmonieux, et ils indiquent clairement la position géographique, 
surtout pour les localités qui ont le même patron. 



350 LE PARLER FRANÇAIS 

Mais les noms civils sont souvent composés, et ceux des saints 
et des saintes, pour rappeler leur patrie d'origine et les endroits où 
ils ont vécu, ne sont pas toujours simples ni courts. Il en résulte 
que, si l'on n'y prend i)as garde, — et l'on n'y prend pas toujours 
garde — les noms officiels de nos paroisses et de nos municipalités 
scolaires deviennent d'une longeur démesurée, et i>ar, suite, très 
encomhramts pour les statistiques, qu'ils surchargent et fort peu 
commodes pour les corresjjondances. 

On peut, je crois, critiquer à juste titre des noms comme ceux-ci : 
Saint-Oabriel-Archange de la Ditrcmtaye, Sainte- Germaine de l'Anse- 
aux-Gascons, Haints-Piei^e et Païil de la Baie-Saint-Paul, Saint- 
Anicet de Godmanchester, Notre-Dame-du-Bon-Secours de Montebello. 

Il y a certaines rencontres qui ne sont pas toujours heureuses, 
et la longueur du nom résultant aggrave encore la mauvaise impres- 
sion produite, Il y a, en effet, des noms comme les suivants -.Cœur 
très pvr de Marie de Plaisance, Saint- Benoit- Joseph-Labred'Amqui, 
Saint- J acques-le-Majenr de Causapscal, Saint-Jean-Baptiste du Gros- 
Cap-aux-os, Saint-Martin de Martinville, Saint-François-Xavier 
de la Rivière-Croche, Saint-Jean-Baptiste de la Rivière-aux-Rats, etc. 

Nos braves cultivateurs, plus habiles à manier la faux que la 
plume, ont souvent à faire, au sujet de la vente des produits de 
leurs fermes, des correspondances obligatoires, et il ne faut pas 
leur demander des efforts d'orthographe trop pénibles. On peut 
deviner facilement l'embarras dans lequel ils se trouvent et les 
résultats désastreux auxquels ils s'exposent lorsqu'ils adressent 
des lettres à des correspondants qui demeurent à L'Assomption 
de Notre-Dame de McNider,à Saint-Pierre de Vérone de Pike-Riier, 
à Sainte-Rose de Lima de Sweetsbury, à Saint-Fulgence de Durham, 
à Sainte-Suzanne de Bonndanj-Line, à Saint-Stanislas d' Ascot-C orner. 

Pour simplifier la tâche, ils laissent de côté le nom religieux, 
et ils se contentent du nom civil. Et si, comme dans les derniers 
exemples cités, le nom civil est anglais, c'est le seul qui reste en 
usage dans la pratique courante. 

Puisque nous parlons des noms anglais, ne serait-il pas permis 
de regretter qu'ils soient encore si nomreux dans notre Province, 
et ne voit-om pas avec peine qu'ils dominent encore en des endroits 
où la population est entièrement ou du moins en grande majorité 
française ? Est-il juste et équitable de conserver, dans des centres 
entièrement canadiens-français, des noms comme Dorchester, 
Warivick, Tingtcick, Stanfold, Standon, Watford, Somerset, Buckland, 
et le reste, là où le colon français est maître de sol, là où l'on n'en- 
tend presque jamais parler l'anglo-saxon ? L'origine de ces noms 
étrangers à notre langue est bien connue ; ils étaient, dans l'esprit 
des vainqueurs de 1760, le premier article d'un programme élaboré 
d'anglification, qui est encore en voie d'exécution. 

Mais les choses sont bien changées depuis la conquête du pays, 
et la population française, malgré tous les obatacles et en gardant 
intactes toutes les traditions d'un passé glorieux, s'est accrue dans 
des proportions que l'on n'a certainement pas dû i)révoir. en 
certains quartiers. Dès lors, les noms géographiques actuels don- 



LES NOMS GÉOGRAPHIQUES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC 351 

nent-ils une idée exacte de la répartition des races dans la jjrovince 
de Québec, et nos cartes ne produisent-elles pas, au yeux des étrangers 
non avertis, la fausse impression que notre Province est à moitié 
anglaise ? 

Il faut avouer qu'un remaniement de la carte de notre Province, 
tout désirable qu'il est, n'est pas chose facile. C'est une ciuestion 
délicate à soulever, et toute hérissée de susceptibilités nationales ; 
de plus, le moment est peut-être mal choisi i)our entreprendre un 
pareil mouvement. 

Je laisse à i)lus avisés que moi le soin de déterminer les moyens 
les meilleurs à i)rendre pour poursuivre cette tâche patiotique avec 
avec toutes les chances de succès. 



Mesdames et Messieurs, le mot de Littré, " Noblesse oblige, " 
qui m'a servi de guide, revient encore une fois sur mes lèvres, avant 
de terminer ce travail trop imparfait et trop incomplet. 

" Noblesse oblige, " puisque nous sommes français et que 
nous avons l'insigne bonheur de parler le langage de la douce France. 

Il ne faut jamais l'oublier, si nous sommes quelque chose, si 
nous croyons avoir quelques (jualités. si nous avons conscience de 
n'être pas trop inférieurs aux autres races, ce n'est pas parce que 
nous sommes canadiens, c'est-à-dire nés au Canada, mais parce 
que nous sommes canadiens-français, c'est-à-dire parce que bouil- 
lonne dans nos veines le sang généreux de la France. 

Nous avons le redoutable honneur de représenter la France 
sur le continent américain ; nous avons la mission sacrée de répan- 
dre l'influence française dans le Nouveau-Monde, de faire éclore 
et germer la semence immortelle qu'un jour la France jeta sur nos 
bords. 

Notre piété filiale envers notre première Mère-Patrie nous 
impose donc la stricte obligation de défendre son honneur et de 
promouvoir ses intérêts, comme elle nous interdit de publier ses 
fautes et d'exagérer ses défauts. 

Mais le rôle de notre race au Canada ne serait pas complète- 
ment rempli, nous ne ferions pas tout notre devoir, si nous cessions 
de travailler à la diffusion, à l'épuration et au perfectionnement de 
notre langue, si nous ne nous efforcions pas de conserver, dans tout 
l'éclat de sa fraîcheur et sa pureté, le verbe incomparable de la 
France, l'un de ceux qui ont le plus honoré Dieu et le mieux 
servi l'Eglise ! 

Nous devons donc tous, chacun dans sa sphère d'activité et 
d'influence, seconder les efforts de la Société du Parler français, et 
l'aider de toutes façons à accomplir avec succès son œuvre éminem- 
ment patriotique ; et, pour ce qui regarde les noms géographiques, 
nous devons bannir de nos cartes, de nos statuts, tout ce qui n'est 
pas de bonne race et de pure lignée, tout ce qui est trivial et vulgaire, 



352 LiE PARLER FRANÇAIS 

tout ce qui n'est j)a.s conforme au génie de la langue et aux saines 
traditions françaises, tout ce qui ne porte pas le cachet authentique 
de la distinction et du bon goût. 

Conservons donc avec un soin pieux, et choisissons toujours, 
pour le plus grand honneur de notre Province, des noms qui évoquent 
les souvenirs du passé et ex])riment notre foi en l'avenir, noms 
qui chantent dans toutes les parties du pays la vaillance des dé- 
couvreurs, l'héroïsme des premiers pionniers et le zèle apostolique 
de nos missionnaires, noms des vieilles paroisses de France d'où 
sont partis nos ancêtres, d'où nous viennent ces accents de 
terroir qui ont donné à notre parler son caractère propre et son 
originalité, noms qui affirment la naissance et le développement, 
sur le sol canadien, d'une France nouvelle, toujours jeune et toujours 
vivace, noms qui symbolisent la survivance de notre race, nos aspi- 
rations nationales et nos espérances patriotiques, noms pittoresques 
et expressifs, qui valent à eux seuls toute une description, noms de 
vertu et de gloire, qui rappellent à notre peuple les conquêtes de 
l'Église et les exploits de nos guerriers, noms enfin, pour tout dire 
en un mot, qui soient l'intervention touchante de la foi religieuse, de 
l'histoire et du patriotisme dans la géographie ! 

Henri Simard, ptre. 



CE OUE JE CHANTE 



Chantez, ô poètes, mes frères. 

Le charme éternel de Vamour, 

Chantez le parfum des bruyères. 

Chantez la htmière du jour. 

Chantez la douceur de la vie. 
Et les espoirs que vous aimez ; 
Chantez votre mélancolie. 
Chantez vos rêves parfumés. 

Chantez la grâce de vos belles. 
Et la couleur de leurs cheveux. 
Le clair reflet de leurs prunelles, 
La tendresse de leurs aveux. . . 

Chantez la fleur qui vient d'éclore, 
Chantez la gloire du printemps ; 
Chantez la splendeur de l'aurore ; 
Moi, je chante les habitants ! . . . 



Blanche Lamontagne 



353 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS 

DU JEU DE BALLE AU MUR 

(Handball) 



Suivant quelques auteurs la " balle au mur " (Handball) serait 
d'origine celtique. La première mention authentique de ce jeu, selon 
les annales de l'Irlande, existe en l'an 3370 A. M., ou 1,879 années 
avant l'ère chrétienne. Ce divertissement fut introduit en Grèce au 
12e siècle avant le Christ, au temps de l'organisation des jeux olym- 
piques. 

Lors de la conquête de la Gaule, les Romains firent connaître 
VHarpaste, qui, modifié, devint le jeu de paume (joué avec la paume 
de la main). Dès 1316, des ouvrages français en font mention. C'est 
de ce dernier amusement que certains écrivains font descendre le 
jeu de balle au mur. Celui-ci est surtout en vogue dans l'ancien- 
ne Gascogne. 

On désigne sous le nom générique de paume ou pehte basque 
différentes variétés de la paume, pratiquées dans les pays basques. 
Il y a le reboi, le trinquet, le long bert, le blaid à main nue, le blaid à 
chistera ou gant d'osier, le blaid à pala ou palette, et la quiniéla. 

En Angleterre, ce jeu connu sous le nom de " Fives " (1) , est 
beaucoup joué aux écoles et aux universités. Transplantée en Amé- 
rique, vers 1840, la balle au mur, jouée à la main nue, à la palette ou 
au battoir, est devenue très populaire dans presque tous les collèges 
des États-Unis et du Canada. 

BALLE AU MUR -HANDBALL 

A.— LE CH.\MP DU JEU 

Ligne des courtes, raie de ser- Ace Une, inner Une, service Une, 

vice short Une 

Allée, fronton, jeu, piste, rec- 
tangle Alley, bail court, court 



<" La raison de celte appellation est obscure. Quelques-uns prétendent que ce 
nom vient du fait qu'à l'origine le nombre de joueurs se chiffrait à cinq (6ve) dans 
chaque camp : d'autres le tirent de l'argot "fivcs," désignant les cinq doigts, la 
main ; plusieurs dictionnaires disent que c'est parce que trois cinq (threefive*) ou 
quinze, sont comptés pour marquer la partie 

354 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE BALLE AU MU H 855 

Arrière-jeu Back-court 

Hors-jeu Ouier-courl 

Mur do fond, mur de rebot. . . . liark iratl 

Mur de face, fronton Front wall 

Tr.bune, gradin Gallery 

Jeu intérieur Jnside grourid 

Ligne des outres Low Une, over Une, iell-board 

Lignes de côté, les cordes Side Unes 

Mur latéral Side wall 

B.-LES POSITIONS 

1.— Extérieures. 

Fanât que Fan 

Arbitre Référée ' 

Marqueur Scorer 

2.— Intérieures. 

Concurrents Contestants 

Peloteur, joueur de balle au mur Handball player 

Buteur, avant, fort Inside player 

Retourneur, arrière, foncier. . . . Outside player 

Partena re Partner 

Servant, serveur Serrer 

C.~LES ACCESSOIRES 

Balle, pelote Bail, handball, sphère 

Gant Gloie 

Sans doigts Fingerless 

Avec doigts Fnll fingered 

Mitaine Mitt 

Poignetière Wrist pad 

Bracelet Wrist strap 

D.~LE JEU 

Point Ace, point 

Attraper la balle, la pelote Catch the bail ( To) 

Choix du champ Choice of gronnd 

Courbe (Une) Curved bail 

Couper la balle Cut the bail {To) 

Balle morte Dead bail 

Lancer Delivery 



356 



LE PARLER FRANÇAIS 



Égalité de points, partie nulle Draw 

Coup de longeuur Drive 

Vol Fly 

Faute Foui 

Partie Game 

Ramasser la pelote Gather the bail {To) 

Main, service Hand 

Main perdue, service perdu. . . . Hand out 

Empêchement, gêne Hinder 

Buter la balle Hit the hall {To) 

Bond Hop 

Manche, reprise Inning 

Tuer la balle Kill the hall {To) 

Joute Match 

Quadrette '..... Fonr-handed 

Simple Single-handed 

Pardessus Over 

Placer la balle . ■ Place the hall ( To) 

Jouer la balle courte Play the hall short { To) 

Retourner la balle Recover the hall {To) 

Relance Return 

Relancer, renvoyer, reprendre 

la balle Return the hall {To) 

Partie liée Rubber 

Coup de coin Scoop to corner 

Marquer, compter Score { To) 

Servir Serve {To) 

Service, but Service 

Service de ligne Line service 

Balle de service Service hall 

Série Set 

Courte Short 

Balle courte Short hall 

Camp Side 

Résultat, pointage, état de la 

partie Tally 

Équipe Team 

Tirage au sort Toss 

Tirer au sort, à pile ou face 

l'ordre du jeu Toss for choice of ground {To) 

Buter la pelote Toss the bail { To) 

Défaut de l'adversaire Weakness of opponent 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE BALLE AU MUR 337 

I3ibli()graj)hie : 

Le Code de la Vie, pur (îraïui-Môre Aiincttc, édition 1910-1911 ; 
Administration, 21, rue (îanneron, Paris (XVIIle.) 

Les Sports modernes illustrés, encyclopédie sportive illustrée, 
publiée sous la direction de P. MoreauetG. Voulquin, 1915. Librairie 
Larousse, 19, rue du Montparnasse, Paris. 

Dictionnaire des Connaissances pratiques, par E. Bouant, 1909, 
librairie Armand Colin, 5, rue de Mézières, Paris. 

Sports Athlétiques, par Ern. Wcber, 1905, Garnier Frères, li- 
braires-éditeurs, 6 rue des Saints-Pères, Paris. 

Encyclopédie des Sports, publiée sous la direction de M. Phi- 
lippe Daryl ; Jeux de Balle et de Ballon, par un juge du Camp, 1894, 
Librairies-Imprimeries réunies, 7, rue Saint-Benoît, Paris. 

Les Jeux de Collège, par les RR. PP. C. De Nadaillec et J. 
Rousseau, S. J., 1875, librairie de J. Delalain et Fils, rue des Écoles, 
56, Paris. 

Grande Encyclopédie générale des Jeux, par Benjamin Pifteau, 
Arthème Fayard, libraire-éditeur, 78, Boulevard Saint-Michel, 
Paris. 

Tennis, Hockey, Paumes, Balles et Boules, par Max Decugis, etc., 
l'ierre Lafitte et Cie, 90, avenue des Champs-Elysées, Paris. 

Alfred Verre ault. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS 

Du Jeu de Balle aux Base8(1) 
(Basebai) 



Il y a divergence d'opinions sur l'origine de la balle aux bases 
(Baseball), le jeu national d'été des États-Unis. Quelques-uns la 
font descendre d'un vieux jeu de collège du nom de "rounders", 
auquel on jouait en Angleterre dans les temps anciens et dont plu- 
sieurs variations furent pratiquées en Amérique pendant la période 
coloniale. 

D'autres veulent que sa ressemblance avec le "rounders" soit 
simplement une coïncidence, et affirment qu'elle prit naissance 
aux Etats-Unis. Une commission nommée en 1907, à la suggestion 
de feu A-G. Spalding (2), avec instruction de considérer toutes les 
preuves valables et de se prononcer sur la source du jeu national 
américain, déclara à l'unanimité: premièrement, que le premier 
système pour la jouer, selon la meilleure preuve qu'on puisse obtenir 
jusqu'à date, fut inventé par le jeune Abner Doubleday (plus tard 
major-général dans l'armée des Etats-Unis), à Cooperstown, New- 
York, en 1839. 



(1) Traduction littérale de l'appellation américaine "Baseball": de la balle 
et des bases usitées. — -L'expression balte au camp, qu'on a donnée comme équivalent 
du mot "Baseball", ne saurait être adaptée; car elle désigne un vieux jeu français 
très différent du sport national des Etats-Unis, qui est absolument nouveau en 
France, avec ses accessoires essentiels, ses règles nettement délimitées, sa théorie 
et sa pratique. Ajoutons que le nom balle au camp ne vient pas, comme il a été dit, 
du fait que les joueurs se divisent en deux camps, ou de ce que les soldats auraient 
longtemps pratiqué ce jeu, ainsi que c'a été réellement le cas pour le "Baseball" aux 
États-l'nis; mais bien du fait qu'est nommé "camp" le carré, la partie du champ 
dont prend possession l'équipe que le sort a désignée pour ce faire (V. Grande Ency- 
clopédie de Jeux, par Benjamin Pifteau): et qu'ensuite, c'est en criant: "Camp!" que 
les "trimeurs", i.e. ceux qui sont placés aux diverses "remarques" en dehors du 
"camp", ont le droit d'y entrer lorsqu'un des leurs, en lançant la balle, a atteint 
un adversaire avant que ce dernier ait touché une "remarque" et ait crié: "Rendu!". 
(V. Encyclopédie des Sports, Jeux de Balte", sous la direction de M. Philippe Daryl.) 
Le mot "camp" du terme balle au camp fait donc souvenir d'une partie de l'ancien 
jeu français, du "carré ", ci-dessus mentionné, qui est complètement étranger au 
"Baseball". (Pour plus de détails sur ce sujet, voir une lettre de l'auteur parue 
dans le journal Le Devoir, de Montréal, le samedi, 24 juillet 1915.) 

(2) .\lbert Goodwill Spalding. né le '2 septembre 1850, à Byron, comté d'Ogle, 
Illinois; ancien joueur et directeur de plusieurs clubs américains de "Baseball"; 
père de la ligue nationale et fondateur de la célèbre maison sportive .\.-G. Spalding 
& Bros., connue dans le monde entier; mort subitement d'apoplexie à sa demeure à 
Point Loma, Californie, le jeudi soir, 9 septembre 1915. 

3ô8 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE BALLE AUX BASES 359 

On prétend aussi que ce jeu serait descendu directement du 
"town bail' des états de la Nouvelle-Angleterre dans la trentaine. 
Cela toutefois, se jouait sur un champ carré, au lieu d'un losange, 
et les courses se faisaient autour de (juatre poteaux fixés en terre, 
au lieu de bases. Le club Washinjjton, de New- York, organisé 
en 1843, semble avoir été le premier à .se servir d'un losange, et 
son jeu était appelé le "New York", comme distinct du "jeu Massa- 
chusetts" des états de la Nouvelle-Angleterre. Le "Knickerbocker 
Baseball Club" en 1845, le premier formula un code de règle, et la 
première joute de concours eut lieu en 1846. En 1857 une conven- 
tion .se tint, à laquelle des délégués de seize clubs étaient présents 
En 1858 une deuxième convention eut lieu, et vingt-cinq clubs étaient 
représentés. L'Association nationale des joueurs de balle aux 
bases fut organisée, et a tenu des conventions annuelles depuis, 
revisant les règles de temps en temps. 

Quoique la balle aux bases soit connue en France depuis 1888, 
alors que des joueurs américains, pendant le premier tour mondial, 
jouèrent pour la première fois à Paris, à l'ombre de la célèbre tour 
Eiffel en construction en ce temps-là, elle est très peu pratiquée par 
nos voisins d'outre-nier. Seul le Stade français y jouait jadis 
sur les pelouses de Meulon et au Luxembourg. En 1913 .se forma 
la première équipe scolaire qui prit le nom d'association de Base 
Bail de Condorcet. Différents lycées et écoles suivirent l'exemple 
du Condorcet, principalement Fénelon et Bossuet. Ceux qui 
pratiquent ce jeu ce .sont surtout les étudiants américains de l'Ecole 
des beaux-arts, qui ont formé le "Paris-Team". Au collège de 
Normandie ainsi qu'à l'Union sportive du Berry, à Bourges, la 
balle aux bases commence à prendre pied. Parmi les autres club 
intéressés à ce divertissement, citons: le Racing Club de France; 
l'équipe de Base-Bail du Vésinet; le Rugby Club Nantais; l'Olym- 
pique Seynois; le Patronage Jeanne d'Arc, à Soissons; l'Association 
Sportive Mâconnai.se; l'Evreux Athletic Club; etc. Transplantée 
en Angleterre, la balle aux bases n'a pas été là un succès. En Aus- 
tralie, elle est devenue populaire. C'est déjà le sport favori à Cuba. 
Elle se répand rapidement dans les îles Philippines. Elle est beaucoup 
jouée en Amérique Centrale. La Suède n'y est pas indifférente. 
Au Canada, elle fait des progrès de géant. 

Aux États-L'nis, naturellement, ce jeu jouit de la plus grande 
vogue. Les sociétés de balle aux bases se chiffrent dans les cinq 
cents. On compte près de soixante ligues, dont les deux plus impor- 
tantes sont la Nationale et l'Américaine. De magnifiques tribunes 
et gradins, véritables palais, abritent des foules immenses d'enthou- 
siastes spectateurs aux joutes professionnelles. Les principales 



360 LS PARLER FRANÇAIS 

arènes où se jouent ces parties homériques sont le "Polo Ground", 
à New- York, avec sa tribune en ciment et en acier, où peuvent facile- 
ment s'asseoir 35,000 personnes; le "Forbes Field", à Pittsburg; le 
"Shibe Park", à Chicago; et le nouveau terrain du club Boston de 
la ligue nationale, qui a la plus grande tribune de tout champ con- 
trôlé par la balle aux bases organisée. La troisième partie de la 
série mondiale de 1915 a été jouée sur ce terrain et a été vue par une 
foule de plus de 42,000 spectateurs. On peut se figurer ce qu'une 
telle partie rapporte, lorsque l'on sait que le prix des places est respec- 
tivement de 25, 50, 75 sous, .¥1.00 et plus. Les principaux joueurs 
professionnels touchent des salaires de ministres. Au nombre de 
ceux-ci il faut mentionner le fameux joueur franco-américain Napoléon 
Lajoie (1), qui est un des plus habiles batteurs chez nos voisins. 
La balle aux bases a aussi sa littérature poétique et prosaïque améri- 
caine. 

LA BALLE AUX BASES 

{Baseball) 

A. — Le Champ 

Arrière-filet Back-stop. 

Base (1ère, 2e, 3e) Base, sack (Ist, 2nd, Srd). 

Base de fond, plaque de fond, Home-base, home, home plate 
plateau (H.) 

Ligne de bases, d'entre-bases . . Base Unes. 

Sentes de courses des bases . . Base running paths. 

Lignes du batteur Batsvians Unes. 



(1) Xé à Woonsocket, R. I., le 5 septembre 1875; grandeur 6 pds 1 pce; pesan- 
teur 195 liv.; lanceur et batteur droitier: joue à la balle aux bases depuis 1895; 
commença avec l'équipe de la ville de Fall River, passa dans la ligue nationale en 
1896 et joua dans le club Philadelphie de cette ligue jusqu'en 1900, signa avec la 
ligue américaine en 1901 et servit un an dans le club de Philadelphie de <-ette ligue, 
passa ensuite à Cleveland et joua dans l'équipe de cette ville de 1902 à 1914 inclusive- 
ment, puis retourna à Philadelphie en 1915; a tenu successivement les postes de 
champ supérieur, première base, deu.xième base, bloqueur et troisième base; joue 
actuellement première et deuxième base. 



I 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DD JEU BALLE AUX BASES 301 

Boîte, case, loge, poste du bat- Batsman's position, hatter'a box, 

teur batting creuse, box. 

Gradin Bleacher. 

Lignes de l'attrapeur Catchers Unes. 

Limite de l'attrapeur Catchers space. 

Maison du cercle, du club Club house. 

Lignes du conseiller ou du capi- Couchers or cuptain's Unes. 

taine 

Carreau, losange Diamond. 

Carreau, losange dénudé Skin diamond. 

Champ Field. 

Arrière-champ Deep-field, out-field. 

Champ-losange Diamond field. 

Avant-champ In-field, shallow field, short 

field. 

Champ-gauche Left-field. 

Champ-centre Middle field, center field. 

Champ dénudé Seal ped field. 

Champ de soleil Sun field. 

Ligne des fausses, des nulles .... Foul-line 

Terrain Ground. 

Jeu de balle Bail ground. 

Terrain permis Pair ground. 

Terrain défendu, interdit . . Foui ground, foui territory. 

Terrain chez so', du lieu Home ground. 

Pied, plaque du lanceur Pitcher's plate, jritcher's position, 

rubber, slabe. 

Banc des joueurs Players' bench. ' 

Lignes des joueurs Players' Unes. 

Tribune Stand. 



362 LE PARLER FRANÇAIS 

Tribune principale Grand stand. 

Loge Box. 

Pavillon Pavillon. 

Pavillon d'en bas Lower parilion. 

Pavillon d'en haut Upper parilion. 

Ligne de trois pieds Three-foot Une. 

Toilette Toilet. 

Tourniquet Turnstile. 

B. — Les Positions 

1. — Extérieures. 

Amateur Amateur. 

Gradinier Bleacherite. 

Photographe Caméra fiend. 

Propriétaire de cercle, de club . . . Club owner. 

Avertisseur-moniteur, conseiller, 

instructeur Coach, coucher. 

Enthousiaste, fanatique Fan. 

Galerie Gallery. 

Conservateur du terrain, gar- 
dien Ground-keeper . 

Magnat Magnate. 

Directeur, chef de camp Manager, director. 

Mascotte • Mascot. 

Foule Mob. 

Fonctionnaire, oflBciel Officiai. 



I 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS UU JKU OE BALLE AUX BASES 363 

Spectateur Otdnoker. 

Confectionneur Outfitter. 

Protecteur Patron. 

Presse (La) Press (The). 

Trieur, excitateur Rooter. 

Marqueur, pointeur Scorer. 

Marqueur, pointeur officiel . . Officiai scorer. 

Chronomètre, chronométreur . . Time-keeper. 

Entraîneur Traîner. 

Arbitre Umpire. 

Arbitre-adjoint Field-umpire. 

Juge-arbitre Umpire-in-chief. 

2. — Intérieures. 

Joueur de balle Bail player. 

Base (Une) Basemen, baseplayer, sacker. 

Coureur de bases Basc-ntnner. 

Coureur de bases remi)laçant . Substitute base-runner. 

Voleur de bases Base-stealer. 

Batteur, frappeur Bat.fman. baiier, hitter, stricker. 

Hacheur Vhop hitter. 

Gros frappeur Heary hitter. 

Batteur gaucher Left-handed batter. 

Long frappeur Long hitter. 

Frappeur de nécessité Pinch-hitter. 

Frappeur de i)lace Place hitter. 

Batteur droitier Right-handed batter. 

Frappeur de sacrifices Sacrifice hitter. 

Court frappeur Short hitter. 

Tapeur Snap hitter, bunier. 



A 



364 LE PARLER FRANÇAIR 

Batteur remplaçant Substitute Batsman. 

Batteur artificieux, trompeur Tricky batter. 

Frappeur écart Wild hitter. 

Batterie Battery. 

Maladroit Bnngler. 

Capitaine Captain. 

Capitaine chez lui, du lieu .... Home captain. 

Capitaine visiteur Visiting captain. 

Attrapeur. . Catcher, backstop. 

Premier joueur Crack man. 

Champ Fielder. 

Champ intérieur Infielder. 

Champ extérieur Oïdfielder. 

Champ extérieur de relais . . Relay oïdfielder. 

Récalcitrant Kicker. 

Critiqueur Knocker. 

Premier Leader. 

Premier à tout jouer Ail-round leader. 

Premier champ Field leader. 

Dindon, lourdaud Lobster. 

Farfouilleur Muffer. 

Vétéran OM-timer. 

Gagneur de championnat Pennant winner. 

Lanceur Pitcher, boxman, tkrower, twirler. 

Lanceur courbe Curre pitcher. 

Lanceur gaucher Left hand pitcher, southpaxo. 

Lanceur phénoménal Phénoménal pitcher. 

Lanceur de soulagement Relief pitcher. 

Lanceur droitier Right-handed pitcher. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE BALLE AUX BASES 365 

Lanceur d'épaule Slioulder throuer. 

Lanceur rapide Speedy, swift pitcher. 

Lanceur fort Strong thrower. 

Lanceur de poignet Wrist thrower. 

Joueur Player. 

Joueur premier à tout jouer All-around king player. 

Co-équipier Fellow player. 

Joueur retiré Retired player. 

Joueur remplaçant, substitut Substitute player, substiiute, m- 

tility player. 

LAche, couard, poltron Quitter. 

Gagneur de courses Run-getter. 

Coureur Runner. 

Coureur remplaçant Substitute runner. 

Bloqueur Shortstop, shortfielder. 

Glisseur Slider. 

Bûcheur Slugger. 

Etoile aigle, Star. 

C. — Les Accessoires 

Ventrière Abdomen protector. 

Ventrière et supporteur Abdominal guard and supporter, 

Chevillère, cheville de force ... Ankle supporter. 

Base (f.) coussin sac Bag, base, ntshion. 

Anneau Loop. 

Poteau Post. 

Cheville Spike. 

Crampon, piton Staple. 

Courroie Strap. 

Etui, sac, trousse à battes Bag (Bat), 



366 LE PARLER FRANÇAIS 

Porte-costume Bag (Uniform) 

. Balle Bail, baseball, leather, sphère. 

Balle de ligue League bail. 

Balle officielle Officiai bail. 

Batte (f.) battoir Bat, club, stick. 

Manche Uandle. 

Uni Plain. 

Ligaturé de chatterton .... Taped. 

Bosse Knob. 

Renflement Swell. 

Cage de battage Batting cage. 

Cage mobile de battage Movable batting cage. 

Ceinture Belt. 

Corselet, plastron Body protector, breastplate, chest 

protector. 

Chambres, tubes Chambers, reeds. 

Rembourrement Pad. 

Courroie Strap. 

Corselet, plastron gonfle Injlated body protector. 

Corselet, plastron d'arbitre. . . Umpire's body protector. 

Livret, manuel de règles Boolc of rules. 

Meurtrissière Bruise protector. 

Cage (dans les gymnases) Cage. 

Casquette Cap. 

Transpirateur Sweatband. 

Visière Visor. 

Veston Coat. 

Cône Cône. 

Cône imperméable Waterproof cône. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DO JEU DE BALLE AUX BASES 3fi7 

Drapeau-nulles Foui flag. 

Gant Glore. 

Gant de champ Fielder's glore. 

Bosse Hum p. 

Pouce palmé Weh thiimb. 

Gant de champ ambidextre . . A mhidcxtroun fielder's glove. 

Gant de champ intérieur Infielder's glove. 

Glove softener Adoucisseur,amolisseur de gant 

Lunettes vertes Goggles (Green), sun glass. 

Plateau Home plate. 

Plateau-caoutchouc Rubber home plate. 

Jambière Leg guard. 

Facière, gardeface, masque . Ma.sk. 

Protège-figure Chin-piece. 

Jugulaire Chin-strap. 

Forme Form. 

Bandeau Head-band. 

Rembourrement Pad. 

Frontal Forehead pad. 

Rembourrement de côté . . . Side pad. 

Abat-jour, visière Sunshade. 

Masque d'arbitre Umpire's mask. 

Masque large vue Wide sight mask. 

Mégaphone, porte-voix Mégaphone. 

Mitaine Mitt, paw {big viitt). 

Mitaine de base Basemaiis mitt. 

Mitaine d'attrapeur Catcher'a mitt. 

Dos Back. 

Dos renforcé Reinforced back. 

Boucle Buckle. 

Face Face. 

Poucier Finger protector. 

Rembourrement Padding. 



368 



LE PARLER FRANÇAIS 



Poche Pocket, retaining dépression. 

Courroie Sfrap. 

Mitaine de champ Fielder's mitt. 

Mitaine de première base .... First baseman'a mitt. 

Corp.s Body 

Courroie Strap. ■ 

Mitaine lacée Laced mitt. 

Culottes bouffantes Pants. 

Pied, plaque de lanceur Pitcher's box plate. 

Chevilles Pin». 

Manche-caoutchouc Rubber sleeve. 

Grandeur complète F^dl length 

Demi grandeur Half length. 

Calendrier, échelle des parties . . Schedule. 

Livret de pointage Score book. 

Livret de pointage club Club score book. 

Livret de pointage poche .... Pocket score book. 

Carte de pointage Score card. 

Feuille de pointage .Score sheet. 

Feuille de pointage en blanc . . Blank score sheet. 

Feuille de pointage boîte Box score sheet 

Livret de pointeur en blanc .... Scorer's blank book. 

Tablette de pointage Scoring tablet. 

Jambière Shin guard. 

Chemise Shirt. 

Chemise-caoutchouc Rubber shirt. 

Soulier Shoe. 

Plaque-soulier Shoe plate. 

Plaque-talon, talonnière Heel plate. 

Plaque bout de pied Toe plate. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE BALLE AUX BASES 369 

Sac-glissade (gymnase) Sliding-bag. 

Glissière Sliding pad. 

Glissière et supporteur Sliding pad and supporter. 

Bobine glissante (gymnase) .... Sliding-spool. 

Crampon, pointe (soulier) Spike. 

Indicateur d'arbitre Umpire's indicator. 

Costume Uniform. 

Bracelet, poignet de force, poi- 

gnetière Wrist supporter. 

D. — Le Jeu 

Ancrer Anchor (Ta) 

Aide Assist (A.). 

A la batte Ai bat (A. B.). 

Soutenir Back up (Te). 

Feinte Balk (Bk.). 

Balle! Bail. 

Balle Bail. 

Balle mauvaise Bad hall. 

Balle frappée Batted bail. 

Balle bloquée Block, block bail. 

Bondissante (Une) Bounder {A). 

Bondissante vive Hot bounder. 

Balle appelée Called bail. 

Fauchante Daisy cutter. 

Balle morte Dead bail. 

Balle tombante Drop, dropball. 

Balle manquée Dropped, muffed bail. 

Balle franche Fair bail. 



370 



LE PARLER FRANÇAIS 



Balle franchement frappée . . . Fair hit bail. 

Balle franchement lancée .... Fairly delivered bail. 

Balle rapide, vive Fast bail. 

Flottante Floater. 

Balle vol, chandelle Fly. 

Chandelle fausse Fovl fly. 

Chandelle haute Higk fly. 

Chandelle d'intérieur Infieldfly. 

Chandelle d'extérieur Outfield fly 

Chandelle longue Long fly 

Chandelle courte Pop fly. 

Chandelle vive montante . . Pop-up fly. 

Chandelle-sacrifice Sacrifice fly. 

Chandelle courte Short fly. 

Chandelle courte haute .... Short high fly. 

Chandelle tapée Tip fly. 

Chandelle hors jeu Fly-out. 

Balle fausse, nulle Foui bail. 

Quatre balles! Four balls. 

Balle farfouillée Fumbled bail. 

Balle bonne Good bail. 

Rasante, lapin Ground bail, grounder. 

Rasante vive, lente, écart . . Sharp, hot, slow, wide ground- 

Balle haute entrante High in-ball [er. 

Balle chaude, violente, vive . Hot bail. 

Balle illégalement frappée Illegally batted bail. 

Balle sautante . . : Jump bail. 

Balle-jointures Knuckle bail. 

Balle légale Légal bail. 

Balle basse Low bail. 

Balle manquée Muffed bail. 

Balle passée Passed bail (P. P. B.). 

Balle lancée Pitched bail. 

Balle levante Raise, upshoot bail. 

Balle réservée Reserved bail. 

Balle lente bondissante Slow bounding bail. 

Balle serpentante Snake bail. 

Balle-crachat, balle-pouce .... Spit bail, thumb bail. 

Balle droite Straight bail 

Balle droite rapide Straight swijt bail. 

Balle rapide Smft bail. 

Taquine Teaser. 

Médiane Texas leaguer. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE BALLE AUX BASES 371 

Balle lancée Thrown bail. 

Balle attrapée Trapped bail. 

Balle illégalement lancée Unfairly delivered bail. 

Balle écart Wide bail. 

Base (f.) Base. 

Base gagnée Earned base. 

Base en sus Extra base (E. B.). 

Base volée Stolen base (S. B.). 

Bases totales Total bases {T. B.). 

Base sur erreur Base by error. 

Base sur feinte Base on balle. 

Base sur balles Base on balh (B. B.). 

Base sur frappe de batteur par • 

balle lancée Base on batsman hit by pitched 

bail. 

Course de base Base-running. 

Course muette de bases Dumb base-running. 

Vol de bases Base-stealing. 

Battre, relancer la balle Bat the bail (To). 

Batteur au poste Batter up. 

Battage Batting. 

Battage intérieur Inside batting. 

Battre dedans les coureurs de 

bases Batting in base runners. 

Battre une frappe Beat out a hit (To). 

Mordre à la balle Bite at the bail (To). 

Bloquer un joueur Block a player. 

Bloqué hors d'une base Blocked off a base. 



372 LE PARLER FRANÇAIS 

Feinte Bluff. 

Balancement de corps Body swing. 

Percer dans Bore in ( To) . 

Bond Bound. 

Bris, erreur Break (A). 

Pousser une pointe pour une base 

en sus Break for an extra base (To makr 

a). 

Venir à avoir la main Broken-in (To become). 

Agrouper les coups Bunching the hits. 

Taper la balle Bunt the bail (To). 

Les taper hors jeu Bunting 'em ont. 

Clore la partie Call the game ( To) . 

Appeler, crier halte Call time ( To) . 

Appelé à la batte Called to the bat. 

Attrape Catch (A). 

Attrape au vol, gobe (Une) . . Fly catch. 
Attrape de chandelle fausse . . Foui fly catch. 

Attrape d'une tape fausse .... Foul-tip catch. 
Attrape en course Running catch. 

Attraper, rattraper Catch (To). 

Gober une balle, attraper une bal 

le au vol, à la volée Catch a bail on the fly (To). 

Peloter Catch (To play). 

Chances offertes Chances offered. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE BALLE AUX BASES 373 

Chances totales Chances (Total), (T. C). 

Changement de vitesse Change of space (pitcher) . 

Chasser un coup Chase a hit (To). 

Arrêter un coup Check a hit (Tn'^ 

Contrôler le pointage, pointer le 

résultat Check the score (To). 

Hacher la balle Chop the bail. 

Cercle, club Club. 

Cercle du lieu, chez lui Home club. 

Cercle gagnant Winning club. 

Avertir, diriger Coach (To). 

La maîtrise de la bal'.e Command of the bail (The). 

Condition Condition, form, shape. 

Condition de victoire Winning form. 

Couvrir du terrain Corer ground {Ta). 

Couvrir la base Cover the base (To). 

Feu croisé Cross-fire (The). 

Courbe Curve. 

Courbe tombante Drop curve. 

Courbe tombante extérieure.. . Drop outcurve. 

Disparaissante Fadeaway. 

Sortante-levante Out-rise. 

Courbe levante Raise curve. 

Levante et tombante Rise and drop. 

Levante Up-curve or rise 

Courber la balle Curve the hall ( To) 

Coupe Cut (A) 



374 LE PARLER FRANÇAIS 

Couper une base Cut a base (To). 

Couper le coin (lancer) Cut the corner (To). 

Elan Dash. 

S'élancer Dash (To). 

Retarder la partie Delay the game {To). 

Donner, lancer, servir la balle. . . Deliver the hall {To). 

Lancer, service Delivery. 

Lancer, service illégal Illégal delivery. 

Lancer, service dessus Overhand delivery. 

Lancer, service dessous Underhand delivery. 

Portée du lancer, du service Range of delivery. 

Disqualifié... Disqualified. 

Esquiver Dodge {Ta). 

Doublette Double header. 

Doubler un coureur Double wp a runner {To). 

Chasse en ligne Drive. 

Chasse en ligne extra-vive Red-hot, scorching, sharp drive. 

Chasser la balle Drive the bail {To). 

Piquer une tête Duck, duck dovm {To) 

Verser la balle Dump the bail {To). 

Erreur Error {E.). 

Erreur de batterie Battery error. 

Erreur de champ ^ielding error. 

Embarassé Faded, puzded. 

Manquer de prendre position.. . . Fail to take position {To). '" 



^'^ 



I 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE BALLE AUX BASES 375 

Faux essais de voler Fake attempts to steal. 

Caler Fan (To). 

Alimenter le batteur Feed the batsma'n {To). 

Jouer arrière-champ Field back (To). 

Champer à la première base Field bail tofirst base (To). 

Champer hors jeu un coureur a- 

vancé Field out an advanced runner (To). 

Choix de champ Filder's choice, (F. C). 

Champage Fie'ding. 

Champage ambidextre Ambidextrous fielding. 

Champage-combinaison Combination fielding. 

Erreur de champage Fielding errer. 

Record de champage Fielding record. 

Combattre la balle Fight the bail (To). 

Première-sur-erreur First (base)-on-error. 

Raccroc Fluke. 

Duper, tromper le batteur Fool the batier (To). 

Forcé (Un) Force, force-out (A). 

Forcer une course à fond Force a run home (To). 

Forcé Forced. 

Forcé hors jeu Forced off, forced out. 

Confisquer une partie, perdre une 

partie par disqualification Forjeit a game (To). 

Fausser la balle Foui the bail (To). 



376 LE FARLER FRANÇAIS 

Fausser hors jeu Fout ont (To). 

Farfouillage Fumble. 

Farfouiller la balle Fumble the bail (To). 

Coup de volée Fungo hitting. 

Courageux, brave (Etre) Game (To be). 

Partie! Gamel 

Joute, partie Game. 

Joute, partie d'amateur Amateur game. 

Joute, partie remise Called game. 

Joute, partie de championnat Championship game. 

Joute, partie serrée Close game. 

Joute, partie de pointage serré Close-score game. 
Joute, partie nulle, manche à 

manche Draw, drawn game. tie game. 

Joute, partie d'exposition Exhibition game. 

Joute de manches en sus Extra inning game (E. I. G.). 

Joute perdue par disqualifica- 

cation Forfeited game. 

Joute fantaisiste Freak game. 

Joute de pointage élevé Heary-scoring game. 

Joute légale Légal game. 

Joute de neuf manches Nine-inning game. 

Joute sans frappes No-hit game. 

Joute sans courses No-run game. 

Joute jouée Played game (G.). 

Joute après-saison Post-season game. 

Joute réglementaire Régulation game. 

Joute inscrite Sheduled game. 

Joute semi-professionnelle. . . . Semi-prof essional. 

Lessive, mouche Shtdoui game, skunk, white- 

wash. 

Mesurer un coup Gauge a hit (Ta). 

S'accoutumer à la balle Gei on to the bail (To). 

Raser à la première Ground ont to first (To). 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE BALLE AUX BASES 877 



Désavantage Handicap. 

Désavantagé Handicapped. 

Devancer un coureur avancé .... Head off an advanced runner 

Adresse, habileté Head-work. 

Embarrasser, entraver l'attra- 

peur Hinder the catcher (To). 

Coup Hit. 

Coup de base Base-hit (B. H.). 

Tape Bunt-hit. 

Tape fausse.. Foui hunt. 

Tape-sacrifice Sacrifice buni. 

Tape lente Slow bunt. 

Coup haché Chop hit. 

Coup franc Clean hit, f air hot. 

Coup double Double hit. 

Coup forcé Force hit. 

Coup à faux, nul Foui hit. 

Coup rasant, fauchant Ground hit. 

Coup fort..-. Hard hit. 

Coup en ligne fort Hard-line hii. 

Coup de but Home-run hit. 

Coup vif Hot hit. 

Coup de champ intérieur • Infield hit. 

Coup de ligne Line hit. 

Coup long Long hit. 

Coup de champ extérieur Outfield hit. 

Coup de tout repos Orer the fence hit. 

Quasi-coup Quasi-hit. 

Coup rasant roulant Rolling ground hit. 

Coup-sacrifice Sacrifice hit, (S., S. H.) 

Coup sûr...-. Safe hit. 

Coup-égratignure Scratch hit. 

Coup-cgratignure lent Slow scratch hit. 

Coup tranchant..... Sharp hit. 

Coup simple Single (A). 

Coup lent Slow hit. 

Coup de trois bases Theree-base hit, three-bagger. 

Coup de deux bases Two-base hit, two-bagger. 



378 LE PARLER FRANÇAIS 

Coup et course Hit and run. 

Coups par les adversaires Hits by opponents, (H. B. 0.), 

Frappé par une balle lancée; calé Hû by a pitched baU. 

Frappé par le lanceur Hit by pitcher (H. B.). 

Frapper, repaumer la balle Hit the bail (To). 

Frapper loin Hit deep (To). 

Au but! Au fond! Home hit\ 

Tenir la base Hug the sack (To). 

Je l'ai! -^ ^«»« "! 

Manche, entrée de, jeu, tour, re- 
prise Inning. 

Manche en sus Extra-inning . 

Demi-manche Half-inning, mid-inning 

Manches lancées Innings piitched, (/. P.). 

Intervention Interférence. 

Lancer la balle Jerk the bail {To). 

Duper, tromper Jockey {To). 

Jongler avec la balle J^ggle the baU {To) 

Tuer la balle Kill the bail {Ta). 

Se placer pour une tape Lay for a bunt {To). 

Avance -^««'^ (^)- 

Longue avance Lotig lead. 

Avance sûre Sa/e lead. 

Prendre une avance ^ead {To take a) 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE BALLE AUX BASES 379 

Avancer Lead off (To). 

Ligue League. 

Ligue inférieure Bush league. 

Ligue de championnat Championship league. 

Ligue majeure Major league. 

Ligue mineure Minor league. 

Ligue de tramways Trolley league. 

Vie d'un coureur de bases Life of a base runner. 

Lancer en ligne Line snap {A). 

Ligner la balle Line the bail ( To) . 

Flèche Liner. 

Flèche vive Hot, sharp liner 

Alignement Lineup. 

Perdue Lest (L.). 

Joute Match. 

Joute de bûchage Slugging match. 

Egalement assortis Matched {Evenly) . 

Erreur de jeu M splay {A). 

Manque Muff {A), 

Manquer Muff ( To). 

Fusiller un coureur Nail a runner ( To) 

Equipe, neuf Nine. 

Equipes concurrentes Contesting nine. 

Point de partie No game. 

Nez (de la balle) Nose (of bail) 

Jour de maladresses Off day. 



380 LE PARLER FRANÇAIS 

Suivant! On deckl 

Ordre ou rôle de roulement .... Order of batting, batting order 

Hors jeu Oui. 

Batteur hors jeu, fusillé Batter out. 

Fusillé Hors jeu! Mort! .. Yoti re outl 

Surcourir une base Overrun a base (To). 

Surglisser une base Over-slide a base ( To) . 

Pénalité Penalty. 

Course pour le championnat . . . Pennant race. 

Pourcentage Percentage, (Pet). 

Ramasse Pickup A). 

Ramasser Pickup (To). 

Lancer Pitch (A). 

Lancer écart Wild pitch. 

Lancer Pitch ( To) . 

Placer la balle Place the bail (To). 

Au jeu! Play\ play balll 

Jeu Play. 

Jeu fougueux Dashing play. 

Jeu d'arrière-champ Deepfield play. 

Jeu adroit, habile Dextrous play. 

Doublé, jeu double Double play. 

Jeu forcé Force play. 

Jeu coup et course Hit-and-run play. 

Jeu individuel Individual play. 

Jeu d'une main One-hand play. 

Jeu théâtral, de galerie Spectacular play. 

Jeu pressé Squeeze play. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE BALLE AUX BASES 381 

Jouer arrière-chump Play deep {To). 

Jouer avant-champ Ploy short (To). 

Jouer la balle sûrement Play the bail safe {To). 

Frapper la balle Poke the hall {To). 

Tirer la balle Pull the bail {To). 

Maltraiter le lanceur Punish the pitcher {To). 

Fusillades, mises hors jeu Put outs {P. 0.). 

Mettre hors jeu, fusiller Put out {To). 

Troubler un joueur Rattle a player {To). 

Portée Reach. 

Se remettre Recover {To). 

Relaiser un coup ou une balle à 

fond Relay a hit or a bail home { To) . 

Fusiller un coureur Retire a runner {To). 

Acclamer, crier, exciter Root {To). 

Véreux, pourri, (arbitre) Rotten. 

Règles Rules. 

Course Run. 

Course gagnée Earned run. 

Coup de but, course franche, 

ronde Home run, homer. 

Courses marquées Scored rtins {R.). 

Courses marquées contre .... Scored on riins, {R. 0.). 

Course gagnante Winning run. 

Courir hors jeu Run down (To). 



382 LE PARLEE FRANÇAIS 

Coureur pris sommeillant Runner caught napping. 

La courir (la première base) .... Running it out (Jirst base). 

Course hors jeu Run-out (A). 

Couru hors jeu Run out (To be). 

Sacrifier Sacrifice {To). 

Rendu! Sauf Safe\ 

Inscrit pour une part e ou joute Scheduled or ass'gned for a game. 

Ramasser la balle Scoop, scoop up the bail ( To) . 

Ramasse Scoop-up (A). 

Pointage Score (The). 

Pointage serré Close score. 

Pointage officiel Officiai score: 

Pointage en table Tabulated score. 

Pointer la partie Score the game {To). 

Marquer, pointer Score {To). 

Faire, gagner, marquer une ron- 
de; pousser à fond, boucler le. 

bases Score a home-run {To). 

Marquer une course Score a run {To). 

Pointage de la partie Scoring of the game { The) . 

Egratigner Scraich {To). 

Jouer au tour, à l'hirondelle .... Scrub {To play). 

Série Séries. 

Série pour le championnat du 

monde World's championship séries. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE BALLE AUX BASES 383 

Tir Shoot (A). 

Tir intérieur Inshoot. 

Tir extérieur Ouishooi. 

Courte Short. 

Coup Shot. 

Camp Side. 

Camp à la batte 'Side at bal. 

Camp au champ Side in field. 

Biaiser Side-atep (Ta). 

Signal Signal. 

Signal sémaphore Sémaphore signal. 

Glissade Slide. 

Glissade écart tête première . . Wide head-first slide. 

Coup, frappe Smash (A). 

Lancer la balle Snap the bail (To). 

EtouflFer la balle Smother the bail (To). 

Piquer Spike (To). 

Demeurer collé sur une base ... . Stand anchored or wedded to a 

base (To). 

Vol Steal (To). 

Vol adroit Clean steal. 

Vol retardé Delayed steal. 

Vol double . Double steal 

Vol triple Triple steal. 

Bases volées Stolen bases (S. B.), pilfered 

cushions. 

Trainée gagnante Streak (Winning). 

Enjambée (lanceur) Stride. 



384 



LE PARLER FRANÇAIS 



Frappe Strike. 

Frappe fausse, à faux Foui strike. 

Trois frappes ! Three sirikes ' 

Frappé hors jeu Siruck out, {K., S. 0.). 

Suspension du jeu Suspension of play. 

Toucher Tag (To). 

Prenez votre base! Take your basel 

Retranché Taken out, {T. 0.). 

Équipe Team. 

Équipe de balle Bail team. 

Équipe de batterie Battery team. 

Équipe tapante Bunting team. 

Êqu pe de collège Collège team. 

Équipe du lieu, chez elle .... Home leam. 

Équipe de ligue majeure Major league team. 

Équipe de ligue mineure Minor league team. 

Équipe professionnelle Professional team. 

Équipe visiteuse Visiting team. 

Jeu d'équipe Team play. 

Lancer Throw {A). 

Lancer arrière-main Backhand throw. 

Lancer feinté Bhiff throw. 

Lancer tombant Dropped throw, {D. T.). 

Lancer évadé Getaway throw. 

Lancer fort Hard throw. 

Lancer haut High throw. 

Lancer de champ intérieur . . Infield th ow. 

Lancer bas Low throw. 

Lancer sus-main Overhand ihrow. 

Lancer bras rond Round-arm ihrow. 

Lancer bras court Shon-arm throw. 

Lancer petite-portée Short-range throtv. 

Lancer épau'e Shoulder throw. 

Lancer bras de côté Side-arm throw. 

Lancer brusque, prompt,. rapide Snap throw. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-AVGLAIS DU JEU DE BALLE AUX BASES 385 

Lancer bras droit Straight-ann tkrotc. 

Lancer fort Strong throic. 

Lancer sous-main Underhand throw. 

Lancer large Wide throw. 

Lancer écart Wild throw. 

Lancer à fond, au but au plateau Throw in {To). 

Lancer le batteur hors jeu Throw oui the batter (To). 

Egaliser Tie (To). 

Egaliser le pointage Tie the score {To). 

Egalisées (parties) Tied (games) (T.). 

Halte! Time'. 

Temps à la batte Time ai batt. 

Tape Tip. 

Tape fausse, à faux Foui tip. 

Choix du camp Toss (The). 

Tirer à pile ou face le choix du 

camp Toss ( To) . 

Prendre au piège un coureur . . . Trop a runner {To). 

Appels légaux de l'arbitre Umpire's légal calls. 

Debout (Etre) Up {at bat) To be. 

Attendre le lanceur Wait ont the pitcher {To). 

Se faire la main, se mettre en 

train Warming up. 

Ecart (Etre) Wild {To be). 

Ecartage Wildness. 



386 LE PARLER FRANÇAIS 

Enrouler les bras autour de la 

tête (lanceur) Witid up the arms around tke kmd 

Parties gagnées Won (Games), (W.). 

Jeu Work. 

Jeu de boîte, de pied Box work. 

Jeu d'encens, de galerie Grand stand work. 

Jeu de signaux Signal work. 

Jeu d'équipe Team work. 

Ouvrages consultés: 

Bulletin du Parler français, Vol. VII, No 4, décembre 1908, et Vol. VIII, No 3, 
novembre 1909. 

Divers sports, par Ern. Weber, collection Les Sports pour Tous, Editions Nilson, 
Paris. 

Guide pour le jeu de Base Bail, Mercier & Cie, Imprimeurs-Libraires et Relieurs, 
Lévis, P. Q. 

Le Base-Bail, par John-B. -Poster, Spalding's Athlétique Librairie, Société 
Française de Publications Sportives, Paris. 

Les Sports modernes illustrés, collection in 4o. Larousse. 

1000 Mots illustrés, par M. l'abbé Etienne Blanchard, P.S.S., Mt>ntréal. 

Nouveau Larousse illustré. Supplément. 

Tennis, Hockey, Paumes, Balles et Boules, par Max. Decugis, Criveli, De Fleurac, 
etc., collection Sports-Bibliothèque, Pierre Lafitte & Cie, Paris. 

America's National Game, par Albert-G. Spalding, American Sports Publishing 
Company, New- York, 1911. 

Alfred Verre.\ult 



LE SENTIMENT RELIGIEUX 

DANS 

ALFRED DE MUSSET 



Parler de sentiment religieux, à propos d'Alfred de Musset, 
peut sembler aux esprits superficiels un paradoxe. La vie de ce poète 
à été en effet tout ce que l'on veut, si ce n'est édifiante. Et l'on ne 
saurait, certes, mettre à son œuvre, " pour symbole et pour enseigne 
cette fleur, plus que nulle autre blanche, qu'est le lys. " — selon une ex- 
pression très fine que l'on est assez étonné de relever sous la plume 
ordinairement grasse de Maître Rabelais. Musset s'est abandonné 
très jeune ; et il est mort à quarante-sept ans avant d'avoir connu 
les jours de sagesse. 

Pourtant — et cela s'est vu depuis et sans doute de tout temps, 
mais rarement avec la même intensité — l'inquiétude religieuse, et 
comme l'impression du divin, le remords de la faute, l'aspiration vers 
le charme de l'innocence, ont suivi Musset au milieu du vertige qui 
emportait ses belle facultés ; et cette disposition semble même n'a- 
voir jamais été plus forte que lorsqu'il paraissait davantage aban- 
donné à toutes les illusions. L'on pourrait faire tout un recueil avec 
les inspirations que lui a dictées une sorte de ferveur mystique. Dans 
ces élans qui l'ont poussé vers Dieu, tout n'est pas de la même qualité. 
Ses prières, quand elles ne se méprennent pas sur leur objet — et cela 
leur arrive, et alors elles sont plus que vaines — sont souvent incom- 
plètes, parfois traversées de doutes et de blasphèmes. Il est certain 
qu'il a prié : cet enfant qui se donnait comme la victime la plus 
éclatante de la maladie du siècle, a subi également, et à un degré rare, 
la nostalgie du divin. " Je voudrais, a-t-il dit, regarder le ciel sans 
m'en inquiéter, " 

" Je ne puis. . . Malgré moi l'infini me tourmente, 
Je n"y saurais songer sans crainte et sans espoir. " 

Or, ce tourment s'est exhalé en des cris parfois très purs les- 
quels, par leur vérité de ton et la sublimité de leur essence, peuvent 
soutenir la comparaison avec les plus belles formules de notre litté- 
rature religieuse. Mais le poète ne plane pas longtemps dans ces hau" 
teurs sacrées. Il est loin d'être toujours orthodoxe ou de toujours 
invoquer Dieu à bon escient ; il croit peut-être qu'il suffit d implorer 

— 387 — 



388 LE PARLER FRANÇAIS 

son nom et de lui crier : " Seigneur ! Seigneur ! " pour avoir droit 
à sa pitié. Les tendances mystiques d'Alfred de Musset sont donc 
mêlées à beaucoup d'éléments imparfaits et entachées d'erreur. Du 
moins, elles sont réelles et méritent que l'on s'y arrête pour les ana- 
lyser, en distinguer le bon et le faible, et pratiquer à leur égard ce 
que nos vieux auteurs appellent, en langage spirituel, " le discerne- 
ment des esprits ". 



Le mysticisme, en soi, est un état de l'âme qui la fait adhérer 
à l'idéal divin par toutes les facultés de l'esprit et surtout par l'amour. 
C'est beaucoup plus que la simple croyance. L'on peut avoir soumis 
sa raison à tous les dogmes et accepté les révélations de l'ordre sur- 
naturel, sans être pour cela mystique. Il y a des intelligences qui se 
tiennent fermes dans la foi sans éprouver de ces mouvements qua- 
lifiés de mystiques, parce qu'ils supposent précisément l'enthousias- 
me et comme l'ivresse du mystère. L'âme veut s'unir, s'identifier en 
quelque sorte avec l'infini ; elle veut se fondre en l'essence inconnue. 
Dieu apparaît comme un océan d'amour en lequel on veut se perdre, 
s'ab'mer. Le vrai mysticisme, c'est déjà la sainteté. Et sainteté veut 
dire parfaite santé de l'âme, tant au point de vue de l'adhésion de 
l'esprit à un enseignement supérieur et divin qu'à celui de l'harmo- 
nie de la vie avec l'ordre moral. 

La vie et l'œuvre de Musset n'offrent guère l'exemple d'une pa- 
reille condition. Si l'on caractérise de mystique la meilleure partie de 
ses poèmes, ce ne peut être que par une extension de ce mot, et en 
le prenant dans son sens le plus large et le plus compréhensif. Il a dit, 
en effet, dans la Confession d'un enfant du siècle : " Ma religion, si 
j'en avais une, n'avait ni rite ni symbole, et je ne croyais qu'à un 
Dieu sans forme, sans culte et sans révélation. "L'on conviendra 
qu'il est assez difficile d'accorder avec le mysticisme traditionnel 
une mentalité religieuse aussi primitive. Sans récuser cet aveu, et 
encore que bien des notions fausses et étrangères aient obnubilé ses 
inspirations, encore que le rayon surnaturel n'ait brillé dans son âme 
que par intermittence, Musset a vu et a senti passer Dieu. A partir 
d'une certaine époque surtout, la grande onbre de l'Éternel s'est 
projetée sur lui d'une façon plus directe. Elle lui apparaissait accom- 
pagnée de fantômes et de chimères peu dignes de sa Majesté. Mais 
enfin elle était là. Et son image altérée avait encore assez d'éclat pour 
que le poète la préférât à ses grossières idoles. Sa beauté voilée ne 
laissait pas d'exercer sur lui un immatériel empire, de mettre dans 
son cœur l'inquiétude de la vertu idéale. Si Musset ne se trouvait 



LE SENTIMENT KELIGIEUX DANS ALFRED DE MUSSET 389 

pas assez pur pour s'éprendre unuiueinenl de sou charme austère et 
doux, du moins lui a-t-il rendu hommage, et a-t-il sincèrement dé- 
ploré les attaches qui le retenaient loin de son essence immaculée. 
Ses premières œuvres nous offrent, à cet égard, des documents 
plutôt rares et sans physionomie bien précise. Musset est alors 
heureux, autant qu'on peut l'être, en oubliant tous les devoirs qui 
ennoblissent l'existence. Et s'il est vrai que le bonheur n'a pas d'his- 
toire, ce ne sont pas les productions de ces années, ces ' vers d'un 
enfant, " comme il a dit, qui nous renseigneront beaucoup sur sa 
psychologie mystique. Beau, élégant, inspiré, il est tout à la joie, à la 
jeunesse et à l'amour, il brûle sa vie. Ce n'est pas à dire qu'on ne sur- 
prenne çà et là, dans ces poèmes qui vont de sa dix-huitième à sa 
vingt-deuxième année — car Musset a été un génie extraordinaire- 
ment précoce, et qui, pas sa faute, ne devait jamais arriver à sa 
pleine maturité — 

Mes premiers vers sont d'un enfant. 
Les seconds d'un adolescent. 
Les derniers à peine d'un homme; 

ce n'est pas à dire qu'on n'entende, dans ces œuvres de l'enfance, 
des notes annonciatrices de ses futurs accords vaguement religieux. 
Ainsi, dans Portia, on le voit préluder à des thèmes qui reviendront 
plus tard sur sa lyre, quand il s'essaie à rendre l'impression sainte 
qui se dégage de nos églises : 

L'église était déserte. . . 

Les orgues se taisaient, les lampes immobiles 

Semblaient dormir en paix sous les voûtes tranquilles; 

Solitudes de Dieu, qui ne vous connaît pas ? 

Dômes mystét-ieux, solennité sacrée. 

Quelle ftme, en vous voyant, est jamais demeurée 

Sans doute et sans terreur .' 

Le Saule, fragment vaporeux comme un paysage d'Ecosse, et 
difficile à bien comprendre, contient des accents que l'auteur repren- 
dra ailleurs avec une force nouvelle sur l'origine céleste de la musi- 
que, la prière, et tout ce que les cloîtres voient fleurir de sacrifices 
obscurs et de silencieux renoncements ; car le drame qui se déroule 
ic a son dénouement dans une cellule de monastère : 

Des pleurs, un crucifijt, des femmes à genoux. . . 
O soeurs, ô pftles sœurs, sur qui donc priez-vous ? 
Qui de vous va mourir ? qui de vous abandonne 
Un vain reste de jours oubliés et perdus ? 
Vous attendez la mort dans des habits de deuil: 
Et qui sait si pour vous la distance est plus grande 
Ou de la vie au cloître, ou du cloître au cercueil .' 



390 LE PARLER FRANÇAIS 

Mais, le Musset des premières années n'a pas le temps de se 
préoccuper sérieusement de l'au-delà. Le nom de Dieu flotte de loin 
en loin dans ses poèmes ; on ne peut soutenir qu'un réel sentiment 
religieux les imprègne. L'on y surprend de vagues réminiscences 
évangéliques, des situations équivoques auxquelles le souvenir de 
Jésus est bien à tort entremêlé. Rien de saillant ni de vécu ne nous 
indiquequel'âmedupoète ait besoin d'infini. Quant aux notations at- 
tendries que lui inspirent nos vieilles églises ou l'image des cloîtl-es, il 
ne faudrait pas s'en exagérer l'importance ni proclamer en termes ab- 
solus qu'elles sont l'indice d'un cœur naturellement porté au mysti- 
cisme. Sans nier ce qu elles peuvent avoir de louable, il y a là beau- 
coup de " métier, " et je rappelle que c'était l'un des thèmes favoris 
du romantisme, et qu'il était comme de règle, dans l'école, d'exalter 
l'art issu de la vie monastique ou de paraître ému à l'aspect des voû- 
tes gothiques, et dans la pénombre des nefs où le moyen-âge avait 
incarné son idéal de foi. 

Mais voici venir l'époque où la question religieuse va se poser 
à l'esprit, et surtout au cœur du poète, et lui fera trouver parfois 
des accents d'une vérité parfaite et d'un sentiment naïf et pur. 

Déjà il l'aborde dans son Rolla, mais la solution qu'il lui donne 
est loin de nous satisfaire. Rolla attribue sa condition de pauvre 
être dégradé à l'influence des doctrines du dix-huitième siècle, celles 
de Voltaire en particulier, qu'il a pour ainsi dire sucées avec le lait, 
et qui empoisonnaient l'atmosphère où il a grandi. Et le voilà qui 
s'emporte en une série d'apostrophes et d'anathèmes contre les en- 
cyclopédistes, et surtout contre le patriarche de Ferney. qu'il rend 
responsables du mal dont il souffre, lui et sa génération. C'est, en vers, 
l'ordre de pensées qu'il reprendra avec plus de détails dans les pre- 
miers chapitres de la Confession d'un enfant du siècle. M. Faguet, qui 
traite Rolla de " grand niais " — ce que je suis tout prêt à concé- 
der — dit qu'il n'y a pas dans toutes ces tirades un seul argument 
proprement philosophique dont on puisse se faire une arme contre 
les principes du dix-huitième siècle. Mais Musset n'a jamais posé au 
philosophe. C'est un pauvre enfant qui déplore sa misère morale, et 
qui s'en prend comme il peut aux doctrines qui l'auraient causée. 
A défaut de raisonnement solide j'avoue qu'il y a dans ces impré- 
cations un ton de sincérité qui ne laisse pas que de toucher. Toute- 
fois, quelle erreur de sa part de généraliser à outrance et de croire 
que ce même dix-huitième siècle, pour avoir ruiné en lui la foi et les 
mœurs, pour avoir fait mourir la foi au Christ dans son cœur et 
dans le cœur de sa génération, a porté un coup suprême à la personne 
auguste du Verbe fait chair : 



LE SENTIMENT RELIGIEUX DANS ALFRED DE MUSSET 891 

Les clous du Golgolha te soutiennent à peine: 
Sous ton divin tombeau le sol s'est dérobé: 
Tu gloire est morte, ô Christ, cl sur nos croix d'ébène, 
Ton cadavre céleste en poussière est tombé! 

Cela serait un blasphème, si ce n'était parfaitement absurde. 
L'on peut mourir au Christ sans que ce malheur puisse affecter la 
vie débordante dont le Christ est la source. Et si générale que puisse 
être l'impiété dans le monde, il y aura toujours des âmes pour con- 
fes.ser le Maître et pour s'abreuver de son sang. Sans doute le poète 
chante en vers magnifiques 

Le temps où se faisait tout ce que dit l'histoire. 

Où, sur les blancs autels, les crucifix d'ivoire 

Ouvraient des bras sans tache et blancs comme du lait. 

Où la vie était jeune, où la mort espérait. . . 

Il verse des regrets touchants sur le passé disparu, il couvre de 
fleurs les œuvres de beauté nées des vieilles croyances et s'écrie avec 

sincérité : 

Jésus, ce que tu fis, qui jamais le fera .' 

Nous, vieillards nés d'hier, qui nous rajeunira?. . . 

Tout cela tombe à faux. Pauvre Musset ! Il en veut tellement 
au siècle de Voltaire de l'avoir fait ce qu'il est, il le suppose telle- 
ment néfaste qu'il lui prête une puissance qu'il n'a jamais eue et 
que n'aura jamais aucun siècle. Quels que soient les germes de mort 
que ce siècle a semés, le Christ est demeuré intangible à son action, 
puisqu'il est Eternel. Et d'ailleurs, l'ardent réveil de foi qui 
s'est manifesté au sein même de la génération de 1830 ne prouve-t-il 
pas que le poète a eu tort de se répandre en de telles lamentations et 
de proclamer trop tôt, avec Jouffroy, que " les dogmes finissent " ? 

Aussi bien, Musset ne va-t-il pas tarder à se donner à lui-même 
un démenti ; et dans ces cieux mêmes qu'il vent de déclarer dé- 
peuplés, il cherchera et verra passer l'image triomphante et conso- 
latrice de ce Dieu qu'il avait anéanti. C'est la douleur qui lui ouvrira 
les yeux et qui fera naître dans son âme un besoin d'espérance divine. 
L'on connaît la trop fameuse histoire des " amants de Venise, " 
que M. René Doumic appelle avec tant de raison " le coup de folie 
romantique ". Les deux héros de cette banale aventure nous en font 
le récit, chacun à son point de vue. Et depuis, il semble que la criti- 
que littéraire et psychologique ait mis une âpre curiosité à en élucider 
tous les incidents scabreux et ridicules ; en sorte que l'on n'ignore 
plus rien de cette malencontreuse échauffourée et que l'on peut, 
selon ses sympathies, se prononcer pour l'un ou pour l'autre des deux 
personnages en cause, ou, ce qui vaut mieux certainement, les trou- 
ver bien à plaindre tous les deux. Pour nous, nous n'avons pas à 



392 LE PARLER FRANÇAIS 

ressasser tout ce qui a été dit là-dessus, ni à nous mêler au débat 
toujours ouvert qui s'en est suivi. Nous voulions seulement men- 
tionner cet épisode et remarquer qu'à partir du moment où cette 
triste comédie arrive à ses dernières scènes et après qu'elle s'est ache- 
vée en mélodrame, l'âme de Musset subit comme une transforma- 
tion. Il sort de là profondément meurtri, il n'a pas rencontré l'idéal 
rêvé, il a été victime de la trahison, du parjure, il a été perfidement 
joué. Ne discutons pas sur ces divers points. Constatons simplement 
que d'une cause très vulgaire ont germé de grands effets. C'est alors 
que le tourment divin s'est emparé de Musset et que, dégoûté delà 
terre et cherchant plus haut un remède à sa souffrance trop méritée, 
il est a poussé vers Dieu des cris de pitié, d'espérance et d'amour, 
dont il impossible de ne pas apprécier la qualité et la ferveur. Nous 
n'irons pas jusqu'à dire que le poète fut touché de la grâce. Les faits 
s'y opposent. Il n'eût sans doute tenu qu'à lui de recouvrer ses biens 
perdus et de profiter de sa douleur pour obtenir un pardon que la 
clémence divine accorde au vrai repentir. Mais la suite de sa vie a 
trop montré tout ce qu'avaient de tyrannique ses habitudes. S'il 
ne nous est malheureusement pas permis de parler de conversion à 
son propos, du moins s'est-il rapproché de Dieu par la pensée et a t-il 
entrevu 'es grandeurs de l'ordre moral. 

Il n'a pas eu la force d'aller jusqu'au bout de l'élan qui le por- 
tait vers le bien et de trouver dans l'expiation un moyen sublime de 
se régénérer. La douleur n'a donc pas été pour lui entièrement pu- 
rificatrice. Mais il semble bien avoir eu la révélation de ce qu'elle 
eût pu opérer en son âme de nouveau et de grand, s'il l'eût seulement 
voulu et se fût complètement soumis à son action. N'est-ce pas 
beaucoup tout de même que Dieu se soit fait sentir à lui au cours 
de cette crise de conscience, et que le poète l'ait reconnu et lui ait 
donné un commencement d adoration .' Il n'est pas allé jusqu'à 
étreindre l'Idéal Infini qui seul pouvait l'apaiser, mais il en a subi 
le charme lointain et il a exprimé, en termes souvent incomparables, 
ce qu'il soupçonnait de son éternelle beauté. 

Et, par exemple, comment ne pas souscrire à l'esprit si chrétien 
qui anime la Lettre à Lamariine, et à la profession de foi qui la ter- 
mine: 

Que t'a dit le malheur, quand tu l'as consulté .' 
Du ciel et de toi-même as-tu jamais douté ? 
Non, Alphonse, jamais. La triste expérience 
Nous apporte la cendre et n'éteint pas le feu. 



I.E SENTIMENT RELIGIEUX DANS ALFRED DE MUSSET 393 

Tu respectes le mal (1) fait par la Providence, 

Tu le laisses passer et tu crois à ton Uieu. 

Quel qu'il soit, c'est le mien; il n'est pas deux croyances. 

Je ne suis pas son nom; j'ai regardé les cieux; 

Je sais qu'ils sont à lui, je sais qu'ils sont immenses, 

Et que l'immensité ne peut pas être à deux. 

Créature d'un jour, qui l'agites une heure. 
De quoi viens-tu te plaindre, et qui le fait gémir? 
Ton âme t'inquiète et tu crois qu'elle pleure: 
Ton âme est immortelle, et tes pleurs vont tarir. 

Ton corps est abattu du mal de ta pensée; 
Tu sens ton front peser, et tes genoux fléchir. 
Tombe, agenouille-toi, créature insensée: 
Ton âme est immortelle, et la mort va venir. 

Et dans les Nuits, la Muse ne tient-elle pas un langage propre 
I élever vers le ciel, d'où le poète la croit descendue ? 

Poète, prends ton luth; c'est moi, ton immortelle. 
Qui t'ai vu, cette nuit, triste et silencieux. 
Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle. 
Pour pleurer avec loi descends du haut des cieux . . . 

Entendons-la révéler au pauvre enfant la vertu de la souffrance : 

Crois-tu donc que je sois comme le vent d'automne. 
Qui se nourrit de pleurs jusque sur un tombeau. 
Et pour qui la douleur n'est qu'une goutte d'eau ? 



L'herbe que je voudrais arracher de ce lieu. 

C'est ton oisiveté; ta douleur est à Dieu. 

Quel que soit le souci que ta jeunes.se endure, 

Laisse-la s'élargir, cette sainte blessure 

Que les noirs séraphins t'ont faite au fond du cœur; 

Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur. . . 

Et encore: 

Est-ce donc sans motif qu'agit la Providence .' 
Et crois-tu donc distrait le Dieu qui t'a frappé.' 
Le coup dont tu le plains t'a préservé peut-être. 
Enfant; car c'est par là que ton cœur s'est ouvert. 
L'homme est un apprenti, la douleur est son maître. 
Et nul ne se connaît, tant qu'il n'a pas souffert. 

Ailleurs, "comme une mère vigilante", elle prodigue à ce "fils 
bien-aimé" les plus admirables conseils: elle voudrait qu'il revînt 



(1) Inutile de faire observer ici que le mal, dans le monde, n'est pas le fait de 
Dieu, mais le fait de l'homme déchu. 



394 LE PARLER FRANÇAIS 

au travail fécond, qu'il se reprît à aimer "son cabinet d'étude", à 
y cultiver ces inspirations idéales qui le détacheront des passions 
vulgaires: 

Viens, chantons devant Dieu, chantons dans tes pensées. 
Dans tes plaisirs perdus, dans tes peines passées. . . 

— elle pleure de voir qu'il la néglige encore pour courir après des 
chimères. 

Pour se noyer le cœur dans un rêve inconstant; 



elle craint que "les passions funestes" n'achèvent de gaspiller les 
dons magnifiques qu'il a reçus, et ne la forcent à le quitter pour tou- 
jours : 

O ciel! qui t'aidera ? que ferai-je moi-même. 
Quand celui qui peut tout défendra que je t'aime. 
Et quand mes ailes d'or, frémissant malgré moi. 
M'emporteront à lui pour me sauver de toi ? 

Vraiment, le langage de cette Muse est empreint d'une élévation 
quasi surnaturelle; et il faut que la conscience du poète ait subi une 
bien forte commotion pour trouver de semblables accents. Après 
tout, c'est Lui qui parle, et la Muse n'est que l'incarnation de son 
âme enfin éveillée au sens moral et ouverte à la voix de l'Esprit. 
Hélas! la séduction des choses extérieures est la plus forte; si le poète 
admet la vérité de la prédication qui retentit en lui, et dont certes 
il s'est gardé d'atténuer le sens et la portée, il ne se reconnaît pas 
•l'énergie d'y harmoniser sa vie. C'est toujours le "video meliora, 
proboque, détériora sequor", de la philosophie antique, ce qui revient 
à cette autre formule des Livres Saints: "Le bien que je veux, je 
ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais". Et cela me 
rappelle aussi le mot profond d'Ozanam quand il parle de "ce mé- 
lange d'inspirations pures et de volontés impuissantes qui fait le 
fond des artistes et des grands poètes". Chez nous, et c'est la mar- 
que de notre déchéance originelle, il y a, dans une mesure ou dans 
une autre, désaccord entre les visions de l'intelligence et les œuvres 
de la volonté. Mais il semble bien que chez les artistes et les poètes, 
cette désharmonie soit plus sensible. Et, pour ce qui est de Musset, 
des habitudes prises de bonne heure avaient à tel point affaibli le 
ressort de sa volonté qu'il était comme annihilé. Que toutefois, 
dans une telle disposition d'âme, il ait tout à coup vu clairement le 
bien et que, par la voix de la Muse, il ait si magnifiquement chanté 
le devoir et rendu hommage à l'idéal, c'est beaucoup, et je crois qu'il 
faut savoir gré à cet enfant du siècle de nous avoir du moins légué 
un écho divin. 



LE SENTIMENT liELIGIEUX DANS ALFRED DE MUSSET 395 

Pourtant, il est, sur les sentiiiients religieux de Musset, un poème 
qui nous renseigne plus complètement que ces derniers, et qui nous 
montre quelle source vive d'aspirations niysti(iues la douleur avait 
fait jaillir dans son âme. C'est l'Espoir en Dieu. Ici la «jucstion 
surnaturelle est en quelque sorte traitée ex professa, et reçoit la solu- 
tion la plus satisfaisante que le poète en eût donnée encore. A 
part quelques points, cette pièce est d'une orthodoxie à peu près par- 
faite. Comme toujours, le poète parle en son nom et se place à un 
point de vue très personnel. Mais, en .semblant traduire le propre 
état de son cœur et ce qui s'agite en lui, n'exprime-t-il pas la ten- 
dance et l'angois.se de tous ? Ne reflète-t-il i)as l'âme humaine en 
général ? Le problème qu'il y examine n'est-il pas éternel ? 

Donc, dans l'Espoir en Dieu, il part de cette constatation que 
la faiblesse de son cœur a beau lui conseiller de s'en tenir à la doctrine 
d'Épicure, c'est plus fort que lui. "L'infini le tourmente"; il lui 
faut regarder le ciel avec int|uiétude. Car ce n'est pas être homme 
que de renier son existence. On ne le comprend pas et la raison s'en 
épouvante; mais il faut bien le voir et l'admettre. Que faire alors ? 
Jouir et mourir, .selon la maxime de la raison païenne, ou bien espérer 
et croire en l'immortalité, conformément à la foi chrétienne ? Il n'y 
a pas d'autre issue, pas de voie mitoyenne, l'indifférence n'étant 
qu'une autre forme de l'athéisme. Je me résigne, dit le poète: 

Mes genoux fléchiront; je veux croire, et j'espère. 

Mais cetacte me jette "entre les mains d'un Dieu redoutable". 
Et ici, il faut observer que l'auteur prtte à Dieu un rôle qui n'est 
pas du tout le vrai, et le conçoit sous un aspect bien différent de ce 
qu'il est en réalité. Dieu ne punit nos affections qu'en tant qu'elles 
sont illégitimes; et loin que le bonheur soit un crime à ses yeux, il 
n'y a de vrai et durable jouissance que dans le respect de l'ordre 
moral qu'il a établi. S'il défend à notre cœur de "battre trop vite" 
c'est pour des objets misérables; "sa grandeur et sa divinité ne s'of- 
fensent" que de ce qui est en même temps pour nous principe de 
remords et de déchéance. Et Musset continue: "On dit cei)endant 
qu'une joie infinie attend quelques élus." Mais il se sent comme 
découragé devant les efforts qu'il faut faire pour parvenir à leur 
gloire dont il doute, et il s'écrie avec une mélancolie si humaine: 

Vous les voulez trop purs, les heureux que vous faites. 
Et quand leur joie arrive, ils en ont trop souffert. 

A quoi donc s'arrétera-t-il dans cette recherche angoissante ? 

Si mon cœur, fatigué du rêve qui l'obsède, 
.\ la réalité revient pour s'assouvir, 



396 LE PARLER FRANÇAIS 

Au fond «les vains plaisirs que j'appelle à mon aide 
Je trouve un tel dégoût que je me sens mourir. 

Non, le pouvoir, la santé, la richesse, l'amour — même si ce 
amour s'incarnait en une beauté unique en qui seraient réunis les 
éléments épars parmi les beautés de tous les siècles — ne sauraient 
le consoler, le rendre heureux: 

Je souffre, il est trop tard, le monde s'est fait vieux. 
Une immense espérance a traversé la terre: 
Malgré nous vers le ciel il faut lever les yeux. 

Que lui reste-t-il ? Sa raison essaie en vain de croire et son cœur 
de douter. Le chri.stianisme l'épouvante, mais il ne peut absolu- 
ment pas écouter ce que dit l'athée. Il s'adressera en dernier res- 
sort à la philosophie, pour savoir si elle ne pourrait pas le guider 
entre l'indifférence et la religion. Et il repasse alors ce qu'ont in- 
venté ceux qu'il appelle "les faiseurs de systèmes", et se promène 
à travers le manichéisme, le théisme, les doctrines d'Aristote, de 
Platon, de Pythagore, de Leihnitz, de Spinoza, pour aboutir enfin 
à celles de ce rhéteur allemand, 

- Qui, du philosophisme achevant la ruine. 

Déclare le ciel vide, et conclut au néant. 

Alors Musset se redresse, et s'indigne que les spéculateurs de 
l'esprit humain, depuis cinq mille ans, aient abouti à un résultat 
aussi décevant. Quoi ! " C'est là le dernier mot qui nous en est res- 
té" ! Et lui, pauvre poète qui ne sait rien, mais qui souffre, qui a 
l'âme malade, malade d'un tourment divin, il va faire la leçon à 
tous ces "orgueilleux", ces "insensés", les inviter à adjurer la misère 
de "leurs calculs d'enfants", et tout simplement à s'adresser au ciel 
avec lui. Ah ! 

Pour aller jusqu'aux cieux. il vous fallait des ailes; 

Vous aviez le désir, la foi vous a manqué. 

Vous sentiez les tourments dont mon cœur est rempli. 

Et vous la connaissiez, cette amère pensée 

Qui fait frissonner l'homme en voyant l'Infini. 

Eh! bien, prions ensemble. . . 

Croyez-moi, la prière est un cri d'espérance 

Pour que Dieu nous entende, adressons-nous à lui. 

Il est juste, il est bon; sans doute il vous pardonne 

Tous, vous avez souffert, le reste est oublié; 

Si le ciel est désert, nous n'offensons personne; 

Si quelqu'un nous entend, qu'il nous prenne en pitié! 



LE SENTIMENT RELIGIEUX DANS ALFRED DE MUSSET 'M'i 

Et la magnifique invocation qui termine la pièce, où il y a sans 
doute des lacunes, des erreurs même, où l'origine du mal est attri- 
buée à tort à l'Eternel, mais où déborde l'espérance chrétienne, où 
l'adoration s'exprime en paroles ineffables, où Dieu est adjuré de 
se faire sentir, de se faire voir, et de calmer par sa présence l'anxiété 
du cœur qui le cherche ardemment: 

Si nos angoisses mortelles 
Jusqu'à toi peuvent parvenir. 
Brise celte voûte profonde 
Qui couvre la création; 
Soulève les voiles du monde. 
Et montre-toi. Dieu juste et bon! 
Tu n'apercevras sur la terre 
Qu'un ardent amour de la foi. 
Et l'humanité toute entière 
Se prosternera devant toi . . 

Rarement le désir d'étreindre le divin, d'en recevoir quelque ma- 
nifestation, et de voir s'enfuir à son attouchement le doute qui énerve 
et qui abat, s'est révélé en des termes plus sincères et d'un plus émou- 
vant lyrisme. 

Il nous serait facile de recueillir d'autres accents religieux, soit 
dans ses poésies, soit dans certaines pages de la Confession d'un en- 
fant du siècle. Mais ce dernier ouvrage n'est que la transposition 
en une prose qui n'est pas toujours exempte de déclamation, mais 
toutefois le plus souvent fluide, colorée, infiniment riche, de l'état 
d'âme et des questions agitées dans Relia, les Nuits et l'Espoir en 
Dieu. Des citations n'ajouteraient donc guère à ce que nous avons 
déjà dit de l'espèce de mysticisme qui a distingué Alfred de Musset. 
Qu'il nous soit seulement permis d'en évoquer un ou deux courts pas- 
sages, merveilleux d'expression, et révélateurs de la mentalité que 
nous avons étudiée chez lui. Octave — c'est-à-dire le poète — se 
parle à lui-même et s'accuse: "O in.sensé, qui as désiré et qui as pos- 
sédé ton désir, tu n'avais pas pensé à Dieu! Tu jouais avec le bonheur 
comme un enfant avec un hochet, et tu ne réfléchissais pas combien 
c'était rare et fragile, ce que tu tenais dans tes mains. . tu ne comp- 
tais pas les prières que ton bon ange faisait pendant ce temps-là 
pour te conserver cette ombre d'un jour. Ah! s'il en est un dans 
les cieux qui ait jamais veillé sur toi, que devient-il en ce moment ? 
Il est assis devant un orgue; ses ailes sont à demi ouvertes, ses mains 
étendues sur le clavier d'ivoire; il commence un hymne éternel, 
l'hymne d'amour et d'immortel oubli. Mais ses genoux chancellent, 
ses ailes tombent, sa tête s'incline comme un roseau brisé; l'ange de 
la mort lui a touché l'épaule, il disparaît dans l'immensité." 



398 LE PARLER FRANÇAIS 

Et, dans les pages de la fin, ceci, qui est encore plus caractéris- 
tique: — "Je suis né dans un siècle impie, et j'ai beaucoup à expier. 
Pauvre Fils de Dieu qu'on oublie, on ne m'a pas appris à t'aimer. 
Je ne t'ai jamais cherché' dans les temples; mais, grâce au ciel, là 
où je te trouve, je n'ai pas encore appris à ne pas trembler. . . O 
Christ, les heureux de ce monde pensent n'avoir jamais besoin de 
toi; pardonne: Quand leur orgueil t'outrage, leurs larmes les bapti- 
sent tôt ou tard; plains-les de se croire à l'abri des tempêtes et d'a- 
voir besoin, pour venir à toi, des leçons sévères du malheur. Notre 
sagesse et notre scepticisme sont dans nos mains de grands hochets 
d'enfants; pardonne-nous de rêver que nous sommes impies, toi qui 
souriais au Golgotha. De toutes nos misères d'une heure, la pire 
est pour nos vanités qu'elles essaient de t'oublier. Mais, tu le vois, 
ce ne sont que des ombres, qu'un regard de toi fait tomber. . . C'est 
la douleur qui nous conduit à toi comme elle t'a amené à ton Père; 
nous ne venons que couronnés d'épines nous prosterner devant ton 
image; tu as souffert le martyre pour être aimé des malheureux." 

Si imparfait et mélangé que soit le sentiment religieux chez 
Alfred de Musset, ce sentiment est incontestable. Et pour nous, 
ce qu'il y a de meilleur dans son œuvre vient précisément de la con- 
ception qu'il se faisait de l'idée divine, des préoccupations qu'il a 
apportées à traiter les problèmes de l'ordre moral. Madame de 
Staël a dit dans ses Mémoires: "Ceux qui ne se sont jamais élancés 
vers le ciel n'ont pas ravi l'étincelle créatrice, et ils n'obtiendront 
même pas l'ombre d'immortalité que dispense la renommée." Mu.sset 
s'est fréquemment élancé vers le ciel, et c'est pourquoi il a été créa- 
teur de vraie et profonde poésie; c'est surtout par ce qu'elle con- 
tient de mysticisme que son œuvre lui survit. 

Un après-midi d'été, le cardinal Perraud se promenait dans un 
bois avec son secrétaire, qui se mit à lui réciter de longs passages 
des poèmes que nous avons analysés. Le cardinal écoutait, rêveur, 
ces chants magnifiques, et dit tout à coup: "Taisez-vous, profane; 
mais, que c'est divin!" 

Ce mot nous servira de conclusion. 

Henri d'Arles. 



LEXIQUE 

C ANADIEN-FRANÇ A I S 

{Suite) 

Moman {mbmà) s. f. 

Il Maman. 

DiAL. Id., Normandie, Maze. 

Mordeux (mbrdé) s. m. et adj. 

Il 

Il Mordeur, celui qui mord. 

Mordre (mord) v. tr. 

10 1 1 Piquer. Ex. : Les mouches m'ont mordu. 

DiAL. Id., dans le Centre, Jaubbrt. 

2o II Être mordu pour (quelque chose) =être passionné pour . . . 
Ex. : Il est mordu pour la chasse = il aime la chasse avec passion, 
à l'excès. 

3o II Etre mordu, être mxyrdu d'un chien, être mordu du chien, 
être mordu du diable = être enragé, toqué, avoir toutes les audaces. 
Ex. : Il faut être mordu pour tenir un pareil langage. 

Mordure {mbrdu:r) s. f. 

11 Morsure. Ex. : C'est une mordure de chien, heureusement 
qu'il n'était pas enragé. 

DiAL. Mordure = m. s., en Normandie, Delboulle, Dubois, 
Revue des Parlers Normands, I, 137; dans l'Anjou, Verrier; le 
Bas-Maine, Dottin. 



399 



400 LE PARLER FRANÇAIS 

Morfondre {mhrjô:d ) v. tr. 

Il Épuiser, ruiner la santé de. Ex. : Tu devrais pas faire tra- 
vailler ton garçon comme ça: il est ben trop jeune, tu vas le mor- 
fondre. — - Il s'est morfondu à étudier. 

Morfondant (mbrfôdà) part. prés. 

Il Qui épuise. Ex. : Un ouvrage, un travail morfondant. 

Morfondu (mbrfôdu) part, passé. 

10 II Épuisé, ruiné de santé. Ex. : C'est un garçon morfondu, 
il a trop travaillé. 

2o II Confus, honteux. 

Mortgage {morgà:j.) s. m. Cf. Ang. Mortgage. 

11 Hypothèque. Ex.: Il a deux mortgages sur sa maison. 
Mortgager {mhrgàjê) v. tr. 

Il Hypothéquer. 

Morieu (moryé) interj. 

Il Mordieu. 

Moriginer Çmbrijinê) v. tr. 

Il Morigéner. 

DiAL. Id., dans le Bas-Maine, Dottin; dans l'Anjou, Ver- 
rier; la Normandie, Moisy. 

Mort-ivre (morivr) adj. 

. Il Ivre-mort. 

Mortné (mbrné) interj. 

Il Juron. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 401 

Mormonner (mbrmbné) v. tr. 

Jl Marmotter. 

DiAL. Id., dans le Bas-Maine, Dottin. 

Fb.-Can. Syn.: Marmonner. 

Morning coat {momin ko: t) s. m. Ang. 

Il Jaquette, habillement d'homme qui par derrière est lait 
comme une redingote, mais dont les pans de devant s'arrondissent 
en s'évasant jusqu'à la hauteur des genoux. 

Moron (mbrô) s. m. 

Il Espèce de lézard.. 

Fr.-can. Moron d'eau = de couleur rougeâtre. — Moron de terte ■- 
de couleur noire, avec taches jaunes. 

Moron {mord) s. m. 

Il Mouron. 

DiAL. Id., dans l'Anjou, Verrier. 

Morpion (mbrpyô) interj., adj. et s. m. 

10 II Juron. Ex.: Eh! morpion ! j'ai failli me faire tuer. 
2o II Fainéant, paresseux. 

3o II Faible, qui manque de vigueur pour travailler. Ex.: 
Il est ben gros et grand, mais il est morpion. 

4o II Lâche, qui est sans courage. 

5o II Homme malhonnête, de mauvaise réputation. 

6 II Enfant. Ex.: Il y avait une bande de petit morpions. — 
Un morpion qui n'a pas quinze ans et qui va voir les filles. 

Morpionner (se) (s mbrpybnê) v. réfl. 

11 Se dit du temps qui se met au mauvais. Ex.: \a temps se 
morpionne. 



402 LE PARLER FRANÇAIS 

Morquier {mbrkyé) s. m. 

Il Mortier. 

DiAL. Id., dans le Bas-Maine, Dottin. 

Mortalité (mortalité) s. î. 

Jl Mort, décès. Ex.: Il y a delà mortalité dans cette maison = 
il y a une personne décédée dans cette maison. — Il y a ben des 
mortalités c't' année = la mortalité a été grande cette année. 

Fr. Mortalité = condition d'un être sujet à la mort; = mort 
collective d'un certain nombre d'individus dans un même espace de 
temps, Darm. 

Morte-charge (mbrté càrj) s. f. 

Il Fardeau pesant, maîtresse charge, le plus qu'on peut porter. 
Ex.: Charger une voiture à morte-charge = tvès lourdement. 

Fr.-can. Relevé par Potier, à Lorette, en 1743. 

Morte-dette (mbrté dot) s. f. 

Il Dette contractée pour acquérir quelque chose qui ne rap- 
porte rien. 

Mortoise {mbrtwa: z, mbrtwe : z) s. f. 

Il Mortaise. 

DiAL. 7d., Anjou, Verrier; Normandie, Maze. 

Mortoiser {mbrtwazê, mbrtwèzé) v. tr. 

Il Mortaiser. 

Dial. Id., Anjou, Verrier. 

Mortoiseur (mbrtwazê: r, mbrtwèzé: r) s. m. 

I Mortaiseuse, machine à mortaiser. 

Morue (moru) interj. 
Il Juron. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 408 

Morvaille (vibrvây) s. f. 

Il La morvaille = les enfants. 

Morvaillon {mhrvâyo) s. m. 

Il Morveux, gamin, petit polisson (terme de mépris). 

DiAL. Id., Norm.andie, Moisy, Dubois; Picardie, Cohblet. 

2o II Bon à rien, incapable de travailler. 

Morvasse (mbrvàs) s. m. et f. 

lo II S. m. Jeune garçon. 

DxAL. Morvasse = petit souillon, Anjou. Verrier; morveux, 
Poitou, Fabre. 

2o II S. f. Jeunesse, les jeunes gens. Ex.: La morvasse est ben 
tapageuse, à soir. 

3o II Bon à rien, incapable de travailler. 

Morvasson {mbrvàsô) s. m. 

1 1 . Morveux. 

Morviat {mbrvyd ) s. m. 

10 II Gros crachat, mouveau. 

Dial. Id., Saintonge, Éveillé; Anjou, Verrier; Bas-Maine, 
Dottin; Ille-et- Vilaine, Orain. 
2o II Bon à rien. 

Morvis (morvis) interj. 

11 Juron. 

Moses {m6:zœs) interj. 

Il (Juron anglais qui s'emploie comme maudit. Voir ce mot.) 

Mot' (môO s. m. 

lo II Motus! ne dites mot! 

2o II Se dit pour exprimer qu'on n'a pas répondu. Ex.: Mot, 
pas de réponse. 



404 LE PARLER FRANÇAIS 

Mot (mô) S. m. 

Il Querelle, dispute, contestation. Ex.: Ils ont eu un mot, des 
mote ensemble, et depuis ce temps ils ne se saluent plus. 

DiAL. Id., Centre, Jaubert; Normandie, Moist: Anjou. 
Verrier. 

Motor man (môtàr màn) s. m. Ang. 

Il Mécanicien, chargé de la conduite d'un tramway électrique, 
d'une automobile, d'une locomotive. 

Moteur {inbiœ:r) s. m. 

Il Proposeur d'une motion. Ex.: Le comité est composé du 
moteur et du secondeur de la motion. 

Motié (mbtyê) s. f. 

Il Moitié. 

DiAL. Id., Normandie, Maze; Anjou, Verrier. 

Motivé (motivé) s. m. 

Il Motifs d'un jugement. Ex.: On lit dans le motivé du juge- 
ment. 

Motonner (mblbnê) v. tr. 

I Moutonner. 
Mottant,-te (mbtâ, mbtàit) adj. 

I I Qui se forme en motte. Ex. : La neige est mottante. 
Fr.-can. Aussi: 'pelottant,-te. 

Motte {mbt) s. f. 

Il Petite masse de neige. Ex.: Tirer une mjotte de neige. — 
Envoyer des mottes. 

Motter (moté) v. tr. et intr. 

lo II Verbe tr. : Lancer des mottes de neige à. Ex.: Les en- 
fants se sont mottes pendant toute la récréation. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 406 

Fr. Moiter = atteindre avec une motte de terre, Darm. 
2o II Verbe intr. : Se former en mottes, en masse compacte. 
Ex.: La neige motte bien. 

Fr.-can. Aussi: pelotter. 

Motteux {mUé) adj. 

Il Plein de mottes. Ex.: Terrain motteux, 

MottO {mbtô) s. m. Ang. 

lo II Papillote, dragée enveloppée dans un morceau de papier. 

2o II Devise, petits vers ou petite phrase inscrits sur un papier, 
sur une dragée, et enveloppée dans une papillote. — Devise d'un 
commerçant, d'un industriel. Ex. : Notre motto, c'est. ... — Senten- 
ce, adage adopté par quelqu'un, ou attribué à quelqu'un. 

Motton {mbtô) s. m. 

lo II Petite motte de terre durcie, petite masse de pâte, de 
neige, etc., compacte et durcie. £j;.: La colle est pleine de 7?io<tona. — 
Le chemin est plein de motions. — Il y a des motions dans le pain. 

Fr. Motton = petite boule que forme la farine délayée dans 
un liquide trop abondant, Lar., Littré. 
2o II Petit bouchon de laine, de filasse. 
DiAL. Id., Anjou, Verrier. 

Mottonné (mbtbné) adj. et s. m. 

10 II Adjectif : plein de mottons (loet2o). Ex.: La laine est 
toute mottonnée. — Mon capot de chat est mottonné. 

2o 11 S. m. : syn. de Molletonné (lo et 2o). 

Mottonnu (mbtbnn) adj. 

11 Plein de mottons (lo). 

Moture (mbtu: r) s. f. 

Il Mouture. — Voir: Moudure. 

Moturer (mbturé) v. tr. 
lo 11 Moudre. 

FH.-CAN. M. s.. Potier, Détroit, 1745: "C'a pris quasiment 
tout l'après-midi pour moturer mon blé". 



406 LE PARLER FRANÇAIS 

2o II Retenir une partie du grain moulu pour se payer de la 
mouture. Ex.: Ce meunier moture fort. 

Fr.-can. Se dit d'un meunier qui prend une certaine quantité 
de grain en paiement de son ouvrage. — En français, la mouture 
est aussi le salaire du meunier, Darm. 

Mou (bois) (hvà mu) s. m. 

Il Bois tendre. 

Fr.-can. Bois mou = bois tendre; bois franc = bois dur. 
Ex.: Toute cette montagne est couverte de bois mou (Se dit d'une 
montagne où l'on ne trouve que du bois tendre). 

Mouan (mua) s. f. 
Il Maman. 

Mouche (mue) s. f. 
Il Sinapisme. 

Fr.-can. Mouche de moutarde = sinapisme de moutarde. 
Mouche noire — vésicatoire. 

Mouche à cheval, mouche à chevaux {mue) s. f. 

Il Taon des chevaux. 

Fr.-can. \ussi: frappe-à-bord. 

Mouche à cornes {mue a kom) s. f. 

Il Petite mouche qui se pose de préférence à la base des cornes 
des vaches. 

Fr.-can. Aussi: Mouche à vaches. 

Mouche à patates {mue a pàtàt) s. f. 

Il Espèce de coléoptère qui s'attaque aux plants de patates. 
(Doryphora decemlineata.) 

Fr.-can. Aussi: bête à patates. 

Mouche à vers {mue a ver) s. f. 
Il Mouche à viande. 

Moucher {mueé) v. tr. 

1 1 Rogner un morceau de bois. 

Fr.-can. Émoucher = m. s. 

Moucher {mueé) v. intr. 

lo II Pêcher à la ligne volante, à la mouche artificielle. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 407 

Fr.-can. On dit aussi: pêcher à la mouche. 
2o II (Au jeu de balle au mur) Jouer de façon qu'il soit difficile 
de relever la balle. 

Fr.-can. Saler, cochonner, masser = m. s. 

Moucher (se) {se mveé) v. réfl. 

lo II Se moucher avec des quartiers de terrine = se dit de quel- 
qu'un qui est très pauvre. Ex.: Il ne se mouche pas avec des quar- 
tiers de terrine = il se rengorge et veut être un personnage; il est riche. 

2o II .Ve pas se moucher avec des pelures d'oignon = n'être par 
un mince personnage, ne pas se moucher du pied. 

Mouches (mue) s. f. pi. 

10 II Se faire mettre les mouches = se faire moucher, se faire 
remettre à sa place ; se faire jouer. 

2o II Mettre les mouches à quelqu'un = corriger, montrer à vivre 
à, mettre à sa place, moucher quelqu'un. 

Mouchettes (mueèt) s. f. pi. 

11 Pince que l'on place au naseau d'un animal pour le maîtriser 
et le conduire; tord-nez. — Au figuré, mettre les mouchettes à quelqu'un 
= le maîtriser. 

Mouchoi {muewa) s. m. 

Il Mouchoir. 

DiAL. Id., Picardie, Haigneré. 

Mouchoué (mveivé) s. m. 

1 1 Mouchoir. Ex. : Va me chercher un mouchoué de poche, 
DiAL. Id., Anjou, Verrier; Ille-et- Vilaine, Orain; Norman- 
die, Delboulle; Saintonge. 

Mouchouer {mvcwè: r) s. m. 

Il Mouchoir. 

Dial. Id., Bas-Maine, Dotty. 

Moudu (miidu) part, passé. 
IIMoulu. Ex.: Du grain moudu. 
Dial. Id., en Normandie, Delboulle. 

Moudure {mu4u:r) s. f. 

lo II Mouture, partie du grain que le meunier retient pour son 
salaire. 



408 LE PARLER FRANÇAIS 

DiAL. Id., Bas-Maine, Dottin. 

2o 1 1 Mesure qui sert à déterminer la mouture du meunier Ex. : 
Ce meunier a fait sa moudure. 
Fr.-can. Moture = m. s. 
3o II Moudure d'épinette = sciure d'épinette. 

Mouillasser imuyàsé) v. impers. 

Il Se dit d'une pluie fine qui tombe lentement; pleuvoir par 
petits orages, mais souvent. Ex.: Il ne faisait pas froid, mais il 
mouillassait continuellement. 

Dial. Mouillasser = pleuvoir un peu ou souvent, dans l'An- 
jou, Verrier; mouiller mal à propos, en Normandie, Dubois; en 
Saintonge. 

Fr.-can. Mouillasser = tomber une pluie fine, Potier, 
Détroit, 1745-1752. 

Mouillasseux {muyàsœ) adj. 

Il Pluvieux. Ex.: On a un temps mouillasseux. 

Dial. Id., dans l'Anjou, Verrier. 

Mouiller (muyé) v. tr. et impers. 

10 II Pleuvoir. Ex.: Il mouille = il pleut. — Mouiller à siaux, à 
boire debout, à verse = pleuvoir beaucoup. 

Fr. Mouiller = verbe transitif, imbiber d'un liquide: mouiller 
les vêtements. 

Dial. Mouiller = pleuvoir, en Saintonge, Éveillé; dans 
l'Anjou, Verrier. — Fr. pop. 

Fr.-can. Potier relève mouiller dans le sens de pleuvoir, à 
Détroit, en 1744. 

2o II Verbe transitif: Boire à l'occasion d'un événement heureux, 
d'un habit qu'on étrenne. Ex.: Il faut mouiller ton pardessus = il 
faut boire un verre à l'occasion du pardessus que tu étrennes. 

Fr.-can. Se mouiller les pieds = s'enivrer. 

Mouilleux (muyé) adj. 

11 Pluvieux. Ex.: Le temps est ben mouilleux. 

Moulange (mulà:j) s. t. 

Il Meule à moudre. — Fierre k moulanges = pierre meulière. 
Fr.-can. Potier, relevant le mot moulange à Détroit en 1745, 
donne comme exemple: Il y a des pierres à moulanges aux Grondinea. 

Le Comité du Glossaire. 

(à suivre) 



LES LIVRES 



Henri d'Arles. Acadie. Québec (Typ. J.-A. K.- Laflamme.) 1916, 26 c. x 19 c. 
5 in-8o, XXXII 418 pages. 

L'œuvre d'Edouard Richard n'avait été publiée qu'en anglais ; 
c'est-à-dire qu'on n'en connaissait que la traduction faite par le R. P. 
Druniniond, S. J. : Acadia. C'est un ouvrage de grande valeur, et le 
seul où toute la vérité soit dite sur la malheureuse Acadie. Cependant 
certains passages demandaient des rectifications ; ailleurs, il eût fallu 
des notes et des explications ; enfin, plusieurs chapitres n'étaient pas 
au point de recherches plus récentes ; et surtout, le peuple français 
de l'Acadie n'avait son histoire complète qu'en anglais ! 

Mais Henri d'Arles, cousin d'Edouard Richard, put, il y a treize 
ans, retrouver le manuscrit original français d' Acadia, et c'est d'après 
ce manuscrit original qu'il entreprit de publier cette "reconstitution 
d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique". Telle qu'il la conçut 
et qu'il l'exécute, l'entreprise n'est pas peu considérable. 

L'ouvrage, en effet, est entièrement refondu ; il est corrigé, 
annoté, mis au point des dernières découvertes, accompagné d'une 
introduction et d'appendices. Pour donner à l'œuvre toute sa valeur, 
Henri d'Arles s'est astreint à un travail ardu : reviser tout le manus- 
crit au point de vue de la langue et de la tenue littéraire, et le plier 
à la véritable tradition française ; vérifier, parfois rétablir, redresser 
et compléter les citations ; restituer à leurs auteurs quelques em- 
prunts inconscients ; refaire certaines thèses ; mettre en note des 
correctifs là où il fallait ; combler les lacunes d'une documentation 
parfois insuffisante ; enfin, donner à l'ouvrage le cachet scientifique 
qui lui manquait. 

Cette entreprise, on sait maintenant qu'elle sera menée à bonne 
fin. Le premier volume paru nous l'assure. 

Il est dangereux de toucher à l'œuvre d'un historien pour y 
changer quoi que ce soit ; il y faut apporter une délicatesse admira- 
ble et un rare savoir-faire. Eh bien, malgré les retouches nombreuses 
qu'il fallait faire subir au français d'Edouard Richard — car Richard, 
avec raison, avouait qu'il "était inquiet de son français" — Henri 
d'Arles a réussi à garder au style son caractère, parfois un peu fruste, 
sans laisser cependant de le ramener toujours à une forme correcte. 
Il a fallu, pour cela, une "longue patience", une connaissance appro- 
fondie du sujet, et une vraie maîtrise de la langue. 

409 



410 LE PARLER FRANÇAIS 

Le reste du travail n'était pas moins difficile. Que de recherches, 
que d'études pour refaire certains paragraphes, pour reconstituer 
certains passages, pour rédiger certaines notes ! 

Acadie reste l'œuvre d' Edouard Richard. Mais c'est aussi l'œu- 
vre d'Henri d'Arles. Œuvre de premier ordre, qu'on doit placer au 
rang de nos meilleurs ouvrages historiques, et que nous devons à 
l'un et à l'autre. Sans Edouard Richard, Henri d'Arles n'aurait pas 
fait Acadie; mais sans Henri d'Arles, VAcadia d'Edouard Richard 
serait restée un ouvrage incomplet, et que déjà on oubliait. 

"Puisse mon travail immortaliser la mémoire d'Edouard Ri- 
chard"! dit Henri d'Arles. Or Henri d'Arles a fait ce travail de telle 
sorte que son nom sera désormais inséparable de celui de l'historien. 

Nous faisons des vœux pour que Henri d'Arles puisse poursuivre 
avec le même succès la revision et la publication d' Acadie. On attend 
avec impatience le second volume. 

Adjutoh Rivakd. 



R. P. C.-A. CiiAMBERLAND, O. P. Catalogue des ouvTages utUcs à V Enseignement 
religieux. 1916, 64 pages. 

Répertoire publié par le Comité permanent de l'Enseignement 
secondaire, et qui nous a paru établi avec le plus grand soin. 



François Coppée. Dans l'espoir de la revanche. Paris (Bloud et Gav,) 1916, 
in- 12, 224 pages. 

Comme l'écrit M. Jean Monval, dans la préface de ce livre, 
"François Coppée est au premier rang de ceux qui entretinrent 
pieusement dans leur cœur l'espoir de la revanche et du réveil mi- 
litaire". Il est bon de relire, à l'heure que nous vivons, les pages 
qu'il écrivait pour .souhaiter, pour préparer le relèvement national • 
M. Monval a reproduit ces pages dans l'ordre chronologique, et 
c'est une heureuse idée. 



Le Chanoine E. Beaupin. Les leçons de la guerre. Paris (Bloud et Gay,) 1916, 
in-12, 140 pages. 

Allocutions prononcées, dans la Cathédrale de Rouen, au cours 
de la "Grande guerre," et qui renferment d'éloquentes leçons de 
confiance patriotique et chrétienne. 



LES LIVRES 411 

Quinzième rapport annuel de V AttociaHon canadienne anti-tubereulote. Montréal, 
1915, 22 c. x 15o., in-8o, 250 pages. 

Rapport fort intéressant sur une œuvre excellente. Mais il est 
regrettable, vraiment, que ces pages ne soient pas écrites en un 
français convenable. Quelques-un.s de ces rapport.s, cependant, sont 
fort bien faits; ce sont ceux qui viennent de centres français, par ex- 
emple le rapport du Dispensaire de Québec. Mais dans les autres, 
des traductions peut-être, on n'observe même j)as les règles les 
plus élémentaires de la gramuiaire et de l'orthographe. 

Pour ne donner qu'un exemple, je signale à l'attention des lec- 
teurs un certain sanatorium de l'Ontario, qui fournit à ses patients 
"une chambre à coucher en plumes air de 8 x 10". Dans le même 
établissement, il y a aussi "une centaine de personnes consistant 
en de petites salles de six lits chacune". Et ainsi de suite ! 



Deuxième centenaire du Sanctuaire national de Notrc-Dame-du-Cap. Trois- 
Rivières (Irap. du Bien Public), 1916, 18 c. 5 x 13 c, 77 pages. 

Description, avec vignettes, de la célébration du Centenaire, 
sermons et allocutions, avec un précis historique de l'œuvre mariale 
du Cap-de-la-Madeleine. 



René le Cholleux. La Lourdes du Nord. Paris (Bloud et Gay), 1916, 40 pages. 

Publication du Comité catholique de propagande française à 
l'étranger. 

Le texte et les gravures montrent ce qu'était Notre-Dame de 
Brebières, et ce que la guerre en a laissé. 



DoM F. Cabhol. La Prière pour la France. Paris (Bloud et Gay), 1916, in-12, 
73 pages. 

C'est un recueil d'un caractère particulier ; il est composé de 
prières tirées des écrivains et des poètes français. Il y en a de Lavedan, 
de Francis .Jammes, de Déroulède, de François Coppée, de René 
Bazin, de Louis Veuillot, de Mi-stral, de Victor Hugo, de Ronsard, de 
Buffon, etc. Et cela fait, en même temps qu'un curieux recueil de 
prières, un beau et bon petit livre. 



412 



LE PARLER FRANÇAIS 



L'abbé Lionel Gboulx. Nos luttes constitutionnelles. Montréal (au Detoir)^ 
1916, par fascicules de 24 pages. 

Série d'études historiques et politiques, d'abord données en 
conférences à la Faculté des Arts de l'Université Laval, à Montréal. 

Notre h'stoire, encore bien courte, renferme déjà des leçons 
qu'il convient de méditer. Avec érudition, le distingué professeur 
s'attache à faire ressortir les enseignements qu'on peut tirer de nos 
principales luttes constitutionnelles ; et il le fait dans une langue élé- 
gante et fort châtiée. 

A. R. 

Abbé L. Rouzic. Théologie de la Guerre. Paris (Bloud et Gay, 7, place Saint-Sul- 
pice), 1916, in-12, 340 pages. 

Ce livre se compose de dix-huit leçons données aux jeunes élèves 
qui se préparent à l'École Polytechnique de Paris. L'auteur y expose 
la pensée de l'Église, la doctrine catholique sur la guerre. 

Une première leçon constate l'universaHté de la guerre dans le 
monde de la création et dans l'histoire des peuples, et conclut qu'il y 
aura toujours des guerres, parce que toujours subsisteront des causes 
de guerre. Puis le professeur étudie tour à tour la licéité de la guerre, les 
causes et les conséquences de la guerre ; il s'arrête à cette question 
souvent posée à l'occasion du terrible conflit de 1914: la guerre est- 
elle un châtiment ? Le but de la guerre, les lois, les obligations de la 
guerre, l'attitude et le rôle historique de l'Église dans les guerres du 
passé fournissent la matière abondante de nombreuses leçons. Le livre 
se termine par une étude sur "l'immunité des choses et la guerre". 

Voilà un livre qui rendra service à ceux qui se préoccupent de fai- 
re de l'apologétique à propos de la guerre, et qui auraient besoin de 
bien connaître sur tant de problèmes délicats la doctrine traditionnel- 
le de l'Église. 

C. R. 



.\bbé E. DupLESST. Journal apologétique de la Guerre. Paris (P. Téqui, 82, rue 
Bonaparte), 1916, in-12, 400 pages. 

Ce journal n'est ni militaire, ni diplomatique; il ne renseigne pas 
sur les opérations stratégiques de la guerre, ni sur les notes officielles 
échangées entre les gouvernements ; il est seulement apologétique, 
c'est-à-dire qu'il dégage des événements quotidiens de la guerre, pour 
les derniers mois de 1914, les leçons de religion qu'ils comportent. 
C'est le catéchisme de la guerre que veut écrire le très sagace direc- 



LES LIVRES 413 

teur de la Réponse. On trouvera donc dans ce livre une foule d'inci- 
dents, d'épisodes, de choses vécues pendant la guerre, dont le récit et 
le commentaire ne peuvent qu'édifier le lecteur et fortifier sa foi. 

C. R. 

MoR Gautret, arch. de Besançon. Le Sacré-Cœur de Jétue. Allocutions des 
premiers vendredis durant la guerre 1914-1915. — Paris (Pierre Téqui, 82, rue Bona- 
parte), 1916, in-12, 352 pages. 

Les soldats de France portent volontiers l'image du Sacré-Cœur 
sur leur poitrine : elle est pour leur héroïsme le meilleur soutien. Mgr 
l'archevêque de Besançon a voulu, chaque premier vendredi du mois 
des années terribles de la guerre, jjarler à son peuple de la nécessité de 
placer sous la protection du Sacré-Cœur les âmes de France, et les 
armées qui combattent. Il y a beaucoup de piété dans ces paroles, 
et aussi beaucoup de théologie, et beaucoup de patriotisme. Cela 
suffit pour faire du livre où elle sont recueillies un livre bienfaisant et 
précieux. 

C. R. 



R. P. Fbédémc- William Faber. Proyrès de Z'dme rfan« ia me spiriluelle. Tra- 
duit del'anglais par M. F. de Bernhardt. — Paris (Pierre Téqui, 82 rue Bonaparte}» 
1916, in-12, 504 pages. 

Excellent traité d'a.scétisme depuis longtemps connu, et que 
cette réédition contribuera à répandre davantage parmi les gens du 
monde. 

C. R. 



Antonin-e. Pboulx. .'Enjôleuse. — Dévotion. — V Amour à la poste. OlX&yfa.. 
(Imprimerie canadienne), 1916, 22 c. x 15 c. 5, in-8o, 289 pages. 

M. Proulx nous donne, dans ce volume, trois pièces de théâtre 
qui ne sont pas d'égale valeur. De l'Enjôleuse et de l'Amour à la poste, 
on serait tenté de dire qu'il eût mieux valu ne les point publier. Mais 
Dévotion méritait de voir le jour. Quelques-uns trouveront l'intrigue 
d'une' invention vieillote, le dénouement banal, peu vraisemblable 
et pas très clair, certains caractères d'un dessin trop indécis. 

Mais il y a de la vie, partant de l'intérêt, et de l'émotion. Mal- 
gré une certaine inexpérience dans la mise en scène, le drame est bien 
conduit et le dialogue ne languit point. 

C'est une œuvre de début, et il ne faut pas l'oublier en la jugeant. 

L'auteur montre qu'il a du talent ; il ne tardera pas à faire mieux. 

A. R. 



414 LE PABLEH FRANÇAIS 

P.-G. Roy. La Famille de Chavigny de la Chewotière. Lévis, 1916, 23 c. x 15 c, 
in-8o, 166 pages. 

P.-G. Roy. La Famille Foucault. Lévis, 1916, 23 c. x 15., 13 pages. 

P.-G. Roy. La Famille Viennay- Pochai. Lévis, 1916, 23 c. x 15 c, 9 pages. 

Le patient et érudit chercheur qu'est M. P.-G. Roy poursuit ses 
études généalogique.s. Fouillée de la sorte, la généalogie, c'est de 
l'histoire. Plus tard, quand s'écrira l'histoire définitive du Canada 
français, ces monographies seront consultées comme d'utiles con- 
tributions. 



P.-G. Roy. Les Conseillers au Conseil Souverain de la Nouvelle-France. Ottawa 
1916, 15 pages. 

Tiré à part d'une étude présentée à la Société Royale du Ca- 
nada, à la réunion du mois de mai 1915. 



Le Devoir Social au Canada français. Montréal (Bureau de l'A. C. J. C.), 1915, 
26 c. X 18 c, in-8o, 307 pages. 

Ce volume renferme le rapport officiel du Congrès décennal de 
l'Association catholique de la Jeunesse canadienne-française, tenu 
à Montréal du 28 juin au 1er juillet 1914, avec les discours, les déli- 
bérations, etc. 

L'œuvre de l'A. C. J. C. est connue ; mais plusieurs ne savent 
pas comment et avec quelle ardeur notre jeunesse se prépare au rôle 
qui l'attend ; ils l'apprendront en lisant ce livre. Mieux encore, ils 
y trouveront des enseignements solides sur le devoir social chez nous, 
dans la classe rurale, dans les professions libérales, dans le commerce 
et dans l'industrie. Il y a dans ces pages le fruit de longues et bonnes 
études. C'est un livre à lire. 

A. R. 



REVUKS ET JOURNAUX 



Nous sommes heureux de signaler l'apparition du Bulletin 
paroissial de Saint- Victor et Wiliow-Bunch, en Saskatchewan — 
petite revue bien vivante, de bonne tenue, et qui livrera là-bas, chez 
nos frères de l'ouest, des combats devenus nécessaires. 

Le journal V Épicier, de Paris (9 mars 1916,) reproduit un article, 
paru dans le Prix courant, sur V Anglicisme et les marchands. Mais le 
journal français a pris pour éléments de notre langage courant les 
anglicismes que le journal canadien relevait et qu'il signalait comme 
exceptions. 

Dans ce pays, où les deux langues, anglaise et française, sont couramment par- 
lées, dit \' Épicier, il se produit facilement, dans l'usage commun, de.s empiétements 
de CCS langues l'une sur l'autre, pour former une sorte de piggin, ou de rolapuk , 
d'argot même si l'on veut, contre lequel nous sommes heureux de voir s'insurger les 
esprits cultivés de là-bas. 

Même avec ses anglicismes, notre langage commercial n'est pas 
un argot. Mais l'Épicier n'est pas à blâmer ; car le Prix courant 
terminait son article par ces mots : 

Le Parisien qui entendrait un pareil langage se demanderait avec raison s'il a 
affaire à un Patagon ou à un Sioux, et se rappellerait forcément la tour de Babel ou 
confusion des langues. 



u 



416 LE PARLER FRANÇAIS 

SIGNES ORTHOGRAPHIQUES 



TRAIT D UNION 



On a tort de l'omettre: 

10 Entre le mot saint ou l'abréviation S. ou St (sans point) et 
le nom suivant, quand il s'agit d'une église, d'une rue, d'une époque, 
d'une fête, etc., mais non du saint lui-même. — Ex.: L'église Saint- 
Roch, S.-Roch ou St-Roch, la rue Sainte-Catherine, S.-Catherine ou 
Ste-Catherine; la ville de Saint-Hyacinthe, de S.-Hyacinthe ou de St- 
Hyacinthe (pas à l'anglaise St. Roch, St.-Catherine, St. Hyacinthe). 

Dans ces exemples, le mot saint prend une majuscule et forme 
un nom composé, mais s'il s'agit du saint lui-même, on écrira sans 
majuscule ni trait d'union: saint Bonaventure, saint Laurent, sainte 
Anne, ou avec la lettre S., avec point, mais sans trait d'union: S. 
Louis, S. Madeleine, S. Jérôme. 

2o Entre les diverses parties d'un adjectif numéral qui sont 
chacune moindre que cent. Ex. : Vingt-deux mille cinq cent soixante- 
dix-neuf. On ne le met pas entre vingt et un, trente et un, etc. 

3o Entre les prénoms ou les initiales des prénoms. Ex: Jeaii- 
Louis Marin, L.-C. Jolicœur. Cette dernière façon de signer est 
plutôt américaine. Les Français signent un seul prénom en toute 
lettres: Louis Fontaine, Léon Tinseau, etc. Aux jeunes qui commen- 
cent leur carrière, il est à conseiller de toujours signer ainsi. 

4o Entre les mots qui servent ensemble à nommer une paroisse, 
une ville, une rue, etc.: Percé-en-bas, S. -Charles-sur-Richelieu, S.- 
Alexis-les- Bains, S. -Anne-de- Beaupré, rue des Grands- Augustins, rue 
Jeanne-Mance, etc. 

5o Entre tous les mots français commençant par uhra: idira- 
impérialisie, ultra-nationaliste, excepté ultramontain. 

60 Dans les mots composés commençant par arrière, demi, mi, 
quasi, sous, vice, etc. Ex.: arrière-houtique, demi-ton, mi-carême, 
quasi-contrat, sous-préfet, vice-président. 

11 faut le supprimer dans les mots composés commençant par 
ami, archi, co, extra, juxta. — Ex.: antichambre, archiprêtre, codirec- 
teur, extralégal, juxtalinéaire. 

7o Après non suivi d'un substantif: non-valeur, non-activité, non- 
lieu. Si non est suivi d'un autre mot, on ne met pas de trait d'union: 
non seulement, non avenu, non solvable. 

On supprime aussi le trait d'union après très: très bien, très beau, 
très cher (pas dans Très-Haut, qui est un nom composé). 

80 Entre au-dessus, au-dessous, au-devant (mais on écrit au de- 
dans, au dehors, au delà). 

Etienne BLANCHARD, P. S. S. 



Vol. XV. Nos 10. 11 et 12— Juin, Juillet, Août. 1916. 



^'i 



LE FLEUVE 



De VEpopée Canadienne, en préparation 

Alcyons désunis qu'un clair matin rassemble. 
Heureux de se revoir et de roler ensemble. 
Les vaisseaux de Cartier, que naguère le vent 
Brusquement sépara sur le gouffre motivant. 
Naviguent de conserve, et leur solide étrare. 
Depuis V aurore, fend avec un bruit suave 
Les vastes flots bleutés du fleuve transparent 
Qui devra se nommer demain le Saint-Laurent 
Sous la brise de VEst, qui folâtre et babille. 
Toutes voiles dehors lentement la flotille 
Sille dans le silence et la sérénité 
Qu'au désert virginal verse le ciel d'été. 

Au Malouin qui vient de découvrir un monde. 
Sous l'étincellement de la lumière blonde. 
Apparaît un spectacle allier, immense et beau ; 
Mais, malgré la splendeur de ce monde nouveau. 
Malgré le calme aspec de la côt sauvage. 
En longeant le rocher et l'arbre du rivage, 
Cartier et ses vaillants, les yeux sur l'horizon. 
Sentent d'un vague effroi l'indicible frisson ; 
Et le preux se demande en son âme inquiète 
Quels monstres sont cachés sous la forêt muette 
Qui balance au soleil son dôme éblouissant. 
Si le noir cannibale, au guet, va, rugissant. 
Sortir de son repaire et lui barrer la route. 
Si quelque affreux génie, endormi sous la voûte 
Des ténébreux fourrés, où nul flambeau n'a lui. 
S'éveillera soudain et volera vers lui. 
Cependant au péril Cartier sourit d'avance. 
Et, favorisé du vent, con.tiamment s'avance 
Vers le but qu'il croit voir rayonner au ponant. 

417 



418 LE PARLER FRANÇAIS 

Et devant lui le fleuve inconnu maintenant 
Déroule sur les bords infinis qu'il arrose 
Un panorama plus allier, plus grandiose. 
Mieux fait pour captiver le regard des marins : 

A tribord, des plateaux boisés, frais et sereins 
Portent jusqu'à l'éther leurs masses verdoyantes. 
A bâbord, des monts gris, aux croupes ondoyantes. 
Emplissent tout le fond du ciel immaculé. 
Et semblent, au lointain, un vague défilé 
D'énormes éléphants marchant en caravane. 
Partout, des deux côtés de l'onde diaphane. 
Dont le miroitement fait clignoter les yeux, 
Se profilent des caps .sombres et sourcilleux 
Ayant l'air par moments de narguer les navires. 
Ça et là, sur les flots frangés par le.s- zéphires 
Des Ilots d'émeraude, édens tombés des deux. 
Projettent les arceaux de bosquets radieux 
D'où, monte le seul bruit des nids sous les feuillées. 
Tantôt, trouant les plis des eaux ensoleillées. 
En face des vaisseaux, émergent des récifs 
Qui font soudain frémir les gabiers attentifs 
Debout dans les haubans, toujours sur le qui-vive. 
Tantôt des longs roseaux qui dentellent la rive. 
Où, du varech mouvant flotte l'arôme amer. 
S'élèvent lentement de lourds oiseaux de mer 
Qui, comme pour montrer la ro2de à la flotille. 
Fuient en avant, traînant sur l'onde qui brasille 
Et leur jette un éclat aussi vif que changeant 
L'ombre pâle de leurs larges ailes d'argent. 
Tantôt, perçant l'épais rideau vert des ramées. 
Que reflètent, auprès, les lames embaumées. 
De grands cerfs élégants débouchent des fourrés. 
Et, s' arrêtant soudain, furtifs, tout effarés. 
Regardent, en tremblant, du fond d'anses obscures. 
Sur les flots lumineux passer les trois voilures. 

Dans la calme fraîcheur du fleuve opalescent 
Le soir silencieux avec lenteur descend. 
Et l'ombre, en déroulant ses replis sur les berges. 
Transforme les beautés des solitudes vierges. 
Donne un aspect féerique aux choses du lointain 
Où le dernier reflet du couchant blond s'éteint ; 



LE FLEUVE 419 

Et si qtielqu'un, au bord de la forêt profonde. 

Pouvait en ce moment suivre des yeux sur l'onde 

Les voiles que le vent emplit d'acres parfums. 

Il verrait défiler, sous de vagues embruns. 

Dans le clair-obscur morne où le jour se prolonge. 

Des vaisseaux comme ceux qu'on voit passer en songe. 

L'ombre se fait plus dense et dérobe à demi 
Les hauts rochers abrupts du rivage endormi. 
C'est l'heure où. les élans craintifs s'en viennent boire. 
Il est nuit. Le croissant brille comme un ciboire 
A l'autel de l'azur, et, lorsque le soleil 
Viendra demain matin, au moment du réveil. 
Dorer onde, arbre et jonc que la brise caresse. 
Plus d'un le saluera d'un long chant d'allégreesse. 
Et peut-être Cartier courbera son front nu 
Devant la majesté du grand fleuve inconnu, 
Peut-être le vaillant, du haut de la dunette. 
Promenant sur les bois radieux sa lunette. 
Sentira tout à coup so7t âme palpiter. 
Croira là contempler, en cherchant à scruter 
Du farouche désert les farouches arcanes. 
Quelque site enchanté des égendes persanes. 

Les Bretons jour et nuit voguent sur l'eau sans fond 
Qui gazouille et chatoie. A mesure qu'ils vont 
Plongeant dans l'inionnu, dont plus d'un est avide. 
Le fleuve rétrécit sa nappe si limpide. 
Et, surpris et charmés, les fiers navigateurs 
Voient se midtiplier les aspects enchanteurs 
Qu'étale chaque rive, où chaque arbre rutile. 

La flotille à présent côtoie une grande île. 

Et si près' des deux bords cinglent les trois vaisseaux 

Que les explorateurs entendent les ruisseaux 

Gronder en cascadant sur les flancs des falaises. 

Regardent les oiseaux voler sous les mélèzes 

Qui dressent au-dessus des eaux leur dais mouvant. 

Et les vaisseaux, penchés sous te souffle du vent. 
Rasant les vieux troncs d'arbres et les frondaisons neuves. 
Suivent toujours les longs détours du roi des fleuves ; 
Et pour les preux bercés par les flots argentins 



420 LE PARLER FRANÇAIS 

Les deux rivages .sont de moins en moins lointains. 
Et parfois Cartier croit qu'il arrive à la source 
Des ondes et qu'il doit interrompre sa cour.se. 
Mais le héros, toujours la lunette à la main. 
L'œil sur l'Ouest, poursuit sans arrêt son chemin. 
Ivre de la rumeur des vagues sur les plages. 

Tout à coup, au momen où. les trois équipages 

Voient, en amont, pâlir et s'effacer l'azur 

Des eaux qu'à l'horizon leur semble clore un mur, 

— Dans un rayonnement de prodige et de rêve. 

Le voile enveloppant le lointain .se soidève 

Et découvre au regard des Bretons éblouis 

Des sites merveilleux, fabuleux, inouïs. 

Sereins comme la paix et beaux comme la gloire- 

En face, une falaise, un vaste promontoire. 

Couvert d'arbres touffus, mire son sommet fier 

Dans l'onde d'un bassin profond comme la mer. 

A droite, caressant le pied de la falaise, 

Oil flottera demain la bannière française. 

Une rivière calme au Saint-Laurent s'unit ; 

Etagée en rempart au talus infini 

Une chaîne de monts, que bleuit la distance. 

Dentelle l'azur vif où le grand ciel commence. 

A gauche, amphithéâtre aux gradins colossaux 

Que réverbère au loin le frais cristal des eaiix. 

Des coteaux, inondés d'une lumière chaude, 

Jetten' aux découvreurs des reflets d'émeraude 

Et vers le zénith font monter un vague encens. 

En aval, au milieu des flots resplendissants. 

Une île, aux flancs voilés de vapeurs opalines. 

Profile à l'horizon d'orgueilleuses collines 

Qu'empourprent les derniers rayons du jour mourant 

Vis-à-vis vers le nord, un farouche torrent 

Se précipite au fond d'un abîme qui fume 

Avec des grondements de canon dans la brume. 

Et sa masse en croulant, lourde avalanche d'eau. 

Forme pour les marins un immense rideau 

De nacre qu'un géant incessamment déroule 

Entre l'éther qui brille et le fleuve qui coule. 

Tout ce que la nature en sa virginité 

A de fraîcheur, d'éclat, de grandeur, de beauté. 



LK FLEUVE " 421 

Cri.ie le.i commatidanlx (lUiers de la flottille. 

Fa Cartier, Jalobert et Lelireton-liastille 

Sont tombés à genoux sur les ponts des trois nefs ; 

Et,Jrémi.s.sant.s d'émoi, toux, matelotx et chefs. 

Lèvent vers la splendeur du couchant qui rougeoie 

Leurs yeux voilés des pleurs d'une ineffable joie ; 

Et le sauvage écho du fier Stadacona 

Répète en gazouillant le premier hosanna 

Que les bois d'alentour, hantés de noirs fantômes. 

Aient jamais écoulé résonner sous leurs dômes ; 

Et tout se tait, le flot le vent, l'arbre, le nid. 

Pour entendre monter vers l'azur infini. 

Oit la Nuit va bientôt allumer ses étoiles. 

L'âpre voix des Bretons prosternés sous leurs voiles. 

WiLUAM CHAPMAN. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS 



DU JEU DE CROSSE (1) 

(Lacrosse) (2) 



Selon certains auteurs, le jeu de crosse serait un vieux jeu fran- 
çais qui aurait été apporté jadis au Canada par les colons de Saint- 
Malo. Le marquis de Montcalm et ses officiers l'auraient joué avec 
ardeur. Son nom serait sa marque d'origine et son extrait de naissance. 
Ce sport devrait nous être vénérable comme étant un monument du 
passage des Français au Canada. 

D'autres écrivains lui donnent une origine sauvage. Il aurait 
été emprunté aux tribus sauvages de l'Amérique du nord. La manière 
de jouer la partie alors était la même dans toutes les tribus, mais le 
jeu avait différents noms. Tel que joué par les sauvages autrefois, la 
crosse était une bataille royale à laquelle prenaient part des villages 
entiers, et qui durait du lever au coucher du soleil. Les camps de 
chaque côté se composaient de 800 à 1000 guerriers, et les buts étaient 
placés à une distance d'un quart de mille à un mille loin l'un de l'autre. 

En 1763, après que le Canada fut passé sous la domination an- 
glaise, Pontiac, l'illustre chef indigène, fit d'une partie de crosse le 
voile de sa fameuse conspiration contre les Anglais. Le 4 juin, pen- 
dant que la garnison du fort Michillimakinac célébrait l'anniversaire 
de la naissance du roi Georges, elle fut invitée par les Ottawas à assis- 
ter à une partie de crosse (baggataoué). Les joueurs s'approchèrent 
graduellement des portes, quand, jetant de côté leurs crosses et sai- 
sissant leurs casse-têtes, que les femmes sortirent de dessous leur cou- 
verture, ils se précipitèrent dans le fort et massacrèrent tous ceux qui 
y étaient, excepté quelques Français. 



(1) E"n France on dit aussi crosse canadienne pour différencier celle-ci d'un cer- 
tain jeu de crosse français qui se joue avec une crosse sans iîlet. (V. "Nouveau 
Larousse illustré".) 

(2) L'expression "Lacrosse," en un seul mot, est l'appellation anglaise. En 
français on écrit jeu de crosse ou jeu de /a ero«s<; en deux mots .séparés. {\ . "Dic- 
tionnaire de Nos Fautes", par M. R. Rinfret; "Inventaire de nos fautes les plus 
usuelles," par M. Svlva Clapin"; "Dictionnaire de Bon Langage." par M 1 al)l>e 
Etienne Blanchard,' S. S., et les ouvrages sportifs cités dans la bibliographie à la fan 
de cette étude. ) 

422 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE CROSSE 423 

Les blancs ne pratiquèrent la crosse que vers 1840, alors qu'un 
club se forma à Montréal. En 1860, le jeu prit de la popularité au Ca- 
nada, et en 1861 se joua la j)reniière i)artie remarquable. Ce ne fut pas 
avant 1867, l'année que le Canada devint un Dominion, que de.s rè- 
gles pratiques furent formulées par le Dr G.-VV. Beers, le père de la 
crosse moderne, qui suggéra que ce sport devrait être reconnu comme 
le jeu national. . .La <Tos.se a été pendant longtemps sans être 
beaucoup jouée en Angleterre, mais elle est assez populaire là 
maintenant. . . Elle est très j)eu connue et rarement pratiquée en 
France. ... Il y a plusieurs associations de cros.se au Canada, et le 
jeu a été déveloj)pé à un haut point d'excellence par les joueurs de 
clubs et de collèges. . . . La crosse fut introduite aux États-Unis vers 
mil huit cent soixante-dix. Une as.sociation a été formée en 1879, et 
maintenant ce jeu est beaucoup joué dans l'Est, parmi les clubs athlé- 
ticpies et les collèges. 

LA CROSSE— LACROSSE 

A. LE CHAMP DU JEU 

Cercle de milieu, de croisé Center circle. 

Carré de but, limite du garde-but. Crease, goal-crease. 
Raie de but Crease Une. 

But, filet Goal, net, jposts. 

Barre transversale Cross-bar. 

Barre, tringle de dessus Tojp cross-bar, top rod. 

Filet Net, netting, goal net. 

Piquets Pegs, sfakes. 

Guidons, poteaux Pales, posts. 

Crampons Staples. 

Ligne de but Goal Une. 

Tribune Stand. 

B. LES POSITIONS 

1. — Extérieures 

Entraîneur, instructeur Coach, traîner. 

Officiels Officiais. 



424 LE PARLER FRANÇAIS 

Arbitre Référée. 

Chronomètre, chronométreur .... Timekeeper. 

Juge de but Umpire. 

2. — Intérieures. 

Joueur à tout jouer All-around player. 

Attaque, fort, champ attaquant .. Aiiack, aitack-fielder, atiackman. 

Capitaine Captain. 

Centre, milieu, joueur plein champ. Centre, mid-field player. 

Soutien Cover-Point. 

Défense, champ défendant Defence, defence-fielder, defence- 

man. 

Réserviste Extra man. 

Co-équipier Fellow player. 

Capitaine du jeu Field captain. 

Joueur frais Fresh player. 

Garde-but, gardien du but Goal-keeper, goal-man. 

Novice, blanc-bec Green man. 

Guet Home. 

Premier (1er) guet In-home, inside-home. 

Deuxième (2me) guet Out-home, outside-home. 

Joueur de crosse Lacrosse player. 

Foncier Point. 

Remplaçant Substitnte. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE CROSSE 425 

D. — LES ACCESSOIRES 

Balle Bail, sphère. 

Casquette Cap. 

Gant Glove. 

Maillot Jersey. 

Culottes de courses Running trousers. 

Calendrier, échelle des parties.. . . Schedide. 

Souliers .S/jtr.v. 

A semelles de caoutchouc Rubber soled. 

Crosse Stick, lacrosse. 

Coude Beyid. 

Tête Butt. 

Corde à boyau, boyau Cal gut, gut. 

Collier Collar. 

Monture Frame. 

Manche Handle, shaft. 

Corde principale, lisière Leading string. 

Corde de long Lengih-siring. 

Filet, réseau Net. 

Epissure Splice. 

C osseron Tip. 

Trophée Trophy. 

D. LE JEU 

Attaque AUack. 

Jeu d'attaque Attack-play. 

Balle hors jeu Bail out of bounda. 

Battre la balle Bal the bail (To). 

Mçrdre à la crosse Bile al .ilick {To). 



426 LE PARLER FRANÇAIS 

Bloquer Block (To). 

Feinte Bluff. 

Feinter Bluff (To). 

Coup d'épaule Body-check (A). 

Coup d'épaule faute Foui body-check. 

Epauler Body check (To). 

Couper une attaque Break up an aiiack play To). 

Frôle Bnish close by (Ta). 

Groupe Bunch (A). 

Agrouper Bunch (Ta). 

Attraper, rattraper la balle Catch the bail (To). 

Jeu de centre Cenire-play. 

Charger Charge To). 

Entrave Check (A). 

Entraver la crosse Check stick (To). 

Lever Check up, lift (To). 

Boucler un joueur Circle a man To). 

Diriger Coach (To). 

Acculer un joueur Corner a man (To). 

Marquer Cover (To). 

Marquer en arrière Cover back (To). 

Marquer de près Cover closely, coter up (To). 



VOCABULAIRE FKANÇAIS-ANQLAtS DU JEU DE CROSSE 427 

Coup de crosse Crosa-check (A). 

Crosser Cross-check, aquare-check (T ). 

S'agrouper vers les buts Crowd in on goal (Ta). 

Couper la balle Cut off Ihc bail (To). 

Élan Daak. 

S'élancer Daah (To). 

S'élancer de Daah ont of (To). 

Course subite Dead run. 

Proclamer la partie remise Déclare the match off (To). 

Défense Defence. 

Jeu de défense Defence-play. 

Jeu brutal Dirty play. 

Crochet, esquive Dodge {A). 

Esquiver, faire un crochet Dodge {To). 

Esquiveur Dodger. 

S'éloigner, fausser compagnie, 

gagner le large Draw off, draw ont, uncover ( To) 

Attirer la balle Draw the bail (To). 

Mettre un joueur de côfé Drop a man (To). 

Croiser, engager Face, face-off (To). 

Engager la balle Face the bail (To). 

Croisé Face-off (To). 



428 LE PARLER FRANÇAIS 

Feinte ^ Pake, fe ni. 

Passer la balle à un joueur Feed the hall in to a man (To). 

Alimentation Feeding. 

Peloter la balle Fool around with the bail (To). 

Faute Foui (A). 

Faute Foui. 

Fausser un joueur Foui a player ( To) . 

Position libre Free position. 

Coup franc Free throw. 

Manquer la balle Fumble the hall {To). 

But, gain d'un but Game. 

Joute partie Game. 

Joute, partie de concours Match game. 

Joute, partie égale, nulle Tie, lie game. 

Ardeur Ginger. 

Entrain Go {To hâve the). 

But, gain d'un but Goal. 

But ! Goal ! 

Demie ' Half. 

Mi-temps Half-time. 

Manier une crosse Handle a stcik {To). 

Jeu de tête Head work. 

Joueur impétueux Heady player. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE CROSSE 429 

Balles hautes High balh. 

Se tenir près du but Hug close to goal (To). 

Intervention Interférence. 

Course Jog. 

Courir lentement Jog in (To . 

Se placer pour la balle Lay for fhe bail (To). 

Alignement Line-up. 

S'aligner Line-up (Ta). 

Faire, gagner, marquer des buts Make goals (Ta). 

Marquer, jouer un oueur Mark a man (To). 

Joute, partie Match. 

Mi-chainj) Midfield 

Non but ! No goal. 

Maintenant Now. 

Hors jeu Out of bounds, ont of play. 

Rattraper un adversaire Overtake an opponent (To). 

Duper Oiitwit (To). 

Surentratner Overtrain {To). 

S'accoupler Pair off (To). 

Passe Pas . 

Passe longue Long pass. 

Passe rapide Quick pa.is. 

Passe courte Short pass. 

Passe dessus main courte Short ovcrhand pass. 



430 LE PARLER FRANÇAIS 

Passe droite forte Straight hard pans. 

Passe droite Straight Une pas.i. 

Passe droite rapide Straight nwift pass. 

Passer ■?««« ( To) . 

Passer bas Pass low {To . 

Punir une faute Penalize a foui (To). 

Pénalité Penalty (A). 

Période Period. 

Période en sus, supplémentaire. Extra period. 

Ramasser la balle Pick up the bail {To). 

Clouer la balle à terre Pin the bail to the ground (To). 

Allez ! Au jeu ! Play ! 

Jeu Play ! 

Jeu individuel Individual or star play. 

Serrer de près Press closely (To). 

Lancer la balle à un joueur Pui the bail to a man (To), 

Se troubler Rattled (To get). 

Jeu brutal Rough play, rough work. 

Expulser -Rw^e off {To). 

Courir vers le but Pun in on goal {Ta). 

Fondre, s'élancer, se précipiter 

sur Rush in {To). 

Coup Scoop. 

Ramasser la balle Scoop up the bail {To). 



VOCABULAIRE FHANÇAIS-ANQLAIS OU JEU DE CROS8E 431 

Pointage Score. 

Faire, gagner, marquer un luit . , Score a goal (To). 

Mêlée Scrimmage. 

Changer de position Shift position (To). 

Lancer, tirer Shoot (To). 

Tirer un but Shoot a goal {To). 

Tirer fort Shoot hard {To). 

Coup, lancer, tir Shot 

Coup fort Hard shot. 

Coup long bondissant Long bounding shot. 

Coup droit haut Straight high thot. 

Coup rapide Swi/V shot. 

Coup écart Wild shot. 

Coup de but Shot at goal. 

Epauler un adversaire Shoulder an opponent (To). 

Pousser hv balle en avant Shove the bail ahead {To). 

Camp Side. 

Frapper la balle Slap at the bail {To). 

Coup de crosse Slask {A). 

Bûcher Slash {To). 

Jet Sling. 

Lancer la balle en haut du champ Sling the bail up the field {To). 

Happer la balle Snap up the bail {To). 



432 LE PARLËK FRANÇAIS 

S'emparer de la balle Snafch up the bail (To). 

Escouade, équipe Squad. 

Arrêtez Sfand. 

Etoile Star. 

Ferme ! Steady ! 

Entrave de crosse Stick check. 

Jeu de crosse Stickwork. 

Suspendre le jeu Suspend play ( To) . 

Suspension Suspension. 

Balle rapjde forte Swift hard bail. 

Peloter Tag (Ta play). 

Tirer un coup Take a shot (Ta). 

Prendre l'homme. Take the man {To). 

Pointage Tally. 

Équipe Team. 

Equipes concurrentes Conte.sting teamn. 

Équipé chez elle Home team. 

Équipe de ligue League team. 

Équipe novice Scnib team. 

Équipe gagnante Winning team. 

Co-équipier Team-mate. 

Jeu d'équipe Team play, team work. 

Jet, lancer Throic. 

Jet long Long throw. 

Jet court, petit jet ' Short throw or tip. 

Jet de sous main Underhand throw. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE CROSSE 433 

Lancer la balle Throw the bajl ( To). 

Halte! Time! 

Temps retranché lime laken out. 

Tirer au sort, à pile ou face le 

choix des buts Toux for choice of goals, tosg. 

uj) for goal (To). 

Lancer la balle dans le filet Toss the bail in the net (To). 

Tour 7V!cA-. 

Donner un croc-en-jambe Trip ( To) . 

Essai de but Try at goal. 

Mettre la balle de côté Turn bail aside (To). 

Se démarquer Uncorer (To). 

Sousentrainé Undertrained. 

Jouer la balle en bas du champ 

vers le but Work the bail down the field. 

toward goal (To). 



Bibliographie : 

Dictionnaire des Connaissances pratiques, par E. Bouant, librai- 
rie Armand Colin, Paris, 1909. 

Divers sports, par Ern. Weber, collection les Sports pour Tous, 
Editions Nilsson, 71, rue de Richelieu, Paris. 

Encyclopédie des Sports, Jeux de Balle, sous la direction de M. 
Philippe Daryl, 1894, Librairies-Imprimeries réunies, 7, rue Saint - 
Benoît, Paris 

Le Code de la Vie, par Grand'Mère Annette, édition 1910-1911 ; 
Administration, 21, rue Ganneron, Paris. 



434 LE PARLER FRANÇAIS 

Les Sports modernes illustrés, publiés sous la direction de MM. 
P. Moreau et G. Voulquin, 1915, collection in 4o Larousse. 

Les Sports et Jeux d'Exercice dans l'ancienne France, par J.-J. 
Jusserand, 1901, Plon-Nourrit et Cie, Imprimeurs-éditeurs, 8, rue 
Garancière, Paris. 

The Conspiracy of Pontiac, par Francis Parkman, 9me édition, 
revue et augmentée, vol. 2 ; 1894 ; Little, Brown and Company ; 
Boston. 

The Manners, Customs, and Condition of the Xorth American 
Indians, par George Catlin, vol. 2 ; 1841 ; Egyptian Hall, Piccadilly, 
Londres. 

Alfred Verreault. 



VOCABILAIHE FUANCÂIS-ANGUIS 

DU JEU DE BOULES (1) 
(Lawn Bowls) (2) 



Le jeu de boules (Lawn Bowls) est un des plus vieux jeux exis- 
tants. Ce divertissement prit nais ance, dit-on, dans la Grèce et l'E- 
gypte anciennes. On le fait remonter certainement au 13', -et conjec- 
turalement au 12° siècle. 

Les Écossais le pratiquent depuis la fin du 16° siècle. — En 
France, ce jeu d'adresse était fort en vogue dans toutes les classes de 
la société durant cette époque appelée quelquefois le bon vieux temps. 
Aujourd'hui, il groupe de nombreux fervents sur les bords du Rhône 
et dans le nord de la France. Les habitants du Midi surtout en ont 
toujours fait leurs délices. Les bords de la Seine commencent à n'y 
point être indifférents. — Le jeu de boules se joua à New- York, avant 
la Révolution, sur la place maintenant connue sous le nom de " Bow- 
ling Green, ' et il fut ressuscité, il y a quelque vingt-sept ans, par M. 
Christian Schepflin, de Dunellen, N. J., qui est appelé le père du jeu 
en Amérique. 

A. LE CHAMP DU JEU 

Boulodrome Bowling-green. 

Remblai, terrasse Bank, terrace. 

Terrasse point de v ue Observation bank. 

Natte, paillasson, pied de jeu .... Cloth, footer, mat. 

Fossé Ditch. 

Fossé de côté Side ditch. 



(1) Ou jeu de cochonnet. (Cf. "Nouveau Larousse'".) 

(2) Ou "Bowls ", "Bowling on the Green", "Billiards Out-door". 

435 



436 LE PARLER FRANÇAIS 

Chevilles, piquets * Pins. 

Chevilles, piquets limites Boundary -pins. 

Piste, jeu Rink. 

B. LES POSITIONS 

Rote du boulodrome Green rota. 

Terrassier Ground-man. 

Marqueur Marker. 

Tiers arbitre Oversman. 

Arbitre Référée. 

Pointeur Scorer. 

Juge Umpire. 

2. — Intérieures. 

Bouleur, joueur de boules Bowler. 

Capitaine, directeur Captain, director, driver, skip. 

Caramboleur Carrom player. 

Premier, première boule Lead, leader. 

Second Second. 

Troisième Third. 

C. — • LES ACCESSOIRES 

Boule Bail, bowl, lawn bowl. 

Biais de la boule Bios of bail. 

Jeu de boules Set qf bowls. 

Porte-boules Bou-l case. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS- ANGLAIS DU JEU DE BOULLE 437 

Filet-boules Bowl net. 

Livre, formule, feuille de poin- 
tage Score book, form, »heet. 

D. LE JEU 

Arrière main Back-hand. 

Boule hors jeu Bowl ont of play. 

Saluée Burned. 

Carambole Carrom. 

Coup de carambolage Carrom shot. 

Caramboler Carrom (To). 

Fiche-centre. . Centre-pin, tee. 

Partie de concours Compétition match. 

Concurrent Competitor. 

Boule morte Dead bail. 

Jouer, lancer une boule Deliver a bowl (To). 

Déloger une boule Dinlodge a bow (Ta). 

Fossés Ditchers. 

Approche, portée Draw. 

Approcher, {)orter Draw {To). 

Tirer au sort le numéro de la 

piste » Draw ihe number of the rink. 

Coup de longueur Drive. 



438 LE PARLER FRANÇAIS 

Tour End, head. 

Tour d'essai Tria head. 

Tirer Fire{To). 

Avant main Fore-hand. 

Confisquer la partie Forfeit the game (To). 

Parties amicales Friendlies. 

Joute partie Game. 

Joute double Pairs game. 

Joute simple Single-handed game. 

Joute de trois Three-aside. 

Joute nulle Tie. 

Terrer, gazonner une boule Green a bowl (To). 

Garde Guard. 

Boule-but, cochonnet, petit Jack kitty. 

Tuer, annuler le biais Kill the bias (To). 

Assiette Lie. 

Placer le coup Lie the shot {To). 

Boule vive, en jeu Live bowl. 

Joute, partie, concours Match. 

Équipe Rink, team. 

Quadrette, équipe complète. . . . Full-rink. 

Jeu d'équipe Rink, ieam work. 

Partie de quatre Rink game. 

Rouler, lancer le cochonnet, la * 

boule-but en haut de la piste. , . RolU ihroïc the jack up the 

rink (To). 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS DU JEU DE BOULLE 439 

Tour Round. 

Tenir le pointage Score ( To keep the) . 

Coup Shot. 

Coup d'essa Trial shot. 

Se tenir en haut du cochonnet . . . Stand Jack-high (Ta). 

Tirage au sort Toss, toasing. 

Touchante (Une) Toucher (A). 

Traîner Trail (To). 

BIBLIOGRAPHIE : 

Les Sports modernes illustrés, librairie Larousse. 

Tennis, Hockey, Paumes, Balles et Boules, collection Sports- 
Bibliothèque, Pierre Lafitte & Cie, Paris. 

Grande Encyclopédie générale dqs Jeux, par Benjamin Pifteau ; 
Arthème Fayard, libraire-éditeur, Paris. 

Dictionnaire des Connaissances pratiques, par E. Bouant, librai- 
rie Armand ColHn, Paris. 

Alfred Verre ault. 



VOCÂliULAÏRE DU TYPOGRAPHE 



(■I) 



Accolade. — Signe formé d'une ou deux lignes courbes servant à rap- 
porter à un tout ses différentes parties ou à un genre ses espèces. 
Il y a l'accolade verticale, l'accolade horizontale, et l'accolade 
brisée. Mot anglais : brace. 
Accolader. — Joindre par une accolade plusieurs objets formant un 
tout ou ayant entre eux des rapports d'analogie. Ne pas dire brécer 

(to brace) . 
Alinéa. — Commencement d'un nouveau passage dans un article 
ou un écrit. On distingue trois sortes d'alinéas : l'alinéa ren- 
trant {paragraph indention) l'alinéa saillant (hanging inden- 
/ion) par une ligne en marge dei autres ligne;; l'alinéa aligné 
{squared indention,) qui commence par un alignement avec les 
autres lignes 
Bande perforée. — Pas ruban (ribbon of paper). 

Bardeau. — Boîte, grande casse qui renferme les sortes survidées 
d un caractère ; casse dont les cassetins sont, les uns vides, les 
autres pleins. En anglais : hell-box. 
Bécheveter des brochures. — Mettre tête-bêche, le pied ou la partie in- 
férieure de l'un contre la tête ou la partie supérieure de l'autre. 
On dit abusivement : béjoiter (Larousse). On peut dire aussi : 
mettre barbes et dos. Populaire : empiler des brochures tête-bêche. 
Bilboquets. — Certains petits ouvrages de ville qui s'impriment, tels 
que billets de faire part pour un mariage, pour un décès, pour le 
premier de 'an, cartes de visite, en-têtes de lettres, etc. Ne pas 
dire Jobs. Synonyme : travaux de ville. 
Biseaux. — Morceaux de bois entourant les pages de caractères, et 
dont un côté est taillé obliquement pour recevoir les coins 
(quoins) qui servent à serrer la forme. Les coins se placent entre 
les biseaux et les fers des châssis. 
Bon à tirer. — Mots que l'on écrit sur la dernière épreuve pour per- 
mettre de tirer la feuille : L'auteur a donné son bon .a. tirer. 
Ne pas dire : L'auteur a ohé. (O. K.) les épreuves. — non plus : 
épreuves finale {final proof) . 



(1) Avec la collaboration de M. Fortunat Baurbonnière, C. R.. rédacteur du 
Court lloiise Journal (Montréal). 

440 



VOCABULAIRE DU TYPOGRAPHE 441 

Bourdon. — Faute d'un coinposiJtMir <|ui a passé un ou pliisii-urs 
mots ou même plusieurs lignes de copie. Mot i)opulaire: un pansé, 
lirochcr. — Pas stitch (er). 
Brucelles. — Pinces. Mot anglais : tweczerx. 
Bulletin de commande. — Order blank. 

Cadrât. — Petit morceau de fonte, plus bas que les lettres, qui main- 
tient le caractère sans maniuer le i)a|)ier. 

Cadratin. — Petit cadrât. 

Camelote. — Ouvrage mal fait. Ne pas dire : de la bo'.ch. 

Caractères de fantaisie. — Ne pas dire job fount. 

Casse. — Table coupée horizontalement en deux compartiments ap- 
pelés casseaux. L'un se nomme haut de cas.se (pas haute cas.ie, de upper 
case) et l'autre ba.i de casse (pas bas-se ca.s.ie, de loiver case). Cha- 
cun est divisé en compartiments appelés cassetins (boxes). Ils 
servent à contenir les caractères d'imi)rin)erie à l'usage des com- 
positeurs. Le haut de casse contient les grandes capitales, les 
petites capitales et différents autres caractères. Lebasdecasse 
contient les minuscules (qu'on nomme aussi lettres de bas de casse) 
les chiffres, les blancs (espaces, interligues, cadrats et cadratins). 

Chasser. — Espacer la composition, remplir beaucoup d'espace avec 
peu de lignes ; renvoyer d'une page ou d'une co'onne dans une 
autre page ou une autre colonne. Mot pop. parcourir la matière. 

Châssis. — Cadre de fer, ordinairement traversé d'une barre, dans 
lequel on place les caractères assemblés en pages, en les serrant 
de tous côtés avec des coins. Quand il n'y a pas de barre au milieif 
on l'appelle ra.mette. 

Circulation. — Total de la vente d'un journal. Ne pas confondre 
avec tirage. 

Clavier perforateur. — • Pas Icey board. 

Cliché. — Ne pas confondre avec vignette, qui est un ornement que 

l'on place au haut des pages ou au commencement ou à la fin des 

chapitres. Mot anglais: eut. 
Colophon. — Note finale d'un livre, complétant les énonciations du 

titre. 

Commandite. — Société de compositeurs travaillant en commun. 
Anglais : chapel. 

Composteur. — Petite règle en métal sur laquelle le compositeur assem- 
ble les lettres qui forment les lignes. En anglais: composing stick. 



442 LE PARLER FRANÇAIS 

Conscience. ■ — Travail pour lequel on s'en rapporte à la conscience 
de l'ouvrier ; travail non taxé pour la quantité, mais 
seulement pour la durée. La conscience d'une imprimerie est 
l'ensemble des compositeurs qui travaillent en conscience. Ex : 
La conscience corrige ordinairement les tierces (troisièmes épreu- 
ves). Se dit aussi de l'endroit où se fait le travail de conscience. 
Se réunir dans la conscience (job department) . Les ouvriers en 
conscience sont parfois payés à salaire fixe, mais à un prix plus 
élevé que les taux ordinaires des compositeurs engagés dans les 
labeurs. 

Travailler en conscience (aux travaux qui exigent des soins 
exceptionnels) . Ne pas dire : travailler dans les jobs. 

Copiste. — Ouvrier en conscience (pas jobber) . 

Faute de copiste et non erreur cléricale {clérical error.) 

Correcteur. — Ce mot seul suffit. Correcteur d'épreuves est un pléonas- 
me. Anglais : corrector, proqf reader. 

Le correcteur est la personne chargée de lire les épreuves et de 
corriger ou signaler les fautes au moyen de signes conventionnels. 
Ne pas confondre avec corrigeur. 

Corrigeur. — Typographe qui exécute, sur les épreuves typographiques, 
les corrections indiquées par l'auteur ou le correcteur. 

Coupoir. — Cutter. 

Couverture. — Pas le couvert. 

Cran. — Petites cannelures ou petits sillons faits sur un des côtés 
d'une lettre pour empêcher le compositeur de tourner les carac- 
tères. Ne pas dire nick. 

Créner. — Marquer d'un cran. Lettre crénée (pas kerned letter). 
•Décognoir. — Outil qu'on emploie pour serrer ou desserrer les formes 
typographiques en chassant es coins sans risquer de gâter le 
marbre (stone) sur lequel reposent les formes. Mot pop. chasse 
coin. Anglais : shooting -stick. 

Décompléter — Décompléter un ouvrage et non briser (break) un set 
de livres. 

Déjets. — Se dit des feuilles superflues et dépareillées d'un ouvrage 
dont on ne peut former un exemplaire complet, et que l'on con- 
serve pour remplacer au besoin les feuilles tachées: conserver 
les défets. Anglais : waste sheets. 

Deleatur. — Signe indiquant une suppression à effectuer. En anglais : 
dele. 

Dentelle. ■ — • Ornement servant d'entourage aux pages ou de vignette 
au titre des chapitres 



VOCABULAIRE DU TYPOGRAPHE 443 

Di'pâtisser. — Distribuer les caractères d'imprimerie mêlés, mis en 
pâte. Pop. dixtribuer du biff 

Dépliant. — Vas folder. 

Doublon. — Kéj:étition vicieuse d'une lettre, d'un mot, d'une ligne, 
d'une partie quelconque de la copie. Le doublon est le contraire 
du bourdon. 

Encadre menin, — Pas bordure (de borders). 

Épigraphe. — Sentence ou citation mi.se en tête d'un livre ou d'un 
chapitre pour en indiquer l'objet ou l'esprit. Angl.: motto. 

Épreuve. — Feuille imj)riméc .sur la(|uelle l'auteur ou le correcteur in- 
dique les changements à faire, lesfautesà corriger. On dit plutôt 
é preuve chargée que épreuve sale (foui proof). 

Espace. — Est féminin en style typographique. Se dit des petites 
pièces de fonte, de même corps que le caractère auquel elles 
appartiennent, mais plus basses que la lettre, qui se mettent en- 
tre les mots pour qu'ils paraissent isolés dans l'impression. 
On doit dire : espace fine, plutôt que expace poil (hair space). 

Exemplaire. — Exemplaire, et non pas copie (copy) d'un livre. 

Filet. — Traits produits par de petites règles de fonte qui servent à 
séparer les colonnes d'un tableau, les divis'ons d'un livre, etc. 
etc. Ne pas dire ruie (mot anglais). 

Flan. — Sorte de carton mou qu'on applique sur les caractères mobi- 
les pour en prendre l'empreinte en vue du clichage. Ang. matrix. 

Fondeuse. — Casting machine. 

Frisquette. — Châssis d'im{)rimerie garni en papier et posé sur la 
feuille pour garantir les noirs et les blancs. 

Galée. - — Planche à rebords où le typographe met ses piiquets de com- 
position. Ne pas donner ce nom aux placards ou épreuves. 

Garnitures. — Ne pas dire les fournitures (furniture) de la forme. 

Gravure au trait. — Pas Une eut. 

Grébige. grébiche. — La ligne où se trouve le nom de l'imprimeur sur 
une publication (en anglais : imprint). 

Interligne. — Lame de métal mise entre chaque ligne pour les sépa- 
rer ou les maintenir. Ne pas dire : plomb (lead). 

Justification. — Longueur de la ligne d'impression comjjri.se entre les 
marges. 

Labeur. — Ouvrage de longue haleine, tiré à un grand nombre d'ex- 
empla'res, par opposition aux ouvrages de peu d'étendue, auxquels 
on a donné le nom de bilboquets ou travaux de ville (Jobs). 



444 LE PARLER FRANÇAIS 

Lettrine. — Lettres majuscules, ordinairement au nombre de trois, 
placées au haut de chaque colonne dans un dictionnaire ; lettre 
d'une force de corps supérieure au reste du texte, (jnelquefois 
ornée qu on place au commencement d'un chapitre ou d'un para- 
graphe. Ne pas dire: initial letler. 

Lézarde. — Raie blanche se produisant dans une page et provenant 
de la rencontre fortuite d'espaces placées les unes au-dessous des 
autres dans plusieurs lignes successives. En anglais : ^hound's 
tooth. 

Ligature. — Réunion de plusieurs lettres en un seul signe graphique 
comme ff. 

Lingot. — Morceau de fonte dont on se sert pour remplir les blancs 
d'une page et principalement pour maintenir le haut et le bas 
d'une page divisée en colonnes. Ne pas dire : .^lug. 

Maculature. — Feuille ma' imprimée dont les caractères sont pochés 
et peu lisibles. Pop. -.feuille gâtée (waste sheet). 

Manchette. — Note mise en marge. Ouvrage à manchettes : livre dont 
les marges sont chargées d additions. Angl. : side-note. 

Maquette. — Modèle d'un livre (dummy). 

Marbre. — Pierre sur laquelle les imprimeurs posent les formes. Pop : 
pierre, de stone, mot employé en anglais. 

Marche à suivre. — Pas s'yle du bureau (style of the office). 

Marger. — Placer la feuille à tirer sur la marge du tympan ou dans 
les pinces d'une machine. Ne pas dire : filer. En anglais : tofeed. 

Margeur. — Personne qui pré.sente les feuilles à imprimer sur la pres- 
se mécanique. Pas fileur. En anglais : feeder. 

Metteur en pages. — Ouvrier chargé de rassembler les différents pa- 
quets de composition, pour en former des pages et des feuilles. 
Ang. : stoneman, maker up. D'aucuns disent: Ao?» me de pierre. 

Morasse. — Dernière épreuve d'un journal avant le serrage définitif. 

Morassier. — Typographe qui exécute les corrections indiquées sur 
la morasse. 

Oeil. — On dit l'oeil plutôt que la /ace (face) d'un caractère. 

Onglet. — Feuillet simple que l'on colle sur la marge d'un autre feuil- 
let imprinié pour cause de corrections ; partie du pli qui dépasse 
la moitié du blanc de fond d'un seul feuillet d'impression, destiné 
à y faire recevoir une couture tout comme s'il y avait un feuillet 
entier. Ex : monté sur onglet. 



VOCABULAIRE DU TYPOGRAPHE 445 

l'ampfilet. — V. plaquette. . 

Paquet. — Certaine quantité de lignes de composition, sans folio ni 
titres courant, liées avec une ficelle. Angl. : dip. 

Parisienne. — Voir sidanoise. 

Passette. — Châssis sans barre. 

Pâté. — Certaine quantité de caractères mêlés et confondus sans au- 
cun ordre, comme cela arrive ((iiand une forme se rompt par 
accident. Pop. du bijf. 

Perdre. — Se dit d'une mise en page qui fournit moins que ce qui 
était prévu. 

Placard. — Épreuve imprimée en colonnes largement espacées et 
sans pagination, et sur le recto .seul du papier, pour recevoir des 
corrections. 

Placarder. — Mettre en placards. 

Plaquette. — Volume de peu d'épaisseur (en anglais : -pamphlet). En 
français, un pamphlet est un court écrit satirique et mordant. 
Ne pas confondre 

Platine. — Partie de la presse qui foule sur le tympan. Est féminin. 

Point. — Mesure qui vaut un sixième de ligne et qui sert principa- 
lement à déterminer la force des corps des caractères. Ex: Le 
Parler français est imprimé en 8 et en 10 points. On dit aussi : en 
corps huit et en corps dix. 

Point.i conducteurs. — Servant à prolonger une ligne de manière à faire 
correspondre des parties qu'une disposition méthodique oblige à 
séparer. On fait usage de points conducteurs dans les tables et 
les. index. Ne pas dire leader . Exemple : 

L'âge 9 

La santé 12 

L'énergie 16 

Pointe. — Pas hodkin. 

Pointures. — Petites pointes de fer servant à fixer la feuille sur le cy- 
lindre d'une presse ; se dit aussi des trous que ces pointes font 
sur le papier. 

Police. — Évaluation de la quantité relative des lettres dont une fonte 
doit être composée pour imprimer un ouvrage. 

Prote. — Titre que porte celui qui, dans l'imprimerie, sous les ordres 
du maître, dirige les travaux typographiques. Ne pas dire /are- 
man. 



446 LE PARLER FRANÇAIS 

Prote à manchettes. — Représentant le patron auprès des clients ou 
des ouvriers. 

Profe à tablier. — Qui remplit les fonctions de prote tout en prenant 
part au travail. 

Ramette. — Voir châssis. 

Rang. ■ — Table en plan incliné que des typographes établissent sur 
des tréteaux pour y placer leurs casses. Ne pas dire : un rack. 

Réclame. — Le mot qu'on met au-dessous de la dernière ligne d'une 
page, et qui est le premier de la page suivante. En anglais: catch 
uord. Voir le Code municipal, ch. 46, des Lois revisées du Canada 
1906. 

Relancement. ■ — Méthode de — :follow-up system. 

Remanier. — Arranger les mots et les lignes d'une page de manière à 
ce que tout soit dans l'ordre convenable. Pas parcourir (de over- 

run) . 

Renfoncement. ■ — Pas indention. 

Renfoncer. — Renfoncer une ligne, la faire commencer plus ou moins 
en arrière de celles qui suivent ou précèdent. Ne pas dire in- 
dent (er). 

Retiration. — Impression de la seconde surface d'une feuille de papier 
quand la première impression a été faite. 

Revue bimensuelle. — Paraissant tous les deux mois. 

Revue semi-mensuelle. — Paraissant deux fois le mois. 

Sédanoise. — Petit caractère d'imprimerie immédiatement au-des- 
sous de la nonpareille et dont le corps a cinq points. On dit aussi 
parisienne. Ne pas dire agate, ni ligne agate. 

Serrage. — Le serrage Hempel, plutôt que le coin Hempel (Hempel 
quoin). 

Serrer. — Pas loquer (de lock) une forme. 

Simili-gravure. — Half-tone. 

Sommaire en cul de lampe. — En anglais : interted pyramid head. 

Sommaire. — Première ligne d'un passage qui sort au lieu de rentrer. 

Tableau. ■ — Composition encadrée et divisée en compartiments sé- 
parés par des filets, des accolades, etc. Ne pas dire : de la matière 
tabulaire (tabular matter). 

Taquer. — Frapper sur le taquoir. Ne pas dire planer (plane) une for- 
me. 



F 



VOCABULAIRE DU TYPOGRAPHE 447 

Taquoir. — Morceau do bois de la grandeur d'une page sur lequel on 
frappe légèrement en parcourant toutes les pages de la forme 
pour abaisser les lettres trop hautes. Angl., planer. 

Teneur. — Qui lit la copie pour la correction de l'épreuve. Pop. assis- 

tant du correcteur. 

Texte non interligné. — Pas matière solide (solid matter). 

Tirage. — Résultat de l'action de faire passer les feuilles sous la pres- 
se pour les imprimer. En anglais : press run. Ne pas confondre 
avec circulation. 

Tiret. — Pas dash. 

Tympan. — Châssis garni d'étoffe sur lequel on pose les feuilles à im- 
primer. 

Typographique. — Il y a l'épreuve typographique et l'épreuve d'au- 
teur. La première et parfois la seconde typographiques ne sont 
vues que par un correcteur de l'atelier. Au lieu de dire: les épreu- 
ves du bureau (office proofs), on doit dire : la première, la secon- 
de, la tierce typographique, selon le cas. 

Vignette. — Voir cliché. 

Etienne Blanchard, p. s. s. 



LES LIVRES 



1°. A. Carton de wiaht. La Belgique, boulerard du Droit. 109 pages. 

2°. M. DES Ombiaux. Le général Léman. 46 pages. 

3°. Victor Delbos. Une Théorie Allemande de la Culture. 31 pages. 

4°. René Doumic. La Défense de V Esprit français. 47 pages. 

5°. La Représentation nationale au lendemain de la Paix. 45 pages. 

6°. L'abbé Eugène Ghiselle. L'Arménie martyre. 128 pages. 

Derniers fascicule.s parus dan.s la collection des Pages actuelles 
(chez Bloud et Gay, 7, Place Saint-Sulpice, Paris ; in-16). 

1 ° Ce fascicule prouve bien que la Belgique a su se montrer di- 
gne de l'estime de toutes les nations par sa sagesse et sa vaillance, 
même après l'invasion, et l'installation du Gouvernement belge au 
Havre. 

2° Biographie concise et documentée du héros de Liège, tour à 
à tour soldat, stratège, vainqueur et prisonnier. 

3° Conférence sur la philosophie de W. Ostevald, prononcée à 
Besançon, le 17 février 1916. 

4° Conseils aux écrivains : il est urgent de purifier la littérature 
française de toute mauvaise influence étrangère. 

5 ° Ce que sera la situation, au lendemain de la paix. Méditations 
d'un combattant, écrites au milieu du bruit de la bataille 

6° Étude sur la " question arménienne : " la conjuration pan- 
germanique contre l'Arménie. 



Mme Emmanuel CoLOMBEL. Journal d'une Infirmière d'Arras. Paris (Bloud et 
Gay) 1916, in-16, 165 pages. 

A lire ces pages, on apprend, comme le dit Monseigneur Lobbedey 
dans la préface, " ce qu'est, sinon la guerre, au moins les souffrances 
qu'elle provoque et les héroïsmes qu'elle suscite ". 



L'abbé thellier de pon cheville. Dieu et la guerre. Paris (Bloud et Gay,) 1916 
in-1 632 pages. 

L'éloquent orateur montre par l'obéissance à quelles lois divines 
la paix pourrait être rétablie et maintenue. 

448 



LES LIVRES 440 

Fkançois Vkuii-lot. La Dénolion françaiie et la Guerre. Montmartre. Paris 
1 lili-iid el (Jay, ) 191(), in-12, 95 pages. 

Témoignage éclatant de la foi des Français, gage de leur espérance, 
hi |)iété nationale s'accroît. L'écrivain catholique a entrepris de noter 
l( s manifestations religieuses qui marquent le mieux la ferveur fran- 
< aise. Il a commencé par Monimortre.Vuis viendront Sainte-Geneviève 
Lourdes, etc. 



L'abbé Uaoii. Morçay. Aux rlar'.ès de la Grande Guerre. Paris (Bloud et Gay,) 
J IKH), in-16, 111 pages. 

L'auteur met en relief les principales vérités nationales, sociales 
et religieuses que l'action militaire suppose et sans lesquelles le coura- 
iic des soldats serait dénué de sens. 



Baron de faviehs. Remarquai sur la divinité de Jésus-Chri.it. Paris (Bloud et Gay) 
l',ll6, iu-10, 16 pages. 

La Divinité du Christ manifestée dans l'Évangile. 



II. P. JosKPii-i'APiN -Aiu H A.MHAiLT, S.-.J. Les Famillcs au Sacrf-C'aur. Québec 
(Éditions de l'Action Sociale Catholique) 191C, 19c. 5 x l'2c. 5, 48 pages. 

Opuscule qui a pour objet de propager l'œuvre salutaire de l'in- 
tronisation du Sacré-Cœur au foyer de chaque famille. 



L'abbé Etienne Blanchard. Les mots par l'image. Montréal, 1916, in-10, '21c. x 
l-lc, 112 pages. 

Recueil de 2000 mots illustrés pour ense'gner les termes qu'on 
ignore et dont on a souvent besoin pour désigner différents objets. 
In index rend les recherches faciles. 



VuTOR Moiîix. Len Médailles décernées aux Indiens d' Amérique. Ottawa (Tiré A 
rt des .V^moîVc* de la Société Uoyale du Canada,) 1916, in-8, 24c. ô x IGc. 5., 77 
A.VXIX pages. 

Étude numismatique, et à la fois historique ; car l'examen des 
différentes médailles décernées aux Indiens, c'est nécessairement l'his- 



450 LE PARLER FRANÇAIS 

toire des relations des Blancs avec eux. Soixante-sept médailles sont 
décrites avec un soin minutieux, et avec un égal souci d'exactitude 
l'auteur dit les circonstances où chacune d'elle a été " décernée. " 



Dr Emile Nadeau. Promenade mélancolique à travers les cimetières de Québec. 
Québec, 1916, 24c. x 16c., 25 pages. 

Tiré à part d'une étude lue à la Société Médicale de Québec, et 
parue dans le Bulletin de cette société. 



R. P. M.-A. Lamarche, O. P. Le devoir électoral. St-Hyacinthe, 1916, 19c. x 12c. 5, 
24 pages. 

Etude nécessitée par les mœurs du jour et par les inconvénients 
du régime parlementaire, et que tout électeur devrait lire, méditer et 
mettre en pratique. 



Pascal poieiee. Voyage aux Iles-Madeleine. S. I. n. d., 21c. x 15c., 29 pages et 
carte. 

A ceux qui n'ont pas eu le plaisir de voir les Hes-Madeleine, cette 
brochure donnera le désir très vif d'y aller ; à tous les autres, le désir 
d'y retourner. 



L'abbé Chaeles Calippe. La Guerre en Picardie. Paris (Téqui, 82, rue Bona- 
parte, ) 1916, in-12, 392 pages. 

Deux fois en 50 ans, la Picardie a connu les douleurs de l'invasion ; 
ce volume contient la narration de l'invasion allemande en ] 914-1915, 
narration émue, mais documentée et d'un intérêt extraordinaire. 

A. R. 



LEXIQUE 

CANADIEN-FRANÇAIS 

(SuiU) 

Moulanger (m'ulâjé) v. tr. 
Il Moudre. 

Moule {imtl) s. m. 

Il Pain de gelée, de sucre, de viande hachée, etc., gardant la 
forme du moule où elle s'est refroidie. 

Moule à plomb {mul a plô) s. m. 

lo II Personne dont Je visage est marqué de la petite vérole. 
2o 11 Personne lente. Ex.: Il ne se remue pas, c'est un vrai 
moule à plomb. 

Moulée {mule) s. f. 

10 II Portion de grain qu'on destine à être moulue, qu'on porte 
au moulin. 

DiAL. Id., en Normandie, Rev. des Parkrs Normands, I, 183, 
Dubois. 

2o II Grain moulu; spéc.: grain moulu et non bluté, pour les 
animaux; mouture. 

^, DiAL. Moulée = mouture, la farine qui en provient, en Nor- 
mandie, MoiST. 

3o 1 1 Farine grossière. 

4o II Mélange (de toute espèce de grains). 

5o |; Moulée de scie = sciure de bois, bran de scie. — Moulée 
de vers = poussière de bois laissée par les vers après leur passage dans 
un morceau de bois. 

DiAL. Moulée = sciure de bois, en Normandie, Moist, 
Maze, Dubois, Robin. 

60 II Grande quantité. Ex. : En voilà une moulée qui passe. 

Mouligneur {muliuà: r) s. m. 

11 Propriétaire d'une scierie (d'un moulin). 
Fr.-can. Aussi: moulignier. 

451 



452 LE PARLER FRANÇAIS 

Moulin (mule) s. m. 

10 II Scierie. 

Fr. can. Aussi: moulin à scie 

2o 1 1 Moulin à coudre = machine à coudre. 

3o 1 1 Moulin à faucher = faucheuse. 

4o II Moulin à battre = batteuse. 

5o II Moulin à tricoter = machine à tricoter. 

60 II Moulin à feu = moulin à vapeur. 

7o II Moulin à laver = laveuse, machine à laver. 

80 II Moulin à tordre = tordeuse, essoreuse. 

Fr.-can. Aussi: tordeur. 

9o 1 1 Moulin à crème à la glace = sorbetière. 

lOo II Moulin à souche = arrache-souche. 

llo II Moulin à la viande = hache-viande. 

Fe.-can. Aussi: moulin à viande. 

12o II Moulin à sasser = sas mécanique. 

13o 1 1 Moulin à carde = carde, carderie. 

14o 1 1 Moulin à bardeaux = établissement où l'on fait du bar- 
deau. 

Fr.-can. ''C'est un moulin' se dit, non seulement de quelqu'un 
qui parle vite, mais aussi de celui qui travaille rapidement. 

Moulinant {mulina). 

11 Se dit d'une terre qui mouline. — Voir ce mot. 

Mouliner (muliné) v. intr. 

Il (Se dit de la terre, quand elle fendille et s'efïrite, sous l'action 
de la sécheresse. Clapin.) 

Moulinet (mulinc), molineV {molinct) s. m. 

Il Ensemble de pièces de bois, disposées à angle droit les unes 
sur les autres. 

Fr.-can. Cf.: Cage, échiquette. 

Moulinetter (muUneté) v. tr. 

Il Disposer (des pièces de bois en moulinet). 

Moulineuz (muliné) adj. 

il (Syn. de boulant, boulinant.) Se dit des chemins quand la 
ueige est collante et rend la marche fatigante. 



LEXIQUE CANADIENS-FRANÇAIS 453 

Moulue (mvlu) s. f. 
Il Morue. 

Vx FR. Jusqu'au XVII", on a dit molue et moulue, pour mo- 
rue. Voir: Richelet, éd. de 1580; Rabelais, I, V, ch. 32. 
DiAL. Id., Saintonge, Éveillé. 

Mouman (mumà) s. f. 

Il Muiimu. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier; Bas-Maine, Dottin. 

Fr.-can. Cf.: Poupa = papa. 

Moure (mur) 3e pers. s. prés, de l'ind. de mourir. 
Il Meurt. (Potier, Détroit, 1758.) £x. : Il est bien malade, il 
se moure. 

Mouron (muro) s. m. 

10 II Espèce de lézard. 

2o II Individu sans caractère, qui manque à sa parole; pares- 
seux; faible, peureux. 

Moùru (muru), moru {m6ru) interj. 

11 Juron. 

Mouru imuru) part, passé de mourir. 

Il Mort. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier. 

Mourue (muru) s. f. 
\\ Morue. 

DiAL. Id., Bas-Maine, Dottin; Normandie, Moisy, Dubois; 
Anjou. Verrier. 

Mousseline {mualin) s. f. 

lo II Fumier, engrais. 
2o II Planche très mince. 

Monte (mut) s. m. 

lo II Mouton. Ex.: J'ai un beau petit moute à vendre. 
DiAL. /(/., Bas-Maine, Dottin; = chèvre sans corne, Savoie, 
Vautherin. 

2o II Moute, moute, moutache ! = cri pour appeler les moutons. 



454 LE PAKLEH FRANÇAIS 

Moutonne imvton), mère moutonne {mv:r mvfbn), s. f. 

Il Brebis. 

Mouturer (muturê) v, tr. 

Il Moudre. 

Fr.-can. Voir: Moturer. 

Mouve {tmw) adj. 

Il Mauve. 

Mouvée {muvê) s. f. 

Il Quantité de choses que l'on remue; bande d'animaux qui se 
meuvent à la fois; banc de poissons. Ex.: "La mer était blanche 
comme une mo?n'ée de marsouins". (Casgrain, Œuvres, 1,246.) — 
Une belle mouvée de poissons. 

Fr.-can. Aussi: Moulée. Ex.: Le curé en a confessé une 
mouvée ce matin. 

Mouver, se mouver (muvé, se muvê) v. tr., intr. et réfl. 

lo v. tr. Il Mouvoir, déplacer, remuer, transporter d'un lieu 
dans un autre. Ex.: Il a mouvé sa grange pour la mettre dans la 
ligne.- — Via une pierre qu'est pas aisée à mouver. 

Ff. Mouver = technol., mouvoir; remuer légèrement la terre, 
etc. Darm. — "Mouver la sauce sur le feu . . . ", Littré. 

DiAL. Mouver = remuer, déplacer, Normandie, Moisy, Maze, 
Delboule, Bull. P. N., 303, Rév. PP. I, 183; Maine, Montesson, 
Dottin; Centre, Jaubeht; Saintonge, Éveillé. 

2o v. intr. || Se mouvoir, changer de place. Ex.: Allons, mou- 
ve de d'ià = ôte-toi de là. — Le bateau a mouvé un peu. 

DiAL. Id., Normandie, Dubois. 

Fr.-can. Spécialement, se dit d'un bateau qui change de quai, 
au sens actif et neutre: Mouver un bateau (d'un quai à un autre). — 
Le bateau n'est plus ici, il a mouvé = il a changé de quai. 

3o V. intr. || Déménager, changer de logement (cf.: l'ang. to 
move.) Ex.: Il va falloir mouver, la maison est vendue. 

4o V. réfl. Il Se mouver = se hâter. Ex.: Faut se mouver, si on 
veut finir ce soir. — Allons! mouve-toi. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 455 

DiAL Id., Ille-et- Vilaine, Orain. — Se mouver = marcher, Bas- 
Maine, Dottin; = se mouvoir, Poitou, Fabre. 

Fr.-can, "Monver quelqu'un = le presser". Potier, Niagara, 
1743. — On dit aussi: "mouver ses gaiters", pour se hâter. — ilouve 
les pieds = hâte-toi. — Mouve tes mitons, — Mouve tes bottes = m. s. 

Mouyen (mvyé) s. m. 

Il Moyen. 

Moyen {mwàyé, mweyt) s. m. 

Il (Absolt.) Moyens, ressources pécuniaires. Ex.: C'est un 
homme qui a le moyen, qui est en moyen = c'est un homme riche, 
qui a des moyens. 

DiAL. Id., Bas-Maine, Dottin. 

Moyen {mwàyé, mweyé) adj. 

10 II De taille, de grosseur moyenne. Ex.: Un moyen cheval. 
Fr.-can. S'emploie aussi pour marquer le superlatif. Ex.: 

Ça, c'est un moyen précheux = c'est un prédicateur très éloquent. 
2o II De peu de valeur, peu estimable. Ex.: C'est ben moyen = 
c'a bien peu de valeur. 

Moyenner (mwèyené) v. Intl. 

il Trouver un moyen. Ex.: Il n'y a pas moyen de moyenner = 
il est impossible de trouver un moyen. 

Fr. "Il n'a a pas moyen de moyenner", est du français popu- 
laire. 

Mucre (mukr) adj. 

11 Humide, moite. Ex.: Temps mucre. — Linge mucre. — Mains 
mucres. 

DiAL. Id., Normandie, Dubois, Bull, P. N. 250, M018T, 
Robin, Maze, Delboule, Rév. PP. I, 183; Bas-Maine, Dottin. 
Fr.-can. Aussi: Muque. 

Mucrete {mukràté) s. f. 

Il Humidité, moiteur. 

DiAL, Mucreur, = m. s., Normandie, Robbin. 



356 LE PARLER FRANÇAIS 

Mue {mu) s. î. 

Il Soue, étable à porcs. 

Fh. Mue = lieu obscur où l'on engraisse les volailles, Besch., 
Darm. 

Mugnier, -ère (muî}é,-e: r) s. m. 

Il Meunier, meunière. 

DiAL. Id., Bas-Maine, Dottin. 

Mule {mul) s. f 

Il Meule. 

Mulon {mulô) s. m. 

Il Meulon. 

Mulotter (mulbté) v. intr. 
Il Aller, travailler lentement. 

Fr. Un limier mulotte, lorsqu'il s'arrête à tout ce qu'il ren- 
contre, Besch. 

Fr.-oan. Aussi : Minotier. 

Mulotteux (nijdbtœ) adj. 

Il Lent. 

Fr.-can. Aussi: Minotteux. Ex.: C'est un minotteux; il n'a- 
vance à rien. 

Munier,-ere (munyé, munye:r), mugnier,-ère {muné, mune:r) 
s. m. et f. 

Il Meunier, meunière. 

DiAL. Id., Normandie, Rév. PP. I, 26, Moisy. 

Muraille {murd:y) s. f. 

Il Falaise à pic, flanc de montagne coupé à pic. Ex.: Les mu- 
railles du Bic, de St-Fabien. 

Mus {mus) s. m. 
Il Musc. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 457 

Muserie (inusri) s. f. 

Il Menuiserie. 

Musier (muzyé) s. ni. 

Il Menuisier. 

Musc (musk) s. m. 

Il Muscle. 

Nain (né) s. m. 

Il Hain, hameçon. 

DiAL. Id., Centre, Jaubert; Anjou, Verrier. 

Naiyade, neyade (neyàd) s. f. 

Il Noyade. (Voir ce mot.) 

Naiyau, neuyau, noyau, {neyô, nèyô, nbyô) s. m. 

Il Noyau. 

Nanan (nanàn), nenan (nénàn) s. m. 

Il Nanan, bonbon. 

Nanne (nàn) s. f. 

Il Chèvre. 

Etym. Cf : Nanny goat = m. s. 

Napkin (nàpkin) s. f. 

Il Serviette de table. 

Narf rnàrf) s. m. 

Il Nerf. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier. 



458 LE PARLER FRANÇAIS 

Narfer, se (se nàrfé) v. tr. 

Il Prendre des forces, se préparer, prendre des précautions, se 
prémunir (pour avoir du nerf, de la vigueur dans une entreprise). 
Ex. : Il est ben narfé = il est fort, il a du nerf. 

Fr.-can. Contraire: Énarfer, 

Narveux (nàrvé) adj. 

Il Nerveux. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier. 

Nation {nà:syô) interj. 

Il Juron. 

Navat (nàvà) s. m. 

Il Navet. 

Naveau (nàvô) s. m. 

10 II Navet. 

DiAL. Id., Anjou, Verrier; Normandie, Rév. PP. I, 137, 
MoisY. — Naviau, m. s.. Centre, Jatjbert; Picardie, Corblet, Hai- 
GNERÉ; lUe-et- Vilaine, Orain. 

Fr.-can. Surtout au pluriel: Des naveaux. 

2o II Tête mal faite. Ex.: Un naveau, une tête de naveau. 

3o II Tête chauve. 

4o II Nouveau venu, écolier nouveau (dans les collèges, les écoles). 

Navelure {navlu:r) s. f. 

11 Nervure, passepoil. 
Navette {nàvU) s. f. 
Il Lavette. 



LEXIQUE CANADIEN-FRANÇAIS 450 

Nayer (neyé) s. m. 

Il Noyer, arbre qui produit la noix. 'Ex.: C'est une table en 
nayer noir. 

Di.\L. /(/., dans l'Anjou, Verrier. 

Nayer (neyé) v. tr. 

10 II Noyer. 

Vx FR. Néier, Ménage. 

DiAL. Id., en Normandie, Robin, Orain, Maze, Moisy; dans 
le Haut- Maine, Montesson; la Picardie, Haigneré; la Bresse, 
Guillemaut; l'Anjou, Verrier ; le centre, Jaubert. 

2o II Inonder. Ex.: Tout mon terrain est nayé = couvert par 
les eaux. 

Ne (nà) adv. 

11 Particule négative souvent omise dans notre parler populaire. 
Ex.: J'ai pas peur. 

DiAL. Id., dans le Centre, Jaubert. 

Né {né) part, passé. 

Il Se dit quelquefois avec l'auxiliaire avoir. Ex.: J'ai été né = 
je suis né. 

Dial. Id., dans l'Anjou, Verrier. 

Neck yoke {nèk yô.k, nèk yuk) s. m. Ang. 

Il Joug. 

Fr. can. Aussi: Gouge. 

Negocien (négbsyè) s. m. 

Il Négociant. 

DiAL. Id., dans l'Anjou, Verrier. 

Neiges (les) {lé né:j) s. f. pi. 

Il La saison des neiges. Ex.: Il est ben malade, il ne verra pas 
les neiges. — Attendre aux neiges pour charrier son bois. 
Dial. Id., dans le Centre, Jaubert. 



460 LE PARLER FRANÇAIS 

Neigeasser {néjàsé) v. intr. 

Il Diminutif de neiger. Ex.: Il neigeasse — i\ tombe une petite 
neige, une neige légère, peu abondante. 

Fr.-can. Relevé par Potier, à Détroit, en 1744. — Et cette mince 
et légère couche de neige s'appelle: Fleurette de neige. Ex.: Il n'a 
fait que neigeasser, et n'y a qu'une petite fleurette de neige. 

Neigeotter (néjbté) v. intr. 

Il Diminutif de neiger. Ex.: Il neigeotte = il neige un peu. 

DiAL. Id., en Normandie, Maze. 

Fr.-can. Relevé par Potier à Détroit en 1744, 1752. 

Neillère {neye:r) adj. 

Il Synonyme de Anneuillère. — (Voir ce mot). 

Nein {ni) interj. 

lINon. 

DiAL. \d., en Picardie, Corblet. 



VOCABULAIRE FRANÇAIS-ANGLAIS 

MACHINES A TRAVAILLER LE HOIS 



Machine à bois " Universelle " l' inversai Wood-lVorkitig. 

Scie à nih.-in Band Saw. 

Scie à ruban à refendre Band Re.iaw. 

Scie alternative à découper 

dite " Sauteuse ' Scroll or " Jig " Saw. 

Dé){auchisseuse et non Corroj'- 

eur Buzz Planer. 

Raboteuse Planer. 

Petite Raboteuse Poni/ Planer. 

Raljoteuse-bouveteuse Planer and Maicher. 

Raboteuse bouveteuse et mou- 

lurière Planer Matcher and Monlder. 

Bouveteuse sur le bout End Matcher. !'-t 

Rouveteuse de chamj) Box Board Maicher. 

Machine à queue d'aronde Lock Corner Box Machine. 

Moulurière Monder, Sticker. 

Toupie Shaper. 

Machine à tenons, tenonneuse . . . Tenoner. 

Perceuse Borer. 

Mortaiseuse Mortiner. 

Mortaiseuse à chaîne Chain Sav^ Mort ser. 

Mortaiseuse à pied Foot Power Mortiser. 

Mortaiseuse avec ciseaux carrés 

évidés Vertical Hollow ChisellMoriiser. 

Table de scie circulaire Saw Table. 

Scie variété Variety Saw. 

Déligneuse à entraînement auto- 

maticiue Power Feed Rip Saw. 

Scie circubiire à refendre Circnlar Resaw. 

Tronçonneuse à table Cui ojf Saw. 

Tronçonneuse à balancier Swing Cut off Saw. 

Macliine à barreaux Dowel Machine. 

Tour à bois Wood Turning Lathes. 

Tranche à onglet Mitre Machine. 

Polisseuse articulée Arm Sander. 

Machine à poncer Disc and Drum Sander. 

Polisseuse de surface Drum Sander. 

l'olisseuse à courroies Sand Belt Machine. 

Touret pour meule d'émer Emery Grindcr. 

Affûteuse Knife Grinder. 

Adjutor Fradette. 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES 



Pages 

Abonnements, Le Trésorier 58 

Abrégeons, l'abbé Etienne Blanchard, P. S. S 192,240,288 

Abréviations 6 

Action (!') française en Amérique: Buade de Frontenac W. 

Chapman 19 

Alphabet phonétique 5 

A noter 180 

A notre victoire, G. Zidlek 305 

Arriérés, W. Chapman 161 

Au service des intérêts français, A. Denault 76 

Berceau (un), l'abbé A. Laçasse 148 

Bulletin bibliographique 323 

Catalogue (un) français 178 

Ce que je chante. Blanche Lamontagne 353 

Criée (la) pour les âmes, Adjutor Rivard 164 

Concours (le) du " Petit Canadien " 229 

Dans la tempête, l'abbé A. Laçasse 241 

Deux langues sœurs, R. P. L. Le Jeune, O. M. 1 113 

Enseignement (1') secondaire au Canada, A. Rivard 179 

Entente cordiale linguistique, A. Rivard 9 

Fleuve (le), W. Chapman 417 

Français (!e) et les marques de fabrique, l'abbé É. Blanchard 

P. S. S 15 

Front (notre), Gustave Zidler 261 

Glanures 271 

Glanures, l'abbé É. Blanchard, P S. S 39 

Jardin (le), A. Rivard 167 

Lexique canadien-français, Le Comité du Glossaire. . .41, 89 

140, 182, 230, 278, 327, 399, 451 

Ligue (la )des Droits du Français, le docteur J. Gauvreau. . . . 296 

Livres (les), A.H.,C. G„ A. R.,C. R 72, 118, 172, 225, 273, 409, 448 

Livre (un) contre la Révolution (R. P. M. Tamisier, S. J.), A. H. 35 

Maison (la). Blanche Lamontagne 117 

Maison (la), Albert Ferland 337 

Maison neuve et vieux meubles, l'abbé A. Laçasse 49 

Mots anglais francisés, l'abbé É. Blanchard, P. S. S 324 

462 



TABLE ALP}I ABÊTI QUE DES MATIÈRES 463 

PAGES 

Noms (les) géograjjhiques de la province de Québec, 

l'abbé Henki Simauu 344 

Notes pour servir à l'étude de la phonétique canadienne-fran- 
çaise, A. RivARD 247 

Parlons mieux, l'abbé Ê. Blanchard, P. S. S 96, 144, 239 

Patriotisme (notre) littéraire en 1860, l'abbé Camille Roy 51,99 

Pays (le) de l'enfance, Gustave Zidler 308 

Pelletier (Monseigneur F.) 7 

Poèmes de la guerre, 

— Aveugle (1'), G. Zidler 69 

— Deux Zouaves, G. Zidler 68 

— Pour nos Créanc.'ers, G. Zidler 8 

— Vœu (le), G. Zidler 111 

Pour nos " blessés " de l'Ontario, l'abbé A. Laçasse 289 

Pourquoi ai-je refait l'histoire de l'Acadie ? É. Richard 194 

Premier (le) habitant canadien. Blanche Lamontagne 343 

Prière (la) du blessé, G. Zidler 262 

Question (la) ontarienne, l'abbé Antonio Huot 338 

Questions et Réponses, A. R 136,181,215,268,322 

Revues et Journaux. A. R 70,139 228,2 7,415 

Sang (le) de France, G. Zidler 170,216 

Sarclures Le Sarcleur 177,276,321 

Séance (notre) publique annuelle, l'abbé C. Roy 242 

Sentiment (le) religieux sans Alfred de Musset, Henri d' Arles 387 
Signes abré\natifs 6 

Signes orthographiques, 

— Le trait d'union, i'abbé Ê. Blanchard, P. S. S 416 

Société (la) du Parler français, le docteur C. Dagneau 293 

Société (la) du Parler français au Canada 112 

Sociologie linguistique, A. Rivard 145 

Index alphabétique des mots étudiés 468 

Table alphabétique des matières 462 

Table des matières par noms d'auteurs 465 

Terre (la) jalouse de son fils, Albert Ferland 67 

Tic-tac (le) de mon horloge, l'abbé A. Laçasse 193 

Veillée (une) d'autrefois 26 



464 



LE PARLER FRANÇAIS 



PAGES 

Vocabulaire anglais-français, A. Fhadette, 

— Machine à travailler le bois 461 

— Outillage de voirie 336 

Vocabulaire du typographe, l'abbé E. Blanchard, p. s. s., et 

F. BOURBONNIÈRE 440 

Vocabulaire français-anglais, Alfred Verreault, 

— De la paume au filet (laion tennis) 28 

— De la photographie 121 

— Du jeu de balle au mur {hanS. bail) 354 

— Du jeu de balle aux bases {base bail) 358 

— Du jeu de ballon au panier {basket bail) 218 

— Du jeu de barette {foot bail) 59 

— Du jeu de boules {lawn bowls) 435 

— Du jeu de crosse {lacrosse) 422 

— Du jeu de galets {curling) 263 

— Du jeu de gouret {hockey) 149 

— Du jeu de quilles {bowling) 310 

Voix (la) du glas, l'abbé A. Laçasse 97 



TABLE DES MATIERES 

PAR NOMS D'AUTEURS 



Pages 
Arles (Henri d') 

— Le sentiineiil religieux dans Alfred de Musset 387 

— (Voir Richard). 

Blanchard (l'abbé Etienne) 

— Abrégeons 192,240,288 

— Français (le) et les marques de fabrique 15 

— Glantires 39 

- — Mots anglais francisés 324 

— Parlons mieux 96,144,239 

— Signes orthographiques 41() 

— Vocabulaire du typographe 440 

BOURBONNIÈRK (FoHTUNAt) 

— Vocabulaire du typographe 440 

Chapman (W.), 

■ — Arriérés 161 

— Buade de Frontenac, 19 

— Le Fleuve 417 

Comité (Le) du Glossaire 

— Lexique canadien-1 ançais. 41,89,140,182,230,278,327,399,451 

Dagneau (le Docteur C.) 

— La Société du Parler français au Canada 293 

Denault (Amédée) 

— Au service des intérêts français, 76 

Ferland (Albert), 

— La maison 337 

— La^terre jalouse de son fils 67 

465 



466 LE PARLER FRANÇAIS 

PAGES 

Fradette (Adjutoh), Vocabulaire anglais-français, 

— Machines à travailler le bois 4()] 

- — Outillage de voirie 3;3(j 

Gagnon (l'abbé Cyrille) 

— Les livres I79 

Gauvreau (le Docteur J.) 

— La Ligue des Droits du Français 296 

HuoT (l'abbé Antonio) 

— Livres (les) 118 

— Livre (un) contre la Révolution (R.P M. Tamisier, S. J.) 35 

— Question (la) ontarienne 338 

Laçasse (l'abbé Arthur) 

— Berceau (un) 148 

■ — Dans la tempête 241 

— Maison neuve et vieux meubles 49 

— Pour nos " blessés " de l'Ontario 289 

— Tic-tac (le) de mon horloge 193 

— Voix (la) du glas 97 

Lamontagne (Blanche) 

— Ce que je chante 353 

— La maison 117 

— Le premier habitant canadien 343 

Le Jeune (Révérend Père L.) 

— Deux langues sœurs 113 

A. RiVARD 

— Notes pour servir à l'étude de la phonétique canadienne- 
française 247 

— Questions et Réponses 136,181 215,268 

— Sociologie linguistique 145 

Richard (Edouard) (Henri d'Arles) 

— Pourquoi a -je refait l'histoire de l'Acadie ? 194 



TABLES DES MATIlbREH 467 

PAGES 
RiVAKD (AdJUTOR) 

— C'riéo (la) pour los ftiiics 104 

— En.seignenu'iil (1") secoiidu're au Canada 17!) 

— Entente cordiale lingui.sti({uc !) 

— Jardin (le) 1(>7 

— Livres (les) 72,172,225.409,448 

— Notes pour servir à l'étude de la phonétique canadienne- 

RoY (i/abbé Camille) 

— Les livres 412.413 

— Notre patriotisme littéraire en 18()0 51,99 

— Notre séance publique annuelle 242 

Sahcleub (le) 

— Sarclures 177.276,321 

SiMARD (l'abbé Henri) 

— Les noms géographiques de la province de Québec 344 

Verre AULT (Alfred) 
Vocabulaire 

— De la paume au filet 28 

— De lu photographie 121 

— Du jeu de balle au mur 354 

— Du jeu de balle aux bases 358 

— Du jeu de ba Ion au panier 218 

— Du jeu de barette 59 

— Du jeu de boules 435 

— Du jeu de crosse . . , . . 422 

— Du jeu de galets 263 

— Du eu de gouret 149 

— Du jeu de (juilles 310 

ZiDLER (Gustave), 

— A notre victoire 305 

— Aveugle (1') 69 

— Deux zouaves 68 

— Front (notre) 261 

— Pays (le) de l'enfance 308 

— Sang (le) de France 170,216 

— Pour nos créanciers 8 

— Vœu (le) 111 



INDEX ALPIIAI5ËT1QUE 

DES MOTS ÉTUDIÉS 



Note 



- Les mots en C&ractères grus sont tirés du Lexique canadictt-fran- 
"". trouve dans les -.Sarc/urc»; a, dans des Articles divers ; 



çais ; «,i;indique^qu"un]imot se trouve dans les -.Sarc/urc»; a, 
g, dans les Glanurcs ; et r, dans les Queslious et Réponses. 



Les chiffres renvoient aux pages de ce volume. 



adopte d'enlever, s, 177. 

ailes, T, 181. 

air (avoir 1"), r, 26.S. 

altérer, .?, 178. 

auditeur, r, 215. 

aurait (s'il), s, 177. 

B 

ballon au panier, o, 218. 
barette, a, 59. 
basket bail, a, 218. 
boomerang, r, 322. 
bouler, o, 435 
bowling, a, 310. 



cash on delivery (c. o. d.) 

ff, 39. 
chaque, r, 323. 
collect (p. d.), g, 40 
consomptif, r, 270 
consomption, r, 270 
contre remboursement (c.r.) 

?. 39 
crosse, a, 422 
curling, a, 263 



galets, a, 263 
garde-boue, r, 181 
gourct. II, 149 

H 

hésiter de, r, 322 
high life, r, 137 
hoclcey, a, 149 
homme honnête, a, 145 
honnête homme, a, 145 



idiotie, r, 138 
idiotisme, r, 138 
irais (il faudrait que j,) 
177 



de (trop tard) , s,178 
décaniser, r, 139 
déficitaire, r, 139 
demeure, r, 269 
domicile, r, 270 
dossard, r, 1.38 

E 

écolisme, r, 138 
escarbilles, r, 139 
escarbiller, r, 139 
escarbilleur, /. 139 
excessivement, r, 137 



façon (de) à ce que, r, 268 
football, o, 59 



judicaillon, r, 215 

L 

lawn tennis, a, 28 
lacro.sse, a, 422 
lanon bowls, a, 435 

M 

machin, r, 137 

mafler (se) 278, 
mafflu, 278 
magnère, 89 
magnére d'eune, 90 
magnéré, 90 
magnéreiix, 90 
maire, r, 181 

majescule, 41 
majiscule, 41 
major, 41 
mal, 41 
maladret', 41 
malaise, 41 
mal amain, 42 
malaucoeureux. malau 

cureux, malécoeureux 

42 

468 



maJavenant, 42 
mal attelé, 42 
malbouroug, 42 
malcomiinode, 42 
malcompris, 43 
malcoucheuz, 43 
tnaldire, 43 
maldonne, 43 
malencoeureux, 43 
malendurant. 43 
malengueulé, 43 
malentente, 43 
mal-en-train, 43 
malfaisant, 43 
malgré que, 44 
malhureux, -euse, 44 
malin, maline. 44 
malinstruit, 44 
malintentionné, 44 
malisé, 44 
malle, 44 
malle, r, 269 
malle-poste, r, 269 
maller, 45 
malpatient, 45 
malpeigné, 45 
maltsn*, 45 
malvat, 45 
m.alversé, 45 
mame, 45 
mameselle, 45 
manager, 46 
manche, 46 
manchon, 46 
mandrer, 46 
mandrin, 46 
mangeage, 46 
mangeaillage, 46 
mangeailler, 46 
mange-chrétien, 48 
manger, 46 
manger le linge, 47 
manger (se), 47 
manger fse^ la gueule, 47 
manger (se) le nez, 47 
manger (sei les sangs, 47 
mangeouère, 48 
mangeus. 48 
■ manhable, 90 
' manher, 48, 90 



INDEX ALPHABÉTiqUB 



400 



manbeuz, 48 mardiller, 141 

manière (de) & ce que, 4S mare, 141 

iiiaiiiorf (.(Jr) à lv qiio, r, marécageuz, 141 



2()S 

maniéreuz, 89 
manifacture, S9 
manifactiireux, \H) 
manificat. 81) 
manificence, SO 
manifique, S9 
manlflquement, 89 
manigat', S'J 
majiiser. <)() 
manivolle, UO 
manoeuvrer, 90 
manquable. 91 
manquablement. mon- 

quablement, 91 
manque, 91 
manque (ben), 91 
manqué, 91 
manquer, 91 



marée d'eau. 141 
margouillas. 141 
margouiUàre, 141 
margoulette, 141 
margré, 142 
marguier, 142 
mariages, 142 
maricage, 142 
maricageux, 142 
marichaJ. 142 
marie-quatre-poches, 142 
marie-salope. 142 
marie-torchon, 142 
marier, 1 l.i 
marier à. 143 
marieux. 14.S 
marinades, 143 
marinages, 14,3 
marine. 143 



manquer (,ne pas) que de, maringouin, 143 



92 

manqueux, 92 
mantelet, 90, 92 
mappe, 92 
maquelot. 92 
maquière. 92 
maquieu salé, 92 
maquillon, 92j 
maquillonner, 92 
màr, 92 
marabout, 93 
maragouin, 93 
marbe, 93 
marbrage, 93 
marbre, marble, 93 
marcassin, 93 
marceau. 93 
marchable, 93 
marchage. 94 
marchaillage, 94 
marchailler. 94 
marchandable. 94 
marchand de fer, 94 
marchandeux. 94 



market, 143 
marlaise, 182 
marie, 1S2 
marlot. 182 
marmailler, 182 
marmalade, 182 
msurmitée, 1S2 
marmiter, 1S3 
marmouillas, 183 
marmoussaille, 183 
marmoussin. marmou- 

sin, 1S3 
marque, 183 
marquer, 183 
marquoué, 183 
marraine, ISIi 
marsouin, 183 
martoise, 183 
martrière, 184 
marvaudage. 184 
marvauder, 184 
m ar veille. 1S4 
marveilleux. 184 
marvouillas, ls4 



marchandises sèches. 94 mascabina. mascouabi- 



marchant, 94 
marche. 91 
marche à terre, O.'j 



na. mascoubina. I,S4 
mascotte. 1S4 
mascou. isi 



marche (être en) de. 110 maskinongé. maskilon- 



marche donc, 9.5 
marchedonc 140 
marchement, 95 
marcher, 9,5 
marche-tu, 95 
marcheux. 140 
marci, 140 
marcou, 140 
mardi, 141 
mardi gras, 151 



gé, 1S4 
maskoutain, 185 
massacre, 185 
masse len), 185 
masser. 185, 187 
masticable, 185 
mastiqué. 185 
mastiquer. 185 
mat (à) -corde Iss 
mat (&) et & corde, 185 



matarauz, 185 
match, 185 
matchable, 186 
matcber, 18U 
matcher (.se), 180 
matcheux, 180 
matérauz, 187 
matériel, 187 
matignon. 187 
matignonnage, 187 
matignonner, 187 
matillon, 18" 
matillonnage, 187 
matillonner, 187 
matin, ls7 
m&tin. 188 
matin (&) , 188 
matinal, Iss 
matriai. Is8 
matrigal,-e. matrigail, 

ISS 
matrone. 188 
matrouiller. 188 
maturité. I.S9 
mau. 1S9 
maudissage, 189 
maudisseur, 189 
maudit. 1S9 
mauditement, 189 
manque, 190 
maussade. 190 
mauvais. 190 
mauvaiseté, 190 
mé que. 190 
mean. 190 
méchant, 190 
mèche, 191 
méché, 191 
méchée, 191 
mécher, 230 
mécredi, 230 
médalle, 230 
médée. 230 
médi. 230 
mégàrd, 231 
mékerdi, 231 
mêlage, 231 
mélaillage. 231 
mélaillage. 231 
mélaiUer, 231 
mélangeage. 231 
mélangeaillage, 231 
mélangeailler, 231 
mêlé. 231 
mêler, 231 
mélie, 232 
mélieu, 232 
melleton. 27S 
méloné. 2.32 
melton. 232 
meman, 232 
membrage, 232 



470 



LE PARLER FRANÇAIS 



membre, 232 
même (à) ,2:?3 
même (de) , 233 
même (la) chose, 233 
miemé. 233 
memène, 233 
mement, 233 
memère, 233 
menable, 233 
menasse, 234 
menée, 234 
mener. 234 
menette, 234 
meneur de malle, 234 
menoire, 235 
menon, 235 
menoque, 235 
menotte, 235 
menteuse, 235 
menteux, 235 
ménuit, 235 
menuserie, 235 
menusier, 236 
menute, 236 
menuté, 278 
méquerdi, 236 
méquier, 236 
merci à, 236 
mère, 236 

merise (petite), 236 
merquedi, 236 
mêsan, 236 
méson, 237 
messieutrie, 237 
mesure, 237 
mesure (à la), 237 
mesure, 237 
mesurement, 237 
mesurer, 237 
métail. 237 
meter, 237 
métif , 238 
métive, 2.38 
métiver, 238 
métiveuse, 238 
métrial, 238 
mette-germain, 238 
mettre. 238, 329 
mettre dedans, 330 
meublable, 330 
meublier, 330 
meugner, 330 
meumère, 330 
méz-amain (à) , 330 
mézans. 330 
mézpnt (ils), 331 
mezur. 237 
miâle. 331 
miâlement, 331 
miâler. 328 
miaulée, 328 
micament, 328 



micouenne, 328 
midi; 328 
miette, 329 
mietton. 278 
mignarder. 329 
migner, 329 
minabe, 278 
mince-pie, 279 
mine 279 
mine grasse, 279 
miner, 279 
mingle, 279 
mingler, 279 
minme, 280 
minnuit, 280 
minotage, 280 
minote. 280 
minuter, 280 
minoteux.-euse, 280 
minou. 280 
minouchage, 281 
minoucher, 281 
minoucherie, 281 
minoucheux,-eu8e, 281 
minoune, 281 
minson, 281 
mioche. 281 
miochée, 282 
miouter, 282 
miquelon, 282 
mirage, 282 
miraque, 282 
mire, 282 
mirer, 282 
miret, 282 
miroi, 283 
miroué, 282 
mirouer, 282 
misdeal, 283 
mise, 283 
miser, 283 
misérable, 283 
misère, 284 
misser, 284 
misser (se) , 284 
mistèke, 284 
mitagne, 284 
mitaine, 284 
mitan, 285 
mitasse, 285 
miton. 285 
mitoufler (se), 285 
mitoyen. 28() 
mitte, 285 
m'man, 286 
moder, 286 
modeuse, 286 
modisse, 286 
moé, 286 
. moégnon, 286 
moéyen, 286 
mognon, 327 



moi pour un, 327 
moindrement, 327 
moine. 327 
moins (à), 327 
moi ton. 331 
mollasse, 327 
molleton, 331 
molletonné, 331 
mollière, 331 
mollir. 3.31 
molu, 331 
molue. 331 
moman. 332. .399 
monardeur, 332 
monde, 332 
moneveau, 332 
mon-sieu, 332 
mon-sieur, 332 
monsiexir, 332 
monsieutrie, 333 
monstresse. 3.33 
monstreux, 333 
montant, 333 
montant (en) , 333 
montée, 333 
monter. 333 
montrance, 334 
montre, 334 
montrer. 334 
mop. 334 • 
mopper, 334 
mopser. 334 
moqueux, 334 
mcquié. 335 
mordée, 335 
mordeux, .399 
mordre. 399 
mordure. .399 
morfondant, 4(X) 
morfondre, 400 
morfondu, 400 
morieu, 400 
moriginer, 400 
moimonner, 401 
morning coat, 401 
moron. 401 
morpion. 401 
moipionner (se) , 401 
morquier. 402 
mort-ivre, 400 
mortalité, 402 
morte-charge, 402 
morte-dette. 402 
mortgage. 400 
mortgager. 400 
mortné. 400 
mortoise. 402 
mortoiser. 402 
mortoiseur, 402 
morue. 402 
morvaille. 403 
morvaillon, 403 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



471 



morvasse. KKi 

morvasson. t();t 

morviat. -KKi 

morvis. lo;} 

moses. 403 

mot' . H):i 

mot. 101 

moteur. 104 

motor man, 404 

motié. 404 

motivé, 404 

motonner. 404 

mettant, -te. 404 

motte. 404 

motter. 404 

motteux, 40,'j 

motto, 40,") 

motton, 405 

motto n né. 405 

mottonnu, 405 

moture, 405 

moturer. 405 

mou (bois) . 406 

mouan. KKi 

mouche. 4(M) 

mouche à cheval, mou- 
che à chevaux, 400 

mouche à cornes, 400 

mouche à patates, 400 

mouche à vers. 40C 

moucher. 100 

moucher (se) , 407 

mouches. 407 

mouchettes, 407 

mouchoi , 407 

mouchoué, 407 

mouchouer, 407 

moudu, 407 

moudure, 407 

mouillasser, 408 

mouillasseuz, 408 

mouiller. 408 

mouilleux. 40H 

moulange. 408 

moulanger, 451 

moule, 4,')l 

moule aplomb. 451 

moulée, 451 

moulée. 451 

mouligneur. 4."il 

moulin. l.'iJ 

moulin à bardeaux. 4.")2 

moulin à battre, 452 

moulin à carde, 452 

moulie à coudre, l.")2 

moulin à la crème à la 
glace. l."2 

moulin à faucher, 452 

moulin à feu, 4.")2 

moulin à hiver. 452 

moulin à sasser, 452 

moulin à souche, 452 

moulin à tordre, 452 

moulin à tricoter, 452 



moulin & la viande. 452 


nein. 460 


mculirant, 452 




mouUner. 452 


P 


moulinet, 452 




moulinetter, 452 


pag^e. r 1.36. 


mouiineux, 452 


paraloniierrcr, r, 138 


moulue, 45;i 


paiiiiie an fîlet, a, 2K 


mouma n. 453 


pliotoKHipliir, a, 121 


moure, 4,'>3 


port clû, g, 40 


mouron, 453 


port pay<^, g, 40 


mou ru. 4,53 


poste, r, 269 


mourue, 4.")3 


presque, *, 177 


mousseline, 453 


prier, à, r, 137 


moute, 4.">3 




moutonne, mère mou- 


Q 


tonne. 454 




moulurer, 454 


quilles, a, 310 


mouve. 154 




mouvée. 154 


S 


mouver se mouver, 45 1 




mouyen, 455 


résidence, r, 269 


moyen, 155 




moyenner, 455 


8 


mucre. 455 




mucreté, 455 


surfaix, r, 322 


mue. 15() 




mugnier, 456 


T 


mule, 456 




mulon. 4,56 


lo the best of my abilily 


mulotter, 450 


r, 137. 


mulotteux, 4,50 


Iriqucballe, trinqueballc. 


munier.-ère, 456 


r, 322 


muraille, 456 




mus. 450 


V 


musc, 457 




muserie, 457 


veiller, *, 178 


musler, 457 




N 




nain. 457 




naiyade. neyade, 457 




neyau, neuyau, noyau 




457 




nanan, nenan, 457 




nanne, 457 




napkin, 457 




narf , 457 




narfer (se), 458 




narveux, 458 




nation, 1.58 




navat, 4,58 




naveau 4,58 




naveline, 458 




navette, 458 




nayer, 459 




ne, 459 




ne, 4.59 




neck yoke, 4,59 




négocien, 4,59 




neigeasser, 460 




neigeotter. 4()0 




neiges des), 4.59 




neillère, 460 





o . 



PC 

3601 
P3 
v.U 



Le Parler frnnç°Js 



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